LA KÉORGAMSATION DES ARMEES D'ALLEMAGNE
condamner soit à refluer sur le territoire national soit à se réfugier dans les Pays-Bas, entre l'armée hanovrienne et la flotte anglaise. 11 fallait donc à tout prix tenir les cours de la Meuse et de la Moselle, il fallait aussi que la navigation du Rhin fût libre entre Wesel et Mayence, pour tendre la main aux troupes du corps de Souliise et aux contingents ^^urtemberg■eois et saxons. Or, une mauvaise bicoque interceptait le passage : c'était le château de Rheinfels, forteresse moyenâgeuse, construite près de Saint-Goar, au seuil du défilé que suit le fleuve dans la traversée du massif schisteux rhénan ; dans le fourmillement d'enclaves qui marquetaient le sol germanique au xvni^ siècle, Rheinfels appartenait au landgrave de Hesse-Cassel. un de nos plus acharnés ennemis (i). S'en emparer n'eût pas été pour l'armée une entreprise bien difficile ; la garnison ne comprenait qu'un régiment de dragons démontés, I20 artilleurs et loo hussards (2).
La faute commise était impardonnable et jusqu'au mois de septembre, Belle-Isle se chargea de la rappeler aux généraux (3), mais Clermont différa sans cesse une expédition qui s'imposait {^). Lorsque le duc de Wurtemberg voulut rallier l'armée française, il prépara l'embarquement de ses troupes sur le Neckar pour les conduire par eau jusqu'à Bingen. De Bingen, le corps wurtembergeois devait marcher sur Andernach par voie de terre afin d'éviter le canon de Rheinfels (5).
Dans la zone d'action de l'armée, entre Cologne et ^^esel, la navigation sera toujours soumise au risque des escarmouclies. Les troupes légères de l'ennemi ne cessent de paraître sur la rive droite et de saluer à coups de fusil les
(1) On fil, en vain, de pressantes ouverlnros auprès du Landgrave, en 1757, pour le déterminer à quitter la cause du Roi d'Angleterre. Ni les menaces ni les l)romesses d'argent ne réussirent. Cf. Prieur, Tableau de la Guerre, t. I, i". 79 (Manuscrits des .A.ffaires étrangères, vol. .^fiS).
(2) Torcy à Montevnard. Cologne, 4 avril 1758 (Correspondance générale, 3474-36) ; Fischer à" Helle-lsle. sans date (Fonds de Suède, 36-169).
(3) Belle-Isle à Stadion, 1" avril 1758 (Correspondance générale. 3474-5 ; Bellc-Islc à Clermont, 4 avril 1758 (Corresi)ondance générale, 3474-261.
(4) Clermont à BelU-Isle. Wesel. 14 avril 17.58 (Correspondance générale, 3474-119).
(5) Belle-Isle à Clermont, 10 mai 1758 (Correspondance générale, 3502-190).
convois qui descendent le fleuve. Cleimont ne dissimule pas que la situation deviendra grave si l'ennemi pousse de l'artillerie jusqu'au Rhin (i). Les bateaux chargés de ^iv^es et de munitions sont gardés par des soldats, les bateliers sont protégés par des matelassures constituées au moyen de sacs de farine (2) ; un grand convoi provoque tout un branlebas de combat : trois compagnies de grenadiers, trois piquets de fusiliers s'embarquent et, tout le long de la rive gauche, les corps de première ligne prennent les armes et placent des canons en batterie (3). Torcy va jusqu'à proposer d'armer de grands bateaux avec des pièces légères pour assurer la police du fleuve (A)- Combien d'inquiétudes et de fatigues l'armée se serait épargnées en occupant solidement la ri^o droite ! Pendant deux mois elle vécut sur un perpétuel quivive (5). Le corps de Soubise, cantonné dans la région de Hanau, se trouvait dans des conditions l)ien meilleures grâce aux qualités remarquables de son commandant intérimaire, le duc de Broglie. Les troupes s'échelonnaient sur la rive droite du Mein, protégeant les gués de la rivière et couvrant la communication de Francfort et de Mayence. En dehors de ces considérations d'intérêt primordial, le duc avait choisi ce dispositif « pour ne pas prendre d'abord un air de simple défensive » (6).
Les mouvements de troupes se prolongèrent pemi-uit toute la première quinzaine du mois. Le comte de Clermont devait
(1) Clcrnionl ;i BoUo-Islc, 20 mai 1758 (Correspondance générale, 3475-25G).
(2) Belle-Islc .'i Clermont, 20 mai 1758 (Correspondance générale, 3475-185).
(3) Ordres donnes pour la protection d un convoi allant de Dusseldorf à \A'csel, 26 mai 1758 (Correspondance générale. 3475-248).
(4) Torcv à Montejnard. Cologne, 20 mai 1758 (Correspondance céncrale, 3502-3C8).
