‹ Le million du père Raclot [microforme]Chapitre 76 sur 102 · PR PP PP PL · texte numérisé non relu

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bonne mère Laugier,.ma vieille nourrice.

— C'est entendu, mademoiselle, répondit le notaire.

Et il reconduisit la jeune fille jusque dans la rue.

Il rentra dans son cabinet et resta un long moment pensif.

— Est-il possible,murmura-t-il, quecette adorable enfant veuille se faire religieuse ?

Quant à Marthe, elle se sentait heureuse comme un pauvre oiseau longtemps captif, qui vient de reprendre sa liberté.

Les sourdes colères de sa conscience commençaient à s’apaiser.

Toutefois, elle sentait bien qu’elle ne rentrerait complètement en paix avec ellemême que le jour où tout le mal fait par son père serait réparé.

Jusque-là, constamment, elle aurait présent à la pensée le sombre tableau des misères, des souffrances de tant de malheureux si odieusement dépouillés.

Oh ! oui, elle avait hâte de sécher les larmes des victimes !

En songeant aux orphelins, à ces enfants haves, qu’elle croyait voir couverts de haillons, les pieds nus, tendant la main, implorant la charité publique, elle sentait son cœur se briser et frémissait dans tout son être. C'était une angoisse indicible qui étreignait son âme.

En pensant à son grand-oncle Bertrand, elle se disait :

—— Mon Dieu, s’il vivait encore, comme je serais heureuse!

Et les mains jointes, le regard au ciel, clle s’écriait :

— Ma mère, ma mère, es-tu contente de ta fille!

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à son nouveau travail et ne plus le quitter d’un instant, afin de mener à bien, dans ; le plus bref délai possible, l’œuvre de :

restitution et de réparation.

Nature noble et généreuse, M. Rous-

selet était, sous tous les rapports, digne Ni | de la confiance de Marthe, et il était fier A! | de la mission qu’il avait à remplir. C'était Lu É

un honneur. Et, en dehors de sa satisfac-

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296 Le Million du père KRaclot

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tion personnelle, que n'allait pas gagner en considération, en renommée, le collaborateur de M'e Raclot ?

A peine Marthe l’eut-elle quitté qu’il s’assit à son bureau et écrivit à son ami de Paris, un jeune notaire qui avait été,

comme lui, premier clerc dans une des principales études de la grande ville.

Il lui donnait l’adresse de l’ouvrier fondeur Jules Bertrand, indiquée sur les lettres du frère de la veuve Martin, et le chargeait d'obtenir sur l’ouvrier et sa famille tous les renseignements possibles.

En même temps, M. Rousselet priait son ami de lui envoyer immédiatement

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deux clercs intelligents, actifs, travailleurs, sérieux et de bonne compagnie.

M. Rousselet avait besoin de deux aides et il les voulait choisis.

Les deux clercs travailleraient avec lui, dans son cabinet, mangeraient à sa table, coucheraient dans la maison, n'auraient aucune communication avec les clercs de l'étude et ne devraient parler à qui que ce fût de leur travail avec M. Rousselet.

Sa lettre écrite et portée au bureau de poste, le notaire se mit à compulser et à mettre en ordre les nombreux et volumineux dossiers Raclot.

Il consacra à ce travail toute sa journée, jusqu’à minuit, et le lendemain de sept heures du matin à midi.

A deux heures, le juge de paix ayant été prévenu, on fit au château la levée des scellés.

On trouva dans le coffre-fort de Mathurin Raclot cinq cent trente-deux mille francs en espèces, billets de banque, rentes sur l’État, actions et obligations de

chemins de fer. Plus, dans un petit coffret, les bijoux donnés à Marthe par son père.

Dans la soirée, pendant que ses clercs commençaient à inventorier, le notaire porta le coffret à la pensionnaire de la mère Laugier.

Ces bijoux m'ont été donnés par mon père, en effet, dit la jeune fille à M. Rousselet, mais j'ai cru devoir les lui rendre; vous voudrez bien les considérer comme objets mobiliers appartenant à la succession, les comprendre dans votre inven-

taire et les faire figurer à votre vente mobilière.

— Mais, mademoiselle, permettezmoi...

— Vous connaissez mes intentions, monsieur Rousselet, je vous en prie, n’insistez point.

Le notaire dut remporter le coffret et ce qu'il contenait.

Le lendemain, le trésor de l’avare était

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porté à la ville et déposé à la succursale de la Banque de France.

En même temps qu’il procédait activement à l'inventaire des biens, meubles et immeubles laissés par Mathurin Raclot, M. Rousselet prenait ses dispositions pour la prochaine mise en vente du domaine d’Aubécourt, des bois de Raucourt et de Ligoux, le tout divisé en quatorze lots, et des diverses propriétés formant le fermage des Treilles. Ce fermage, nous l'avons dit déjà, se composait en partie de vignes, et pouvait se diviser, au gré des acquéreurs du pays, en un nombre de lots plus ou moins considérable.

