DANS
« L'Eternel fait tout ce ^'il lui plidt dans les deux et sur la terre , dans la mer et dans tous les abîmes. »
Ps. GXXXV, 6.
A chaque époque, rincréduiité oppose à la foi des raisons spéciales. De nos jours, son grand grief contre l'Évangile, c'est le miracle. La Bible, le Nouveau Testament en particulier, renferment des miracles, cela lui suffit pour refuser à ces livres le caractère de vérité historique. L'auteur allemand, si tristement célèbre, d'une Vie de Jésus,
pose, dès l'entrée de son livre, ce raisonnement : la vie de Jésus présente des miracles, le miracle est impossible ; donc cette vie est un mythe . Son émule français procède à peu près de la même manière ; seulement , au lieu de proclamer franchement l'impossibilité du miracle, il prétend que jamais aucun miracle n'a été constaté, et au lieu de conclure à un mythe, il conclut à une imposture, à ce grand mensonge qu'il approuve, qu'il justifie et qui serait à la base du Christianisme; ce qui ne Tempôche pas de considérer le Christianisme comme la religion définitive de l'humanité I — En un mot, toutes les négations de l'Évangile reposent aujourd'hui sur la négation du miracle, et, des écoles savantes, cette raison d'incrédulité est descendue dans toutes les classes du peuple. De là, dans une foule d'esprits trop peu éclairés ou trop peu fermes pour réagir contre ces sophismes, le doute, que nous nous garderons bien de confondre avec l'incrédulité, le doute sincère, souffrant de lui-même, et pour lequel nous éprouvons une compassion non moins profonde que l'est notre répulsion pour l'incrédulité systématique et pour son impie propagande.
Cette situation religieuse m'a fait éprouver le besoin de consacrer quelques-unes de ces prédications à une étude du miracle et tout spécialement des miracles de Jésus-Christ. — A quoi bon? dira peut-être quelqu'un d'entre vous;
ceux que vous voudriez éclairer ou convaincre, ne se trouvent pas dans ces maisons de prières. — C'est possible. Nous en sommes affligés pour eux; cela ne prouve pas de leur part un désir bien sincère de la vérité. Mais n'oubliez pas que leurs négations, nous venons de le rappeler, exercent leur influence sur plusieurs, peut-être sur plus d'un deceuxquim'écoutent; n'oubliez pas, d'ailleurs, que nofre foi reste souvent obscure, chancelante et a toujours besoin de venir s'affermir sur le roc vif de la vérité; n'oubliez pas enfin que la négation du miracle, c'est-à-dire de l'intervention de Dieu dans l'histoire de notre humanité, est en même temps la négation de toute révélation, de toute rédemption, de tout le Christianisme, et vous comprendrez qu'il s'agit ici de la question religieuse fondamentale, de la question de notre foi, de nos espérances, de notre salut éternel.
Nous envisagerons successivement le miracle sous ses principaux aspects. Ayjourd'hui, puisqu'on nous dit avant tout que le miracle est impossible, nous voulons vous dire pourquoi nous le croyons possible. Ce sera là prendre notre point d'appui et de départ pour toute la suite. Or, nous le prenons immédiatement en Dieu luimême, en Dieu, dont notre texte déclare : « qu'il fait tout ce qu'il lui plaît dans les cieux et sur la terre, dans la mer et dans tous les abîmes, » —
ce qui est assurément la plus magnifique affirmation de la possibilité du miracle.
Qu'est-ce qu'un miracle? — Vous l'avez sans doute entendu définir : « un acte divin, contraire aux lois de la nature. » Nous reviendrons plus tard à cette définition, afin d'en examiner la valeur. Pour le moment, nous dirons plutôt que le miracle est une intervention de Dieu dans le monde ou dans notre humanité, pour y accomplir une œuvre qui ne se laisse pas expliquer par ce que nous appelons des causes naturelles.
