‹ Le Minnesinger Godefroy de StrasbourgChapitre 2 sur 3 · Schiller, dans le prologue de Jeanne d'Are · texte numérisé non relu

Schiller, dans le prologue de Jeanne d'Are

à Londres par Marke el l'épreuve du fer chaud, à laquelle se soumet Iseult pour prouver son innocence. A cet effet, elle a usé d'un subterfuge que je ne puis convenablement reproduire ici ef qui entraîne le porte à un blasphème, donl

il a dû rougir plus tard, lorsqu'un revirement complet dans ses pensées et ses actes eut fait de lui le chantre inspiré, le psalmiste de l'amour céleste, après avoir été le musagète païen de l'amour profane.

Au milieu de ces mines et de ces contre-mines, au milieu de cette stratégie savante employée tour à tour par le vieux roi débonnaire et par les jeunes et intéressants criminels , le lecteur rencontre un nsile, une espèce d'Elysée, la plus gracieuse invention de ce poète si fertile en ressources et si habilement créateur, à une époque où les lecteurs n'avaient point les exigences du public blasé du dix-huitième el du dix-neuvième siècle.

Tristan, un moment fugitif et exilé, était rentré en grâce auprès du roi, et les deux amants vivaient de nouveau en bonne et secrète intelligence; ne pressant aucune entrevue, sachant attendre, et prenant, selon l'expression de Godefroi, la bonne volonté pour le fait. Cependant des yeux jaloux continuent à veiller autour d'eux; Marke surtout, soupçonneux, surprend les regards des jeunes amants noyés dans les larmes ou dans les délices d'une entente mutuelle. Marke, malgré les preuves presque patentes de l'infidélité d'Iseult, ne pouvait cesser de l'aimer. Et c'est là encore un de ces faits, éternellement vrais, et basés sur une infaillible observation du cœur. Le roi aimait sa jeune femme plus que sa propre vie, mais des tortures furieuses le plongeaient aussi dans une telle rage d'amour qu'il ne voyait plus rien au delà de cet horizon voilé et qu'il s'abreuvail de colère.

Bref, Marke, pour en finir, exile les deux amants; il ne veut pus les mettre à mort; mais, dans un discours qui ne

manque pas de dignité, il déclare les abandonner à leur propre conscience, et être fatigué de cette communauté à trois.

Les deux amants se prennent par la main et quittent la cour, où Brangaine, leur amie, reste à l'effet de plaider éventuellement leur cause.

A quelques journées de distance de Tintaïeule se trouve, sur des hauteurs solitaires, la grotte aux Amants, ou, comme l'appelle le vieux poëme anglo-normand, la fossure aux amants, creusée dans des temps antédiluviens par une race gigantesque. L'intérieur de cette grotte aux parois de marbre, plus agréable qu'un palais, reçoit la lumière d'en haut; des tilleuls en ombragent et en voilent l'entrée. Audessous de cet asile, des bois à perte de vue encadrent des parterres de fleurs naturelles, et le concert des oiseaux du ciel retentit tous les jours sous le feuillage.

Comment les deux exilés se nourrissent-ils dans cette solitude? Le poëte affirme hardiment «qu'ils se regardaient «l'un l'autre, que la fidélité et l'affection, épurées parle « malheur, leur servaient de boire et de manger. Ils se suffisaient l'un à l'autre, et n'auraient pas donné une fève «pour conquérir une meilleure existence. Leurs serviteurs « et leur cour, c'étaient les oiseaux; leurs fêtes, c'était l'aban- « don mutuel; toute la table ronde d'Arthur, avec ses ma- « gnilicences et. ses enchantements se trouvait pour eux « dans leurs yeux et leurs cœurs. »