(5) « J'ai établi les srniinelles, à cent pas communs l'une de l'aulre. » [Bcausobrf- à Bellc-Isle. Merst. 13 juin 1758 (Correspondance générale, 3476^195)]. Les r.mons do régiment soiU en ballorie nuit et jour [Morlaigne à Belle-Isle, Wescl, lit avril 1758 (Correspondance générale, 3501-294)]. Seul, le Duc de Broglie prescrit un dispositif en profondeur (jui permet d'assurer la garde en ménageant les troupes fBroglie au Cf mte d'Orlieck. 14 mars 17.58 (Correspondance eénérale, 3473-02 bis)]. __
(6) Broglie à Belle-Isle, Hanau, 3 mai 175S (Correspondance générale, 34/D-58).
LA RÉORGANISATION DES ARxMÉES n'ALI.FMAf.NE 193
bien prendre un parti. Le Roi lui-même le dicta. Dans une lettre un peu hautaine, mais empreinte de la plus noble fierté. Louis XV lui donnait l'ordre de résister sur la ligne du Rhin : « Il serait trop honteux d'abandonner Diisseldorf et Wesel et je veux que vous les défendiez ; riionncur est préférable à tout et je ne sépare point le vôtre du mien ni de celui de toute la nation » (i). Clermont fractionna donc son armée de manière à border tout le cours du fleuve. Mais la campagne du mois de mars n'avait été pour lui d'aucun enseignement; ses divisions furent composées d'une façon toute arbitraire et s'émiettèrent sur le territoire de la rive gauche, sans plan d'ensemble. Chaque division comprenait de l'infanterie et do la cavalerie, mais en proportions variables. La division de Contades avait dix-huit bataillons eit deux escadrons, celle du chevalier de Nicolaï deux bataillons et huit escadrons. Dans chaque division, les troupes étaient distribuées sur le pays, moins pour jouer un rôle tactique offensif ou défensif que pour utiliser toutes les ressources en cantonnement et en fourrage. Un auteur militaire du temps, le marquis de Puységur, écrivait : « Le premier principe est. qu'en quelque situation que vous cantonniez votre armée, vous le fassiez de façon qu'il n'y ait aucun canton qui puisse être attaqué sans être soutenu des autres )> (2). L'examen des dispositions prises par le comte de Clermont indique suffisamment que cette condition essentielle n'était pas remplie et que le général en chef était loin de pouvoir rassembler les 10.000 hommes nécessaires pour tenir tête à l'ennemi, le cas échéant (3). La dispersion des forces était complète et déjà les deux points faibles de la première ligne se devinaient : c'étaient la place de Kaiserwerth avec ime garnison dérisoire de 5oo hommes et la ville de Diisseldorf qu'on laissait à la garde précaire de neuf bataillons palatins. La comnnmication entre Cologne et Coblentz était découverte, on abandonnait la voie de la Moselle pour le ravitaillement des troupes. La liaison de l'armée principale a^ec les troupes du Mein n'était plus
(1) Louis XV ^ Clermont. Versailles, 16 avril 1758 (Fonds de Suède, 37-36).
(2) Puységur, Art de la Guerre (1749), t. II, p. 142.
(3) CleViMoiil à Bcllc-Islc, Wcscl, 18 avril 1758 (Fonds «le Suède, 37-34).
j96 le ministère de belle-isi.e
assurée, le g'énéral en chef s'orientait uniquement dans la direction de la Meuse et des Pays-Bas. I.e mal n'eût pas été bien grand si le gros de l'armée avait été prêt à se rassembler en quarante-huit lieures pour combattre, mais la situation s'aggravait des instructions envoyées par Clermont à tous ses corps. Le pays était morcelé sur la rive gauche du Rhin en secteurs ou plutôt en arrondissements qui donnaient à toutes les divisions des commandements territoriaux sans idées tactiques d'ensemble. Dans chaque secteur, la première ligne défendait une portion du fleuve ; les régiments de l'intérieur formaient des piquets à raison de 35o hommes par bataillon et 5o cavaliers par escadron et ces piquets devaient renforcer uniquement la première ligne. De ce fait, les divisions se trouvaient séparées par des cloisons étanches et l'ennemi n'allait pas avoir grand 'peine à pénétrer dans un compartiment et à s'y maintenir (i).
L'effectif des différents corps de troupe était réduit à des chiffres qui ne leur permettaient plus guère de tenir la campagne. L'infanterie, sur un total de 48.828 hommes, ne comptait que 35.47/4 présents pour ii4 bataillons, ce qui donnait .3i T hommes, en moyenne, par bataillon au lieu de 685, effectif réglementaire. La récapitulation arrêtée par Cornillon, major général de l'infanterie mentionnait 1.2 19 absents, 9.768 soldats aux hôpitaux et 9.367 pT'i^onniers de guerre. Le régiment le plus nombreux, celui de Picardie, à quatre bataillons, un des « vieux » de l'armée, c'est-à-dire un des plus forts et des mieux en main, n'avait que 1.968 présents ; Auvergne pour quatre bataillons n'en gardait que 1.177 ; Boynl Boussillon. avait son unique bataillon réduit à 35o (2) et Cambrésis ne
(1) Projet pour la défonse du Rhin si l'ennenni voulait entreprendre de le passer avant que 1 armée soit en étal de sortir de ses quartiers et de se rassembler. 21 mai 1758 (Fonds de Suède. .37-156). Une note du même recueil (37-160) attribue à Mortaigne la rédaction de ce projet.
