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— Mademoiselle, répondit-il, je crois devoir vous dire que Île château n'est pas d'une vente facile; 1l est branlant de toutes parts et a besoin de réparations urgentes.
— Qu'on paye ce que l'on doit payer, c'est bien, répliqua Marthe; mais ne me parlez pas de dépenser un sou autrement.
— Alors, vous ne trouverez pas d'acquéreur pour le château, une ruine.
— Eh bien, qu'iltombe, qu'il s'écroule ! s’écria Marthe avec une sorte d’emportement.
Plus calme, elle continua :
— Nous vendrons seulement le domaine et les bois qui en font partie.
— Si je vous comprends bien, mademoiselle, vous voudriez vendre immédiatement.
— Oui, oui...
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— Et, autantque possible, argent comptant.
— Oui, monsieur, voilà bien ce que je voudrais.
— Chose extrêmement difficile. Pour se rendre acquéreur du domaine et des bois qui en dépendent, il faut avoir une fortune relativement considérable, et, je ne vous le cache point, mademoiselle, je ne vois pas du tout où vous trouverez un acquéreur. Assurément, on peut mettre le domaine en vente, mais peut-être faudra-t-il attendre plusieurs années avant
qu’un acquéreur sérieux se présente.
— Nous ne pouvons pas attendre, monsieur Rousselet.
— Oui, puisque vous voulez réaliser immédiatement; seulement, à l’impossible nul n’est tenu.
— Et pourtant, il nous faut de l’argent.
— Vous en avez, puisque je vous donne l'assurance que vous trouverez au moins quatre cent millé francs dans la caisse de M. Raclot.
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— Ce n’est pas assez, Monsieur Rousselet, il faut absolument vendre le domaine. On ne trouvera pas d’acquéreur, dites-vous; eh bien! vous vendrez par morceaux, par lots.
— Soit; dans ces conditions, l’opération peut réussir.
« Maintenant, parlons des autres propriétés ; avez-vous aussi l'intention de les vendre?
— Nous vendrons la ferme des Treilles qui se compose en grande partie de vignes.
— Et celle.du Courant? Et celle des Bosquets ? Et les herbages des Noues et de la Hourie ?
— Nous n'avons pas à les vendre, monsieur Rousselet.
— Alors, vous gardez les deux fermes et les clos?
La jeune fille regarda le notaire et un doux sourire courut sur ses lèvres.
— Dans ce cas, ajouta M. Rousselet, vous aurez besoin d’un régisseur.
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La jeune fille eut un nouveau sourire.
— Les clos et les deux fermes ne m'embarrassent pas, dit-elle. Monsieur Rousselet, continua-t-elle, les deux clos ont été formés par la réunion d’un certain nombre de parcelles de prairie acquises successivement par mon père; les actes que vous avez ici vous diront quels étaient les anciens propriétaires; ils sont dix, ils sont quinze, vingt peut-être; quant aux fermes, celle du Courant appartenait, lorsque mon père l’a achetée, à M"° veuve Lambert et à ses deux jeunes enfants; celle des Bosquets était la propriété des enfants mineurs Charbonnet.
— Oui, mademoiselle.
— Eh bien, monsieur Rousselet, reprit Marthe, en élevant la voix, vous, mon mandataire, ayant pouvoir d’agir en mon nom, vous rendrez à M'"° Lambert et à ses enfants la ferme du Courant, aux enfants Charbonnet la ferme des Bosquets et les parcelles de prairie à ceux qui en ont été dépossédés.
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Le notaire s'était dressé debout comme par un ressort.
— Que dites-vous, mademoiselle! exclama-t-1l,
— Je dis, monsieur, répondit la jeune fille en se levant à son tour, que l'heure de la justice est venue; je dis qu’il est grand temps de rendre à ces malheureux ce qui leur a été pris.
— Ah! s’écria le notaire, la gorge serrée par l'émotion, je comprends, je comprends enfin!
— Eh bien, monsieur Rousselet, voulez-vous toujours être avec moi?
— Si je le veux! répondit-il, les yeux pleins de larmes, si je le veux! Oh!
mademoiselle ! Oh ! noble enfant!
Ilessuya vivemenises yeux et continua :
— Pardonnez à mon émotion, mademoiselle, et laissez-moi vous contempler, laissez-moi vous admirer!
— Oh! monsieur, dit Marthe, devenue toute rouge, vous me rendez confuse, honteuse !
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(A — Pardonnez-moi encore, mademoiselle; mais ce que vous voulez faire est si beau, si grand !..
ue — Mon devoir, monsieur.
— Oh! votre devoir !
— Strictement mon devoir, monsieur Rousselet. Je sais tout, monsieur; je sais par quelles manœuvres honteuses, odieu- 448 ses, mon malheureux père s'est enrichi, et je veux, autant qu'il me sera possible, alu consoler ceux qu'il a mis dans la peine, | L essuyer les larmes des victimes, rendre Fo aux orphelins le pain arraché de leur bouche, réparer, enfin, tout le mal qu'il À a fait! Je ne veux pas que, comme sa vie, la mémoire de mon père soit maudite.
— Mademoiselle Marthe, les victimes oublieront en vous bénissant.
à — Ah! je ne demande qu’une chose, monsieur ; vivre en paix avec moi-même.
— C'est bien. Mais ne restez pas debout, mademoiselle, asseyons-nous et
causons.
— Oui, monsieur, causons.
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emoi- — Mademoiselle Marthe, c'est un imre est mense honneur que vous me faites en voulant m'associer à votre grande œuvre TR de réparation. :
— Je savais que je pouvais m'adresser ex.
nsieur à vous en toute confiance. : ll Jets — Merci, mademoiselle ; mon dévoue- À odieu- ment sera à la hauteur de votre confiance. nrichi, Sans tarder, je vais me mettre au travail, d”" yssible, établir mes calculs et préparer les actes no | peine, de restitution. F rendre — Oui, monsieur Rousselet, sans rele leur tard; seulement je vous demande une
chose.
— Dites.
— Votre travail sera un peu long, sans doute; je vous prie de n’en parler à personne ; je voudrais que ce que nous allons faire ne fût connu qu'au dernier moment.
— Le secret en sera gardé, je vous le RU promets.
— Merci. Vous venez de me parler de 1 calculs que vous avez à faire, pouvez-vous me dire en quoi ils consistent ?
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— Certainement, mademoiselle, il faut que j'établisse le compte de chacun des intéressés afin de fixer leurs droits dans la restitution générale.
— Je ne comprends pas bien, monsieur.
— Oh! c’est bien simple.
—- Soit; mais, je vous l’ai dit, je n’entends rien aux affaires.
"a —- Eh bien, mademoiselle, prenons, par exemple, la ferme du Courant; M. Raclot a prêté au fermier Lambert une somme fictive de cent trente mille francs, je crois, À et en réalité de soixante-dix ou soixantèj quinze mille francs. À ce capital doivent s'ajouter les intérêts capitalisés à cinq pour cent jusqu'au jour.où la veuve Lambert a été expropriée. Or, si comme vous en avez l'intention, vous faites rentrer la à veuve Lambert en possession de la ferme, : elle vous doit la somme prêtée à son mari a par votre père, plus les intérêts capitalisés ; alors, comme garantie, nous prenons hypothèque. Vous comprenez bien, n'est-ce pas ?
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