EST ESPRIT
Dieu est esprit, distinct de la matière, force, vie, ayant en lui-même la source de son être, s' appelant : « Je suis celui qui suis ». — Dieu est esprit, celui par qui seul cet imivers existe, en qui seul « nous avons la vie, le mouvement et rêtre. » — Dieu est esprit, esprit infini, éternel, tout-puissant, remplissant les cieux et la terre, partout présent, partout agissant. Dieu est esprit, et il ne serait pas personnel, lui qui, en nous créant à son image, a posé en nous le caractère indélébile de notre individualité I — Il ne serait pas libre, lui qui nous a confié le redoutable dépôt de la liberté I — Il ne serait pas la souveraine intelligence, lui qui nous a doués d'un esprit capable de le connaître I — Il ne serait pas amour, lui qui nous a donné un cœur capable de Taimerl — Il ne serait pas la volonté suprême, lui qui a mis en nous la faculté de vouloir, comme gouvernail de notre vie morale I Dieu est esprit, expression insondable, inépuisable de toutes les perfections divines qu'il a démontrées en en faisant resplendir un reflet dans l'homme, roi de la création, être fini qui révèle et prpuve l'esprit infini, comme la goutte d'eau réfléchit l'uni- •vers.
Or, ce Dieu qui s'est ainsi manifesté dans sa créature avant de se révéler dans sa Parole, ce
Dieu de la Bible, ce Dieu de Jésus-Christ, que lui seul pouvait définir ainsi, en nous apprenant à l'adorer en esprit et en vérité, ce Dieu vivant et vrai, n'est-il pas rationnel de proclamer quil fait tout ce qu'il lui plait dans les deux et sur la terre ^ dans la mer et dans tous les abîmes ? — « Toutes choses sont possibles à Dieu, » a dit encore Jésus, toutes les choses qui sont conformes à sa sagesse, à son amour. Et ce Dieu ne pourrait, s'il le veut, intervenir dans son œuvre, dans notre humanité en faveur de ses créatures, par des actes qui nous restent inexplicables 1 Le nier, c'est nier Dieu. — Pour •nous, qui ne voulons ni le nier ni lui substituer une idole, nous dirons simplement et humblement en sa présence : Nous croyons à la possibilité du miracle, parce que nous croyons en Dieu,
Si, de cette contemplation de Dieu lui-même dans laquelle nous ne faisons que balbutier ses perfections infinies, nous portons nos regards sur ses œuvres, nous arriverons nécessairement à la même conclusion. Au fond, il n'y a dans cet univers et dans l'histoire de notre humanité que deux miracles, dont l'un emporte la possibilité de l'autre : je veux dire, la création et la rédemption.
Mes frères, croyez-vous la création du monde? — Cet univers que vous voyez de vos yeux, dont vous admirez avec émotion les sublimes beautés, les sublimes harmonies, est-il pour vous l'œuvre de Dieu? — Question aussi naïve, penserez-vous peut-être, que si je vous demandais : croyez-vous votre existence? — S'il en est ainsi, nous tirerons tout à l'heure les conséquences de cette croyance. Mais si, loin de trouver ma question ingénue, vous étiez de ceux qui ne sauraient croire à la création parce qu'ils ne croient pas au vrai Dieu, il faut bien aussi qu'en passant je vous fasse entrevoir les résultats de votre doute. Immédiatement, ce doute vous plonge dans la plus ténébreuse ignorance sur l'origine du monde et sur votre propre origine; vous ne savez plus d'où vous venez, où vous allez, ni si vous devez l'existence à un être bon ou à un être méchant, ni s'il vous a destinés au bien ou au mal, au bonheur ou à des soufiTrances sans fin et sans remède. Il ne vous reste plus, sur toutes ces questions angoissantes, que les fables du paganisme, que ce chaos sans cause, d'où émanent par la fermentation de la matière, par des évolutions successives et fortuites, des êtres organisés, des êtres intelligents, l'homme lui-même, devenu ce qu'il est en passant par l'état de la bête, procédant du singe peut-être, et s'en allant s'absorber bientôt dans ce grand tout, qu'un, homme fort admiré de
nos jours appelle bizarrement : « notre père l'abîme ». Oui, pour ôter à Dieu la gloire de la création, on a préféré revenir à ces absurdités païennes et on les a dépassées de fort loin. — « Se disant sages, ils sont devenus fous. » — Or, là où il n'y a point de création parce qu'il n'y a point de Créateur, il est naturel qu'il n'y ait point de miracles.
