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I. ARMÉE EN

l'armée par la formation de régiments nouveaux. Il ne fallait, pas songer à convoquer l 'arrière-ban dont la noblesse éludait toujours l'obligation. Louvois reprit l'idée de la milice qu'on avait appliquée depuis les francs archers de Charles VII, sans toutefois adopter des règles l)ien définies (i).

A peine la milice était-elle organisée que le Gouvernement la regarda, non plus comme un contingent appelé à rester en France pour défendre le territoire, mais comme un élément nouveau, capable de renforcer un corps d 'opérations. Si le plus grand nombre des compagnies fut chargé de fournir la garnison des places, dès 1690, deux ans après la réforme de Louvois, des troupes de milice, notamment les bataillons d'Ile-de- France et de Dauphiné combattirent vaillamment sous les ordres de Catinat, à la Staff arde, puis, en Catalogne (2). La milice forme dès lors, à proprement parler, une armée de seconde ligne ou de réserve qui permet de consacrer la majeure partie des « troupes réglées » au théâtre principal de la guerre. Mais on ne s'arrête pas en si bon chemin. Au moment où le gouvernement de Louis XIV va régler la succession d'Espagne, les bataillons de milice viennent s'agglomérer avec les vieux régiments pour constituer le premier essai d'amalgame qu'on ait tenté dans l'armée française. Un dernier pas reste à franchir : c'est le recrutement direct de l'armée par la milice ; on y parvient bientôt et, de 1701 à 1707, près de lAB.ooo miliciens sont incorporés directement dans les régiments d'infanterie.

Le gouvernement de Louis XV va donc trouver une situai tion nouvelle : l'armée se compose de deux éléments que l'on a confondus bien à tort ; les troupes de métier constituent l'effectif permanent du temps de paix et le noyau de l'armée de campagne tandis que la milice, soumise à des exercices peu nombreux et à des périodes d'instruction irrégulières, est rappelée intégralement sous les armes dès l'ouverture des hostilités, tantôt pour défendre les forteresses, tantôt pour fournir des bataillons d'étapes, tantôt enfin pour combler sur la ligne de

(1) Voir Capitaine Sautai, Les Milices provinciales sous Loucois et Barbezieux, ch. I.

(2) L. Hennet, Les Milices el les Troupes provinciules. p. .34.

158 LE MIMSrèRE DE BELLE-ISLE

feu les vides produits dans les rangs des régiments. La Régence profita de l'état de choses établi pour faire largement appel à ces troupes au moment de la Guerre d'Espagne (17 19) et le Roi fit de même en 1733, lors de la guerre occasionnée par la Succession de Pologne, en transformant de nombreux miliciens en recrues. En T7/11, pendant la guerre de Succession d'Autriche, la milice, tout en continuant à renforcer les troupes réglées par des rapports individuels conserve des unités autonomes et sept bataillons participent, sous les ordres directs de Belle-Isle, à la défense de Prague.

Mais jusqu'alors on n'avait pas envisagé le maintien permanent de la milice dans les cadres de l'armée régulière. Par l'ordonnance du 10 aviil 1745. on forma 7 réoiments de Grenadiers Royaux au moyen des compagnies ih grenadiers de la .milice. Ces régiments devinrent à leur tour la pépinière du fameux corps des Grenadiers de France, qui prit le n" ^o dans la série des troupes réglées (1). Le milicien y est enrôlé pour six ans comme recrue et rien ne le distingue du soldat levé pour le compte des régiments par le sergent racoleur. A dater de ce jour, la conscription est définitivement établie dans notre pays et l'armée, ou phitôt l'infanterie française, va sortir de plus en plus du cœur même de la nation.

Le service obligatoire est créé. Le principe en est admis et bien que les ordonnances royales ne cessent de proclamer pour l'armée la liberté de l'enrôlement qui doit être uniquement cherché dans les concours volontaires, la tradition s'est établie de recourir aux paroisses et aux généralités et non plus seulement à la population flottante, pour donner des soldats au Roi. Malgré les difficultés d'application qu'accompagnent cette mesure, le Gouvernement ne cessera d'en user et Belle-Isle notamment continuera les efforts de Louvois pour tirer de cette institution le maximum de ressources. Les premiers événements de la guerre de Sept Ans ont fait rétablir les régiments de grenadiers royaux ; à l'automne de 1766, on envoie de nombreux bataillons de milice dans les places de la frontière et sur les côtes, puis, sur la demande du maréchal d'Estrées, chaque bataillon des places du Nord et de l'Est dirige deux compagnies

(1) L. Mouillard, Les Régiments sous Louis XV.

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(le milice sur l'armée d'Allemagne, au moyen de quoi douze bataillons sont constitués pour former des garnisons sur le théâtre de la guerre au lieu et place « des autres troupes qu'il aurait fallu détacher de l'armée sans ce secours », mais avec l'interdiction formelle pour les régiments d'y recruter directement de nouveaux soldats (i). (Quelques mois plus tard cependant, le Roi sanctionne le prélèvement de 8./ioo hommes au profit des troupes réglées, en le cachant aux populations de 1 intérieur par une augmentation de vingt hommes par compagnie de milice (2).

On aurait donc tort en étudiant l'armée royale pendant la guerre de Sept Ans de négliger cet appoint de la milice. Les effectifs qu'elle fournira seront, de jour en jour, plus considérables et l'effort de la Révolution serait incompréhensible à coup sûr, ou du moins mal expliqué si l 'on ne tenait un large compte de l'évolution de nos institutions militaires. Le pays a fourni la levée en masse non pas seulement sous l'influence des circonstances extérieures, mais parce que les esprits étaient, depuis un siècle, admirablement préparés à la réquisition de toutes les forces nationales par la permanence de l'organisation d'une milice que l'on qualifie déjà en 1708 de milice citoyenne (3).

Pour se rendre familière l'organisation de l'armée royale et, par elle, le fonctionnement des armées de la Révolution et de l'Rmpire, il est essentiel de distinguer très nettement les différentes armes dont elle se compose à cette époque. Ces armes n'ont pas été créées d'une manière arbitraire, mais bien pour répondre aux nécessités de la tactique, telle qu'on doit l'envisager avec l'armement des troupes et la manière dont ces troupes sont recrutées.

L'armée royale comprend un corps de bataille et des troupes légères. Au premier revient l'honneur d'exécuter l'attaque

(1) L. Hennet, op. cit., p. 128.

(2) Ordonnance royale fin l"' novembre 1757.

(0) Dictionnaire militaire de Gisseij, t. H, p. GH.

décisive ou de soutenir le choc de l'armée adverse, en un mot de combattre. Les secondes sont chargées de toute la besogne accessoire : exploration, découverte, préliminaires de la bataille, avant-postes, escorte des convois et des prisonniers, en un mot de ce que Ion nomme aloi's la ]>etite guerre. Le corps de bataille est formé par la Maison du Roi, l'infanterie, la cavalerie et les dragons. Les troupes légères sont composées par les hussards et par les corps de volontaires et de partisans.

L'infanterie et l'artillerie ne doivent pas être séparées, en matière d'organisation, parce que le corps royal de l'artillerie et du génie, appelé communément « Corps Royal » est compris dans la nomenclature des régiments d'infanterie où il occupe le n° l^'j. Le Corps Royal englobe non seulement les bataillons d'artillerie, mais les compagnies de mineurs et d'ouvriers Vu contraire, la cavalerie et les dragons forment deux armes essentiellement distinctes, bien qu'en 1708 la composition de leurs compagnies et escadrons soit la même et que le recrutement, le service et la remonte des deux corps ne diffèrent plus de l'un à l'autre.

En tête de l'armée, en dehors de l'armée devrait-on dire, marche la Maison du Roi. qu'on ne voit pas figurer souvent sur les chanips de bataille, mais qui reste sur le territoire de l'Ile-de-France beaucoup moins pour garder le souverain que pour lui rendre les honneurs ; son effectif atteint f».332 hommes dont 6.980 fantassins et 2./io2 cavaliers.

Les six bataillons de Gardes françaises prennent le pas sur toute l'infanterie du royaume (i). Depuis l'ordonnance du 28 septembre 1766, chacune de leurs cinq compagnies de fusiliers est à T 'lO hommes et leur demi-compagnie de grenadiers à quarante. Le colonel du régiment est le maréchal duc de Biron. Les quatre bataillons de Gardes suisses forment le deuxième régiment d'infanterie de la maison du Roi (2). Chaque bataillon est à trois compagnies de deux cents hommes. Le comte d'Eu, colonel -général des Suisses et Grisons en exerce

(1) Le régiment a été créé par Charles IX en 1563.

