CHAP. VI
Le jour vint, le soleil montra ses pâles rayons d'automne. lo
Marthe se leva et s'habilla. Son père était déjà sorti pour faire sa tournée dans les champs.
Elle sortit à son tour et se rendit chez sa nourrice.
Elle avait le visage d'une morte et les yeux battus et rougis par les larmes et l'insomnie.
La bonne nourrice fut effrayée.
— Marthe, mon enfant, qu'as-tu, qu'as-tu donc ? s'écriat-elle.
La jeune fille se précipita dans les bras de la brave femme en sanglotant* 20
— Mon Dieu ! qu'est-ce que cela veut dire ? disait celle-ci. Et elle accablait la jeune fille de questions.
Marthe l'interrompit brusquement :
— Nourrice, ma chère nourrice, m'aimes-tu 1
— Dieu du ciel, si je t'aime ! Oh ! oui, je t'aime !
— M'aimes-tu beaucoup ^
— Plus que tout au monde.
— Eh bien, si tu m'aimes ainsi, tu ne refuseras pas de me faire connaître des choses que j'ignore et que tu sais, toi,
— Mais quoi, ma chérie, quoi 1 3°
— Promets-moi de répondre franchement à toutes les questions que je vais t'adresser.
— Mais, Marthe . , ,
— Promets, jure !
— Je répondrai à toutes tes questiona
— Et tu ne me cacheras rien ?
— Voyons, Marthe, je ne comprends pas, dis-moi . . .
— Je veux que tu ne me caches rien.
— Je ne te cacherai rien.
— Tu le promets, tu le jures 1
— Oui.
— Maintenant, écoute-moi. Nourrice, au dire des gens du pays, quel est le chiffre de la fortune de mon père 1
— Les uns disent un million, les autres un million et lo demi ; mais, tu sais, on exagère beaucoup.
— Alors, sans exagérer, mon père serait riche à un million.
— Dame, moi, je ne peux pas dire . . .
— Eh bien, nourrice, comptons nous deux. Combien la prairie des Noues 1
— Pour le moins deux cent mille francs.
— Et le château, et le domaine d'Aubécourt ?
— Autant.
— Et la ferme du Courant 1 ao - Encore autant.
— Et les bois de Raucourt et de Ligoux 1
— Eh bien, compte encore deux cent mille francs.
— Nourrice, voilà déjà huit cent mille francs ; si nous y ajoutons la valeur approximative de la petite ferme des Treilles, de la ferme des Bosquets, la valeur des vignes, du clos de la Hourie et de diverses autres propriétés de moindre importance, nous arrivons à trouver deux cent mille francs encore ; nourrice, voilà le million ! Et c'est le bien au soleil, comme dit mon père. Voyons encore : Vivant comme il vit,
30 mon père doit faire de belles économies, et comme depuis quelque temps il n'achète plus, il a chez lui, certainement, une grosse somme ; qui sait, peut-être le demi-million qu'on met sur le compte de l'exagération 1
— Mon Dieu, ma chérie, comme tu trouves cela tout de suite ; mais c'est juste, parfaitement juste.
La jeune fille parlait avec volubilité, nerveusement, elle avait la fièvre.
— Mais, reprit-elle, ne parlons que de ce qui est en vue * au soleil,' nous trouvons le million.
40 — Oui, le million.
— Nourrice, quand il a épousé ma mère, il y a vingt et
quelques années, mon père n'était qu'un pauvre garçon de ferme.
— C'est vrai.
— On appelle un riche cultivateur celui qui possède en terre de cent à cent cinquante mille francs.
— Oh ! ceux-là sont rares dans le canton.
— Soit. Mais prenons, si tu veux, le plus riche cultivateur d'Aubécourt, combien mettrait-il de temps, grand travailleur, très économe, et tout lui réussissant, à devenir millionnaire ■? lo
— Combien de temps, Marthe 1 Mais toute sa vie et la vie de dix autres après lui.
La jeune fille étouffa un soupir et passa rapidement sa main sur son front moite de sueur.