(2) Situation de l'infanterie, envoyée par Cornillon, Wesel, avril 1758 (Correspondance générale, 3474-206).
LA RFORGAMSATION" DES ARMÉES d'aLI EMAGNE 197
réunissait que 200 hommes sous les armes (i). L'infanterie allemande était ramenée aux mêmes proportions. Les deux bataillons de Nassau atteignaient un total de 820, Dauphiné et Saint-Germain n'arrivaient pas à /ioo (2). Les deux bataillons de Lyonnais et deux bataillons de grenadiers avaient été pris à Minden et les Gardes Lorraines s'étaient fait écraser à Hoya.
La cavalerie avait encore 9.797 cavaliers. L'effectif des régiments variait de 2o3 cavaliers (Orléans) à 290 (Montùabn), celui des chevaux de 210 'Orléans) à 3io (Montcalm). Les trois régiments de hussards (Bercheny, Turpin, Poleresky) avaient i.332 hommes et 1.267 chevaux (3). Mestre de canip- <lragons avait eu i3 compagnies sur 16 comprises dans la capitulation de Minden (4). Le régiment de hussards de Poleresky s'était laissé surprendre et capturer en grande partie près de Neustadt (5).
Dès le mois de novembre 1757. la moitié des capitaines et des lieutenants étaient rentrés en France pour recruter, mais les ressources que les régiments se procuraient de cette manière étaient loin de combler tous les déficits. En avril 1768, 3.282 recrues seulement se préparaient à partir des quartiers d'assemblée pour rejoindre leurs corps. Il fallait trouver autre chose et tout naturellement on eut recours aux milices.
L'ordonnance du 2 5 mai 1707 créa 12 bataillons de milice destinés à l'armée du Bas-Rhin. Ces bataillons de marche formés à 10 compagnies, piovenaient de 120 compagnies prélevées sur 60 bataillons du royaume (6). Le nombre de ces bataillons fut porté bientôt de 12 à 21. tous à 10 compagnies
(1) Le Chevalier de Muv 0 Clermonl, Orsov, 24 avril 17ij8 (Fonds de Suède, 40-200).
(2) Torcv à 15ollc-IsIe. Cologne, 10 avril 1758 (Correspondance générale, 3474-84).
(3) Situolion de la cri\alerie, envoyée par Fumel, VVesel, avril 1758 (Correspondance générale, 3474-210).
(4) Beile-Isle a Clennont, IG mai 1758 (Correspondance générale. 3502-194).
(5) Rapport du 27 fé\rier 1758 (Fonds de Suède, 39-73).
(6) Saulgeon, Ordonnances royales, vol. iS.
et 600 hommes (ij. Le 20 mars, 10 bataillons étaient encore désignés pour se rendre sur le théâtre des opérations (2). Enfin, 00 compagnies isolées de milice furent dirigées sur le Rhin en avril 1708 pour fournir directement des recrues à I armée (3).
Belle-Isle, en taillant sur un chiffre de 7/1 bataillons français à compléter à l'armée du Rhin comptait leur affecter 18 bataillons de milice. En admettant que les bataillons de milice fussent réduits de 65o à 000 hommes, on disposait donc de 9.000 recrues nouvelles. En réservant i.ooo hommes aux grenadiers royaux et à l'artillerie, les 8.000 miliciens restants pouvaient être affectés à raison de 200 par unité aux 4o bataillons les plus forts de l 'armée pour relever leur effectif de A60 à 660 hommes environ. En ren^oyant en France les 10 bataillons de ligne les plus délabrés, il restait 19 bataillons à pourvoir. On y parviendrait en leur affeclant à chacun 200 hommes pris dans les 5o compagnies de milice du dernier appel. Chaque bataillon rece^Tait gratuitement im nombre de miliciens égal au nombre de recrues faites pendant l'hiver. Les miliciens en surplus seraient payés au Roi sur le pied de 90 livres par homme (/i).
Les avis étaient très différents sur la manière de rétablir les effectifs de l'infanterie. Certains officiers voulaient que l'on complétât tout d'abord les bataillons les plus faibles. Une compagnie, réduite à 20 ou 2 5 hommes pourrait-elle soutenir un mois de campagne ? (5). D'autres proposaient l'amalgame tel qu'on l'avait mis en pratique en 1701. Mais il fallait alors porter les bataillons de milice à 16 compagnies et disposer de ^^ bataillons (6'). La réforme eut été trop lente et trop difficile à réaliser. La solution adoptée devait permettre de
(1) Ordonnance du 1" octobre 1757.
