XXIV ESSAI
d'habit à prêter, et, ce jour-là, lui-même était sans argent. Pilkington alors le prie de lui confier une assez belle montre en or qu'il apperçoit sur la cheminée ; il la mettra en gage pour quelques jours, se procurera l'habit dont il a besoin, et avec ce que la Duchesse lui donnera immanquablement pour ses souris il retirera la montre, et rendra à Goldsmith, non seulement ces deux guinées, mais aussi ce qu'il lui doit déjà. Le crédule docteur livre sa montre, l'homme aux souris s'en va, et ne reparut plus.
Après la publication du Village abandonné, Goldsmith composa encore divers ouvrages, tels qu'une Vie de Voltaire, qu'on n'a pas cru devoir insérer dans la collection de ses œuvres, et un poëme intitulé La Revanche (Retaliation) ; c'était en effet une revanche que l'auteur prenait envers quelques-uns de ses collègues du club littéraire, qui avaient composé sur lui une suite d'épigrammes, dans lesquelles ses ridicules, et son accent irlandais, n'étaient pas épargnés. Il suppose, à son tour, une réunion bachique, où tous les convives tombent ivres morts sous la table autour de lui ; il fait alors, pour chacun d'eux, une épitaphe où l'ironie et le sarcasme sont répandus à pleines mains.
Vers la fin de l'année 1773, Goldsmith entreprit l'exécution d'un Dictionnaire universel des arts et des sciences^ pour lequel il avait, depuis long-temps, rassemblé une grande quantité de matériaux ; mais la mort vint le surprendre au milieu de ce travail. Il était sujet à une strangurie, résultat de la vie trop sédentaire qu'il menait souvent pendant des mois entiers. Au printemps de l'année 1774, il se vit