‹ Le ministre de WakefieldChapitre 5 sur 49 · XIV ESSAI · texte numérisé non relu

XIV ESSAI

plus heureux chez les apothicaires auxquels il offrit ses services, la plupart même le refusèrent avec dureté. A la vérité, sa figure ne prévenait point en sa faveur, et le costume étrange qu'il portait habituellement lui donnait une tournure tout-à-fait grotesque. Un chimiste, qui lui reconnut quelques connaissances en médecine, consentit à l'admettre dans son laboratoire. Ce fut à cette époque qu'il se fit recevoir médecin à Londres ; mais pour réussir dans cette profession, il lui aurait fallu de l'argent, des amis, des recommandations, des preneurs même ; et Goldsmith n'avait rien de tout cela. Son origine irlandaise était encore un obstacle à ce qu'il obtînt aucun succès. Cependant il fallait vivre ; ne pouvant être médecin, il résolut de recourir à sa plume. Le peu de vogue qu'il avait dans sa profession lui permettait de se livrer, à loisir, à ses travaux littéraires. Les libraires de la capitale l'accueillirent assez favorablement, quelques-uns même consentirent à lui avancer de l'argent, sur des ouvrages qui n'existaient encore qu'en projets; aussi les regarda-t-il toujours comme ses bienfaiteurs, et se montra-t-il reconnaissant envers eux.

Le premier ouvrage dont s'occupa Goldsmith fut un Essai sur Vétat de la Littérature en Europe. Il le communiqua à quelques-uns de ses amis qui en parurent satisfaits, et qui l'engagèrent à continuer d'écrire. Mais il n'était point encore guéri de la manie des voyages, et l'idée d'aller visiter les pays lointains l'occupait sans cesse. Tourmenté par ce désir extrême, il s'en ouvrit au docteur Milner, qui employa le crédit dont il jouissait auprès des direc-

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