(2) Amions, Châlons. \cuch;ilol. \crnon. Saint-Lô, Redon. Lons-le-Saunicr, Ornans, Laon, Saint-Dei.is, Joigny, Mantes, Paris, Monlurenx (2 bataillons).
(3) Créniille à Clermonf, \ ersaillos. 3 avril 17.j8 (Fonds de Suède, 36-142).
(4) Notes du Minislire (Archives supplémentaires, carton 27).
(5) Le Marquis de \ illennir à Desprès, Clèves, 5 mai 1758 (Archives suppléracnlaires, carton 26).
(6) Torcy à Belle-l.clo, Cologne, 28 février 1758 (Correspondance générale, 3472-181).
LA RÉORGANISATION DES ARMÉES u'aLLEMAGNE 199
reconstituer au plus tôt un nombre de régiments suffisant pour tenir tête à l'attaque prochaine des Hanovriens. C'est pourquoi Belle-Isle voulait compléter tout d'al)ord les corps de troupe qui. malgré les difficultés de la guerre étaient restés à peu près en état. Le Maréchal, pour qui l'organisation de l'armée prussienne était un modèle à suivre, penchait depuis longtemps pour les gros bataillons et les gros escadrons (i). u Je pense qu'il vaut mieux avoir moins de bataillons et moins d'escadrons et les avoir plus complets », écrivait-il à Mortaigne (2). Il pensait avec raison que les régiments les plus disloqués dans une retraite où l'armée n'avait pas livré de grands combats étaient précisément les moins disciplinés et les plus mal commandés. Etait-il juste de faciliter le travail des colonels insouciants qui n'avaient, au cours de l'hiver, réuni qu'un nombre dérisoire de recrues ? (3) Clermont ne tint aucun compte de ces sages directives. Il se contenta d'incorporer les miliciens dans les régiments au fur et à mesure de leur arrivée à Wesel (4). On eut toutes les peines du monde à iiû fniie renvoyer en France les quinze !)ataillons les plus éprouvés, alors que, par surcroît, l'Impératrice exigeait le retour en Autriche des six bataillons et du régiment de hussards qu'elle avait encore sur le Rhin (5). Belle-Isle dut le mettre en demeure de choisir entre ces quinze bataillons et les quinze bataillons de milice qui se mettaient en route pour le joindre (6). Il finit par se soumettre (7).
L'infanterie étrangère aux deux armées du Rhin et du Mein comprenait i5 régiments dont 12 régiments allemands (23 bataillons) et 3 régiments liégeois (Bouillon, Horion,
(1) Belle-Islc au L'onitc d'Argenson, .Metz, 23 juillet 1750 (Mémoires techniques, Cavalerie, carton 31).
(2) Belle-Isle à Morlaicne, 10 avril 1758 (Fonds de Suède, 37-16) ; du même au même, 24 avril 1758 (Fonds de Suède, 37-63).
(3) Circulaire à Beile-I.-le aux Inspecteurs de l'infanterie, 9 juin 1758 (Archives supplémentaires, carton 25j.
(A) Clermont à BclIc-Isle, Wesel, 7 avril 1758 (Correspondance générale, 3501-203) ; Belle-'sle à Clermont, 14 avril 1758 (Correspondance générale, 3474-115) : Mémoire sur la distribution des recrues à l'armée, avril 1758 (Correspondance générale, 3510-83).
(5) Choiseul à Clermont, Vienne, 4 avril 1758 (Correspondance générale, 3501-207 1er).
(6) Belle-Isle à Clermont, 14 i.vril 1758 (Correspondance générale, 3510-74). (7j Clermont à Belle-lsie. Wesel, 20 avril 1758 (Fonds de Suède, 37-52).
Vierzet, 6 bataillons). Le? i-égiments allemands se recrutaient pour la plus grande partie en Alsace, en Lorraine allemande et, pour le reste, dans les provinces rhénanes et parmi les déserteurs de toute nation. Depuis dix ans le nombre d'engagements diminuait. Saint-Germain en donnait les raisons suivantes : le nombre des régiments allemands avait été augmenté, les Flandres ne fournissaient plus de reciues à l'infanterie étrangère, enfin on avait supprimé les compagnies franches qui, sous la direction de trois officiers, allaient s'installer temporairement dans les pays oii les levées étaient possibles (i). En dehors des régiments de Bej^theini, Lowendal, Royal-PoJogne, Berg et Royal-deux-Ponts , les autres corps avaient, par bataillon, un déficit de 3oo hommes dès le mois de février. Pendant la retraite vers le Rhin, les régiments s'étaient affaiblis encore. Le régiment de In Mnrch accusait un total de i65 déserteurs (3).