Le jeune notaire connaissait le monde à qui il allait avoir affaire et savait que ces propriétés morcelées, appelées par le défunt sa ferme des Treilles, seraient d’une vente facile.

M. Bondois avait vite appris que son confrère d’Aubécourt s’occupait des affaires de la succession Raclot, évidemment parce que l’héritière l’en avait chargé.

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Il se mit dans une grande colère contre M. Rousselet, ce flagorneur, cet intrigant, qui s'était certainement servi de moyens...

inqualifiables pour lui prendre sa meilleure cliente.

Sans tarder, il était venu trouver Marthe.

— Mademoiselle, lui avait-il dit, que viens-je d'apprendre? Quoi, vous avez mis vos affaires entre les mains de M° Rousselet ?

— Oui, monsieur.

—- Vous avez mal agi, mademoiselle.

— Je ne crois pas, monsieur.

— M‘ Rousselet n'était pas le notaire du regretté M. Raclot.

— C'est vrai, monsieur, mais il est de-

venu le mien.

— Nouveau venu dans le pays, il ne connaît pas comme moi vos affaires.

— C'est possible, monsieur, mais il a ma confiance.

— Pourtant, mademoiselle, vous m'aviez promis.

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— Je ne vous ai rien promis, monsieur ; je vous ai dit que lorsque cela serait nécessaire, j'aurais recours à vous; vous voudrez donc bien donner à M. Rousselet, vous qui connaissez mes affaires mieux que lui, tous les renseignements qu’il pourra vous demander en mon nom.

Le notaire Bondois s'était mordu les lèvres et retiré l’oreille basse.

Les deux clercs de Paris étaient arrivés.

Après une assez longue conversation avec M. Rousselet, celui-ci leur avait tracé de la besogne, et ils s’étaient immédiatement mis au travail.

Marthe avait demandé que tout fût fait secrètement ; le secret fut gardé.

Les habitants d'Aubécourt ne comprenaient pas pourquoi M'e Raclot demeurait chez sa vieille nourrice, où elle était assez mal logée, quand elle avait son château et encore deux maisons dans le village, dont l’une n'était pas habitée.

On aurait donné beaucoup pour con-

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mon- ; ee naître les intentions, les idées de la jeune VOUS ; LE vu Rue. Elle voulait donc réellement se faire Affaires religieuse, puisqu'elle ne quittait pas son 1h ratée habit de novice? Mais alors, que ferait- | ts elle de son immense fortune? Et On ne pouvait pas admettre qu’elle eût rdu les l'intention de donner tout cela à la con- grégation des Dames dominicaines. ‘à arrivés. Et les commentaires ne tarissaient Ni ersation point.

ur avait L'existence plus que modeste de M'!° Rant immé- clot, la façon dont elle vivait en commun

avec la mère Laugier, étaient aussi un sujet de grand étonnement.

C'était bien la peine d’être aussi riche pour vivre si mal, comme les plus pau-

t fût fait

compre-

demeu- vres.

elle était Elle avait de l’argent à ne savoir qu’en vait son faire et ne donnait pas un sou aux mal-

heureux. Et l’on avait dit qu'elle était bonne et serait charitable ! à PA

Pourtant, à Aubécourt et dans les villages voisins, il ne manquait pas de

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malheureux à qui elle aurait pu faire un peu de bien.

Décidément, c'était une fille sans cœur, égoïste et avare comme son pere!

Néanmoins, était-ce à cause de l’habit que portait la jeune fille? on ne lui faisait pas mauvaise mine; on la saluait quand elle passait et quelques femmes se hasardaient à lui adresser la parole.

Marthe n’était fière avec personne, elle rendait les saluts et répondait toujours à ceux qui lui parlaient.

Un matin, M° Rousselet vint trouver sa jeune cliente dans sa petite chambre...

— Mademoiselle, lui dit-il, la lettre de Paris, que j'attendais, est enfin arrivée ce matin.

— Eh bien, monsieur?

— Votre grand-oncle, Jules Bertrand, vieillard de soixante-quinze ans, existe encore.

— Ah! quel bonheur ! s’écria Marthe.

— Voici la lettre de mon ami, mademoiselle, vous pouvez la lire.

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La lettre du notaire de Paris avait ses quatre pages remplies d’une écriture fine et serrée.

Marthe la pritet en commença aussitôt la lecture.

Mais bientôt elle ne put plus contenir SOn émMOtion et elle s’arrêtapour essuyer ses yeux. Après avoir POUSSÉ un soupir, elle reprit sa lecture, et, quand elle arriva à la fin, ses larmes jaillirent de nouveau.

Le vieil ouvrier fondeur vivait encore, mais il ne travaillait plus depuis une dizaine d'années et il était presque aveugle ; il n’y voyait plus assez pour se con-

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