vous, dont la raison recule indignée en présence de ces rêves insensés et à la vue des ignominies qu'ils infligent à votre noble nature, laissez-moi ouvrir devant vous le Livre qui renferme les antiques annales de nos origines, laissez-moi vous en relire la première ligne, et, à la limaière de cette immense révélation, nous sortirons de ces ténèbres pour nous réjouir ensemble comme les fils de Dieu au jour où il appela par leur nom toutes les étoiles; ensemble, nous célébrerons le miracle de la création, et encore une fois notre Dieu redira dans nos âmes : « Que la lumière soiti » — Cette première ligne de la Genèse, cette première révélation de Dieu dans son œuvre, la voici : « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre. » — Dieu... à ce nom seul, mon âme est soulagée de l'angoisse qui l'opprimait; Dieu, mon Dieu, c'est à toi que je dois l'être, tu es mon Créateur, mon Père, tu veux donc que je sois ton enfant I — Dieu créa... le voilà ce verbe que nul ne pourra jamais sonder ni épuiser, cette parole
du miracle, après laquelle aucun miracle ne sera plus impossible I — Dieu créa les cieux et la terre, cet univers, Tinfini; il le tira non du néant, mais de lui-même, de son essence, car il est l'être, il est la vie. — Il créa librement, sans contrainte, car il aurait pu ne pas créer; il créa, parce qu'il le voulut, parce qu'il est amour, et pour répandre hors de lui, sur tous les êtres qu'il appelait à l'existence, les effusions de cet amour!
Ah I voilà pourquoi, à l'œuvre je reconnais l'ouvrier, pourquoi cette création, infinie en étendue, .est aussi infinie en beauté, en harmonie, en sagesse, en bonté. C'est parce que ce monde est sorti de la main de Dieu, qu'un grand apôtre y voyait une révélation de ses perfections divines : « Sa puissance éternelle et sa divinité se voient comme à l'œil depuis la création du monde, étant considérées dans ses ouvrages. » — C'est parce que Dieu se rend visible dans l'immensité que les magnificences d'un ciel étoile sont devenues un temple où tant de milliers d'âmes pieuses font retentir ces chants d'adoration et de louange : « Les cieux racontent la gloire du Dieu fort, et l'étendue donne à connaître l'ouvrage de ses mains I y>
N'est-ce pas, mes frères, vous tous qui croyez en Dieu, vous croyez aussi la création. Vous repoussez l'absurde qui froisse votre raison , vous rejetez avec dégoût des conceptions avilissantes
pour votre nature, et contre lesquelles protestent toutes les nobles facultés de votre âme inunortelle, et vous vous réfugiez avec bonheur dans cette foi que confesse la chrétienté tout entière : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur des cieux et de la terre. » J'entends votre réponse ; si vous pouviez la donner ici à haute voix, vous vous lèveriez tous ensemble et vous diriez : « Oui, nous croyons la création. »
Eh bien, mes frères , par là même vous avez déclaré que vous croyez la possibilité du miracle. La création, c'est le miracle des miracles, ou plutôt le miracle unique dans lequel tous les autres sont donnés. La toute-puissance divine, absolue, insondable, s'exprimant par ce verbe qui n'appartient qu'à Dieu : Dieu créa, ne nous permet plus de parler seulement de la possibilité du miracle ; cette toute-puissance est elle-même la réalité vivante de toutes les interventions de Dieu dans son œuvre qu'il n'abandonnera jamais à elle-même. Toujours, partout, il intervient dans cet immense univers dont il maintient l'existence, où il fait pénétrer et circuler la vie, où il « porte toutes choses par sa parole puissante, » donnant à tous « la vie, la respiration et toutes choses. » — Même les êtres destitués d'intelligence protesteraient au besoin par leur seule existence contre l'impiété qui prétend bannir Dieu du sein de ses œuvres : « Toutes les créatures s'attendent à toi, »