C-'est alors que Fischer ij\) se fit fort de lever 5.ooo hommes à Planau, Hochst, Babenhausen et Friedberg. Une fois reçues par les commissaires des guerres, les recrues ne seraient envoyées à l'armée qu'après avoir été disciplinées et même exercées par les officiers de son corps franc (5). Bien qu'il n'eût pas une très grande confiance dans la réussite de l'entreprise, Paulmy promit à Fischer une prime de 6o livres par liomme (6) et le recrutement commença. Les chefs de l'armée n'étaient pas sans inquiétude, car le corps franc de Fischer avait laissé de bien mauvais souvenirs '7). Clermont ne contestait pas les qualités de Fischer « mais, quand il est éloigné,
(1) Sainl-Germain à Dellc-Isle. Mémoire, is janvier 1758 (Correspondance générale 3510-15).
(2) Paulmy à Clerm^mt, 24 février 1758 (Fonds de Suède, 35-90).
(3) Situations de l'Inlanleric (Correspondance générale. 3474-206).
(4) Fischer, d'abord simple domestique, devint chef d'une compagnie franche de chasseurs. Il se lit connaître en 1754 par les combats qu'il dut livrer pour réduire les contrebandiers de Mandrin. Brieadier d'infanterie en 1759. il mourut en 1762.
(5) Fischer h Paulmy, 24 février 1758 ^Correspondance générale, 3510-21).
(6) Paulmy à Clermont 24 février 1758 {loc. cil.) ; le minimum de taille était fixé à cinq pieds un pouce (1 m. 65 environ).
(7) La composition ou corps de Fischer avait été réglée de la manière suivante par l'ordonnance du 8 juillet 1757 : l'effectif total était de 1.200 hommes, divisés en 8 compagnies d'infanterie à 75 hommes et 8 sompagnies de cavalerie à 75 hommes également. Fantassins et cavaliers étaient appelés chasseurs à pied ou à cheval (Ordonnanzcs de Saulgeon, vol. 4S).
LA RÉORGANISATION DES ARMÉES d'aLLEMAGNE 201
il est fréquemment menteur et conserve peu de subordination dans sa troupe » (i). Le duc de Broglie l'accusait de débaucher les soldats des régiments réguliers pour les incorporer dans ses chasseurs : « Je crois d'ailleurs devoir vous dire, écrivait-il au Maréchal, que c'est un corps de brigands qui font honte à la nation française, ruinant et ravageant tous les pays par où ils passent et, par leur exemple, inspirant le désordre °t la maraude. Voilà ce que j'ai vu toute la campagne » (y). Belle-Isle ne ])artageait pas cette mauvaise opinion et d'ailleurs ne fallait-il pas recourir à toutes les initiatives ? Fischer annonçait qu'il aurait a.oou recrues le lo mai <'3), ce qui permettait de conipjétei' les bataillons allemands à 600 hommes. En réalité, le i^'" juin, Fischer n'avait trouvé que 700 hommes f4). Belle-Isle donna l'ordre de les répartir dans les régiments en commençant par les vieux corps (Alsiice, Royal-Suédois, etc.) (5). On promit 5oo livres de gratilication à tous les capitaines dont . les compagnies seraient complètes au moment du départ de Soubise pour la Bohême f6). Enfui, Choiseul obtint de la Cour de Vienne l'autorisation de recruter dans tous les états d'Allemagne (7), et lui-même rassembla à Prague tous les déserteurs d'origine française, incorporés de force dans l'armée prussienne pour les diriger ultérieurement sur le corps de Soubise (8). Au moment où Clermont prenait le commandement en chef des forces d'Allemagne, l'armée se composait de 19A bataillons et de 189 escadrons. Dans les premiers jours d'avril,
(1) Clormont à BelU-IsIe. Wcsel, 18 avril 1758 (Correspondance géné-
(2) Broglie à Belle-Isle, Hanau, 21 avril 1758 (Correspondance géné-
(3) BelIc-Isle au Duc de Broglie, 28 avril 1758 (Correspondance générale, 3474-208) ; note de Fischer en date du 22 avril 1758 (Correspondance générale, 3510-91j.
(4) Du Mesnil à Belle-Isle. Hanau, 21 mai 1758 (Correspondance générale, 3475-194) ; Belle-Isle à .lu Mesnil. 31 mai 1758 (Correspondance générale, 3150-159), et Soubise à Belle-Isle, Hanau, 12 juin 1758 (Correspondance générale, 3476-167).
(5) Du Mesnil à Bolle-Isle, Hanau, J mai 1758 (Correspondance générale, 3475-281) ; Belle-Isle à du Mesnil, 5 juin 1758 (Correspondance générale, 3476-64).
(6) Belle-Isle à W'iirmser, 8 juin 1758 (Archives supplémentaires, carton 25).
(7) Choiseul à Belle-Isle, Vienne, 24 mai 1758 (Correspondance générale, 3475-236).