— Et mon père, fit-elle, articulant les mots lentement, qui ne possédait pas même une pièce de terre, il y a vingtcinq ans, a aujourd'hui un million ! Nourrice, comment Mathurin Eaclot a-t-il donc fait pour amasser une si grande fortune ?
La brave femme resta un instant tout interloquée, 20
— Je vais te dire, mon enfant, balbutia-t-elle. D'abord M. Eaclot n'a jamais été un homme comme les autres ; U ne connaissait que le travail ; oh ! lui et ta mère ont durement peiné !
Marthe répliqua vivement :
— Même riche déjà, on n'amasse pas un million à travailler la terre, tu viens de me le dire.
— Sans doute, mon enfant, mais tu n'ignores pas que ta mère a fait un héritage.
— Ah ! l'héritage de la tante Martin , de combien était-il, 30 cet héritage 1
— De deux cent cinquante beaux mille francs, tout en argent.
— Nous sommes bien loin encore du million.
— Oui, Marthe, mais ton père a acheté du bien, beaucoup, beaucoup, et toujours dans les meilleures conditions.
— Nous parlerons tout à l'heure de ces achats de mon père. Nourrice, je me souviens d'avoir entendu dire que la tante Martin avait un frère à Paris.
— En effet. 40
— Ce frère de la tante Martin, que je ne connais pas, que
je n'ai jamais vu, dont mon père ne m'a jamais parlé et qui peut-être n'existe plus aujourd'hui, n'avait-il pas plusieurs enfants 1
— Cinq enfants, Marthe, d'après ce qu'on a dit dans le temps.
— Est-ce que l'oncle de ma mère et ses enfants ont hérité, comme elle, de la tante Martin 1
— Non, ta grand'tante a tout donné à ta mère.
— En déshéritant son frère 'i lo — D;ime, oui.
— Est-ce qu'il avait de la fortune, ce frère de la tante Martin 1
— Ah ! bien oui, il était, au contraire, pauvre comme Job, le malheureux.
— Et il avait cinq enfants, et sa sœur l'a déshérité ! prononça amèrement la jeune fille.
Elle devinait le rôle odieux que son père avait joué dans cette affaire d'héritage.
Elle resta un instant silencieuse et reprit : 2o — Nourrice, mon père a-t-il rendu ma mère heureuse.
— Pas trop, Marthe, pas trop, répondit la brave femme qui ne voyait pas encore où la jeune fille voulait en venir.
Celle-ci, se rappelant les paroles du voyageur Stanislas, se dit:
— C'est bien cela, ma pauvre mère est morte à la peine. Elle reprit à haute voix :
— Nourrice, d'après ce qui m'a été dit autrefois, il paraît que je n'aurais pas vécu si je n'avais pas eu le bonheur de t'avoir pour nourrice.
30 — Moi, ma chérie, je ne dis pas cela ; mais il faut convenir que tu es venue au monde bien chétive, bien maigrelette, quoi !
— As-tu été convenablement récompensée de tous les bons soins que tu m'as donnés 1
— Je n'ai rien à réclamer, car j'ai reçu assez régulièrement ce qui avait été convenu ; et puis, de temps à autre, en cachette de son mari, j'avais de ta mère quelques petites douceurs.
— Ainsi, pour être bonne, il fallait que ma pauvre mère se cachât de mon père ; il est avare, n'est-ce pas, et dur envers
40 ceux qui ont affaire à lui ?
— Marthe, ton père est dur pour lui-même ; Dieu me
garde de dire à sa fille quelque chose de désagréable sur M. lîaclot.
— Pourtant, chère nourrice, il faut que je sache par toi ce qu'on pense de lui dans le pays.
— Ah ! Marthe, Marthe, fit la brave paysanne avec une sorte d'effroi.
— Nourrice, tu m'as promis, tu m'as juré de répondre à mes questions et de ne me rien cacher.
■ — Mais, mon enfant . . .
— Va, je sais déjà bien des choses. lo
— Oh! -
— Je sais que mon père est exécré de tout le monde, qu'on le traite de misérable, de brigand, d'infâme !
— Hélas ! soupira la nourrice en baissant la tête.
— Je sais que mon père est maudit et que la malédiction qui le frappe retombe sur sa fille.
