‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 75 sur 102 · PL LL L ME · texte numérisé non relu

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l'usure de l’autre, rapportaient plus que le travail des bras.

Mon père ne cessait d'acheter des terres et il acheta si bien qu'il devenait, en moins de quinze ans, le | he plus riche propriétaire d'Aubécourt.

— Mais, mademoiselle, votre mère a fait un magnifique héritage.

— Ah! oui, lhéritage de ma grand-tante Martin. Parlons de cet héritage, monsieur Rousselct.

— Deux cent cinquante mille francs, mademoiselle.

— Qui sont tombés entre les mains de mon père par suite d’une captation monstrueuse.

— Mais le testament de la veuve Martin…

— Est un acte inique, monsieur, interrompit la jeune fille avec violence.

288 Le Million du père Racïot

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— Me Martin a, en effet, déshérité son frère au profit de sa nièce, votre mère.

— Je veux bien qu’elle ait été circonvenue; mais, dans cette circonstance, sa conduite n'en a pas moins été odieuse.

C'était son frère, monsieur Rousselet. Et le malheureux déshérité, chargé de famille, — cinq enfants, — était pauvre, dans la misère.

« Ah! ce fatal héritage ! il a été la source de toutes les iniquités de mon père.

« Mon grand-oncle Bertrand n'existe plus, sans doute; mais il y a ses enfants, qui sont probablement aussi, aujourd’hui, chargés de famille et dans la misère. On les a dépouillés, monsieur Rousselet; à eux aussi il faudra restituer.

— Cent vingt-cinq mille francs, mademoiselle, car la moitié de l'héritage revenait de droit à votre mère.

— ‘Vous oubliez de mettre en compte les intérêts capitalisés, de mettre en compte également, monsieur, les longues années de souffrances que la spoliation a

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fait endurer à mes pauvres parents. C’est deux cent cinquante mille francs, espèces, qu'il vous faut pour eux. Vous voyez, monsieur Rousselet, que nous avons besoin de beaucoup d'argent.

— Certes, de la façon dont vous y allez!

— Est-ce que vous ne m'approuvez pas ?

— Mais si, mais si, je vous approuve; seulement...

— Oh! pas de restriction, monsieur, soyez avec moi, entièrement avec moi.

— Oui, je suis avec vous, comme vous le voulez.

— À la bonne heure!

— Mais quel enfant terrible vous êtes!

Enfin, c'est bien, les restitutions seront faites selon votre volonté, et, quand nous aurons vendu les Treilles, le domaine et les bois, il vous restera tout de même une petite fortune assez gentille.

— Voyons, monsieur Rousselet, vous ne voulez donc pas me comprendre?

— Pardon, mademoiselle, mais il me semble.

— Je vous ai dit et je vous répète que je ne veux rien, rien absolument de la fortune de mon père.

— Hé, mademoiselle, riposta le notaire avec un mouvement d'impatience qu'il ne put réprimer, soyez grande, soyez magnifique, soyez la jeune fille la plus extraordinaire qui ait jamais existé ; inspirez toutes les admirations, faites naître tous les enthousiasmes; placez-vous sur un piédestal qui s'élève jusqu'au ciel, soyez un ange, une divinité! Mais quand l’œuvre de réparation sera accomplie comme vous l’entendez, comme vous l’exigez, que voulez-vous que je fasse de ce qui restera encore de l’héritage de votre père?

— Que restera-t-il donc, monsieur Rousselet? demanda la jeune fille en souriant.

— Je ne peux pas dire au juste, peutêtre trois cent mille francs.

— Allons, monsieur, ne soyez pas embarrassé ; comme nous ne connaissons, ni

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vous ni moi, toutes les victimes, vous mettrez en réserve cent mille francs, qui vous permettront de donner satisfaction aux réclamations qui pourront se produire plus tard.

Avec les deux cents autres mille francs auxquels viendra s’adjoindre ce qui restera des cent mille francs en réserve, nous fonderons à la ville ou ici même, à Aubécourt, un hospice pour les vieillards.

— Ce que femme veut, Dieu le veut, dit le notaire.

Et il s’inclina respectueusement devant la jeune fille.

Celle-ci se leva, et tendant sa petite main fine et blanche . M. Rousselet :

— Tout de suite vous allez travailler pour moi, n'est-ce pas monsieur ? dit-elle.

— Dès ce soir, mademoiselle.

— Plusieurs de nos malheureux ont abandonné le pays.

— Nous saurons les retrouver.

— Vous aurez aussi à savoir ce que

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sont devenus mon grand-oncle Bertrand et ses enfants.

— Ilyaici, dans le dossier du testament de la veuve Martin, deux lettres que M. Bertrand a adressées autrefois à mon prédécesseur; ces lettres, qui indiquent un domicile, nous aideront à retrouver vos parents de Paris. Aujourd'huimême, je vais écrire à un de mes amis en lui donnant mes instructions, et bientôt, Je l'espère, nous saurons si votre grandoncle existe encore et ce que font vos petits-cousins.

— C'est bien, monsieur Rousselet, c'est très bien. Je ne retournerai à la communauté que lorsque vous n'aurez plus besoin de moi. Chaque fois que vous aurez une communication à me faire, une signature à me demander, vous pourrez me faire appeler ou venir me trouver chez la

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