(2) Créé par Louis XIII on 1G16.

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le commandement nominal, mais il délègue ses pouvoirs au lieutenant-général baron de Zurlauben. Gardes françaises et Gardes suisses ne sont point recrutée.- dans la noblesse, mais une sélection très sévère est opérée parmi les candidats qui se présentent. Les Gardes françaises doivent être âgés de dix-buit à cinquaate ans, avoir une taille minimum de cinq pieds et provenir du territoire national, à l'exclusion des Alsaciens, des Piémontais et des Savoyards. Beaucoup de sergents sont chevaliers de Saint-Louis. Les douze compagnies de Gardes suisses sont alimentées chacune par un canton de l'Helvétie et conservent des franchises particulières ; le régiment possède sa justice particulière avec un grand juge, un grand prévôt, un greffier, vingt archers et un exécuteur. Les officiers et les soldats peuvent appartenir à la religion réformée ; un ministre protestant et un aumônier catholique figurent dans l'état-major.

La cavalerie de la maison du Roi présente un* tout autre caractère. Les huit escadrons de gardes du corps sont composés de 1..468 cavaliers de haute taille, catholiques et, pour la plupart, gentilshommes ; s'ils n'appartiennent pas à la noblesse, ils doivent être « de bonne et honnête famille », c'est-à-dire de condition aisée puisque tous les gardes ont rang de lieutenant de cavalerie, et se font suivre par un valet ou « Tartare )i et par un bidet d'équipage. A l'armée, tout un escadron est de service au camp du Roi. L'escadron des gendarmes est à deux cents hommes et il a pour mission spéciale d'escorter le Souverain dans ses déplacements ; en réalité, les gendarmes ne fournissent que trois mois de présence à la Cour et passent le reste de l'année dans leurs familles ; aussi leur instruction est-elle défectueuse et leur entraînement mal assuré. La compagnie des Chevau-légers est, par la force de l'habitude, transformée en école d'équitation à Versailles. Le même rôle est joué par les deux compagnies de Mousquetaires, mousquetaires gris et mousquetaires noirs (i), au total /loo hommes qui sont la grande pépinière des capitaines de cavalerie depuis le règne de Louis XIV. Leur armement et leur

(1) l" compagnie remontée en chevaux gris ; 2® compagnie remontée en chevaux noirs.

(t? LE MINISTÈRE DE BELLE-ISLE

équipement doivent leur permettre de combattre indifféremment à pied comme à cJieval, mais, depuis longtemps, ils constituent comme les dragons, une troupe de cavalerie. Enfin les i34 cavaliers de la compagnie des Grenadiers à cheval complètent les troupes montées de la maison du Roi. Créés par Louis XIV par prélèvement sur les Grenadiers de France, pour prendre la tête des colonnes d'assaut, ils ont conservé de leur arme d'origine le sabre courbe et le fusil à baïonnette. Leur taille est au minimum de cinq pieds six pouces et leurs chevaux sont les plus étoffés et les plus vigoureux de toute la cavalerie. L'infanterie et les Mousquetaires tenaient garnison à Paris, les Gardes du corps, les Gendarmes et les Chevau-légers à Versailles, les Grenadiers à cheval à Troyes. Les Gardes suisses et les Gardes françaises avaient l'armement de toutes les troupes à pied. La cavalerie avait le sabre et les pistolets ; les gardes du corps portaient en plus, le mousqueton et les mousquetaires le fusil ; les gardes du corps et mousquetaires portaient le plastron, les gendarmes la cuirasse complète. En somme, la Maison du Roi est une troupe essentiellement de parade, aussi n'y voit-on pas figurer d'artillerie. Il faut, pour être juste, reconnaître que sur les champs de bataille et, notamment, h Fontenoy, sa bravoure a été au-dessus de tout éloge. La l^rigade d'infanterie en est l'élément le plus solide ; les escadrons de cavalerie ne sont guère qu'une pépinière d'officiers en attendant que l'Ecole militaire, instituée en 1701, soit à même d'en fournir à l'armée avec une instruction meilleure.

L'infanterie se di>isait en infanterie française, infanterie étrangère et milice, (^es trois groupes ont été crées successivement en vue de satisfaire aux besoins toujours croissants des guerres de conquête entreprises par les souverains pour la formation du royaume. Si l'on en croit Chabo, la véritable origine de l'infanterie française doit être cherchée dans les premières campagnes d'Italie où le terrain tantôt montagneux et tantôt coupé de canaux et de rixières laissait à la cavalerie un rôle parfois bien inutile. Dès le règne de Louis XI, les trou-

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pes de pied comprenaient les « bandes d 'en-deçà des monts » et les « bandes d 'au-delà des monts » qui donnèrent naissance aux deux régiments les plus anciens, Piémont et Picardie. Trois siècles plus tard, l'infanterie nationale de 1758 compte 81 régiments en y comprenant le régiment du Roi et le corps des Grenadiers de France.

Tous les régiments français ont un rang d'ancienneté qiii correspond à une hiérarchie véritable ; les premières places sont occupées par les régiments vieux et petits-xneux : Picardie, Champagne, Navarre, Piémont, Normandie, la Marine, la Tour du Pin. Bourbonnais, Auvergne, Beizunce et Talaru. Mais le 12^ régiment, dernier des « petits-vieux », qui porte le nom de Régiment du Roi. constitue le corps le plu^ aristocratique de toute l'infanterie. Le Souverain en est le chef et l'inspecteur ; le comte de Guerchy qui le commande effectivement n'a que le titre de colonel-lieutenant, bien qu'il soit lieutenantgénéral des armées ; il partage avec Navarre et Royal le privilège de porter un semis de fleurs de lys d'or sur la croix blanche de ses drapeaux, et c'est le Roi qui paye directement son état-major et sa prévôté.

Louis XIV affectionnait particulièrement ce régiment qui prit part à toutes les guerres de son règne (i ) ; tous les officiers appartenaient à la noblesse et de nombreux gentilshommes v servaient comme caporaux et comme sergents. Aussi le régiment est-il la véritable école de l'infanterie ; on y vient faire un stage avant d'obtenir une vacance de capitaine ou de colonel dans les corps moins privilégiés et le service y est coûteux ; Guerchy qui le commande en 1708, prétend avoir dépensé Aoo.ooo livres de sa fortune personnelle depuis treize ans Ta), mais les officiers s 'attirent la jalousie railleuse de leurs camarades de toutes armes ; lorsque la troupe de comédie ({uitte Metz pour aller à Nancy, un jeune officier de carabiniers ne manque pas d'écrire à son frère • i< 11 y a des officiers du Roi-Infanterie qui font assez, les petits-maîtres et qui yierdront beaucoup à ce départ, car leut (principale occupation

(1) Piiypésur. Art de ia Guerre, \. I. p. 84. V

(2) Guerchy h Dcllo-Isle, Gladbach .' août 1758 (Archiv-s .supplémentaires <jucrre, carlori 27).

était de fréquenter constamment les actrices, de les promener en fiacre et de souper avec elles )•> ' i).

Les douze premiers régiments d'infanterie sont à quatre bataillons, quarante-sept régiments ont deux bataillons et dixhuit n'en possèdent qu'un. Chaque bataillon a seize compagnies de fusiliers et une compagnie de grenadiers, son effectif s'élève — officiers non compris — à 696 hommes et bas officiers, mais ce chiffre est atteint rarement, aussi bien en temps de paix qu 'en temps de guerre parce que le capitaine chargé du recrutement de sa compagnie de fusiliers a toutes les peines du monde à engager et à retenir /|0 hommes. En 1678, au moment de la paix de Nimègue. la compagnie est de 5o hommes; dix ans plus tard, lorsqu'il faut reprendre les hostilités, on la porte à 55 mais, dès 1701, on revient à 00 hommes pour n'en conserver que 3o en 1735. La guerre de Succession d'Autriche relève la compagnie à 4o hommes, chiffre qu'elle gardera pendant la guerre de Sept Ans, mais la compagnie de grenadiers en a 45 parce que son capitaine la forme en prélevant des hommes sur les compagnies de fusiliers du bataillon. Le chiffre de quarante hommes paraît être le maximum de l'effectif qu'un capitaine peut se procurer ; on admet officiellement qu'il ne l'atteindra pas, sinon dans des circonstances exceptionnelles, puisque les tarifs de solde lui accordent des payes de gratification suivant qu'il a 38, 39 ou 4o hommes présents.