Pendant leurs promenades dans les bois et sur les prairies, et près de la fontaine aux Trois-Tilleuls, ils remémorent les légendes des amants d'autrefois, «l'histoire de «Phillis de Thrace, de Canacée, de Biblis, de Didon, la « reine Sidonienne, tant célébrée par le magicien Virgile.» Mais ce bonheur parfait ne devait point durer, pas plus que celui de la grotte aux Aigles qui a fourni à un poëte

contemporain I»' sujet d'une fiction aussi séduisante el au fond aussi peu vraisemblable que celle de Godefroi de Strasbourg. Pendanl une partie de chasse, le roi Marke découvre l'asile des deux bannis; il entrevoil à travers l'ouverture du plafond de la grotte «cet homme placé sur une couche de cristal, à côté d'une déesse, mais avec une épée nue qui les sépare, symbole et preuve pour lui (?) de leur chaste innocence dans cette dangereuse intimité. »

De retour à Tintaïeule, Marke tient conseil, et, dans cette circonstance, les hauts-barons, conseillers complaisants, l'ont comme les sages de ce monde : ils ont deviné la secrète pensée du roi et ne vont point à rencontre de ses vœux. Les deux exilés sont, rappelés à la cour de Cornouailles. «Marke était volontairement aveuglé par le désir; il aimait «tant se rapprocher d'Iseult, qu'il lui passait tous les torts «qu'il en éprouvait.» — Mais à partir de ce jour, la difficulté de se voir devenant de plus en plus grande pour Tristan et Iseult, le fardeau de la surveillance pesait sur eux «comme une montagne de plomb. » A ce propos, le poëte, en parfait moraliste, se permet une excursion for! instructive sur l'impossibilité de garder les femmes qui veulent pécher. — «Dans un pays, dit-il, où les femmes sauraient «se défaire de la légèreté féminine, de l'esprit féminin et «ressembler à l'homme, en pareil pays, le sapin porterait «du miel, la ciguë produirait du baume, l'ortie qui brûle se «couvrirait de roses.» — Mais Godefroi ne demande pas a la femme de changer de nature; il désire seulement qu'elle préserve sa dignité contre les assauts du dehors, c Celle qui «se conserve pure, doit être honorée du monde entier et « couronnée journellement de fleurs. Heureux celui auquel, «un jour, elle s'engage, car il a le paradis caché dans son e cœur. -

Cette glorification de la vertu féminine sert, par amour

du contraste, d'introduction à une scène de trahison conjugale désormais irrémédiable. Je m'interdis de vous en donner les circonstances aggravantes. Tristan et Iseult se font des adieux éternels, en se promettant, par compensation, une éternelle fidélité. — «Vous et moi, s'écrie le héros du «poëme, nous ne sommes plus qu'une seule et même chose, «une seule et même personne, en amour et en douleur. «Jusqu'à la mort je reste à vous et vous à moi.»

Il s'enfuit en Normandie, puis il va faire la guerre en Allemagne pour échapper à une douleur qui touche au délire.

Iseult ne pouvait ni vivre ni mourir.

Nous ne sommes point au terme de ces aventures; une révolution inattendue s'opère dans la situation.

Dans le pays d'Arundel, près de la Bretagne, — je vous prie de vous arranger comme vous pourrez de cette topographie du treizième siècle, — Tristan vient au secours du roi, et se fait aimer de la fdle de ce souverain; elle se nomme Iseult «aux blanches mains.» Grâce au nom qu'elle porte, Tristan s'attache insensiblement à elle; il pense, tout en se reprochant son infidélité à l'endroit d'Iseult d'Irlande, que le fardeau de son cœur pourrait bien être allégé, et qu'il y aurait moyen d'échapper aux tortures de l'amour en greffant sur l'ancienne passion une passion nouvelle. «Je «veux en faire l'épreuve, » dit-il dans un monologue où domine le sophisme; « si le bonheur doit encore me sourire, il «est temps que je commence; car l'amour et la fidélité que «j'ai conservés à l'endroit de ma dame ne me profitent guère; «je prodigue mon corps et ma vie, et n'arrive point à consoler « ma vie et mon corps. » 11 accuse en pensée Iseult d'Irlande; il la suppose réconciliée, heureuse avec le roi son époux; elle aurait dû lui donner de ses nouvelles!.... Quelle profonde vérité psychologique! Bien entendu, cela n'est point