(8) Choiseul à BcUe-lsle, Vienne, 13 juin 1758 (Correspondance générale, 3510-174). On estime que le nombre de ces déserteurs atteint un millier d'hommes [Belle-Isle à Soubise, 22 juin 1758 (Correspondance générale, 3503-209)].
ces chiffre? tombaient à 117 bataillons et 127 escadrons (i). Les régiments de cavalerie, nous l'avons vu, pouvaient mettre en ligne au moins 200 hommes ; ils étaient entrés en Allemagne avec i4o sabres par escadron, en laissant 5 cavaliers par compao-nie dans les dépôts de Metz et de Landau. La première mesure à prendre était de faire rejoindre ces isolés ; l'ordre en fut donné le 6 mai (2). Clermont réclama des miliciens pour les incorporer dans la cavalerie et dans les dragons (3). L'expédient eut été singulier. Les miliciens n'avaient aucune pratique de l'équitation et ne savaient pas davantage soigner les chevaux. Sur les instances du duc de Chevreuse, colonelgénéral des dragons f:i ), Belle-Isle finit par accorder 4oo miliciens à répartir, par groupe de 00, à chacun de ses huit régiments : « Les dragons, dans leur véritable institution, ne sont autre chose que de l'infanterie à cheval » (5). En réalité, Belle- Isle avait été mestre de camp général des dragons et s'en souvenait. De plus, le duc de Chevreuse était fils du duc de Luynes, le meilleur ami du Maréchal. Toutes ces considérations l'empêchèrent de refuser aux dragons ce qu'il ne pouvait permettre à toute la cavalerie, sans compromettre l'opération la plus urgente à terminer, la réorganisation de l'infanterie française.
Les troupes légères n'atteignaient pas un effectif de 5. 000 hommes. C'était bien peu si l'on considère les missions multiples qu'on leur confiait : avant-postes, reconnaissances, attaque et défense des convois, réquisitions. C'était encore beaucoup trop si l'on s'arrête aux services qu'elles avaient rendus pendant la campagne de mars. Le corps de Fischer n'avait pas été le seul à montrer un esprit fâcheux de turbu-
(1) 10 bataillons et 30 escadrons claienl rentrés en France ; 33 bataillons cl 2'^ escadrons se préparaient à partir pour la Bohême sons le commandement (le Soiibise, 7 bataillons et i escadrons avaient i'\o perdus à Minden. 21 bataillons de milice avaient été .' fondus » dans l infanterie, 6 bataillons et 6 escadrons autrichiens avaient regacné l'Autriche [Note sur l'Armée iFonds de Suède, 36-154^].
(2) Belle-Isle à Clermont, 6 moi 1758 (Correspondance générale, 3475-79 6i.«I
(3) Clermont à Belle-Isle, Wesel, Il a\Til 1758 (Correspondance générale. 3474-90).
(4) « Les miliciens d'Alsace, de Franche-Comté, de Lorraine, de Picardie, ii'.\rtois, de Flandre, de ÎVorniundic sont les plus élevés et les plus lestes cl conviennent davantage au corps des dragons. » [Chevreuse à Belle-IsIc, 30 mars 1758 (Correspondance gci orale, 347.3-242)].
(5) Belle-Isle à Clermont, 17 avril 1758 (Correspondance générale, 3510-80).
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lence, d'indiscipline et de maraude. Les Volonlaires de Flandres et de Ilainaiil, commandés en grande partie par des anciens commis de bureaux de la Guerre, avaient la réputation d'un corps mal tenu et leur colonel était même accusé d'avoir volé des chevaux (i). Si les régiments de liussards Bercheny et Turpin étaient irréprochables, le régiment de Poleresky ne s'était signalé que par des actes de brigandage ; son chef avait donné l'exemple et Glermont demandait son renvoi de l'armée (2). Par l'ordonnance du 5 mai. le Roi décréta la suppression du régiment dont tous les cavaliers furent répartis entre Bercheny et Turpin. Chacun de ces deux régiments de hussards disposait de six escadrons à i5o sabres (3). L'augmentation des troupes légères était facile à réaliser. Un grand nombre d'officiers, séduits par les primes accordées à leur recrutement, voyaient une excellente entreprise commerciale dont ils pouvaient bénéficier. C'est ainsi qu'au moment de l'organisation des corps de Fischer (A), le Roi accorda 60 livres par fantassin et 2^0 livres par cavalier. Tous les corps de troupes légères avaient été augmentés (5). Ln nou^eau corps avait pris naissance à la demande du général en chef : celui des Volontaires levés en son nom par Halle, sous le titre de Volontaires de Clerntont (6), Mais Belle-Tsle désirait qu'on s'en arrêtât là, car l 'état des finances no permettait plus de nouvelles levées (7) ; on ne pouvait même, faute d'argent, réaliser le projet d'in-
(1) Clcrmont à Belle-Islc, Wesel, 22 avril 1758 (Correspondance générale. 3510-89).
(2) Clerinont à Bcllc-Islo. Wcsel. 12 avril 1758 (Correspondance générale, 3501-239).
(3) Ordonnance de Saulceon. vol. 48 ; Belle-Isle à Clcrmont, 2 mai 1758 (.Archives supplémentaires, carton 25).