— Marthe ! Marthe ! mais tu n'as rien fait, toi ; mais tu es un ange, toi !
— Moi, répliqua la jeune fille d'un ton navrant, je suis la fille de mon père ! et c'est parce que je suis la fille de Mathu- 20 rin Raclot, que je fais peur à tout le monde, qu'on me regarde de travers, que je n'ai pas une amie à Aubécourt, qu'on me fuit comme une pestiférée !
En achevant ces mots, la pauvre enfant ne put plus retenir ses larmes et ses sanglots.
— Oh ! mon Dieu ! oh ! mon Dieu Seigneur ! gémissait la vieille femme.
La jeune fille essuya ses yeux, refoula ses sanglots, et, retrouvant son énergie :
— Chère nourrice, dit-elle, je te remercie. 30
— Oh ! non, ne me remercie pas ! s'écria la paysanne.
— Si, si, car il fallait absolument que je fusse éclairée. Je n'ai plus rien à te demander, je sais tout, maintenant.
— Marthe ! il y a quelque chose dans ton regard qui m'effraye. Mon enfant, que vas-tu faire 1
— Ce que je vais faire, nourrice, tu le sauras bientôt.
La résolution éclatait dans ses yeux é tin celants de : L'vre.
Elle se leva, saisit les deux mains de la vieille femme, les ra dans les siennes, puis l'embrassa avec une tendresse 40 le et s'élança hors de la maison.
Mathurin Kaclot n'était pas encore de retour de sa promenade habituelle lorsque Marthe rentra pour aller aussitôt s'enfermer dans sa chambre.
Accablée, elle s'affaissa sur un siège et resta un long instant absorbée en elle-même.
Elle sentait son effroyable malheur, sans oser en mesurer toute l'étendue. Mais elle pensait que, pour elle, maintenant, la mort était cent fois préférable à la vie.
— Enfin, se disait-elle, le voilà donc ce secret de l'étonnante lo fortune de mon père ! Il s'est enrichi par des moyens iniques,
monstrueux, en exploitant le malheur des autres avec une cruauté épouvantable ! Je suis la fille d'un usurier, d'un de ces hommes dont on ne parle qu'avec mépris, dont on se détourne avec horreur et dégoût.
Oh ! le malheureux ! Et je suis sa fille ! je suis sa fille !
J'ai été élevée, on a payé les trimestres de ma pension, tout ce que j'ai dépensé avec de l'argent maudit, de l'argent volé ! Je mange le pain de malheureux orphelins qui pleurent parce qu'ils ont faim ; qui grelottent de froid sous de misé- 20 râbles haillons ; ils n'ont ni bois ni charbon pour l'hiver, et je me chauffe, moi, devant le feu allumé dans cette cheminée !
Elle s'était levée et marchait à grands pas, en proie à une violente surexcitation.
— Oui, oui, c'est horrible ! s'écria-t-elle ; jusqu'aux vêtements que je porte, qui ne m'appartiennent pas !
Ses yeux tombèrent sur une glace,
— Et ces bijoux, fit-elle tristement, ces boutons à mes oreilles, et cette bague à mon doigt ... Oh ! ces bijoux, il me semble qu'ils me brûlent !
30 Elle enleva la bague de son doigt, les boutons de ses oreilles, les mit dans les écrins et les enferma dans un coffret où se trouvaient déjà le bracelet et les bijoux de peu de valeur qu'elle avait étant au pensionnat.
Elle était allée chez sa nourrice vêtue très simplement d'une robe de cachemire noir et qui n'était plus dans sa première fraîcheur. Elle avait d'autres toilettes plus élégantes, plus riches et faisant, surtout, mieux valoir sa beauté.
En se regardant dans la glace, elle soupira en se disant :
— Je suis bien ainsi.
40 Cependant Georges de Santenay était attendu au château et ne devait pas tarder à arriver.
Hélas ! Marthe ne pouvait et ne voulait plus s'occuper de choses de coquetterie.
A onze heures et demie, une domestique vint la prier de la part de son père de descendre au salon.
Georges, arrivé depuis un instant, était avec son futur beau-père.
