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ères impressions ne contribuèrent pas peu à lui donner cette tournure d'esprit originale et bizarre qui, en se développant avec l'âge, influèrent si puissamment sur sa destinée, et rendirent sa vie si aventureuse.
Son instituteur, tout borné qu'il était, découvrit les dispositions précoces du jeune Olivier ; il vit bien qu'un pareil disciple ne pouvait rester long-temps sous sa férule, et qu'il était appelé à de plus hautes destinées. En effet, sous un extérieur grave, Olivier montrait quelquefois une gaîté folle, mais toujours spirituelle. Sa santé, naturellement faible et chancelante, lui fit contracter une disposition beaucoup plus favorable aux ouvrages d'imagination qu'aux exercices du corps, et, dès l'âge de huit ans, il composait des vers que ses camarades trouvaient excellens, mais dont lui seul n'était point satisfait.
Ses parens, qui l'aimaient tendrement, s'appercevant du peu de penchant et d'aptitude qu'il avait pour le négoce, se décidèrent, avec l'appui de quelques amis généreux, à lui donner une éducation plus conforme à ses goûts, et aux dispositions qu'il montrait.
Le jeune Goldsmith fut donc placé dans un collège, et les progrès qu'il fit dans ses études, le mirent bientôt en état d'être admis au nombre des répétiteurs. A quinze ans, il entra à l'université de Dublin, dirigée alors par le révérend maître Wilder, homme d'un caractère dur et violent, et peu ^ propre, par cela même, à se concilier la confiance et l'affection d'un jeune homme simple et timide, mais en même temps, étourdi, comme on l'est ordinairement à cet âge.
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Un pareil maître était fait pour gâter le meilleur naturel, aussi le jeune Goldsmith n'avançait-il que lentement dans la carrière des sciences, et ne justifiait-il pas les espérances qu'il avait données quelques années auparavant. Cependant, il n'y avait guère que cinq ans qu'il était à l'université, lorsqu'il fut reçu bachelier.
D'un caractère liant et facile, Goldsmith eut bientôt formé un grand nombre de liaisons avec dé s personnes de son âge, de l'un et de l'autre sexe. Un jour qu'il les avait réunies dans sa chambre, pour leur donner un, souper et un bal; le recteur, averti sans doute, parut inopinément au milieu de la fête. Irrité de cette infraction à la discipline, il s'emporta violemment contre Goldsmith, et, dans sa colère, il s'oublia jusqu'à lui donner des soufflets en présence de toute la société.
Un traitement aussi humiliant ne pouvait qu'enflammer un caractère ardent et fier, comme l'était celui de notre jeune bachelier; aussi prit-il, dès ce moment, la résolution de quitter le collège. Ayant réuni ses livres, et le peu d'effets qu'il avait, il s'échappa furtivement un soir ; et, enchanté de jouir d'une liberté toujours séduisante pour un écolier, il passa plusieurs jours à parcourir les rues de la ville. Mais il se vit bientôt réduit à la misère la plus profonde. Le peu d'argent ' que lui avait procuré la vente de ses livres, et de quelques-uns de ses vêtemens, étant épuisé, la faim commença à se faire sentir. Un soir, n'ayant point mangé de toute la journée, il tomba, mourant de besoin, auprès d'une église j une jeune fille, qui le vit dans cet état, lui
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donna une poignée de pois verts, qu'il mangea avec une avidité extrême : il avouait depuis que c'était un des repas les plus succulens qu'il eût faits de sa vie.
Cependant, au bout de quelque temps, honteux de son escapade, las de la vie qu'il menait, mais n'osant rentrer dans la maison paternelle, il se décida à informer son frère de la triste situation dans laquelle il se trouvait. Celui-ci le fit habiller ; et ayant négocié sa réconciliation avec le recteur du collège, il l'y reconduisit. Entre deux caractères aussi opposés, la paix ne pouvait pas être de longue durée. Goldsmith n'avait point oublié les soufflets, et le sévère recteur ne lui passait pas la plus petite faute. Dans cette disposition des esprits, il aurait fallu, de la part du jeune bachelier, un redoublement de zèle pour faire oublier ses anciens torts ; mais, au contraire, le dégoût s'était emparé de lui, et on le voyait souvent oisif, à la porte du collège, pendant des journées entières.
A cette époque éclata parmi les étudians, une insurrection dont le but était de déliverer, à force ouverte, les malfaiteurs renfermés dans Newgate. Goldsmith s'y trouva compromis ; mais un aveu sincère de sa faute, joint au repentir qu'il en témoigna, lui mérita son pardon, et l'exemption du châtiment qu'il avait mérité.
Il avait quitté depuis quelque temps l'université, lorsqu'on lui proposa de se charger de l'éducation d'un jeune homme issu d'une des familles les plus considérables de l'Ecosse : il accepta cet emploi ; mais à peine une année s'était-elle écoulée, que, las du métier de précepteur, et ay-
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ant gagné quelque argent, il lui prit fantaisie de voyager» Il communiqua son dessein à sa famille qui y consentit. Alors il acheta un cheval et se mit en route. Arrivé à Cork, il fit connaissance avec un Capitaine qui lui proposa de s'embarquer avec lui pour l'Amérique. La bizarrerie de cette proposition fut précisément ce qui séduisit Goldsmith ; et, dans la crainte sans doute de manquer une aussi belle occasion, il s'empressa de payer à l'avance le prix de son passage. Les vents contraires retenant le bâtiment dans le port, il profita de ce retard pour visiter les curiosités de la ville, et faire quelques excursions dans les environs. Plusieurs semaines s'étaient ainsi écoulées, lorsqu'il songea enfin, que peut-être on l'attendait pour mettre à la voile. Il revient à Cork, se rend au port, et arrive tout juste au moment oil le Capitaine, profitant d'un vent favorable, venait d'appareiller, emportant l'argent de notre étourdi, et ses effets qu'il avait déposés à bord.
Voyant ses espérances déçues, Goldsmith tourna ses regards vers la maison paternelle ; mais il était sans argent, et ne connaissait personne à Cork qui pût venir à son secours. Triste et abattu, il reprit le chemin de son auberge: Le soir, à table, il racontait sa dernière aventure à son hôte, lorsqu'un riche négociant qui l'écoutait, charmé de son esprit autant que de la simplicité de son caractère, lui offrit son amitié, et, après l'avoir bien traité pendant quelques jours, lui fournit généreusement les moyens de retourner chez ses parens. Pendant son absence son père était mort, et sa mère lui avait fait nommer pour tuteur un