(A) Ordonnance du S juillet 1757.
(5) 1" fé\Ticr 1758. Augmentation des volontaires de Beyerlé transformés eu 1 olontairea d'Alsace. Augmentation des Volontaires du Dauphiné. 25 février. Augmentation des Volontaires royaux transformés le 7 mai en Légion roiiale. .\ngmentalion des Volontaires de Flandres et de Hainault. 7 avril. Nouvelle augmentation des Volontaires du Dauphiné. \'. Ordonnances de Saulgeon, vol. 18.
(fi) Ordonnance du 7 mai 1758. Effectif total, 1.800 hommes, répartis en 2 compagnies de grenadiers à .50 hommes, 9 compagnies de fusiliers à 100 homme», 16 compagnies de cavalerie à .50 hommes. Uniforme : habit ventre de biche, revers, collet, parements et doublure routes, boutons d'étain plat. Casque de cuivre jaune à bourrelet écarlate, aigrette blanche. Ce corps fut recruté surtout dans le pays de Liège.
(7) Belle-Isle à Clermont, 22 mai 1758 : il rejette la requête du seigneur W'ondart, major dans rc iroujies de Mimster, qui s'offrait à lever un corps dr troupes légères (Correspondance générale, 3510-119).
corporer à l'armée un régiment étranger qu'on voulait recruter en Danemark (i).
L'artillerie préoccupait surtout le Maréchal. L'ordonnance du 20 janvier 1767 avait doté chaque bataillon d'un canon « à la suédoise » servi par les fusiliers, mais les bataillons prussiens et autrichiens avaient deux pièces. Belle-Tsle fit augmenter l'artillerie de régiment dans les mêmes proportions : « Je fais fondre actuellement 200 pièces de canon à la suédoise pour que vous en ayez deux par bataillon ». ccrit-il à Mortaigne (2). En même temps, il pressait l'envoi de chevaux pour la grosse artillerie et donnait à l'armée /|0 ingénieurs, la séparation du Corps royal et du (Jorps des ingénieurs venant d'être réalisée (3). Trente pontons de cuivre avec leurs hacquets, leurs agrès et leurs rechanges furent dirigés sur ^^ csel (li). 3oo milliers de poudre, 3oo milliers de plomb, 6.000 fusils furent expédiés par la Meuse, 100 milliers de poudre et 100 milliers de plomb par la Moselle et le Rhin (5). Les manufactures d'armes fabriquaient sans relâche de nouveaux fusils (6).
Ainsi facilité par le Ministère, le travail de réorganisation de l'armée se poursuivait activement sur les bords du Rhin : <( Il faut se représenter cette armée, disait Mortaigne, comme un sac rempli de pois, de fèves, de lentilles, oignons, ciboules, que puis-je dire ? Il a fallu séparer les espèces et remettre tout dans son état naturel » 7). Le comte de Clermont, rétabli de sa chaude alerte du mois de mars, installé confortablement à Wesel. reprenait peu à peu confiance et courage. Pendant quelques jours il supporta même la présence de
(1) Bolle-Islc au Président Ogier, ministre de France à Copenhague, 31 mai 1158. Ce régiment doviit être donné au Comte Gaspard de Aloltke (Correspontlonce générale, 3510-160).
C2) Belle-Lsle à Morinignc. 7 mai 1758 (Fonds do Suéde. 37-110).
(3) Ibid. La séparation fut docréléc par ordonnance du 5 mai 1758.
(4) BcUc-Isle à Clermont, IG moi 1758 (Correspondance générale, 3502-193). (.5) Belle-Isle à Clermont, 21 avril 17.58 (Fonds de Suède, 37-.54).
(G) Belle-Isle à Clermont, 29 mai 1758 (Correspondance générale 3510-155). (7) Mortaigne à Bille-Isle. W escl, avril 1758, s. d. (Correspondance générale, 3i7i 229).
LA RÉORGANISA riON DES ARMÉES D'ALLEMAGNE 205
Moiiaigne et lui trouva des qualités (i) : « La confiance que je lui marque ne l'engage point à faire le petit général et il fait bien, car vous savez que je n'aime pas cela » (2). Mais raccalmie ne dura pas. Dès le 5 avril, la nervosité du général en chef se manifeste et se traduit par des crises de susceptibilité sans nombre. Il demande aigrement au Maréchal de faire passer par lui toutes les instructions destinées à ses troupes afin d'éviter les « ordres croisés » : sinon, il remettra son commandement au Roi (3). Il offre de nouveau sa démission quelques jours plus tard, si l'on doit placer les troupes de Hanau sous le commandement du duc de Broglie (4). Cette fois, il dépasse la mesure et Belle-Tsle, par retour du courrier, se déclare blessé personnellement par les termes de la lettre qui a dû être écrite c( sans crue le prince ait bien réfléchi » (5). Au quartier général l'existence devient difficile pour l'entourage du commandant en chef . Son secrétaire, l 'abbéLemaire, fait demander son congé par Bernis, et Clermont l'accorde volontiers. Il se sépare sans regret d'un homme orgueilleux qui n'a «jamais pu se régler sur le protocole des princes du sang» (6). Au milieu de ces tempêtes, Mortaigne cherche à se faire tolérer par le prince, il prend même sa défense contre les critiques du Maréchal : « M. le comte de Clermont n'a jamais tenu dans tout cela que des discours audacieux... M. le comte de Clermont n'est pas mou, mais il est sensible. » Puis, craignant d'avoir indisposé Belle-Isle, il s'adresse à son fils, le jeune comte de Gisors, et lui parle à cœur ouvert. Après avoir essayé de justifier la timidité de son général, il laisse percer
(1) Belle-Isle à Mortaigne, 29 mars 1758 (Fonds de Suède, 36-112).
