CHAPITRE IV
célèbre maison Andrew Ross, de Londres, a fabriqué, dès 1851, de puissants objectifs ayant des angles d’ouverture de 107° à 135°, et, quelques années plus tard, elle leur en a donné jusqu’à 155. Ce chiffre a été dépassé, car, dans ces derniers temps, on a obtenu des angles de 160°, 170° et même de 176°, dont environ 130° à 146° peuvent être considérés comme vraiment utiles.
Ce genre d’objectif, quand il s’agit de puissance de pénétration, possède une haute valeur, mais la puissance de définition des objectifs à angle d’ouverture faible donne relativement de plus utiles résultats. Nous avons déjà parlé (p. 26) de l’influence qu’exerce l’épaisseur des lamelles de verre sur la vigueur des images microscopiques. v On a l’habitude d’adapter à tout
objectif puissant l’appareil de correction dont il a été question dans le chapitre précédent, afin de rapprocher ou bien d’éloigner les lentilles les unes des autres, suivant les besoins (fig. 36) et selon qu’on se sera servi de lamelles plus ou moins épaisses.
Ces sortes d’objectifs ne s’emploient, en général, qu’à sec, c’est-à-dire avec l’interposition d’une couche d’air entre la surface supérieure de la lamelle couvrant l’objet et la surface inférieure de la dernière lentille; nous disons en général seulement, attendu que cette couche d’air peut être remplacée par une couche d’eau, et, dans ce cas, les objectifs prennent le nom d’objectifs à immersion. D’autres combinaisons intermédiaires peuvent également s’utiliser.
C’est avec raison qu’on a considéré les objectifs à im- . mersion comme un grand progrès. Dans ces dernières années, M. Hartnack, de Paris, s’est acquis une brillante
Fig. 36. Objectif avec appareil de correction. (Le curseur métal* liquc $ indique l’écartement des lentilles.)
ESSAI DU MICROSCOPE. 71
réputation en construisant, avec une grande perfection et à des prix très-modérés, des combinaisons de ce genre gui donnent des grossissements considérables.
Si on demande en quoi consiste la supériorité du système à immersion sur la combinaison ordinaire et à sec des lentilles, nous laisserons parler ici un des micrographes les plus compétents. Dans un écrit remarquable , Harting fait observer ce qui suit :
« Comme l’eau est un milieu qui réfracte la lumière plus fortement que l!air, la réflexion des rayons lumineux sera considérablement amoindrie à la surface supérieure de la lamelle de verre, et, plus loin, à la surface inférieure de l’objectif, on peut dire qu’elle disparaît, en quelque sorte, entièrement. En conséquence, un plus grand nombre de rayons pénètrent dans le microscope, et le peu d’épaisseur de la couche d’eau produit le même effet qu’un agrandissement de l’angle d’ouverture. Ce changement favorable sera surtout à l’avantage des rayons du contour qui arrivent le plus obliquement. Les rayons de la circonférence auront par là une plus grande part à la formation de l’image placée devant l’oculaire T et comme en traversant un objet transparent , ils sont, pour la plupart, déviés de leur chemin, et que les petites déviations qui ont ainsi lieu seront visibles à l’image, il faut que la puissance de séparation du microscope soit augmentée par la couché d’eau. »
Mais tandis que cette couche d’eau produit le même effet que l’épaisseur de la lamelle de verre, elle agit d’une manière toute différente sur l’aberration sphérique et sur l’aberration chromatique. Nous remarquons aussi que les systèmes à immersion, employés avec une couche d’air, ne donnent que des images sans beauté et sans clarté. L’introduction de la couche d’eau est donc une partie intégrante, un élément nouveau de la combinaison, et elle