DÉPRESSIONS DES SALAIRES DANS LES ADJUDICATIONS
Exemples de dépressions des salaires dans les adjudications
II faut préciser et vérifier ce fait initial, qui sert de base à tout. Est-il exact et fondé que les adjudications entraînent la réduction des salaires à un taux misérable?
M. Hector Denis (1) cherche à montrer cette différence de salaire pour des ouvriers faisant un même travail, selon qu'ils sont employés par l'Etal en régie ou par des adjudicataires : « Les ouvriers nettoyeurs de wagons des chemins de fer de l'Etat employés en régie, qui ne sont pas des hommes du métier, ont à Bruxelles-Midi, par exemple, Jemelle et Anvers, au moins 2 fr. 40, tandis que les ouvriers nettoyeurs employés par les adjudicataires, (ouvriers qui ont de 16 à 26 ans, il est vrai), ont, à Anvers, de 1 fr. à 1 fr. 30, à Bruxelles-Midi de 1 fr. 10 à 1 fr. 60, à Jemelle de 80 cent, à 4 fr. 25 par jour ».
M. Quénne, au Conseil provincial de Liège, séance du 22 novembre 1894, disait : « Il y a quelques semaines, l'Etat mettait en adjudication certains travaux de tapissage à effectuer dans des stations. Le devis des cahiers des charges était de 4.258 francs; or, le travail a été adjugé à un entrepreneur
(1) Discussions du Conseil supérieur du travail, p. 123.
bruxellois pour le prix dérisoire de 2.300 francs. — Dans un faubourg de Bruxelles, l'adjudicataire des imprimés avait dernièrement souscrit pour des prix tellement bas que le Collège de la commune crul devoir lui demander des explications. « C'est bien simple, répondit-il, j'occupe cinq ou six apprentis à qui je donne 2 ou 3 francs par semaine, et, comme je suis toujours à Palelier, je les fais travailler aussi vite que je veux ».
Le député socialiste Anseele avançait à la Chambre, le 3 mai 1895, un fait assez étrange, mais qui no semble pas avoir été contredit : « Pour les forts de la Meuse, construits par des Français, les terrassiers n'ont été payés qu'à raison de 27 centimes l'heure. Grâce à ce rabais, les entrepreneurs français ont gagné 630.000 francs encaissés à la barbe de nos entrepreneurs belges. Si le minimum de salaire avait été appliqué, les entrepreneurs étrangers n'auraient pu faire concurrence aux nôtres en appliquant des rabais aux salaires des ouvriers ».
Dans le questionnaire qu'elle envoyait aux Syndicats patronaux, la municipalité de Bruxelles a posé une « septième question » (1), qui nous aurait renseignés si les patrons avaient pu consentir à répondre :
(1) Rapport au Conseil communal de Bruxelles, vol. 1, p. 87.