M. Raclot avait un air guilleret et joyeux, qui contrasta singulièrement avec la douleur empreinte sur le visage de la jeune fille et son attitude résignée.
— Bonjour, mon père, bonjour, monsieur Georges, dit lo Marthe, en tendant sa main au jeune homme.
Étonné, anxieux, Georges prit la main, la serra doucement. Elle le laissa faire.
— Hum ! c'est drôle, murmura M. Raclot ; qu'est-ce que ça signifie 1
Georges avait pâli, son cœur s'était serré ; son inquiétude grandissait, et il avait le pressentiment vague de quelque malheur.
Il tenait toujours la main de Marthe et la regardait avec une sorte de stupéfaction. 20
M. Eaclot se grattait derrière l'oreille.
— Marthe, dit Georges à mi-voix, comme vous êtes triste, et quel singulier accueil vous me faites aujourd'hui !
Elle soupira.
— Marthe ! ma bien-aimée Marthe, qu'avez-vous 1 Est-ce que vous êtes souffrante 1 Ne voulez-vous pas me faire connaître la cause de votre peine 1
— Pas maintenant, monsieur Georges.
— Mais quand ?
— Après le déjeuner. 30
— Ainsi, Marthe, je ne me trompe pas, vous avez un chagrin 1
— Oui.
— Un gros chagrin î
— Oui.
Les trois personnages se trouvaient dans une situation pénible. Heureusement, la domestique vint annoncer qu'on pouvait se mettre à table.
Georges offrit son bras à sa fiancée et l'on passa dans la Sidle à manger. 4"
Le repas était des plus simples : des œufs à la coque, des
côtelettes, une purée de pommes de terre et des fruits pour dessert.
Mathurin Raclot ne se montrait prodigue en rien.
Après le café, M. Raclot, qui se sentait gêné, mal à son aise en voyant la tristesse de sa fille, son air contraint, se leva disant qu'il allait fumer sa pipe au jardin. Un prétexte pour s'esquiver et laisser aux deux jeunes gens toute liberté de causer.
— Mon père, dit Marthe, je vous prie de rester un instant 10 encore ; vous pouvez fumer ici votre pipe, comme vous en
avez l'habitude. J'ai quelque chose à dire à M. Georges de Santenay, et je désire que vous l'entendiez.
— Ah ! fit le paysan, regardant le jeune homme en clignant de l'œil.
Il bourra sa pipe, l'alluma, se remit sur son siège et dit :
— Eh bien, Marthe, voyons ce que tu as à raconter à M. de Santenay et qu'il faut que j'entende.
La jeune fille se tourna vers Gleorges, et, rassemblant toutes ses forces, s'armant de courage : 20 — Monsieur Georges, dit-elle, je vais vous causer une grande douleur, et, d'avance, je vous en demande pardon. Depuis votre dernière visite, j'ai longuement médité et, après de mûres réflexions, j'ai pris une résolution. Monsieur de Santenay, nous n'aurions jamais dû nous rencontrer ; ce malheur est dû à la fatalité ; mais vous m'oublierez, vous ne penserez plus à moi.
— Vous oublier, ne plus penser à vous ! exclama le jeune homme éperdu.
— Il le faut, monsieur Georges, j'ai pris la ferme résolu- 30 tion de ne pas me marier !
Le jeune homme laissa échapper un cri, et, livide, efîaré, n'en pouvant croire ses oreilles, il se dressa d'un bond, comme s'il eût senti la morsure d'un reptile.
M. Raclot, serrant sa pipe entre ses dents, mais ne fumant plus, ouvrait de grands yeux ahuris.
— Marthe, Marthe, que dites-vous ? s'écria Georges d'une voix étranglée.
— Ce qu'elle dit, fit Raclot, hum, hum, elle dit des bêtises !
40 Marthe lui jeta un regard qui le força à baisser les yeux, et, d'une voix ferme, prononça lentement :
— Je ne veux pas me marier !
Le jeune homme tenait sa main appuyée sur son front, n fit entendre une plainte sourde et s'écria :
— Mais je ne comprends pas, mon Dieu, je ne comprends pas ! Qu'est-ce que cela veut dire ?