s'écrie avec adoration le chantre d'Israël en contemplant son Dieu dans la nature, — « toutes les créatures s'attendent à toi, afin que tu leur donnes la nourriture en leur temps. Tu leur donnes, elles recueillent; tu ouvres ta main, elles sont rassasiées de biens. Tu caches ta face, elles sont troublées ; tu leur retires le souflle, elles défaillent et retournent en leur poudre. Tu envoies ton souffle, elles sont créées et tu renouvelles la face de la terre. » — Et quand il s'agit de délivrer ces mêmes créatures, les plus excellentes d'entre elles, l'homme créé à son image, ce même Dieu ne pourrait pas intervenir par des actes de cette même puissance qui resteraient inexplicables à notre raison I Un miracle lui serait impossible I Contradiction absolue. Nous disions tout à l'heure : nous croyons au miracle, parce que nous croyons en Dieu; maintenant nous dirons : nous croyons au miracle , simplement parce que nous croyons la'création.
Achevons, mes frères. Si vous aussi, vous croyez au Dieu vivant et vrai; si vous croyez la création, inséparable de cette création permanente, de cette incessante action par laquelle Dieu intervient partout et toujours dans son œuvre, vous êtes préparés à faire un pas de plus en avant : vous ne trouverez plus impossible, ce me semble, la grande intervention divine au sein de notre humanité., notre second miracle, la rédemption.
tt LE MIHAGLE DANS LA Vm DU SAUVEUR
Qu'est-ce à dire? Que Dieu est intervenu, en Jésus de Nazareth, pour se révéler à notr.e humanité plongée dans les ténèbres, pour la délivrer, la sauver quand elle était perdue dans son péché. Sans vouloir pénétrer ici dans les mystères de cette intervention, je4a résume simplement et tout entière dans le fait énoncé par .ces grandes et consolantes paroles de saint Paul : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec soi en ne leur imputant point leurs péchés. »
Est-ce là ce qui réellement nous paraîtrait impossible? Ah I je le sais, c'est ici que commence le doute, ici que des milliers d'hommes, qui prétendent croire en Dieu, croire la création, s'arrêtent tout court et sejitent défaillir leur foi aux révélations divines. Pourquoi donc? Si cette intervention est impossible, nous ne saurions en chercher en Dieu que deux causes : ou le manque de puissance, — il ne peut pas opérer cette œuvre de délivrance; ou le manque d'amour, — il ne veut pas l'accomplir. La première de ces suppositions est inadmissible; c'est une pure contradiction avec votre foi en la création, c'est la négation de Dieu, c'est l'athéisme : un Dieu sans puissance n'est pas le Créateur, n'est pas Dieu.
POSSWLITË DU UIRACLS ta
Reste la seconde cause, le manque d'amour : il ne veut pas, — • Ahl savez-Tous bien ce que nous disons, en parlant ainsi? J'en appelle à vousmêmes: Yoioi un homme, un de vos semblables, en danger de périr dans les flammes d'un incendie ou dans les flots de la mer; vous pouvez le sauver et vous ne le voulez pasi Disons plus: c'est un père qui voit son fils sur le bord d'un abîme, au fond duquel il va trouver sa ruine morale ; il peut le sauver et il ne le veut pas I — C'est un citoyen qui sait le territoire de son pays au moment d'être violé par des armées étrangères, qui y mettront tout à feu et à sang, qui feront peser sur sa patrie le joug de l'oppression, qui efl'aGeront son peuple du rang des nations ; il peut, fen dévoilant une trahison, cause de toutes ces calamités, en détourner les horreurs, et il ne le veut pas I Mais , mes frères , tous ces êtres impossibles que nous supposons, ce sont des monstres.