Sur ces quarante hommes, il y a deux sergents, trois caporaux, trois anspessades. un tambour et. suivant le cas, trente et un fusiliers ou trente-six gren;idiers. Vienne la guerre, le chiffre des simples soldats tombe rapidement à vingt-cinq, un des deux sergents est continuellement absent pour aller chercher des recrues dans tout le royaume ; bientôt la compagnie devient une véritable unité squelette qui ne retrouve un semblant de force qu'en incorporant à la hâte des enfants de seize ans, les déserteurs de l'armée adverse et, lorsque le Ministre l'accorde, les miliciens des bataillons envoyés en campagne.

Depuis longtemps le Souverain ne pourrait avoir une armée

(1) 30 avril 1758 (Lettres du Baron de Castelnaii, p. Ai).

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suffisamment nombreuse s'il ne comptait que sur le concours volontaire de ses sujets. De très bonne lieure on voit les étrangers affluer en France et servir dans des corps distincts. Louis Xj^confiajt^ la garde de sa personne aux archers écossais et les Suisses figufenT depuis i6i 6 dans la maison du Roi. Sur l'ordre de Louis \tll, le premier régiment allemand est créé en i635, sous le nom d'Alsace et Louis XIV le con'^erve et en fait lever~"d*aiîtres~errT670, en i68o, en i6()o et en 1709. Le recrutement est étendu aux Italiens, puis aux Suisses, enfin aux fiTaridâîs~,~apres' T'^exode qui suit la chute~tiH la dynastie des Stuarts et l'arrivée au pouvoir de Cromwell. L'habitude est prise, acTîàciue guerre, de recourir à ce moyen facile pour augmenter les contingents. Le Gouvernement en usera très largement au moment où la question se pose de régler la succession d'Autriche et, plus tard, en 1767, aussitôt que la rupture avec l'Angleterre engage la France dans une série nouvelle d'aventures.

Au début de 1708. l'armée comptait vingt-cinq bataillons allemands répartis en treize régiments. Ahnce, le plus ancien et RoyaJ-deux-Ponts, le plus jeune, comptaient trois bataillons chacun, mais Bentheini, Lamarck, Boyal -Suédois, Royal- Bavière et LoioendàTetaient à deux bataillons et Bergh, Nassau. Nassau-Ussingen, S ai ni -Germain, la Dauphine et Royal-Pologne n'en avaient qu'un seul. Les régiments suisses étaient au nombre de dix (i), tous à deux bataillons, sauf Courten réduit à un bataillon. Il existait également six régiments irlandais (9.'), deux régiments écossais (3), deux régiments italiens (^), tous à un bataillon. Enfin, en 1767, la régence de Liège avait permis le recrutement sur son territoire de trois régiments à deux bataillons chacun : Bouillon, Horion et Vierzet. L'infanterie étrangère comprenait donc au total soixante bataillons, soit plus du tiers du nombre des bataillons « réglés » de troupes françaises.

(\) .lonnor, Boccard, Rcding, Castella, Witlmor. Planla. Diesbach, Lochir.ann, Courten, Eptirigcn.

(2) Lally, Biilkcley, Cljire, Rooth^Bcrwick, Dillon (ce dernifi- ;i 2 bataillons).

(3) rroynt Ecossais et Ogilvy.

(4) Royar-itaiien et RoyârÔrse.

166 LE .MiMSiÈai: de belle-isle

Enfin, un autre élément entrait dans la formation de l'infanterie, c'était la milice. Au i5 mai 1768, elle fournissait, en dehors des contingents locaux de certaines provinces, milices du Bourbonnais, du Roussillon, du pays d'Aucli etc., quatre-vingt-dix bataillons de garnison dans les places fortes ou sur les côtes, quinze bataillons détachés à l'armée du Rhin, vingt-deux bataillons de Grenadiers royaux, enfin quatre bataillons de Grenadiers de France. On peut dire que la guerre de Sept Ans a donné à la milice droit de cité dans l'armée royale qui ne peut plus se passer de son concours. Lorsque !e 20 mars 1707, le Roi décide de créer à nouveau les deux régiments Royal-Lon-iine et Royal-Barrois. licenciés en 17/19, après la paix d'ALx-la-Chapelle, ce sont les deux bataillons de milice de Mirecourt et de Neuf château qui fournissent le premier appoint en attendant que le roi Stanislas soit à même de pourvoir à leur recrutement (1).

Si l'on comprend dans l'effectif total quatre bataillons de milice qui n'ont pas encore été convoqués, et neuf bataillons de milices locales, l'infanterie au début de l'année 1768, compte 38/i bataillons auxquels il convient d'ajouter lôa compagnies d'invalides remplissant, pour la plupart, le rôle de canonniers sédentaires.

L'artillerie et le génie quoique formant un corps distinct font partie intégrante de l'arme de l'infanterie. Mais on ne peut comprendre leur rôle si l'on n'a présente à l'esprit la distinction nécessaire entre l'artillerie des régiments et l'artillerie du Roi. Chaque !)ataillon d'infanterie française ou étrangère possède, depuis le 20 janvier 1767, un canon à la suédoise servi par un sergent et t6 soldats du régiment, attelé à trois chevaux, conduits par un charretier civil, organisation qu^ rappelle singulièrement nos sections de mitrailleuses. L'infanterie avait, en effet, besoin d'une pièce légère, extrêmement mobile, pour l'accompagner dans tous ses déplacements du champ de bataille et la soutenir de son appui moral et matériel. Déjà Maurice de Saxe avait longuement démontré la nécessité d'une bouche à feu de calilire réduit : c'était

(1) Ordonnance royale du 20 mars 1757 (Recueil Sanlgeon, vol. 48).

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Vamusette de son invention, véritable fusil de rempart traîné à la bricole par un seul homme et qu'il affirmait être en état de tirer efficacement à /j.ooo pas ( i). Belle-ïsie on avait retenu l'idée, mais il l'avait appliquée au canon à la Suédoise en usage dans l'armée prussienne qui possédait deux pièces par bataillon (2).

Cette bouche à feu était d'autant plus indispensable que l'artillerie du Roi, servie par le Corps royal de l'artillerie et du génie, ne pouvait utiliser qu'un matériel encombrant et lourd formé de pièces de douze, de huit ou de quatre livres de balles, (les dernières, il faut le dire, étaient les plus nombreuses (3), mais, pas plus que les autres, elles ne changeaient de position au cours d'un engagement car le train d'artillerie n'existait pas encore et les charrois étaient à l'entreprise. L'emplacement du début, d'ailleurs reconnu longtemps à l'avance, marquait le front d'une position ; en cas de succès, l'infanterie et la cavalerie exécutaient la manœuvre décisive ; si l'affaire tournait mal, le seul vrai souci des conducteurs civils était de sauver leurs animaux ; ils laissaient donc les canons sur place et le vainqueur trouvait généralement parmi ses trophées un parc complet d'artillerie de campagne.

L'artillerie de siège n'était constituée au moment du besoin, en retirant un certain nombre de grosses pièces de l'armement des places fortes ; on réquisitionnait les chevaux et les conducteurs, et le Corps royal fournissait le nombre de canonniers voulu. Ces méthodes défectueuses qui devaient durer jusqu'au Consulat limitaient considérablement le champ d'action de l'artillerie, mais elles présentaient une économie sérieuse en supprimant en temps de paix tous les attelages et une grande partie de l'effectif.

Chargé unicjuement du service de^ pièces de gros calibre.

(1) M. de Saxe. Mes Rêveries, t. II, p. 53.

(2) Le canon à la suédoise, de quatre livres de balles, pesait de 600 à 625 livres. Aux essais de 1740. la pièce lira jusqu'à dix coups par minute (Diclionnaire militaire de Gissey, 1758, t. I, p. 322).

(3) En mai 1744, le parc d'artillerie de l'armée des Flandres comprenait .50 grosses pièces : 4 de 12, 6 de 8 et 36 de 4 ; en 1748. sur 146 pièces, il y a 14 canons de ir., IG de 12, 30 de 8 et 80 de 4 (Conun,-jnd,uil Picard et lieutenant Jouan, L'Arlillerie (runraise au xvni* siècle, p. 04).

