‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 56 sur 102 · A PP · texte numérisé non relu

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M. et M" Monnier donnaient leur petite fête à laquelle assistait M'e Lormeau, leur nouvelle amie. I : gendre des époux Monnier, le notaire Kousselet, se trouva placé à table à côté de M'° Lormeau.

Homme du monde, gracieux, aimable, d’une politesse exquise, ayant, enfin, du savoir-vivre, le jeune notaire fit facilement la conquête de sa voisine.

M'e Lormeau, qui s’enthousiasmait vite, déclara que M. Rousselet était charmant et qu'elle ne voulait plus avoir que lui pour notaire.

— Bravo! s'écria M. Monnier en riant, une nouvelle et bonne cliente pour mon gendre.

À la suite du dîner, il y eut une petite sauterie avec intermèdes de musique et de chant, un moyen fort agréable de faire reposer les jambes.

A table, M' Lormeau n'avait pas manqué de parler de Georges de Santenay, ingénieur des ponts et chaussées, et de dire, avec un certain orgueil, que ce jeune

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homme d’un si bel avenir était son neveu.

Bien sûr, M'e Lormeau voulait voir ce que dirait le notaire. C'était une amorce.

Mais on était à table, plusieurs personnes pouvaient entendre, et le notaire, en homme prudent, avait gardé le silence.

Mais, dans la soirée, pendant qu'une grande fille rousse, sèche et prétentieuse, jouait tant bien que mal un morceau de piano tiré de la Fille du Régiment, et que sa mère, en écoutant, se pâmait d’admiration, M. Rousselet vint s'asseoir près de M'e Lormeau.

— Ainsi, mademoiselle, dit-il, vous êtes

la tante de M. Georges de Santenay?

— Vous connaissez sans doute mon

neveu, monsieur ?

— Oui, par tout le bien que j'entends dire de lui; et puis, je l'ai vu une fois à Aubécourt.

— Il était fort épris de M'® Marthe Raclot, et cette rupture, que vous connaissez, monsieur Rousselet, lui a causé un grand chagrin; nous parviendrons difficilement à le consoler.

À ce propos, monsieur, vous me seriez très agréable en me disant pourquoi, et d'une façon si inattendue, M'° Raclot a déclaré à mon neveu et à son père qu'elle ne voulait plus se marier.

— Comment! réplhiqua le notaire avec surprise, c'est M'ie Raclot qui n'a plus voulu épouser monsieur votre neveu?

— Oui, monsieur.

— Eh bien! mademoiselle, tout le monde, à Aubécourt, croit, au contraire, que c'est M. Georges de Santenay quina plus voulu de ce mariage.

— Ah!le monde croit cela?Il se trompe, monsieur. La vérité est la vérité, Georges de Santenay a subi un affront; mais il ne touche pas à notre honneur, Dieu merci, et nous n'avons pas à en rougir.

— Bien certainement, mademoiselle, et M. Georges de Santenay ne peut que gagner en estime et en considération pour ne pas avoir épousé M'° Raclot.

— Je sais que M. Raclot est un riche propriétaire d'Aubécourt.

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— Et c'est tout)

— Je ne suis jamais allée à Aubécourt, je n'ai jamais vu M. Raclot et je ne le

connais pas autrement.

— Alors, vous ignorez qu'il y a vingt et quelques années il n'était qu'un pauvre domestique de ferme ?

— J'ignorais cela, en effet, mon-

sieur. Ainsi, sa fortune lui vient d’héritage ?

— Connaissez-vous le chiffre de la fortune de M. Raclot? demanda le notaire, évitant de répondre à la question que lui adressait la vieille demoiselle.

— Mon Dieu non, monsieur, et je vous avoue que mon neveu, le général de Santenay et moi ne nous en sommes guère

préoccupés.

— Quelle dot M. Raclot donnait-il à sa

fille à

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— Cinquante mille francs.

— Il ne se montrait pas excessivement généreux, fit le notaire en souriant. Eh bien, mademoiselle, on peut hardiment évaluer aujourd’hui la fortune de M. Raclot à un million et demi.

— En vérité! exclama M'° Lormeau.

— En terre seulement, M. Raclot possède plus d’un million, et je suis à peu près certain qu’il a plus de quatre cent mille francs dans son coffre-fort en numéraire et en valeurs mobilières.

«Il donnaità sa fille une dot de cinquante mille francs quand M'ie Marthe, dont la mère est décédée, a le droit de réclamer, en se mariant, la moitié de cette fortune, c'est-à-dire l'héritage de sa mère, mariée sous le régime de la communauté. D’après cela, mademoiselle, vous pouvez déjà commencer à juger M. Raclot.

— Dame, je trouve qu’il n’agissait pas honnêtement avec sa fille.