(2) Clermont a Crémille, V\ esel, 31 mars 1758 (Fonds de Suède, 30-113 bis).
(3) Clermont a Bellc-lsle, Wesel. 5 avril 1758 (Correspondance générale. 3474-49).
(4) Clermont à Belle-Isle, Wesel, 12 avril 1758 (Fonds de Suède, 37-24).
(5) Belle-Isle à Clermont, 16 avril 1758 (Fonds de Suède, 37-25).
(6) Clermont a Bernis, \A'escl, 11 avril 17-58 (Fonds de Suède, 36-145). Il faut pi-ut-être chercher la raison de ce changement d'humeur dans des soucis d'ordre financier. M'" de Charollais (Louise-Anne de Bourbon, 1695-1758), venait de mourir le 7 avril et son héritage passait au Comte de la Marche et à l'.Vbesse de ISeaumont, sœur de la défume. La succession, grevée de legs innombrables, ne laissait pas même au Comte de Clermont le mobilier de la princesse qui pourtant « aurait jiayé ses dettes ». BelLî-Tsle s'emploie auprès du Roi pour calmer ses inquiétudes. 11 1,'arantit au Comte de Clermont un minimum de traitement de 20.000 livres par mois. Cf. Journal de Luynef:, t. XVI, p. 413. Clermont à M°' de Pompadour. \\ (>sel, 13 avril ; Belle-Isle à Clermont, 14 avril 1758 (Fonds de Suède, 37, 29 et 37).
(7) Alortaicno à Belle-Isle, Wesel, 21 avril 1758 (Correspondance générale, 3474-167).
tout son découragement : « Je fatigue horriblement des yeux qui auraient besoin de plus de repos et je suis du matin au soir à plaît-il , maître ? avec tout le monde. Mais je compte les peines du corps pour rien ; il n'en est pas de même de celles de l'esprit, elle assomment. Enfin, j iiai jusqu'au bout et puis fera les vignes qui pourra. Je ne suis pas de ces chevaux à qui on donne l'avoine avant que de monter dessus, pas même après. Je vais ruiner ma santé, rem])ourser encore quelques coups de fusil et puis m'en retourner dans mon village comme j'en suis sorti » (i).
Mortaigne a bien d'autres ennuis qui l'attendent. A la fin d'avril, comme on le verra plus loin, éclate la colère de Clermont contre son intendant d'armée. Le prince demande son rappel, mais les affaires de Gayot s'arrangent dès que le général croit aperceAoir une intervention de son adjoint : Mortaigne voudrait qu'on remplaçât Gayot par Bernage. Une très longue lettre de Clermont au financier Pelletier nous donne tous les détails des rapports tendus qu'il entretient soit avec Mortaigne, soit avec Belle -Isle. « Je le connais (Mortaigne) à présent comme si je l'avais fait... Celui-là ne demanderait pas mieux que d'être mon niaître si je le laissais faire, personne n'ayant dans la tête plus de despotisme que lui. Un de ses grands chagrins est que je ne lui fasse pas part de tout ce que je fais et de tout ce que j'ordonne.... Cependant rien n'est si souple ni si complaisant que notre homme, comme sont tous ceux de son espèce, mais cela vis-à-vis de moi. ». S'il le supporte, « c'est par déférence pour le maréchal de Belle- Isle qui regarde cet homme comme fort supérieur à Alexandre et à César, mais, tout franc, ce n'est qu'une espèce bien retorte. comme le Maréchal en a toujours eu et en aura toujours auprès de lui » (9.).
Cependant le travail de l'armée se poursuivait sans relâche. Les recrues et les miliciens arrivaient de jour en jour. Officiers et soldat^, stimulés par l'augmentation des soldes et des rations, reprenaient un esprit meilleur et sentaient les affaires militaires en bonnes mains. On réparait avec entrain
(1) Aforfaiçne à Gisors, Wcsel, 29 avril 1758 TFonds de Suède, 37-CC). (2) Clermont à Pcllelicr, Wcsel, 10 mai 17r.8 (Fonds de Suède, ^H-lll).