2/i, 12. 8 et 4 livres de balles, à l'exclusion des canons à la Suédoise, le Corps ro\al était composé de sLx bataillons à seize compagnies de cinquante hommes. Chaque bataillon, commandé par un colonel, avait deux compagnies de sapeurs, neuf compagnies de canonniers, et deux compagnies de bombardiers. En outre de ces six bataillons le Corps royal comprenait sût compagnies de mineurs et six compagnies d'ouvriers d'artillerie. L'ensemble de ces troupes était donc chargé de tous les services qui incombent de notre temps au génie, à l'artillerie de campagne, de siège et de place. Le matériel était concentré dans les arsenaux ou dans certaines forteresses. Au moment de la guerre, on formait des parcs de 1'» artillerie du Roi » pour accompagner les armes et des parcs de siège en réquisitionnant des animaux pour les uns et les autres ou bien encore en mettant le charroi en adjudication. Quant aux pièces de forteresse, elles étaient ser^ies presque toujours par les compagnies d'invalides, réparties à cet effet le long des frontières ou sur les côtes.

L'arme de la cavalerie comprenait deux subdivisions tout à fait indépendantes : la Gendarmerie et là Cavalerie proprement dite.

La Geîidarmerie était un corps de seize compagnies ( i). placé immédiatement à la gauche de la maison du Roi. Recrutés parmi les -fils de gros fermiers, de bourgeois et de marchands, les gendarmes avaient pour la plupart deux à trois cents livres de rente et, avec douze livres de traitement par mois, devaient se nourrir, s'habiller et s'équiper.

Ils possédaient les traditions les plus glorieuses. Créés par Charles VII en i445 au moment de la première organisation

(\) 1. Gendarmes écossais ; 2. Gendarmes anglais ; 3. Gendarmes boureiiignons ; 4. Gendarmes des Flandres ; 5. Gendarmes de la Reine ; 6. Chevauicgers de la Reine ; 7. Gendarmes-Dauphins ; 8. Chevau-légers-Dauphins ; 9 Gendarmes de Bourgogne; 10. Chev.ni-légcrs de Bourgogne : 11. Gendarmes d'.\quilaine ; 12. Chevau-légers d'.Aquiloine ; 13. Gendarmes de Berrv : 14. Chevaulégers de Berry ; 15. Gendarmes d'Orléans ; 16. Chevau-léeers d Orléans.

L'uniforme des seize compagnies était le même : habit rouge galonné d'argent, ve'sle chamois. Tapis de selle roiiTC avec chiffres divers brodés en argent.

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de l'armée permanente, leur réputation de bravoure était si bien établie que Charles-Ouint les demanda pour aider ses troupes à repousser les Turcs. François 1" refusa de les prêter en alléguant dit-on, que la gendarmerie étant le bras qui portait son sceptre, il ne l'exposait pas au péril sans aller chercher la gloire avec elle (i). Plus tard, les gendarmes s'étaient illustrés à Fleurus. à la Marsaille, à iiochstedt, et, pour prix des longs et excellents services qu'ils avaient fournis au souverain, on leur conservait des privilèges qui rcslreiiiiiaient considérablement le mode d'emploi d'une troupe dont les compagnies n'étaient plus assez nombreuses pour combattre d'une manière indépendante. C'est ainsi que le corps entier de la gendarmerie recevait, pour aller en guerre, seize ordres de route et seize itinéraiies différents, avec des cantonnements séparés pour chacune de ses compagnies.

Une compagnie de gendarmes avait de cinquante à soixantecinq cavaliers, mais l'état-major en était considérable ; il comprenait : un capitaine-lieutenant, un sous-lieutenant, un enseigne, un guidon, quatre maréchaux des logis, deux brigadiers, deux sous-brigadiers, un timbalier et deux trompettes. Chacun des gendarmes était armé du sabre de cavalerie à garde argentée, d'une carabine rayée et de deux pistolets d'arçon, A vrai dire, la gendarmerie, en l'jbS, constituait surtout une troupe de parade, fort coûteuse et dont un grand nombre de militaires ne servait que d'une manière intermittente en passant la plupart de l'année en congé dans les provinces (2).

La cavalerie française comptait 69 régiments qui avaient deux escadrons à l'exception du i^'" régiment, Colonel-Général, de trois escadrons. Le régiment des Carabiniers à dix escadrons, formait, comme nous le verrons, un corps distinct des autres par son organisation et son recrutement spécial. L'escadron se fractionnait en quatre compagnies de 35 à /lo hommes. En 1767, les escadrons étaient partis en campagne avec lAo sabres., mais, au bout de quelques semaines, le chiffre

(1) Dictionnaire mililaire de Gisseii. t. II, p. 335.

(2) Le Corps de la Gcndarnifiric, disait Bollo-Islc, <' iso rccnilo «i difficiloment dans iinf» ciiorrc clnisncc et est si dur a i-ôtnblir, que les rarahiniers doivent être prclerables, parée qu'ils se rétablissent facilement ». [Belle-Fsie a Vauréal, .^ix, 21 décembre llAij (Manuscrits des .^flaires étrangères, vol. 1500, p. 111.)]

dès cavaliers disponibles tombait à iio, après quelques mois, à loo tout au plus. Le régiment n'était pas plus fort que nos demi-régiments actuels, avec un état-major bien plus considérable puisque la compagnie comptait quatre officiers, l'escadron seize et le régiment trente-six.

Jusqu'en 1701, l'escadron avait été à trois compagnies de quarante à cinquante hommes. A partir de cette date, il y eut toujours quatre compagnies mais le nombre des cavaliers et des chevaux n'en fut pas augmenté. L'ordre de bataille de l'escadron était sur trois rangs mais, à la fin d'une campagne, on chargeait sur deux rangs. La faiblesse des compagnies et des escadrons présentait des inconvénients sérieux dont un des plus souvent signalés était la difficulté du fourrage ; un régiment au fourrage devait se protéger par une chaîne continue de vedettes, aussi bien pour se garantir contre une surprise de l'ennemi que pour empêcher les cavaliers de marauder ou de déserter. Le nombre de cavaliers disponibles, pour l'opération du fourrage en elle-même, ne suffisait pas à recueillir et à transporter l'avoine, l'orge ou le blé prévus pour les quatre jours de nourriture des chevaux. Aussi, la plupart des écrivains militaires de l'époque réclamaient-ils un relèvement des effectifs pour avoir, comme dans l'armée prussienne, moins d'officiers et plus de cavaliers. Suivant les uns, il fallait un régiment à trois ou quatre escadrons, suivant les autres l'escadron ne devait plus comporter que trois compagnies de soixante-cinq hommes (i).

Tous les régiments de cavalerie possédaient le même armement, sabre droit à coquille de cuivre poli, mais trop court et mal trempé — la guerre de Sept Ans ne le démontra Cfue trop — , les pistolets et le mousqueton de trois pieds et demi de longueur porté, soit à la grenadière. soit au crochet de la bandoulière. Plusieurs cavaliers dans chaque compagnie avaient comme les gendarmes, la carabine rayée avec baguette en fer u d'un moindre calibre que le mousqueton ordinaire afin que la balle y entre de force (2) ». En principe, tous les régiments

(1) Puységur, Arl de la Guerre t. I. p. 239. — Mémoire de Redmond, avril 1758 (Ménioircs tocliniques. cavalerie, carton Gl).

(2) Chabo, Mémoire sur la Cavalerie, loc. cil.

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avaient le plastron on dcnii-cnirasse en fer l)rnni el les chapeaux étaient recouverts d'une calotte de métal. L'uniforme variait d'un corps à l'autre, mais la couleur de l'habit suffisait à reconnaître certaines catégories bien déterminées : les régiments de la Reine et le régiment d'Harcourt avaient l'habit rouge avec parements et revers bleus ; les régiments coinmandés par des princes ou des gentilhommes portaient l 'habit gris blanc rehaussé de rouge. Le régiment de Noailles était en rouge uni, le régiment de Conty en gris de fer.

Colonel- général prenait la tête de l'arme, il était suivi par Mestre de camp général. Commissaire général, Royal et du Roi. Le 7® régiment, connu sous le nom de Cuirassiers, avait seul la cuirasse double, en souvenir de la tenue qu'il possédait en 1672, lorsqu'il se distingua sous les yeux de Louis XIY, au passage du Rhin ; mais le corps le plus renommé de la cavalerie était, sans contredit, celui des Carabiniers dont le colonel titulaire était le comte de Provence; que remplaçait effectivement le comte de Gisors, fils du maréchal de Belle- Isle. Ce régiment constituait une véritable division de cavalerie avec ses dix escadrons groupés deux par deux en cinq brigades, coîimiandées par des lieutenants-colonels.

