SUR GOLDSMITH. XXV
tout à-coup attaqué d'une fièvre nerveuse, pour laquelle, malgré l'opposition du médecin qui le traitait, il voulut employer la poudre du docteur James, de l'usage de laquelle il avait, en pareille circonstance, éprouvé les bons effets, deux ans auparavant; mais les symtômes étant bientôt devenus plus graves, il mourut le 4 avril, à l'âge de 45 ans.
Ses funérailles furent faites sans éclat, il fut déposé dans le cimetière du Temple ; mais quelque temps après, une souscription ayant été ouverte parmi ses amis, on lui érigea un monument dans l'abbaye de Westminister, et son corps y fut déposé, avec une très-grande pompe, dans l'endroit consacre aux poètes, entre Gay et le duc d'Argyle. Le docteur Johnson composa pour lui l'épitaphe suivante, qui fut gravée sur une table de marbre blanc, ornée de son portrait.
OLIVARIl GOLDSMITH, Poëtœ, Physici, Historici ;
Qui nullum fere scribcndi genus Non tetigit, Nullum, quod tetigit, non ornavit :
Sive risus essent movendi,
Sive lacrymœ,
Affectuum potens, at Unis dominator :
Ingénia sublimis, vividuSj versatilis,
Oratione grandis, nitidus, venustus :
Hoc monumento memoriam coluit
SodaKum amor,
Amicorumjides,
Lectorum veneratio.
XXvi ESSAI
Natus in Hiberniâ Forniœ Longfordiensis,
In ïoco cui nomen Pallas,
Nov. XXIX. MDCcxxxi ;
Ehlanœ literis institutus ;
Ohiit Londini,
ApriL IV. MDCCLXxiv.
On a porté beaucoup de jugemens divers sur Goldsmith ; on Ta représenté comme un homme singulier, original, contrastant sans cesse avec lui-même ; mais Johnson, qu'il faut toujours citer à son sujet, parce que c'est lui qui, connaissant le mieux Goldsmith, était le plus en état de le juger ; Johnson disait del ui que, " la plume à la main il était le " plus sage des hommes, et que, sans sa plume, il en était " le plus fou." Effectivement sa conversation était sans grâce, souvent bouffonne, et quelquefois triviale ; il manquait entièrement de cet esprit d' à-propos qui fait briller et qui donne du charme aux choses même les plus simples. Ses continuelles distractions dans la société, l'espèce d'étourderie qu'il y apportait, n'étaient guère propres à l'y faire considérer sous un aspect favorable ; et ces disparates devaient même détruire, chez les personnes qui ne le connaissaient que par ses ouvrages, l'opinion avantageuse qu'elles avaient pu concevoir de lui.
D'autres ont prétendu, et sir Josué Reynolds est de ce nombre, que Goldsmith n'affectait cette distraction et cette étourderie, dans la société et dans la conversation, que pour
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se mettre à la portée de ses interlocuteurs, et ne pas les humilier par le sentiment de leur infériorité à son égard ; mais cette opinion tombe d'elle-même, quand on sait de quels hommes se composait la société qu'il fréquentait habituellement ; et l'assertion de Boswell, qui attribuait au contraire les distractions de Goldsmith à la vanité, et au désir extrême de se singulariser, quoique moins favorable pour lui, paraît cependant plus vraisemblable.
Ses biographes nous apprennent, en effet, qu'il était très-vain de sa réputation littéraire ; et l'un d'eux raconte que, se plaignant un jour à un de ses amis de l'impolitesse du lord Camden, *' Je le rencontrai," disait-il, ''dans la société " du lord Clare, et il ne fit pas plus d'attention à moi que " si j'eusse été un homme ordinaire."
On a aussi accusé Goldsmith d'être jaloux des succès et des talens des littérateurs contemporains, mais cette imputation est entièrement calomnieuse ; personne n'était, au contraire, plus disposé que lui à reconnaître et à louer le mérite chez les autres. Il était un des preneurs les plus zélés de Johnson; il admirait la délicatesse de son goût, la, pompe et la majesté de son style. Souvent même il s'efforçait de l'imiter, et lorsqu'il avait péniblement et symétriquement construit des phrases qu'il croyait sonores et élégantes, il disait avec une joie naïve : " Voilà du vrai Johnson."
A l'extérieur, Goldsmith n'avait rien de prévenant, sa taille était au-dessous de la moyenne, ses membres étaient très-forts, et son visage portait les traces de la petite vérole ; cependant, en l'observant attentivement, on trouvait sur sa