— Je ne saurais vous dire, mademoiselle, pourquoi M'° Raclot n’a plus voulu

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épouser M. Georges de Santenay; il ya là un mystère. Mais je ne serais pas surpris en apprenant un jour que la jeune fille a subi l'influence de son père. M. Raclot a probablement eu peur d’être forcé de rendre à sa fille et à son gendre ses comptes de tutelle.

— Mais c'est donc un avare, ce monsieur Raclot?

— Oh! s’il n’était qu'avare!

— Vous m'effrayez, monsieur Rousselet.

— Je n'ai rien à dire de M'e Marthe, que je connais à peine et qui a été, paraîtil, très bien élevée.

— Chez les dames dominicaines, monsieur, au même pensionnat que ma nièce, Mathilde de Santeray.

— Je sais cela, mademoiselle; les deux jeunes filles, à peu près du même âge, s'étaient liées d'amitié.

— Oui, monsieur, et l'amour de mon neveu pour M'e Marthe fut la conséquence de cette amitié entre les deux jeunes filles.

« J'ai eu l’occasion de voir M'° Raclot

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plusieurs fois chez mon beau-frère, le général; c'est une jeunc fille charmante sous tous les rapports; on ne dirait point qu’elle est la fille d'un paysan, car elle a une grande distinction; elle est gracieuse, aimante, très douce, très instruite, spirituelle et possède l'art de se faire aimer:

aussi avais-je approuvé, sans même faire une objection, le mariage de mon neveu.

— Malheureusement, mademoiselie, clle est la fille de M. Raclot. Et, malgré la grande fortune de ce dernier et les belles qualités de M'° Marthe, au lieu de regretter que son mariage n'ait pas eu lieu, M. de Santenay doit s’en féliciter.

— Pourquoi, monsieur?

— En épousant M'#Raclot, M. Georges de Santenay eût perdu l'estime de tous les honnêtes gens.

— Mon Dieu, monsieur Rousselet, mais qu'est-ce donc que ce M. Raclot?

— Un homme comslètement déconsidéré, mademoiselle.

— Oh!

— Bien que les moyens dont il s'est servi pour s'enrichir soient connus de tout le monde dans la contrée, poursuivit M. Rousselet, si j'étais le notaire de M. Raclot, mon devoir serait de garder le silence et je ne me ferais pas, ici, l'écho de mille voix indignées ; mais je n'ai des relations

d'aucune sorte avec M. Raclot, et puis je crois rendre un sérieux service à la famille de Santenay en l’édifiant sur le compte d’un homme dont M. Georges de Santenay a été surle point d’épouser la fille.

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Peu de temps après avoir acheté l'étude de M° Poncelet et m'être installé à Aubécourt, j'ai eu connaissance, par la rumeur publique d’abord et ensuite par les papiers de l’étude, des manœuvres de M. Raclot:; alors, je lui ai déclaré tout net que je ne voulais me mêler en quoi que ce soit de ses affaires. Il se l’est tenu pour ditet a pris un autre notaire. Quand l'étude est obligée de lui fournir des renseignements, c'est au premier clerc qu’il s’adresse.

Ici, et très brièvement du reste, le notaire fit connaitre à la vieille demoiselle les agissements iniques du féroce usurier.

M'° Lormeau était au comble de la stupéfaction.

Ah! c'était bien un grand misérable, un vil coquin, ce paysan qui, par-dessus tout, avait encore l'audace de se donner des airs de châtelain.

Et son neveu avait failli épouser la fille d’un pare'l homme!

A cette pensée, elle se sentait frissonner dans tout son être.

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tude — Maintenant, mademoiselle, reprit de M° Rousselet, vous comprenez pourquoi meur je vous disais, tout à l’heure, que M. Georpiers ges de Santenay n'avait pas à regretter, clot; mais au contraire à se féliciter de ne pas je ne | avoir épousé M' Marthe Raclot.

it de — Ah! monsieur, si ce mariage s’était teta fait, malgré notre ignorance des horribles le est choses que vous venez de me révéler, nents, c'était le déshonneur de mon neveu! Et e. À quelle honte pour notre famille!

le no- Il faut, en effet, monsieur Rousselet, oiselle “ que ce Raclot soit un homme bien épousurier. vantable pour que sa fille ait été forcée de la stu- s'éloigner de lui.

— Ah! vous savez que M'° Raclot a

ble, un quitté son père?

essus a ù : — Oui, monsieur, mais je n’en connais onner pas la cause.

= | danoi lle, on n'est ja fille 4 À Aubécourt, made , 0 pas mieux instruit que vous.

risson- — On doit savoir, toutefois, où est

actuellement M'ie Raci:tà

Dur a

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