\u' Ordonnance royale, du i/i avTil 1701, avait décidé que les carabiniers se lecruteraient sur l'ensemble de la cavalerie et seraient payés par les capitaines à leur corps d'origine à raison de 90 livres. Ces hommes devaient être âgés de vingtcinq à quarante ans, avoir ime taille minimum de cinq pieds, quatre pouces et fournir trois ans de services. Comme bien on pense, les régiments de cavalerie en profitaient pour se débarrasser de leurs mauvais sujets ; « aussi, déclare Chabo, la nature des carabiniers est d'être courageux et libertins, ce qui, à la guerre, rend ce corps un peu maraudeur ». Mais ces escadrons formaient, grâce à leurs traditions et à l'entretien particulièrement minutieux dont ils étaient l'objet , un corps d'élite, et le régiment finit à Fontenoy par enfoncer la colonne anglaise, là où la maison du Roi venait d'échouer. Montés sur des chevaux noirs de haute taille, les carabiniers étaient armé'' du sabre de cavalerie, d'un pistolet, d'une carabine rayée avec baïonnette. Leur effectif de i.aoo hommes permettait de les

employer en masse de manœuvre pour une opération difficile ; on les verra combattre au premier rang pendant les guerres d'Allemagne et sauver la situation de la gauche française à Krefeld par une charge restée fameuse dans les annales de la cavalerie.

La cavalerie étrangère était représentée par huit régiments dont plusieurs avaient été levés pour les besoins de la guerre ; leur composition était variable. Le régiment irlandais de Fitz- James offrait des soldes plus fortes que les autres corps de cavalerie pour assurer à ses militaires un traitement aussi élevé qu'en Angleterre, mais les officiers seuls représentaient l'élément irlandais ; les hommes provenaient de toutes les armées d'Europe, sauf de l'armée anglaise. HoyaJ-AIlcnHind , formé en 1671 par le comte de Kônigsmark possédait, comn^e tous les régiments étrangers, sa juridiction et sa prévôté spéciales, mais il se distinguait des autres régiments par ses sabres courbes. Wurtemberg, au service de la France depuis 1689, complétait la série des vieux corps. N assau-Saarhriick avait été levé en J']^^ ; il possédait comme les régiments précédents, deux escadrons (i).

Le régiment des Volontaires de Schoniherg avait été composé avec les anciens (( houlans tartares » de Maurice de Saxe qui, pendant plusieurs années, semèrent la terreur 'aux alentours du château de Chambord. Recrutés en T743, il formaient à l'origine six brigades composées chacune de quatre-vingts uhlans armés du sabre et de la lance et de quatre-vingts dragons, portant chacun im sabre, un fusil et des pistolets. Le Roi les avait passés en revue, le 28 novembre T7A8, dans la plaine des Sal)lonsoi! ils excitèrent lacuriosilé des Parisiens (2). Dix ans plus tard, l'effectif en était réduit à six brigades de 60 cavaliers, formant trois escadrons où il n'y avait plus guère de Tartares, mais surtout des Alsaciens et des Allemands. Deux autres régiments étrangers avaient été reconstitués par les

(1) Ce résiment fut porté à 4 escadrons à 2 compagnies de 75 hommes, le 14 juin 1759 (Archives supi)lcmentaircs, carton 25).

(2) « Il y a une compagnie de nègres nui ont des banderoles blanches et des chevaux" blanc.=. On dit qiie c'est la compagnie do Iioulan? du colonel. » (Journal de Barbier, t. IV, p. 324). — Les houlans étaient montés sur des petits chevaux tartares, dirigés avec un bridon a deu.x gros anneaux (Journal de Luynes, t. IV, p. 51).

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ordonnances royales du 1 8 et du ao novembre 1766, c'étaient les Volontaires de }> assau-Saarbriick et les Volontaires liégeois, ancien régiment de Raugrave et qui, dans la pratique, gardèrent cette dernière dénomination ; ces deux corps étaient à quatre compagnies de 75 cavaliers U). Enfin, le régiment Corse, créé le 29 avril 1767 à six compagnies présentait l'effectif extravagant de 17 officiers, non compris l'aumônier et le chirurgien, 6 maréchaux des logis, 12 brigadiers et seulement i38 hommes.

Les régiments étrangers de cavalerie comptaient parmi les meilleurs du royaume ; les régiments allemands surtout avaient des chevaux en parfait état car, de lavis de tous les écrivains militaires du xvnf siècle, les cavaliers recrutés en Alsace ou sur les rives de la Sarre entretenaient leurs montures avec un soin tout particulier. Raugrave avait moins bonne réputation et ne fit pas toujours preuve de bravoure pendant la guerre de Sept Ans.

Bien que les hussards fussent toujours consacrés aux opérations de la petite guerre, comme les troupes légères dont M sera parlé plus loin, on leur donnait un rang dans la cavalerie. De tous les régiments créés pendant la guerre de Succession d'Autriche, les hussards de Linden, de Beausobre et de Ferrari avaient disparu ; seuls restaient, au début de 1768, les trois régiments de Bercheny, Polleresky , Turpin, tous les trois portés à huit compagnies de 76 hommes, formant quatre escadrons. Ils étaient recrutés en principe parmi les population*; hongroises dont ils avaient conservé l'habillement, l'équipement et l'armement, sabre courbe, mousqueton court et pistolets. Cavaliers hardis, batteurs d'estrade incomparables, mais, par contre, pillards incorrigibles, leurs services étaient recherchés dans toutes les armées européennes ; malheureusement, leur recrutement devenait de plus en plus pénible et l'impératrice Marie-Thérèse refusait de s'y prêter, même en faveur de la France, car elle avait grand 'peine à maintenir l'effectif de «es régiments (2). Aussi les hussards de T758 comprenaient-ils

(1) Au début de 1758. Raugrave fut porté à 8 compagnies de 40 hommes (Travail du Roi, 1" mnrs 17.58).

(2) Voir notamment .'i ce pujet la lettre de Choiseiil ;i Belle-lcli-. du 22 janvier 1759 fMnniiscrits de? Affaires étrangères. Autriche, vol, 271).

surtout des déserteurs, des Allemands et même des sujets du Roi qu'on laissait engager au mépris de toutes les ordonnances.

Les dragons avaient été de tout temps séparés de la cavalerie mais ils s'étaient peu à peu transformés en régiments qui ne servaient plus qu'à cheval. Leur origine remontait à Henri IJ et le maréchal de Brissac fut leur véritable fondateur; on les considérait alors comme des arqueliusit^rs montés et, jusqu'en 1668, ils faisaient partie intégrante de l'infanterie. Leur rôle était assez complexe. Les généraux du siècle de Louis XIV les employaient tantôt comme une infanterie montée destinée à s'emparer des passages et des points d'appui du terrain, tantôt comme une réserve consacrée pour l'assaut final, tantôt comme une troupe du génie qui frayait le chemin aux autres armes. Ils faisaient le service de la tranchée pendant les sièges et ne combattaient généralement qu'à pied dans les divers engagements.

Maurice de Saxe aurait vouki qu'on les dressât uiiiquement aux exercices de l'infanterie (i), mais, dès 1744, on portait leurs régiments à cinq escadrons de i5o hommes montés. Dix ans plus tard, pour réaliser des économies, beaucoup plus que par raison tactique, la composition de ces régiments était modifiée et ramenée à deux escadrons montés de 1 20 hommes et à quatre compagnies à pied de 60 (2), Petit à petit, l'esprit cavalier prévalut et l'instruction à pied fut négligée : les seize régiments de dragons à la fin de l'année 1757 ont tous quatre escadrons et l'escadron a la même composition que dans la cavalerie. Ces corps sont très en vogue ; le régiment se paye 120.000 livres et les officiers appartiennent à la meilleure noblesse ou aux grandes fortunes du royaume et Chabo le déplore : « Il leur faudrait des capitaines capables, gens de condition non titrés, d'un âge assez avancé pour avoir quelques connaissances et qui aient reçu une éducation plu^^

a) M. de Saxe, Mes Rêveries.'l. I, p. 80.

(2) Insliiiclion pour les dmcrons, li mai 175-i (MiMiioircs techniques, carton 32).

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nerveuse que celle des fînaiiciei s de Paris, car ils seront plu*^ souvent à cheval que dans leurs lits ». Tl faudrait aussi <>. ])Our colonels de pareils corps, des gens d'expérience, aussi courageux, aussi robustes et aussi susceptibles d'émulation que les cadets de Gascoo-ne qui n'attendent rien que de leur épée » (i ).