A ces mots, ayant l'air très mécontent, M. Raclot sortit, referma la porte avec grand bruit, comme un homme en colère, et alla dans le jardin rallumer sa pipe éteinte.
La première pensée qui lui était venue en entendant Marthe déclarer qu'elle ne voulait plus se marier, ce fut lo celle-ci :
— Mais je ne demande pas mieux ; si elle ne se marie pas, les cinquante mille francs restent dans mon coffre.
L'avare se consolait ainsi facilement.
— Marthe, ma chère Marthe, poursuivit Georges, vous me frappez impitoyablement ; pourquoi, dites 1 Qu'avez vous contre moi "? Que vous ai-je fait ?
— Rien, monsieur Georges.
— Alors, pourquoi me traitez-vous ainsi 1 A quelle mauvaise influence obéissez-vous donc 1 Marthe, je vous en 20 conjure, parlez, expliquez- vous.
— Je n'ai rien à vous dire, monsieur Georges.
La malheureuse enfant tenait sa figiu-e cachée dans ses mains.
— Marthe, reprit le jeune homme, m'aimez-vous encore 1 Elle releva la tête et répondit avec un accent intraduisible :
— Oui, monsieur Georges, oui, je vous aime toujours.
— Vous m'aimez et vous me repoussez sans pitié ! est-ce compréhensible ?
— Je ne peux pas être votre femme. 3°
— Mais pourquoi, mon Dieu, pourquoi 1
— Si j'avais pu vous répondre, vous n'auriez plus à m'interroger.
— Je vois bien qu'un obstacle s'est dressé brusquement entre vous et moi ; Marthe, faites-le-moi connaître et je le briserai !
— Contre cet obstacle, monsieur Georges, nous ne pouvons rien, ni vous, ni moi, ni personne.
— Et je ne dois pas savoir de quelle nature il est ?
Elle répondit par un mouvement de tête. 40
— Mais c'est donc un secret " fit le jeune homme.
— Oui.
- — Alors il faut que je renonce à vous ?
— Oui, monsieur Georges.
— Pour toujours 1
— Pour toujours.
Il y eut un assez long silence.
— Marthe, reprit le jeune homme, je vais aller retrouver votre père, que dois- je lui dire 1
— Que ma résolution est inébranlable, lo n se fit un nouveau silence.
— Mademoiselle Marthe, reprit Georges, selon votre inexorable volonté, je vais m'éloigner de vous pour toujours.
— Oui, pour toujours.
— Et nous ne nous reverrons plus 1
— Il le faut.
— Et vous voulez que je vous oublie 1
— Oui, oui, oubliez-moi !
— Adieu, mademoiselle Marthe.
— Adieu, monsieur Georges.
2o Le jeune homme rejoignit M. Eaclot, qui se promenait soucieusement dans une allée du jardin. Il vit tout de suite que Georges était désespéré.
— Eh bien ^ interrogea-t-il, sans la moindre émotion. Le jeune ingénieur secoua tristement la tête.
— Vous n'êtes donc pas arrivés à vous entendre 1
— Tout est fini, monsieur ; le bonheur de ma vie est brisé ! Je ne reverrai plus M"^ Marthe ; elle m'a demandé de ne plus penser à elle, de l'oublier. . . Mais cela, c'est impossible.
— Vous ne lui avez donc pas parlé de la bonne manière 1 30 — Tout ce que mon cœur a pu m'inspirer, je le lui ai dit.
— Enfin qu'a-t-elle répondu ?
— Toujours la même chose : je ne veux pas me marier !
— Mais pourquoi ?
— C'est son secret, monsieur, et elle le garde.
Le jeune homme soupira, prit congé de M. Raclot, et, une demi-heure plus tard, il était déjà loin d'Aubécourt.
Vainement il cherchait une explication à la conduite étrange de l'infortunée jeune fille, il n'arrivait pas à comprendre. Évidemment, il y avait là un mystère. 40 II n'y avait en lui aucune colère, et il sentait, d'ailleurs, que Marthe était une victime.
tÊ MILLION DU PÈRE RACLOT SÔ