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M. Raclot. Tonnerre! c’est à nier l’existence de Dieu.
« Vois-tu,Collot, j'ai quittéle pays parce que, si j'y étais resté, j'aurais fait un mauvais coup. Oui, j'aurais chargé mon fusil comme pour la chasse au loup, et, caché derrière une haie, je l'aurais attendu et tué raide !
— Alors, mon pauvre Stanislas, tu as bien fait de t’en aller.
— Oui. Et pourtant que de malheureuses victimes crient vengeance, à commencer par Céline Noirot, la femme de Raclot. Céline n’était pas une mauvaise femme, loin de là; mais Dieu seul sait ce qu’elle a enduré, elle fut une martyre; son scélérat de mari l’a fait mourir à la peine.
— Oh! c’est bien vrai.
— Et le notaire Poncelet, sait-on ce qu'il est devenu?
— Onditqu'il est allé demeurer à Paris.
— Il doit être assez riche pour cela, après avoir aidé Raclot, comme il l’a fait, dans toutes ses coquineries. Encore un
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brigand qui, comme M. Raclot, devrait être au bagne. Mais il n’y a pas de justice pour des gueux de cette espèce. Combien y a-t-il de temps que le notaire Poncelet a vendu son étude ?
— Deux ans.
— Est-on content du nouveau notaire?
— Très content. C’est un jeune homme de trente ans et d’une famille des plus honorables ; il a étudié son métier à Paris et il en sait long; il est très affable, très accueillant avec tout le monde et il a tout à fait l’air de vouloir bien faire.
— Tant mieux pour le pays.
Les deux hommes passèrent à un autre sujet de conversation.
On devine dans quel douloureux état se trouvait la pauvre Marthe; ce qu’elle venait de souffrir et ce qu’elle souffrait encore ne saurait se décrire.
À Raucourt, village avant Ligoux, le paysan appelé Collot quitta son compagnon; il était arrivé à destination.
La voiture s'étant remise à rouler, Sta-
nislas jeta les yeux sur sa compagne de voyage. |
— Madame ou mademoiselle, dit-il, nous allons probablement faire route ensemble jusqu'à Aubécourt; est-ce que vous êtes des environs d’Aubécourt, madame ?
La jeune fille ne répondit pas, et sa
tête, lourde de sombres pensées, resta inclinée sur sa poitrine.
— Elle dort, murmura le voyageur.
Il se mit à son aise, en allongeant les jambes, appuya sa tête dans le coin du coupé, et ferma les yeux. C’est ce qu’il
avait de mieux à faire à côté d'une compagne de route qui ne répondait pas.
À l'entrée d’Aubécourt, Marthe pria le messager de s'arrêter. Elle descendit de voiture et s'éloigna rapidement.
— Quelle est donc cette dame? demanda le voyageur au messager.
— D'abord, monsieur, cette dame est une demoiselle; voyons, est-ce que vous ne la connaissez pas ?
— Non, je ne la connais pas; il est vrai que je n'ai pas pu voir sa figure. Est-ce qu’elleest d’Au- a | bécourt }
— Bien sûr, qu'elleest d'Au- } bécourt , c'est fi M'° Marthe Raclot.
— Oh! fit
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l’homme, se rejetant au fond du coupé.
Puis, d'une voix sourde, il grommela entre ses dents :
— Après tout, tant pis pour elle et pour son père ; je n'ai pas un seul mot à retirer de ce que j'ai dit.
Quand Marthe rentra, la nuit était tout à fait venue; son père l’attendait pour diner. Il s’aperçut bien que sa fille avait quelque chose, qu’elle était contrariée, mais il ne prit pas la peine de la questionner.