Les quinze premiers régiments de dragons étaient levés et entretenus comme les autres corps de l'armée ; le i6^ régiment, Languedoc ancien DragoTjs de Septûnonie avait été recruté, remonté, armé par les états de Languedoc, à l'instigation du duc de Richelieu, qui, en i']à\, était lieutenantgénéral de la pro^dnce. Son fils, le duc de Fronsac, en avait été le premier colonel.

Si les Dragons s'obstinaient à ne vouloir servir qu'à cheval, tout dans leur équipement et leur armement, comme dans leurs habitudes et leurs traditions les rappelait au rôle de l'infanterie montée. Leurs chevaux étaient moins grands et moins épais que dans la cavalerie ; et de -loin, on distinguait sans peine des compagnies de dragons à leurs montures mal soignées, à leurs cavaliers peu confirmés et raccrochés, l'étrier court ; les dragons portaient la botte molle avec les brodequins, un fusil long à baïonnette, un pistolet et un sabre à peu près pareil au modèle des grenadiers. Tous avaient un outil suspendu à la selle ; aussi l'usage s'était-il maintenu de placer les dragons à l 'avant-garde pour préparer le chemin des charrois d'artillerie.

Les chefs de corps s'intitulaient colonels et non mestres de camp et les dragons n'avaient pas de trompettes mais des tambours que l'on battait à cheval et des hautbois ; il avaient le matériel de campement des fantassins; cependant, à partir de 1760, les efforts du commandement se portèrent vers l 'instruction équestre. Bientôt le meilleur régiment, non seulement de dragons, mais de toute la cavalerie française, fut Mestre de Camp Dragons dont le major, la Porterie, était à la fois un des meilleurs écuyers de son temps et un entraîneur d'hommes remarquable 11 révolutionna les habitudes couramment admises en apprenant à ses dragons à sauter, en leur faisant

(1) Chabo, siémoire sur la Cavalerie, loc. cit.

à 76 LE .MINISTÈRE DE BELLE -ISLE

changer chaque jour de monture, en les exerçant à lempioi des armes sur des mannequms (i). Aussi, pendant toute la guerre de Sept Ans, les dragons indépendamment du service de sûreté pourront-ils intervenir dans la hataille en chargeant l'adversaire. Le régiment d'Apchon ne cessera de se distinguer en 1758, pendant les opérations du corps de Soubise, et Contades réunira, sous le commandement du duc de Chevreuse, quatre régiments de dragons, forts au total de seize escadrons et qui présentèrent, pour la première fois, le spectacle d'une division de cavalerie constituée.

Il eût été logique de faire disparaître la distinction toute nominale qui existait entre les dragons et la cavalerie, mais trop d'intérêts étaient engagés pour maintenir l'état de choses. En restant une arme particulière, les dragons conservaient leurs dignitaires et leurs chefs : le colonel-général, le mestre camp général, les brigadiers ; ils ne correspondaient avec le Général en chef et le Maréchal des logis de l'armée que par l'intermédiaire de leur Major-général, échappant de cette façon à l'action du Maréchal des logis de la cavalerie, et Belle-Isle se souvenait trop des débuts de sa carrière pour restreindre ou supprimer les privilèges d'un corps qu'il affectionnait entre tous. De fait, les dragons s'étaient toujours considérés comme une troupe d'élite, se recrutant dans les classes aisées des campagnes et des villes ; ils ne tarderont pas à être la meilleure du royaume.

Pour constituer ses détacliements de découverte, garder ses lignes d'avant-postes, réquisitionner les ressources locales, harceler l'ennemi, les armées du xvni* siècle employaient des troupes légères. Les hussards remplissaient à merveille ces différentes missions mais leur nombre en France était beaucoup trop restreint pour qu'on ne prêtât pas l'oreille aux propositions de certains aventuriers. La guerre de Succession d'Autriche, en nécessitant un effort de plusieurs

(1) Voir les deux Mémoires remarquables de la Porterie sur l'équitation, l'Instruction et la Tactique de la Cavalerie. 1750 et 1754 (Mémoires techniques, cartons 31 et 32).

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.années, avait montré l'utilité ùe ces corps francs que l'on ne ménageait pas et dont l'activité pendant la mauvaise saison permettait aux troupes réglées de se reposer et de réparer leur matériel dans les quartiers d'hiver (i). Leur effectif atteignit alors plus de i/i.ooo fantassins ou cavaliers. C'étaient, nous dit un dictionnaire de l'époque, « des liommes de guerre lestement habillés et armés » (2) et « leur service a bien de la similitude avec la manière de faire la guerre des premiers hommes » (3).

Leur gros avantage, au point de vue financier, était de ne pas constituer des corps permanents. On les recrutait à l'entreprise, pour la durée des opérations et, dès les préliminaires de la paLx, on licenciait à peu près tout leur personnel. C'est ainsi que après la guerre de Succession d'Autriche, on avait diminué les Volontaires du Dauphiné de i.ioo à r20 hommes ; les Volontaires bretons comptaient au total 4-500 hommes en 17/19, au moment' de leur fusion dans le corps unique des Volontaires de Flandres ; six ans plus tard, ils étaient réduits à 36o. Pareillement les Volontaires du Dauphiné de i.ioo à 120, les Volontaires Cantabres de 1.60^ à j6o. les Chasseurs de Fischer de 600 à 60, le régiment étranger de Beyerlé de 1.200 à 120, les Fu^siliers de Montagne de 720 à 120, les Volontaires de Schomberg de i.ooo à 36o hommes. On pouvait en dire autant des hussards, dont le régiment de Polleresky n'avait plus qu'un escadron pendant la longue période de paix qui s'étendit de 17A8 à 1706 (f\).

On ne conservait donc qu'un noyau de cadres et de soldats, allant du sixième au dixième de l'effectif de campagne, afin de pouvoir, du Jour au lendemain, reconstituer les corps

(1) Voir de Grandmaison, La petite Guerre ou Traité du Service des Troupe.'^ légères en Campagne (1756).

(2) Dictionnaire militaire de Gissey (1758), t. 111, p. 502.

(3) Chevalier d'.A.ulhville, Essai sur la Cavalerie (1755), p. 190.

(4) L'escadron est à 100 hommes, repartis en 4 compagnies. Péfalcalion faite, des cavaliers détachés comme plantons, des trompettes, du timbalier, des ^maréchaux-ferrants, il ne reste que 51 cavaliers pour l'exercice : encore ne compte-t-on pas les malades et les honunes devant prendre l.t garde. [Situation de prise d'armes, Rocroi, 17 août llo-i (Mémoires techniques, cavalerie, tar-

lon 31.)]

d'enfants perdus qui jouaient un grand rôle dans la tactique en usage à cette époque : n iJne armée, dénuée de cavalerie légère, écrivait Maurice de Saxe, ou qui n'en a pas suffisam nient pour tenir tête à celle de l'ennemi, peut se comparer à un homme, armé de toutes pièces, qu'on mettrait aux mains avec une troupe d'écoliers qui n'aurait, pour armes, que des mottes (le terre. Cet Hercule serait bientôt obligé de se retirer hors d'haleine et couvert de honte et de confusion » (ï).

A défaut de hussards — l'Impératrice n'en avait prêté que deux régiments, à titre tout à fait provisoire, — on était bien obligé de lever des troupes légères, soit sur le territoire national, soit en Allemagne ou aux Pays-Bas. Ces corps étaient mixtes : ils comprenaient des compagnies d'infanterie et de cavalerie, les premières pour occuper les postes, les autres pour assurer le service de reconnaissance. Aussi, dès les premières hostilités de la guerre de Sept Ans, le Ministère s'étaitil empressé de compléter les anciennes formations et même d'en créer de nouvelles.

Les Chasseurs de Fischer, dont le premier recrutement remontait à 17 43, avaient été portés à 000 hommes par l'Ordonnance du 25 octobre 1756. à raison de cinq compagnies d'infanterie de quarante fusils et de quatre compagnies de cavaleiie de soixante-quinze sabres (2). La Léffion Royale, formée avec les anciens Volontaires Royaux ne devait comprendre d'après VOrdonnance du 18 novembre 1756 que ()5o hommes ; le 2.") février 1708, elle fut augmentée jusqu'?» 1.200 et, le 7 mai. à 1.420, distrilniés en seize compagnies mixtes (.S"» et placés sous les ordres du comte de Chabo qui devait rendre tant de services pendant toute la guerre. Le 1 "^ février 1758. les Volontaires du Dnuphiné formaient six compagnies de 70 hommes, dont i\o fantassins et 3o dragons,

(1) M. do S;ix«\ I.ciirc .111 Hoi tio Pologne, iiiin 1732 (Mes Rêcerles, annexes, t. II, p. 196).

