CHAPITRE IV
peut exercer une heureuse influence en faisant disparaître ce qui reste encore de l'aberration.
Enfin c’est encore d’une troisième façon que la puissance optique d’un objectif peut être augmentée par une couche d’eau. Car, attendu que celle-ci agit de la même façon que la lamelle de verre, et que, comme nous l’avons vu plus haut, l’augmentation d’épaisseur de cette lamelle met dans la nécessité de rapprocher les unes des autres les lentilles de l’objectif, on aura une plus grande puissance de grossissement et un angle d’ouverture plus considérable.
Harting nous a indiqué le résultat qu’on peut obtenir par ce moyen. En essayant un système de Hartnack , qui date de 1860, il a obtenu, dans les différentes positions de l'appareil de correction, un angle d’ouverture de 166° à 172°, avec une partie profitable de 135° à 140° et une distance focale de 1,8 à 1.6 millimètres. Le plus fort objectif de Powell et Lealand, de Londres, avait un angle d’ouverture de 175° à 176°, avec 145° d’ouverture utile, et une distance focale de 1.36 millimètres. Dans le cas du plus grand rapprochement des lentilles, cet objectif produisit les mêmes effets que celui de Hartnack, et s’il eût fallu établir une différence, bien faible, il est vrai, entre les deux objectifs, celui de Powell, d’après les expériences de Harting, possédait un grossissement plus fort.
Depuis ce temps, plusieurs années se sont écoulées, et, sans doute, il s’est opéré bien des changements. Les objectifs à immersion de Hartnack, n° 9 et n° 10, avec des angles d’ouverture d’environ 170° à 175°, ont été généralement appréciés; il en est de même d’un objectif encore plus puissant, n° 11, avec un angle d’ouverture de même étendue. Tous ces instruments sont très-répandus de nos jours. Nous avons appris que, en Angleterre et dans l’Amérique du Nord, on a construit des objectifs d’une puis-
ESSAI DU MICROSCOPE. 73
sance colossale; mais jusqu’à cette heure, nous n’avons rien pu savoir de certain sur leurs effets.
Il est facile de concevoir quelle valeur pratique il faut attacher au choix de petits objets, autant que possible semblables, et d’une texture si délicate et si fine que leur examen permette de juger exactement de la puissance optique ou, pour mieux dire, de la puissance de pénétration d’un objectif. Ces objets sont appelés objets d’épreuve ou test-objets. Leur étude offre de l’intérêt et possède une haute signification. On doit recommander au micrographe novice qui désire savoir ce qu’il est permis d’obtenir d’un instrument nouvellement construit, de recourir à ces test-objets, attendu que la vision nette d’un grand nombre d’entre eux n’est nullement facile et qu’on peut apprendre ainsi à mettre exactement au point et à se servir des divers éclairages. Quelques-uns de ces tests, les plus fins, offrent une difficulté si grande que le commençant cherchera, pendant des heures entières, à la résoudre sans y parvenir ; ils peuvent même donner beaucoup de peine aux observateurs qui ont l’habitude de s’en servir. En s’exerçant avec soin , on arrivera à une certaine supériorité dans ce genre d’expérience, et une personne habile rassurera en quelques minutes et de visu celui qui, faute de pratique, commençait à désespérer de la bonté de l’instrument. Ajoutons que la recherche constante de tests de plus en plus délicats et difficiles forçant, par conséquent, les opticiens à tenter de plus grands efforts, nous a valu cette immense amélioration dans la construction des objectifs dont les temps actuels ont à se féliciter. Il n’est donc pas juste de regarder avec dédain, et comme d’inutiles amusements, l’étude des test-objets, ainsi qu’on le voit faire, de temps en temps, par des savants réputés experts dans la connaissance des microscopes.
Bien des test-objets, autrefois très-vantés, ont été en-