‹ Le minimum de salairesChapitre 7 sur 36 · NT · texte numérisé non relu

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Enfin ces frais de production, dont doit être remboursé le producteur, de façon à lui permettre de vivre selon les besoins reconnus à sa classe et dont l'élément principal était le salaire, pouvaient, à cette époque, être facilement établis par l'acheteur lui-même ; la division du travail n'était pas poussée aux prodigieuses limites qu'elle a atteintes par le mécanisme moderne ; l'artisan le plus souvent fabriquait entièrement l'objet, chez lui, sur commande, pour un consommateur de sa ville, qui le lui achetait directement et ce dernier pouvait assez exactement calculer ce que l'objet avait coûté de travail et de matière, savoir ce qu'il était convenable de donner, aidé en cela par les taux de salaire admis couramment et conservés par les corporations.

De même, de nos jours, lorsqu'on commande à un charron de village un objet, qu’on voit fabriquer, il est assez facile de se rendre compte du prix qu'il est Juste de donner.

Mais à notre époque la plus grande partie de la fabrication est dissimulée dans les usines, l’objet n'est pas toujours fabriqué en entier dans une même usine. Il a fait le plus souvent un trajet fort long, avant d'arriver au consommateur, et celui-ci ignore réellement le coût de production, il ne sait pas comment l'objet a été fabriqué, par qui, avec quoi, avec combien de temps de travail, il lui est impossible de faire la part de salaire des différents ouvriers, si bien que la question morale du juste prix ne se pose plus avec la même force à l'esprit du consommateur. L'industrialisme a eu cet effet néfaste de séparer le consommateur du producteur, de celui qui fabrique réellement l’objet, de l'ouvrier, en créant entre eux une série d'intermédiaires.

De nos jours, la question de justice s'est en quelque sorte fractionnée, comme s'est fractionné le coût de production; elle cède, parce qu’elle manque de base, sur l’ensemble du prix, mais elle reprend sa force dans la détermination des prix différents dont le prix d'un objet n’est que le total : intérêt de l'argent, prix de la main-d'œuvre, prix du sol, profit, etc... Sur chacune de ces questions, l'idée morale nous paraît agir avec force, encore que les économistes l’aient généralement nié.

Aujourd'hui l'établissement direct d’un juste prix des objets est une entreprise chimérique.

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Le prix sera juste lorsque la justice aura été réalisée, dans le salaire, dans l'intérêt, dans le profit, ete... Il y a une multitude d'éléments incertains qui entrent de nos Jours dans la fixation du prix, il n’y a plus le seul élément incertain d'autrefois, le salure.

Et aujourd'hui l'axe de la question s'est déplacé ou plutôt on se rend mieux compte, si on croit qu'elle doit se poser à la façon des canonistes, qu'elle est foule subjective. Certaines tendances modernes et celles notamment de ceux qui sont partisans d’un minimum de salaire, sont de voir les causes de la valeur plus dans l’espril que dans les choses. :

L'influence des idées morales sur les faits économiques a été signalée par les plus récents économistes classiques, en dépit de leur théorie avec laquelle elle cadrait mal; et c’est parce que les seules lois économiques ne suffisent plus pour résoudre le problème de la valeur, pour expliquer les causes de celle-ci, parce que le problème de la valeur n'est pas susceptible d’être résolu d'un façon objective, scientifique, que l’on peut tendre vers l'application d'un juste salaire et a fortiori d'un salaire minimum, sans crainte de se heurter à des barrières infranchissables.

Nous croyons qu'il n’y a pas de raisons théoriques scientifiques qui s'opposent à l'établissement de prix jugés justes, ou au moins au relèvement du prix de certaines marchandises, notamment celle de la main-d'œuvre.

Nous croyions que l'idée morale d'un juste prix est un facteur important parmi ceux qui constituent la valeur des choses et particulièrement la valeur du travail.

Nous essayerons de marquer, dans le chapitre qui va suivre, l’action des éléments subjectifs dans la formation des prix et surtout dans la détermination du taux des salaires.

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