(2) Cet effectif fui très Luseinent déliassé. Bcllc-Isle avait passé la revue de ce 'corps à Chartres, en nriobre 17r>6. et Luynes parle de 4.000 hommes et 3.000 .surnuméraires. Il mentionne surtout une compagnie de 40 Egyptiens « qui sont aussi bien disciplinés que les autres ». (Journal de f.iiiines A. XV. p. 246.)

(3) 2 compagnies de grenadiers de 45 hunuiies, 12 compagnies de 100 hommes, dont GO fanlassins et 'iti dragons. 1 eompognic de hussards de 75 sabres, 1 compagnie de Gu ouvriers.

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soit en tout, ^20 soldats. Les } olontaires d'Alsace (i) avaient une composition identique de même que les \oloni<iircs d« Flandres et les \ olonlaires du IhdiuiuU (2). Les Fusiliers de Montagne n'avaient pas été augmentés et restaient à l'effectif de trois compagnies de \o hommes. Enfin, le 26 décembre 1756, on avait institué le détachement des Fusiliers-Guides, composé de 3 officiers et de 25 hommes, tant à pied qu'à cheval, et destinés à servir sous les ordres du Maréchal-général des logis de l'armée pour porter les ordres et procéder ^ certaines reconnaissances (3). Les \olont aires de Clern\onl appelés aussi Volontaires de Halle du nom de leur lieutenantcolonel ne furent créés que le 5 mai 1758, sous l'administration de Belle-Tsle. Quant aux Volontaires étrangers qui forment un régiment distinct dans la série officielle des troupes légères, on ne peut guère les considérer comme des partisans. Des trois bataillons dont ils se composaient, le premier tenait garnison à Lorient et Port-Louis, le deuxième fut envoyé au Canada et le troisième dans l'Inde (/i).

Tous les régiments que nous venons de passer en revue présentent le même caractère : ce sont des corps sans dépôts qui se déplacent a^ec leins effectifs, leurs recrues et leurs bagages suivant les hasards des changements de garnison ou de la guerre. L'infanterie stationne tantôt aux frontières, tantôt dans les places des côtes. Les régiments de cavalerie, faute de casernements suffisants passent au moins une année sur deux dans les campagnes, répartis par compagnie dans des villages où l'instruction de la troupe est impossible. C'est ainsi que nous voyons le régiment de Chabot quitter

(1) Anciens volontaires de Bcycrlé.

(2) Par Ordonnance du 25 fcvTicr 1758, les Volontaires de Flandres et du Hainaull furent portes de 420 à GOO hommes, répartis en 8 compagnies de 7.5 hommes, dont 40 fantassins et 3.j cavaliers.

(3) Pendant la Guerre de Sept-.\ns, on les désigne couramment sous le nom (le Gitidea de Plinchamps, du nom de leur chef, gui fut im officier d'élatmajor remarquable.

(4) Belle-Tsle au Duc d'Aiguillon, 26 octobre 17r>8 (Archives supplémentaires de la Guerre, carton 26).

l'armée de Provence, en 17/17, pour aller tenir garnison à Dole. Au mois d'août de l'année suivante, il émigré à Saint- Pardoux en Périgord, puis à Langeac et Saint-Flour. L'année 1760 le retrouve à Landau, 1751 à Landrecies et Avesnes, 1762 à Bar-sur-Aube, 1765 à Douai. Aux premières hostilités avec l'Angleterre, le Ministère le dirige sur Quimperlé (i).

Quand la guerre survient, tous ces instruments de combat sont engagés sans qu'ils conservent des points d'attache avec l'intérieur du Royaume. L'un d'eux vient-il à disparaître dans la tourmente, comme le régiment des Gardes- Lorraines à la défense héroïque d'Hova, le Gouvernement n'a plus le moyen de remplacer cette unité, sinon en prescrivant la levée d'un régiment nouveau qu'on ne parviendrait le plus souvent, à mettre sur pied sans désorganiser un ou plusieurs bataillons de milice. Le problème du remplacement des pertes en campagne présente des difficultés inextricables et préoccupe tellement les écrivains militaires du xvni' siècle qu'ils en arrivent à la même conclusion : l'armée doit tout entière se recruter par province, le chef-lieu de chaque généralité servant de point de rassemblement à une légion provinciale. Les nécessités de la guerre se confondent étroitement avec l'évolution de l'opinion publique pour réclamer la révision de l'état de choses existant : le Roi doit cesser do déléguer le recrutement de ses troupes à des personnalités qui changent ; l'administration et le commandement ne peuvent plus, sans danger pour le pays, être mis en adjudication. L'Etat est né, mais, dans le domaine militaire, les institutions manquent et tout en souffre depuis l'enrôlement, qui échappe à des règles fixes et devient de plus en plus précaire jusqu'à la tactique du champ de bataille, à la fois rigide et timide à l'excès parce qu'elle dépend d'un recrutement difficile où trop d'intérêts particuliers sont en jeu.

Mais ce que l'on n'a jamais assez critiqué dans l'organisation de l'armée royale, c'est bien son manque d'homogénéité qui provient de la sélection opérée dans la population et dans les

fl) n. dp Gnllior. lUi rapHaine au Réqimenl de Chaho (La Revue, l" juillet 1912).

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troupes au profit de certains corps. La Maison du Roi prélève les sujets de haute taille, robustes et de bonne conduite ; certains vieux régiments se montrent aussi difficiles et les derniers créés doivent se contenter du personnel refusé par tous les autres. Dans un bataillon d'infanterie, une nouvelle sélection s'opère avec les grenadiers qui sont prélevés dans les compagnies de fusiliers comme les carabiniers, dans la cavalerie, sont fournis par les escadrons qui leur envoient, non pas leurs éléments les plus disciplinés, mais leurs cavaliers adroits et intelligents.

Dans la milice, nous avons vu la hiérarchie qui règne et descend du Grenadier de France, le plus beau soldat de l'époque, au simple milicien, chétif et de petite taille, en passant par le Grenadier royal et le Grenadier postiche. Partout on s'attache à créer une élite au détriment de la masse du corps de bataille et si l'on possède ainsi des troupes de réserve excellentes, les troupes de ligne sont trop énervées pour leur donner l'occasion de renforcer des points forts ; les réserves n'interviennent guère au coml^at que pour rétablir une situation compromise ; encore faut-il qu'elles arrivent à temps. A Krefeld, tous les grenadiers sont massés en arrière de la droite française ; lorsque Ferdinand de BrunsAvick enfonce l'aile gauche, la réserve de grenadiers, arrêtée par de continuels contre-ordres, fait son apparition vers le point menacé au moment oii la bataille est bien perdue (t).

Les corps d'élite ne se contentent pas d'écrémer l'armée ; ils absorbent la plus grande part des ressources financières. En janvier 1708, on donne un nouvel uniforme aux gardes du corps : (( Faites-vous le montrer, dit le Roi au maréchal de Biron. Ah ! il est beau, il est magnifique, brodé en paillettes sur toutes les tailles. Je ne sais ce que cela coûtera, mais ils l'ont voulu : Payera qui pourra ! car les fonds sont bien courts cette année » (2). Quelques mois plus tard, ce sont les carabiniers qui échangent leurs chapeaux, leurs vestes et les ornements de l'habit pour obéir à de nouvelles instructions (3).

(1) Voir plus loin. chap. \ I. le cummandcment du Conilc de Clcrmonl. (2> Dufort do Chevorny. Mémoires, [. I, p. 228. (3) Lettres du Baron de Castelnau, p. 77.

l82 LE MINISTERE DE BELLE-ISLE

Lorsqu'on entre en quartiers d'hiver, les vieux régiments sont les premiers à recevoir leurs réparations et leurs recrues de même que, pendant la guerre, ils possèdent, avec le privilège de combattre en première ligne, l'avantage d'être campés et de toucher leurs distributions tandis que les régiments les plus déshérités n'ont pas encore terminé l'étape. Le bénéfice de l'esprit de corps est perdu par le sentiment de jalousie qu'on trouve dans les petits régiments où d'ailleurs le colonel souvent n'est pas très riche et doit exploiter son corps alors que, dans les vieux régiments, le colonel dépensera sa fortune sans compter, pour conserver ses bataillons intacts.