Or, c'est la possibilité de cette intervention que nient les adversaires du miracle." A leur point de vue ils n'ont que trop raison. Le Dieu que leur a créé leur imagination, ce Dieu, résultat logique de leurs spéculations, ne peut, en effet, intervenir. Le poète sacré qui nous fait entendre la grande parole de notre texte le savait bien quand, avec une sainte ironie, il proclame lui-même ainsi cette impossibilité : « Les dieux des nations ne sont qu'un ouvrage de mains d'hommes ; ils ont une bouche et ne parlent point, ils ont des yeux et ne voient point, ils ont des oreilles et n'entendent point, il n'y a point aussi de souffle dans leur
bouche * ». — Demandez donc avant tout aux adversaires du miracle, quel est leur dieu. — Où serait la possibilité d'une intervention divine pour l'athéisme spéculatif ou pratique? — Oïi serait-elle pour ce déisme, dont le dieu est une idée froide et morte, reléguée au sein de l'immensité et sans aucun rapport vivant avec la création ni avec notre humanité? Où serait-elle pour le panthéisme avec son dieu sans liberté, sans volonté, parce qu'il est sans personnalité, et qui n'a d'autre existence que celle de cet univers avec lequel il est fatalement confondu et identifié? — Oui, pour tous les adorateurs de ces faux dieux, cela est vrai, le miracle est impossible^. — Mais alors ce n'est pas seulement le miracle qui est impossible, c'est tout rapport direct et vivant de l'homme avec Dieu. — Êtres faibles et souffrants, votre confiance en sa protection n'est plus qu'une décevante illusion; le cri de douleur et d'espérance que vous faites monter vers lui du sein de l'épreuve va se perdre dans un espace vide qui ne
* Ps. cxxxv, iS-i7. On pourrait traduire : «Il n'y a point d'esprit en leur bouche. » Précisément l'inverse de la définition du vrai Dieu rappelée ci- après : Dieu est esprit. Or c'est l'esprit, non la matière, qui règne dans toute la création.
' Le premier argument de Spinoza contre la possibilité du miracle est celui-ci : Dieu et la nature sont une seule et môme chose; prétendre que Dieu exerce une action contre la nature, c'est dire qu'il le fait contre sa propre essence. Nos théologiens panthéistes répètent, tel quel, aujourd'hui encore, ce beau raisonnement î « Le surnaturel, dit l'un d'eux, serait le surdivinî
VOUS répondra jamais ; la prière est une chimère de votre imagination. Cesse, pauvre mère, d'appeler à ton aide la puissance et l'amour de ton Dieu près du berceau de ton enfant malade, ce Dieu n'interviendra pas pour te délivrer de ton angoisse et te rendre ce que tu aimes. Homme malheureux, mon pauvre frère, tu es seul, tout seul dans ce vaste univers; cet univers luimême n'est qu'un immense mécanisme soumis à d'inexorables lois; que dans son cours où il t'entraîne, il t' élève à la prospérité ou te broie dans ses rouao^es, nul au ciel ne s'en soucie. Ne fais plus monter le cri de ta souffrance ou ton chant de louange vers un être qui n'est pour rien ni dans tes joies ni dans ton infortune. Il ne peut intervenir en ta faveur; cette intervention serait déjà un miracle, et le miracle est impossible I
Nous le déclarons hautement dès l'entrée de ce sujet, la question : crois-tu au miracle? revient à celle-ci : crois-tu en Dieu? — Et à quel Dieu croyez-vous, mes frères? — Ohl laissez-moi r(^pondre, pour vous et pour moi, avec bonheur, par une définition qui est venue du ciel, qui se rend témoignage dans notre propre raison et qui, de prime abord, nous transporte de toutes ces erreurs dans la vérité, et de la mort à la vie. Écoutez, écoutez le Maître, assis sur le bord du puits de Jacob et faisant resplendir aux yeux de
notre humanité cette révélation immense : dieu