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— Oui, monsieur Georges, oui, je vous aime toujours. |
— Vous m'aimez et vous me repoussez sans pitié ! est-ce compréhensible ?
— Je ne peux pas être votre femme.
— Mais pourquoi, mon Dieu, pourquoi?
— Si j'avais pu vous répondre, vous n'auriez plus à m'interroger.
— Je vois bien qu'un obstacle s’est dressé brusquement entre vous et moi; Marthe, faites-le-moi connaitre et je le briserai !
— Contre cet obstacle, monsieur Georges, nous ne pouvons rien, ni VOUS, ni moi, ni personne.
— Et je ne dois pas savoir de queile nature il est»
Elle répondit par unmouvement de tête.
— Mais c'est donc un secret? fit le jeune homme.
— Oui.
— Alors il faut que je renonce à vous?
— Oui, monsieur Georges.
—Pour toujours?
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— Pour toujours.
— Ah! tenez, Marthe, s’écria le jeune homme avec un mouvement d’impatience qu'il ne put réprimer, je ne sais que penser! Encore une fois, Marthe, vous me donnez le droit de supposer les choses les plus invraisembhlables.
La jeune fille tressailit et regarda Georges avec une anxiété visible et comme si elle eût voulu pénétrer le fond de sa pensée.
— Ah! que je suis malheureuse! s’écria-t-elle tout à coup.
A bout de forces, elle s’affaissa lourdement sur son siège, et, cachant de nouveau sa figure dans ses mains, elle éclata en sanglots.
Georges aussi se mit à pleurer.
— Ah! Marthe, Marthe, dit-il en gémis.
sant , où est-elle la félicité que nous avions rêvée ?
— Taisez-vous, taisez-vous! réponditelle d’une voix brisée, vous me mettez à la torture!
Il y eut un assez long silence.
— Marthe, reprit le jeune homme, je vais aller retrouver votre père, que dois-je lui dire ?
— Que ma résolution est inébranlable.
— C'est-à-dire que vous ne voulez plus de Georges de Santenay pour mari.
— Monsieur Georges, répliqua-t-elle, je ne peux plus être votre femme, ni celle d'un autre.
— Vous ne parlerez pas toujours comme maintenant, dit le jeune homme avec une certaine aigreur; un autre sera plus heureux que moi.
Marthe se dressa à demi, un éclair dan le regard.
— Mais qui donc voudrait épouser une fille comme moi! s’écria-t-elle éperdue.
Georges fit deux pas en arrière, saisi d'une horrible pensée qu'il repoussa aussitôt, d’ailleurs.
Il ne pouvait pas plus douter de la vertu et de la pureté de Marthe que de la lumière du soleil.
Il se fit un nouveau silence.
— Mademoiselle Marthe, repritGeorges, selon votre inexorable volonté, je vais m'éloigner de vous pour toujours.
— Oui, pour tou-
jours.
— Et nous ne nous reverrons plus ?
— ]l le faut.
— Et vous voulez que je vous oublie à
— Oui, oui, oubliez - moi !
— Adieu, mademoiselle Marthe.
— Adieu, monsieur Georges.
— Ainsi, Marthe, voilà votre dernier mot, et vous l'avez prononcé froidement. Ah! tenez, j'en suis à me demander si réellement vous avez du cœur.
L'héroïque jeune fille laissa échapper un cri déchirant.
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— Ah! c'est trop! c’est trop! gémitelle.
Elle se tordait convulsivement les bras, la pauvre désespérée.
— Mais que voulez-vous donc que je dise, que voulez-vous donc que je fasse?
s’écria-t-elle, folle de douleur.
Georges comprit enfin qu'il n’avait plus à espérer, que tout était fini. Il enveloppa Marthe d'un long regard où la compassion se mélait à la douleur, laissa échapper un gémissement et s’élança hors du salon.
— Ah! je voudrais être morte! murmura la jeune fille.
Elle laissa retomber sa tête dans ses mains et resta comme écrasée sous le poids de son malheur.
Le jeune homme rejoignit M. Raclot, qui se promenait soucieusement dans une allée du jardin. Il vit tout de suite que Georges était désespéré.
— Eh bien? interrogea-t-il, sans la moindre émotion.
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Le jeune ingénieur secoua tristement la tête.
— Vous n'êtes donc pas arrivés à vous entendre ?
— Tout est fini, monsieur; le bonheur de ma vie est brisé! Je ne reverrai plus M'e Marthe ; elle m'a demandé de ne plus penser à elle, de l'oublier. Mais cela, c’est impossible.
— Vous ne lui avez donc pas parlé de la bonne manière ?
— Tout ce que mon cœur a pu m'inspirer, je le lui ai dit.
— Enfin qu’a-t-elle répondu
— Toujours la même chose : je ne veux pas me marier!
— Mais pourquoi ?
— C'est son secret, monsieur, et elle le garde.
Le jeune homme soupira, prit congé de M. Raclot, et, une demi-heure plus tard, il était déjà loin d’Aubécourt.
Il s’en allait désespéré, la mort dans l'âme, réfléchissant amèrement à l’insta-