L'armée forme un assemblage d'éléments disparates et l'instruction qu'on leur donne est loin de les amalgamer. L'infanterie française et allemande est dressée aux évolutions qui lui permettent de figurer sur la ligne de bataille, mais tout ce qui développe l'initiative individuelle du soldat c'est-à-dire le ser\dce des avant-postes et des avant-gardes, la petite guerre est confié, comme on l'a mi, à des troupes spéciales. Hussards et volontaires se distinguent par leur entrain, leur audace et aussi par leur indiscipline. L'armée française est donc divisée en contingents rigides, mais lourds, et en contingents alertes, mais sans cohésion. Pour une opération de guerre quelconque, il faut rassembler les deux éléments et, bien des fois, elle échoue parce qu'on n'y peut consacrer la proportion voulue.

L'infanterie se contente de savoir marcher, tirer, tendre un camp et monter la garde ; la cavalerie n'est pas à même de remplir d'autres missions que de faire un fourrage et charger. Les capitaines se soucient peu d'amaigrir leurs chevaux par des exercices \iolents et moins encore de risquer leur perte dans des embuscades ; on verra les régiments de cavalerie et de dragons incapables de pousser des patrouilles à un kilomètre du flanc de l'armée et laisser massacrer des compagnies entières parce qu'ils n'ont pas éventé l'approche de l'ennemi. La division du travail se trouve poussée jusqu'aux dernières limites et, dès l'année 1767, on en remarque les inconvénients. Pendant toute la guerre de

LARMÉE EN 1758 183

Succession d'Autriche, le Gouvernement n'a manqué ni de liussards ni de troupes légères, mais en 1766, il s'est laissé surprendre par les événements et le recrutement de ces corps spéciaux devient assez difficile pour que leur nombre ne corresponde plus aux nécessités de la campagne. Tout l'élan de l'armée tombe, et le commandement est timide parce que la masse principale n'a plus ses moyens d'investigation et ses éléments habituels de sécurité.

Enfin, l'armée n'est pas commandée, L 'Etat-major général est pourtant nombreux mais, en temps de paix, il n'exerce aucun pouvoir sur les régiments dispersés dans tout le territoire du royaume. Tout est laissé au bon plaisir du colonel lequel est rarement présent dans la garnison. Le lieutenant colonel s'attache principalement aux questions de discipline et l'instruction dépend du Major. Si ce dernier est un homme actif, il s'attachera surtout à donner vme note personnelle à son travail, il inventera des exercices nouveaux ; s'il est âgé. sans ambition ou sans vigueur, on le voit se retrancher derrière la tâche administrative qui lui incombe, elle aussi, car il est au régiment le véritable représentant du Roi. La quiétude et l'oisiveté des bataillons et des escadrons ne sont troublées, une fois l'an, que par l'arrivée de l'Inspecteur et le travail de l'Inspecteur ne consiste pas à voir si le régiment se confoiine aux règlements de manœuvres, et s'il est, tactiquement parlant, en état de faire campagne ; avant tout, il faut constater que l'effectif des présents correspond bien aux chiffres donnés par les capitaines dans l'établissement de leurs décomptes de solde. On trouve encore des passe-volants au xvni" siècle et surtout des soldats engagés de force ou physiquement incapables de faire la guerre. L'Inspecteur a comme mission principale de redresser les torts et de faire rendre justice, de provoquer les rengagements, de prononcer la réforme des chevaux, mais son action sur la marche de l'instruction est d'autant plus restreinte qu'il change de ressort d'inspection d'une année à l'autre (i).

Il y a bien dans les grandes villes ou dan< les places fortes

(1) Cf. Chabo, Mémoires sur la Cavalerie (Mémoires leclmiques, carlon 30).

j84 le ministère de belle-isle

le Gouverneur el le Lieutenant du Roi, mais ils n'ont de rapports avec la troupe qu'au point de vue de la police et ces rapports sont généralement assez tendus ; la réunion des camps d'instruction donne lieu, depuis 17 53, au groupement des grandes unités, mais la durée des exercice.^ ne dépasse pas trente jours et les chefs désignés ne sont pas ceux qui prendront le commandement en temps de guerre. En campagne, on réunit les régiments par « divisions », si l'on peut donner cette appellation aux grandes unités chargées de former « l'aile droite », « l'aile gauche », le « centre » de la première ou de la deuxième ligne, la réserve, etc., el. dès que l'armée rentre dans ses quartiers d'hiver, cette répartition est supprimée pour affecter les corps de troupes à dés régions dont le choix est dicté par les ressources disponibles en cantonnements et en vivres.

Sans doute, ces imperfections ont existé sous le règne de Louis XIV et pendant toute la première moitié du xvin^ siècle, mais la trêve des armes n'était alors jamais bien longue et la vie de campagne suffisait pour donner à l'organisme do l'armée le souffle qui lui manquait pendant les courtes périodes d'inaction. Et. jusqu'alors, il faut bien le dire, toutes les armées européennes suivaient les mêmes errements ,. mais il faut compter maintenant avec les méthodes sévères de Frédéric II, et le traité d'Aix-la-Chapelle a fait durer la paix pendant sept ans, qu'on n'a pas utilisés pour préparer l'armée à sa tâche nouvelle car la guerre désormais sera longue et pénible et savante : on ne formera plus des corps de siège, pour s'emparer de telle ou telle place d'après les règle:> fixées depuis longtemps ; on devra chercher l'ennemi, le harceler, l'aborder et le vaincre en toute saison et par tous les terrains et. pour cela, il faudra manœuvrer, c'est-à-dire subdiviser l'armée, engaiier judicieusement ses corps, s'en remettre à l'initiative et à la sagacité des sous-ordres, toutes choses à peu près inconnues jusqu'à ce jour et difficilement exécutables lorsque les chefs ne sont pas préparés au maniement des masses et que les éléments de l'armée ne sont pas homogènes et. pour ainsi dire, interchangeables (1).

(1) Ce défaut d'organisation a élc remarquablement mis on lumière par Cho:seul dans ses Mémoires au Roi en k/U (Mémoires du Duc de Clioiseul, p. 254;..

l'armée en 1758 185

En résumé, l'armée n'est plus adaptée pour sa mission du temps de guerre. Les hommes sont là, patients et sobres, prêts à tous les sacrifices et l'encadrement inférieur n'est pas mauvais, mais le commandement ne connaît pas la troupe et c'est peut-être bien par le fait de cette ignorance qu'il hésitera si souvent à lui demander l'effort nécessaire.

Telle est l'armée du temps de paix, telle est, à peu de choses près, l'armée du temps de guerre. Les accroissements d'effectifs sont incertains et les soldats recrutés au moment de l'alerte n'ont pas plus d'instruction que de sens de la discipline. Il manque à la France d'alors, pom- être une grande puissance militaire, le service obligatoire sans lequel un Etat ne peut envisager que des probabilités. Elle y vient peu h peu avec l'institution de la milice, mais n'oublions pas que cette institution n'est pas nationale parce qu'elle consacre l'arbitraire et qu'au demeurant elle est inefficace, parce que l'instruction des miliciens est trop négligée.

L'instrument, qui pourrait être bon, reste médiocre. Il n'a pas changé depuis la grande Journée de Fontenoy et si les troupes françaises sont toujours capables du même héroïsme, si la maison du Roi. les Carabiniers, la brigade irlandaise, Royal-vaisseaux et Normandie se jetteraient à l'assaut avec le même mépris de la mort, il manquerait, pour les engager, le calme et la décision stoïque de Maurice de Saxe, la présence d'un Roi qui, désormais, ne fait plus rien pour se ressaisir, l'enthousiasme juvénile du Dauphin (i) ; en 1768, l'armée a connu ses premiers revers, la victoire d'Hastenl)eck n'a pas été décisive, et Rosbach a pris les proportions d'un désastre. La guerre s'annonce loniiTie, pénible et sans gloire, elle se déroule très loin de la France, elle n'est pas populaire dans le pays. C'en est assez pour que les opérations ne cessent de souffrir de l.i pusillanimité des chefs comme de la méfiance des soldats. Au point où l'armée était tombée, on pouvait redontei- les éventualités les plus dangereuses ; du jour où Belle-Isle prit en main le portefeuille de la Guerre, un peu d'espérance revint dans toutes les classes de la nation. Si l'honneur de nos

(1) Cf. Duc de Broglie, Etudes diplomatiques, Fontenoy (Revue des Deux- Mondes, 15 juin 1887).

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armes sortit intact des aventuiTs de la guerre de Sept Ans et si l'armée française se tira de celte épreuve plus forte, plus disciplinée, mieux préparée à l'évolution nécessaire, le mérite en revient à la patience et au travail d'un homme qui voyait loin et clair, à la fin de sa vie, et qui jamais ne connut les grands fléaux de son époque : l'indifférence et le découragement.

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