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CHAPITRE V

La réorganisation des armées d'Allemagne

La Barrière du Rhin. — Dispersion des forces françaises. — Difficultés du ravitaillement. — Situation des régiments. — L'Infanterie française. — L'Infanterie allemande. — La Cavalerie et les Troupes légères. — L'Artillerie et îes Ingénieurs. — Belle-lsie, Clermont et Montaigne. — Le rétablissement de la discipline. — La solde, les vivres et les fourrages. — La réforme des hôpitaux. — Affaire Gayot-'Duverney. — Les Mouvements des Corps hanovriens. — L'Armée de Soubise. — Les contingents alliés. — Répartition des forces du Royaume à l'intérieur et en Allemagne.

En mettant la barrière du Rhin entre les corps hanovriens et ses troupes démoralisées, Clermont voulait avant tout sauver l'armée d'une ruine définitive. La retraite s'était opérée à peu près en ordre. C'était avoir beaucoup obtenu. Pour se rallier, se reconnaître, reprendre la cohésion et la confiance, il était nécessaire de porter l'armée sur la rive gauclie. Mais encore eut-il fallu s'arrêter là sans arrière-pensée et, pour tenir tête à l'adversaire, il eût été indispensable de se oarder sérieusement sur la rive droite du fleuve. Le projet de Belle-Isle, consistant à maintenir l'armée du Rliin entre Giessen et Hanau pour occuper les territoires ennemis situés entre la Lahn et le Mein, était difficilement réalisable (i). Alortaigne reconnaissait l'impossibilité de garder les lignes de la Lippe et de la Rluir : c'était s'exposer à faire détruire l'armée en détail : « Le Roi sans armée, que deviendrait la politique ? » (2). Cette considération avait été prédominante et l'armée presque toute entière avait letliié sui-

(1) Hollc-Islc à Clermont, l" avril 1758 (Correspondance çénéralo, 3474-3). Ce projet élail en partie basé sur lenvoi du Corps de Soubise en I5ohéir.c.

(2) Mortaignc à Bellc-Isle, Lippstadt, 25 mars 17515 (Fonds de Suède, 3G-111.)

Wesel. Le i" avril, l'infanterie s'établissait sur la rive droite du Rhin entre la Lippe et l'Isel à proximité des remparts. La place de Wesel avait fourni 800 tentes, mais beaucoup de régiments bivouaquaient sans abris. L'hôpital de la forteresse recevait 2.000 malades et ne suffisait pas ; on en installait un autre à Biiderich ( i ). Le temps par extraordinaire était beau (2), mais trois jours plus tard il neigeait et les troupes destinées à l'occupation de Duisbourg et de Dûsseldorf retrouvaient en partant les rigueurs de cet hiver exceptionnel (3).

Il ne suffisait pas de mettre l'armée en quartiers sur la ii\e gauche du Rhin, il fallait adopter un dispositif qui permît à la fois au gros des troupes de se reconstituer et de reprendre l'offensive. Pour obtenir ce double résultat, il était indispensable de tenir la rive droite du fleuve. Belle- Isle avait donné toutes les indications possibles dans ce sens : il eut été d'avis de renvoyer, dès le mois de mars, les meilleurs régiments dans les places du Rhin pour se refaire au plus vite pendant que les corps les plus faibles tiendraient la riv(3 droite. L'été venu, la campagne aurait été reprise par de fortes divisions reconstituées et les bataillons délabrés de la rive droite seraient devenus troupes d'étapes (4). Mais Clermont n'avait pas été à même d'agir avec autant de méthode. Lorsque l'armée repassa le Rhin, les troupes légères étaient au contact de l'ennemi. Le ^ avril, cet ennemi s'avançait jusqu'à Dorsten, à six lieues de Wesel, et Clermont renonçait à border le cours do la Rhur (5). De fait, les troupes légères seules, Volontaires de Flandres et de Clermont, Légion Royale, soutenues par six escadrons de hussards, soit A. 725

(1) Cornillon à Bellf-Isle, Wesel, 1" avril 1758 (Correspondance générale, 3501-161).

(2) Cornillon à Belle-Isle, Wesel, 4 avril 1758 (Correspondance eénérale, 3474-38).

(3) Le Maréchal de Thomond dut suspendre une tournée d'inspection qu'il voulait faire en Provence : « Le Rhône est impraticable, il est gelé. On ne peut le passer ni à .Avignon ni à Bcaucairc, dont le pont a été enlevé. La Durance est gelée. » [Le Maréch.il de Thomond à Paulmy, Nîmes, 5 février 1758 (Correspondance générale, 3500-192.)]

(4) Belle-Isle à Clermont, 15 mars 1758 (Fonds de Suède, 36-43).

(5) Clermont à Belh-Isle, Wesel, 5 avril 1758 (Correspondance générale, 3474-44).

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