conforme au Gode de la morale amoureuse, — je ne parle poinl du Code de la morale éternelle, — mais c'est bien là le fruit vénéneux et gangrené de l'arbre défendu. A son insu, ou de propos délibéré, le chantre de Tristan el d'Iseult est l'interprète de la science du bien et du mal, el le vengeur involontaire du devoir outragé. Dans cette charmante corbeille de fleurs qu'il présente à vos yeux fascinés, et dont les parfums montent à votre cerveau, il a placé la vipère du doute; elle a mordu le cœur de cet amant, < mo- «dèle delà fidélité;» comme des cbàteaux de cartes, tombent les grandes résolutions prises au moment des adieux.

C'est ici que s'arrête lepoëmede Godefroi; il termine par une plainte douloureuse, par un retour sur lui-même. «Elle a peu de soucis de moi, celle que j'aime plus que ma «vie et mon âme, celle pour qui j'évite foulé autre femme. «Je dois renoncer à elle; je ne puis lui demander ce qui, «sur cette terre, nie donnerait bonheur et vie joyeuse ; je «vieillis, je vois s'écouler mes jours et mes années dans «d'inexprimable,- regrets. »

Avant de chercher à pénétrer le secret de cette mystérieuse interruption d'un travail qui a valu à Godefroi les éloges unanimes de ses contemporains, disons quelques mots des poètes qui ont continué et terminé son œuvre. Il tant bien que nous sachions la destinée des deux amants, dont le nom a eu un retentissement immense au moyen âge et dans les temps modernes.

Des deux poètes ou chroniqueurs en vers allemands qui ont repris le lil interrompu, soit purin mort, soit par la volonté de Godefroi, l'un, Ulrich de Tûrrheim, n'est qu'un versificateur passablement see, privé du souffle poétique, et cherchant par momentsà captiver l'attention du lecteur en flattant sa sensualité.- -Henri tir Friberg, au contraire, est heureusement inspiré par son illustre devancier. Il est

imitateur, sans doute, mais il a aussi des mouvements spontanés; il ne se borne pas, comme Ulrich de Tûrrheim, à mettre en vers les épisodes que lui fournissent les manuscrits latins ou français; il motive psychologiquement les incidents; il est par moments plein de grâce et de fraîcheur; on le lit sans trop de fatigue après l'épopée chevaleresque et erotique de Godefroi.

Cependant je ne crois pas devoir analyser son poëme. Il suffira de dire qu'il raconte avec une simplicité navrante la fin de Tristan blessé à mort, et trahi par son épouse môme. Sur son lit de douleur, il avait envoyé au delà du détroit un messager fidèle à Iseult d'Irlande, pour la prier d'accourir auprès de lui et de le guérir. Ce délégué avait la mission d'annoncer son retour par une voile symbolique, blanche ou noire , selon qu'Iseult consentirait à l'accompagner ou s'y n fuserait. Une voile blanche, signe de l'arrivée prochaine de la belle Iseult, apparaît à l'horizon; mais la femme légitime, jalouse comme elles le sont presque toutes, Iseult aux blanches mains, annonce au malade moribond une voile noire. Le cœur de Tristan se brise, et l'amante n'arrive que pour embrasser un corps inanimé, et s'affaisser sans vie sur le lit de mort de son ami. On enterre les deux amants côte à côte, dans des cercueils séparés. Un cep de vigne et un buisson de rose , qui germent et fleurissent sur les deux tombes, entrelacent leurs tiges et leurs feuilles, symuolc touchant de cette alliance tardive et indissoluble dans le royaume des ombres.

