‹ Le ministre de WakefieldChapitre 4 sur 49 · SUR GOLDSMITH. XI · texte numérisé non relu

SUR GOLDSMITH. XI

Des liaisons inconsidérées avec quelques jeunes gens de son âge, qui partageaient ses goûts pour la dissipation, lui firent négliger ses études. Un peu musicien, il égayait ses camarades par ses chansons, et il était parvenu à se faire parmi eux la réputation d'un bon vivant, réputation à laquelle il attachait un grand prix. Son inconséquence et sa facilité ne pouvaient manquer de lui attirer quelque fâcheuse affaire. Effectivement, s'étant rendu caution, pour un de ses prétendus amis, d'une somme assez considérable que ni l'un ni l'autre ne purent payer, il se vit forcé, pour éviter d'être mis en prison, de quitter précipitamment Edimbourg.

Il s'embarqua pour la Hollande. C'était en 1753. Albinus et Gaubius occupaient alors les^ chaires d'anatomie et de chimie de cette célèbre université. Goldsmith se fît inscrire au nombre de leurs disciples, et se montra, pendant environ une année, assez assidu à leurs leçons. Il fréquentait bien aussi quelques lieux de divertisseraens, et certaines sociétés équivoques ; mais ce n'était, suivant lui, que pour y faire des observations sur les mœurs et le caractère de cette classe subalterne de la société : assertion qu'il a effectivement justifiée, en traçant dans son Ministre de Wake- Jield, des portraits on ne peut pas plus ressemblans des escrocs et des fripons qui abondent dans les grandes villes.

Goldsmith avait à peu près essayé de tous les travers et de toutes les inconséquences. Un seul vice, le plus dangereux de tous, lui restait encore à exploiter.

Bientôt la passion du jeu se déclara chez lui; et quoique, par son inexpérience, il y fût toujours dupe, cette déplorable

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manie le maîtrisa totalement, et absorba une grande partie du temps qu'il aurait dii employer à ses études. Le peu d'argent qu'il possédait en propre, celui qu'il parvenait à emprunter à ses connaissances, tout était sacrifié au jeu ; et se trouvant enfin presque sans ressources, il se détermina à quitter la Hollande, pour entreprendre à pied le tour de l'Europe.

Cette résolution prise, i! réunit dans un sac le peu d'effets qui lui restaient; et un bâton à la main, il se disposait à sortir de Leyde, lorsque, passant sur la place du marché, il vit de très belles fleurs; se ressouvenant alors que son oncle les aimait beaucoup, il en acheta pour tout l'argent qu'il avait, sans songer même par quel moyen il pourrait les lui envoyer ; de sorte que, partant pour son voyage, il n'avait^ comme il le dit, quhine chemise blanche, quelques nippes, et h gousset ahsohunent vide : trait de caractère qui le peint tout entier.

Dans cet état de dénuement, il imagina de se faire une ressource du faible talent qu'il avait sur la flûte, et cet expédient lui réussit émerveille. Lorsqu'il arrivait, le soir, à l'entrée de quelque village où il avait résolu de passer la nuit, il prenait son instrument, et jouait quelques airs qui attiraient les paysans émerveillés. Son talent et sa complaisance étaient ordinairement récompensés par l'offre d'un souper et d'un gîte, qui, comme on le pense bien, étaient acceptés sans façon. Quelquefois aussi, il tirait parti de la supériorité qu'il avait acquise dans la controverse ; il se présentait dans les universités et dans lescouvens, où, à des jours marqués,

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on soutenait des thèses contre tout venant. Le vainqueur, et Goldsmith Tétait souvent, recevait une somme d'argent, et l'hospitalité pendant quelques jours.

Ce fut de cette manière qu'il parcourut la Flandre, et une partie de l'Allemagne, de la Suisse et de l'Italie, ainsi qu'on le verra dans le chapitre XX du Ministre de Wakefield, où il raconte quelques-unes de ses aventures sous le nom de Georges. On croit généralement que c'est pendant le séjour qu'il fit en Suisse qu'il composa son joli poëme intitulé Le Voyageur.

Il était à Padoue, où il venait de prendre le grade de docteur en médecine, lorsqu'il apprit la mort de son oncle. Sa mère lui mandait de se rendre en Angleterre, pour y recueillir le legs que ce parent lui avait fait par son testament. Il se mit en route immédiatement, et, traversant la France, il débarqua à Douvres en 1756.

A son arrivée auprès de sa mère, il ne possédait (comme il le dit lui-même,) de tous les biens de ce monde, que la santé, le courage et la philosophie. Mais, grâce à son heureuse insouciance, cet état de misère ne l'affectait point : " Que " m'importe la fortune ? " disait-il; '^. en quelque coin du "monde que je me trouve, j'aurai toujours ma part des " biens de la terre, et il faut à l'homme si peu de chose."

Le legs que lui avait fait son oncle n'était point assez considérable pour assurer son existence ; aussi fut-il obligé de se faire une ressource des connaissances qu'il avait acquises. Il se présenta dans plusieurs maisons d'éducation comme précepteur, mais on le rebuta partout. Il ne fut pas

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