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laisser à présent. Puisse-t-il préserver lear innocence des tentations que la misère inspire, et être leur guide dans le chemin de l'honneur! » A peine avais-je achevé ces mots, que j'entendis un hruit semblable à un tumulte qui venait de la prison d'en bas. Ce bruit cessa peu de temps après, et j'entendis dans le passage qui conduisait à ma chambre le bruit des fers qui résonnaient. Le geôlier entra, tenant un bomme .blessé, tout sanglant, chargé des fers les plus pesants. Je regardais le malheureux avec compassion a mesure qu'il approchait , mais je fus saisi dliorreur quand je reconnus que c'était mon fils. « Georges, mon enfant, est-ce toi que je vois dans cet état, blessé, chargé de fers? est-ce là le bonheur dont tu jouis? est-ce là la manière dont tu reviens me voir? Oh! cette vue me déchire le cœur et me fera mourir. »
« Où est votre courage, mon père? répondit mon fils, d'une voix ferme: je dois aoufirîr, j'ai encouru la mort, et je la verrai sans crainte. BAa dernière consolation est que je n'ai point commis de meurtre, quoique je ne puisse attendre de grâce. »
J'essayai de contenir pendant quelques minutes la douleur qui me troublait , mais je sentis que mes efforts me coûteraient la vie. « Oh! mon enfant, mon cœur saigne de te voir en cet état, et je ne puis retenir mes larmes. Au moment que je te croyais heureux, que je priais le ciel pour la continuation de ton bonheur, te voir dans cet état , enchaîné , blessé ! Cependant la mort est un bonheur pour un jeune homme ; mais moi je suis vieux, je suis un vieux homme, et j'ai vécu pour voir ce jour, pour voir tous mes enfants tomber autour de moi avant le temps, tandis que je reste ^ et survis à leur destruction. Puissent toutes les malédictions qui ont jamais écrasé une ame tomber sur le meurtrier de mes enfants ! Puisse- t-il vivre, ainsi que moi, pour voir...
«Arrêtez, mon père, reprit mon fils, ou vous me forcerez à rougir pour vous. Comment pouvez-vous, oubliant votre âge, votre saint ministère, entreprendre ainsi sur la justice du ciel, et lui adresser des imprécations qui too^beraient bientôt sur votre tète chenue pour l'écraser ? Non , mon père , songez actuellement
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à me préparer à cette mort ignominieuse que je dois soQfTrir bientôt, à m'armer d*espéranoe et de résolution , à m'inspirer le courage néeessaire pour boire avec constance cette coupe emère qui me sera bientôt présentée. >•
« Mon enfant , tu ne mourras pas. Je suis sûr que tu n*as pas commis de faute qui mérite uo supplice honteux. Mon fils n*a pu se rendre coupable d'un crime qui puisse faire rougir sa famille. »
« Je crains, répondit mon fîls, que mon crime ne soit pas graciable. J*ai envoyé un défi, et la peine de mort est prononcée pour ce cas par le dernier acte du parlement. Quand j'eus reçu la lettre de ma mère, Je vins sur-le-champ pour punir Tauteur de notre déshonneur ; je lui envoyai un billet pour me joindre au lieu que je lui indiquais. Il n*y a pas répondu, en venant en personne, mais en envoyant quatre de ses gens pour me prendre. J*en ai blessé un, et le reste cn*a fait prisonnier. Le lâche est résolu de me poursuivre judiciairement; les preuves sont sans réplique, et, comme je suis le premier transgresseur depuis que la loi est fiiite, je ne vois
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pa$ d^espérance de grâce. Mais vous m'avez souvent charmé par desleçqus décourage : io* spirez-moi ce courage aujourd'hui par votre exemple. »
ce Eh bien ! mon fils ,tu retrouveras ces leçons dans mon exemple. Je me sens à présent élevé au-dessus du monde et de tous les plaisirs qu'il peut procurer. Dès ce moment, mon cœur rompt les liens qui le tenaient attaché à la terre, et va nous préparer Tun et l'autre pour Téternité.
Oui , mon fils, je te montrerai le chemin , mon ame guidera la tienne dans le passage; car elles prendront leur élan toutes deux ensemble. Je vois et je suis convaincu que tu n'as pas de pardon à espérer ici-bas. Je t'exhorte donc à chercher à l'obtenir à ce grand tribunal, où bientôt nous serons jugés l'un et l'autre : mais ne soyons pas avares dans nos exhortations; que nos compagnons de prison les partagent. Honnête geôlier, voulez-vous bien leur permettre de venir ici pour que je tâche de les rendre meilleurs? » En disant ces mots, je fis un effort pour me lever de dessus ma paille , mais je n'en eus pas la force ; et fout ce que je pus faire, fut de me
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tenir appuyé Gontre la muraille. Les prisonniers s^assemblèrent , suivant mon désir , car ils aimaient à entendre mes conseils; mon fils et sa mère me soutenaient des deux côtés ; je regardai mon auditoire, et, ayant vu que personne ne manquait, je leur adressai l'exhortation suivante :
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