Il est certes regrettable, au point de vue esthétique, que le poète créateur n'ait point achevé lui-même son œuvre, et qu'il ait laissé ce soin a des intelligences de second et de troisième rang; mais ces regrets seraient largement compensés, si l'hypothèse d'un ingénieux critique (Wattrich) avail quelque fondement, el si Godefroi de Strasbourg" avait

réellement expié ou racheté les erreurs Je sa jeunesse cl de

son âge viril par une miraculeuse conversion.

En tout cas nous touchons ici à une phase neuve et inattendue du (aient de Godefroi.

Le poëme de Tristan et d'Iseult avait été probablement composé de l:M2 à 1215. Il est permis, non pas de préciser, mais de deviner cette date à l'aide de quelques données éparses dans l'œuvre de Godefroi; telles sont, par exemple, les allusions hostiles à la grande épopée de Wolfram d'Eschcnhach, qui appartient incontestablement à la première décade du treizième siècle.

A la date du 25 juillet 1215, l'empereur Frédéric II fut sommé par Innocent III de prendre la croix; les préparatifs de cette expédition impériale se firent, pendant les deux années suivantes, surtout le long du Rhin, et nous savons par une poésie lyrique, attribuée avec raison à Godefroi, que le poète strasbourgeois, entraîné par le mouvement général , s'était croisé.

Il existe enfin deux poésies religieuses, qui reviennenl presqu'à coup sûr à Godefroi: l'une didactique, sur la pauvreté volontaire; l'autre lyrique, en l'honneur du Christ, de la Vierge et de V amour divin.

Quelques fragments, empruntés à la poésie didactique, serviront à mettre en relief la révolution intérieure qui a dû, vers cette époque, se faire dans l'âme du poète jusqu'alors voué au culte de la beauté terrestre, de la gloire et des richesses.

— «Enfant, si le bonheur t'évite, si Dieu daigne t'ac- « corder pauvreté de corps et de biens, tu dois l'endurer «avec patience, tu ne dois pas t'en affliger dans ton âme; « lu lui en rendras grâce de cœur et de pensée, et ne te «laisseras point ébranler. Car, vois-tu bien, il te promet par «là les joies éternelles.

— «Enfant, cher ami, sois -en bien sûr, et crois à mes -«paroles, la pauvreté, lorsque volontairement on la subit , «la pauvreté sauve des abîmes de l'enfer; elle seule peut «enlever à tout péché ton corps et ton âme. La pauvreté «est, vis-à-vis de la colère divine, la meilleure médiatrice; « entre Dieu et nous elle place l'amour, qu'aucun ange « même, sache-le bien, ne pourrait y placer.

— «Enfant, la pauvreté a été le partage volontaire de «l'être par excellence, de celui qui a été de toute éternité et «qui ne finira point. Lorsque sa douce mère l'eut enfanté «dans ce monde hostile, la pauvreté a été son début; il a «souffert la pauvreté nuit et jour; avec elle il est parti d'ici; «c'est par la pauvreté qu'il nous a rachetés; aime la pau- «vreté, si tu veux te sauver de l'enfer....

— «Enfant, Dieu a dit de sa propre bouche que le «royaume du ciel appartient aux pauvres volontaires. Con- <• serve ces paroles, toujours et partout, dans ton cœur; ne «laisse point réchauffer et attirer ton àme par l'amour des « trésors. Les biens de la terre engendrent dommage dé- « mesuré pour le salut éternel; ils séduisent l'homme; c détourne d'eux ton cœur si tu veux être heureux là- « haut »

Le poëtc moraliste développe ensuite les raisons qui font dévier le riche; ce n'est point un sermon; c'est le cri de désespoir d'une âme qui a trop sacrifié au monde, et qui en reconnaît le néant. Il recommande l'humilité, la douceur, la pureté du cœur, la chasteté, la patience envers hommes et femmes; il flétrit les vieillards qui se cramponnent aux biens et renoncent, dans leur folle illusion, aux bonnes œuvres; il montre leur cœur, corrompu, paresseux, tombant en pourriture sous le fardeau des richesses, et le Dieu , morl sur la croix, le Dieu qui, du sang de son cœur, nous a rachetés, chassé hors de ces âmes flétries.

Ces indications doivent suffire pour prouver que le chantre de Tristan avail été visité par la grâce, el que son cœur était renouvelé.

Le système, construit par Wattrich à l'aide de ces données chronologiques et psychologiques, n'a pas le caractère de la certitude, mais celui d'une probabilité, qui, aux yeux de beaucoup de lecteurs habitués à se contenter de raisons bien moins plausibles, doit équivaloir à la réalité des choses.

Notre poëte, qui s'est lui-même exclu, dans sa jeunesse, du cercle des poètes moraux, et qui termine sa vie en prêchant la pauvreté et enchantant un psaume magnifique, rempli d'élans vers le ciel , doit avoir subi une métamorphose radicale, une conversion peut-être subite.

Wattrich suppose que cette révolution s'est opérée dans l'âme de Godefroi, au milieu de la croisade, pendant laquelle il se serait rencontré avec saint François d'Assise, soit en Italie, soit au siège même de Damiette.

En effet, saint François a prêché, d'exemple el de parole, la pauvreté volontaire, presque dans les mêmes termes que Godefroi dans les vers, dont j'ai cité quelques passages. Bien plus, l'hymne de Godefroi offre une grande analogie avec les inspirations poétiques du saint fondateur de l'ordre des moines mendiants. La rencontre de ces deux illustrations n'est nullemenl impossible; et, elle n'aurait pas eu lieu qu'il suffirait, je pense, des sentiments développés, pendant la croisade, dans le cœur du poëte repentant, pour expliquer sa conversion à l'amour divin, après les agitations d'une jeunesse, vouée à la déesse des amours profanes.

Une grave objection toutefois s'élève contre le système de Wattrich; ce sont les vers de l'un des continuateurs de Godefroi Henri de Friberg dit expressément avoir repris en

sous-œuvre le poëme de Tristan, interrompu par la mort de l'illustre poëte strasbourgeois. '

Mais Henri de Friberg n'a écrit que vers la fin du treizième siècle, et il ne précise nullement l'époque de la mort du chantre de Tristan. D'ailleurs, si Godefroi s'est fait affilier, en Italie, à l'ordre des Franciscains, il aura par cela seul effacé le souvenir de son existence antérieure; pour le inonde frivole et oublieux, pour ses amis même, il était morl et enterré. A une époque où le journalisme ne propageait pas avec la rapidité de l'étincelle électrique les événements généraux et les aventures isolées, individuelles, l'auteur le plus illustre de France et d'Allemagne pouvait s'enfermer en toute sécurité, et sans qu'on en sût rien, dans un couvent du Midi; au bout de quelques aimées, les compagnons du poëte croisé , absous ou disparu , ne parlaient plus que de ses vers; le froc couvrait, mieux que n'aurait fait le gazon du tombeau, le souvenir de ses amours, de ses exploits et de ses malheurs.

Cette hypothèse d'une conversion intime de Godefroi prend plus de consistance, lorsqu'on lit avec attention les strophes du chant sublime auquel j'ai déjà fait allusion.

Le poëte parle (strophes 3 et 4) du temps passé de sa vie comme d'un temps perdu pour son salut, comme d'une existence vide et dénuée de jouissances réelles. — «Ebloui par le charme de l'amour terrestre, il a négligé d'aspirer à l'amour céleste, à la vie éternelle (strophe 6); il était plongé dans le péché sans fond comme le lac Bodman; il ne peut songer à ce honteux passé, sans craindre de rester muet et de ne pas trouver un seul accent pour chanter la louange

Uni unser Schepferdas Gebot

Dca in genomen hat der tôt

II,, von dirri snœden Welt. (Vers .'il h 340

de Dieu; mais il espère dans la miséricorde de Dieu ci dans la prière des fidèles.»

Dans d'autres passages de l'hymne, il y a des allusions presque directes et palpables à une prise d'habit. Le poète se révèle comme un être dont 1 ame est la fiancée de Dieu , et qui a fait le vœu d'une chasteté éternelle.

Quelle scène saisissante, tragique, s'il était vrai que Godefroi de Strasbourg-, bourrelé de remords, poursuivi par la pensée que sa muse a été la muse des voluptés païennes, se fût trouvé en face du saint apôtre de la pauvreté et de l'amour divin! S'il était vrai que ce doux messager de paix lui eût présenté le breuvage qui devait à jamais étancher sa soif dévorante ! qu'il l'eût arraché aux liens d'un terrestre servage , pour l'entraîner sans réserve dans un servage divin! Alors un nouveau printemps aurait commencé pour cette âme malade , et à la place de la poursuite incessante d'un bonheur, qui jusqu'alors lui avait toujours échappé, comme, dans la fable, l'épouse du maître des dieux échappait à Ixion, il aurait attaché immuablement ses yeux sur le modèle et l'idéal de toute sainteté.

L'hymne qui marque l'époque morale dans la vie de Godefroi de Strasbourg, se partage en trois parties, que Wattrich a ingénieusement analysées, et traduites en vers allemands modernes avec un rare bonheur d'expression. C'est le panégyrique du Christ, celui de Marie, enfin celui de l'amour divin. Le poète a conquis cet amour, après de grandes souffrances, non pas devant le tribunal d'un juge terrestre, mais en face des anges eux-mêmes qui se sont penchés sur lui du haut des nuages. L'hymne de Godefroi — je me sers de l'expression de Wattrich — est le couronnement, la transfiguration des chants d'amour (Minnelieder) de l'Allemagne. C'est un psaume entonné par une âme que remplit le souffle divin.

Van ilcr Hagen' a des expressions tout aussi enthousiastes

pour caractériser une partie de ce sublime fragment — car, pas plus que le Tristan, ce psaume n'est parvenu intégralement jusqu'à nous. — L'érudit éditeur des Niebelungen et des Minnesinger compare les strophes en l'honneur de Marie à une statue de la sainte Vierge, placée au-dessus du maître-autel , entourée de gloires , du chœur des anges et des saints, effleurant de son pied aérien le globe de la lune, et s'élançant avec l'enfant divin vers le séjour de l'éternelle béatitude, vers la magnificence du Père et du Saint-Esprit. Si vous me demandiez de justifier les allégations de Wattrich et «le van der Hagen et mes propres sympathies par des citations traduites de ce poëme, je serais bien obligé de me retrancher derrière mon impuissance. Je craindrais avec raison de vous donner de l'hymne de Godefroi une idée incomplète. Comment voulez -vous rendre, dans une prose faible et décolorée, ces élans vers l'infini, ces tableaux, dont les magnificences sont empruntées à tout ce que la terre abrite de grand, de gracieux et de beau; comment reproduire ce langage pur, ces paroles tantôt douces, tantôt majestueuses, qui révèlent les chastes secrets d'une vie identifiée avec Dieu; comment, sans tomber dans une désespérante monotonie , rendre avec les nuances indispensables ces métaphores similaires qui reflètent les faces diverses d'une seule et même pensée; comment de ma faible voix ferais-je retentir à vos oreilles les sons d'orgue de ce Te Deum solennel, célébré par le psalmiste alémanique , la veille de sa mort ? Gomment suivre dans son vol cet aigle des Alpes, élancé vers l'empereur d'amour (den Kaiser der Minne)1.... Là, bien loin au-dessus des nuages de la terre, se perdent les derniers accords de cetlc harpe

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