Et qu'est-il donc, votre dieu, ô vous, qui vous laissez ici enfermer dans le doute par d'étroits et misérables préjugés que je voudrais arracher de votre esprit? — Votre dieu voit notre pauvre humanité, perdue dans la ruine du péché, plongée dans un abîme de souffrance et de mort où vont périr le corps et l'âme de ses créatures ; il entend le cri de leurs angoisses, ce gémissement universel de la création ; il sait qu'ime seule de
ces âmes immortelles porte en elle une éternité de malheur sans mesure, que ces millions d'âmes, ce sont des millions d'éternités sans espérance; il peut les sauver, transformer ces éternités d'infortune en éternités de félicité et il ne le veut pas I Votre dieu est un monstre. Arrière un tel dieu et tous ceux qui l'adorent I
Ah ! laissez-moi ouvrir encore une fois devant vous le livre de nos origines et de nos espérances , qui tout à l'heure nous révélait la création, et vous redire cette seule parole, révélation, non moins immense que les premiers mots de la Genèse:
« Dieu a tant aimé, tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. »,Laissez ce Jésus de Nazareth, en qui Dieu résidçtit, qui a été sur notre terre la manifestation vivante de ses tendres compassions, vous redire aujourd'hui: « Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » Laissez-le, pauvres exilés, vous rapprendre les chemins de votre patrie éternelle, pénétrer vos cœurs vides et tristes d'un premier rayon d'espérance, rendre à ces orphelins leur Père céleste, inspirer à vos âmes ce premier soupir de la prière : notre Père qui es aux cieux? Laissez-le vous aimer jusqu'au sein de l'agonie de Golgotha, afin qu'il vous soit à jamais impossible de douter de son amour; et quand vous aurez cru à ce miracle
d'amour, quand il aura pénétré, réchauffé, embrasé votre cœur, vous croirez à tous les miracle» d'un tel sauveur.
Non, je ne vous prouverai plus la possibilité de toutes ses œuvres, quelque éclatantes et inexplicables qu'elles soient. Il en porte en lui-même la réalité, la nécessité absolue; elles ne sont plus que le rayonnement de sa vie, de sa puissance, de son amour; c'est son action naturelle à lui: guérir, délivrer, sauver de la douleur et de la mçrt, c'est l'œuvre que le Père lui a donnée à faire. Quand nous étudierons la nature de ses miracles, nous verrons s'ils ne sont pas tous en une sainte et profonde harmonie avec le but de sa mission divine, notre Rédemption. Peut-être alors nous suivrez-vous tous jusqu'à cette conclusion que nous exprimons avec une conviction qui est notre bonheur et notre vie : nous croyons au miracje, parce que nous croyons que Dieu est amour ; nous croyons au miracle, parce que nous croyons à Jésus-Christ.
Mes frères, croyez-vous en Dieu, au Dieu vivant et vrai? — C'est là toute la question dans le sujet qui nous occupe. Mais elle est grave cette question. — C'est une grande chose que de croire en Dieu. Nous ne croyons en Dieu que lorsque chacune de ses perfections, sa justice et sa miséricorde, sa sainteté et son amour, pénétrant notre âme jusque dans ses profondeurs, en sont deve-
M LE MIRÀGLl BAI^S LA YIB DU SAUVEUR
nuea la lumière et la vie. Si voiis croyez en Dieu, vou» croirez aussi au miracle, mais vous aurez infiniment plus que la foi au miracle ; vous aurez Dieu lui-même, votre Dieu, votre Père céleste avec tous les secours de sa puissance et toutes les richesses de sa miséricorde.
Si vous croyez en Dieu, vous croirez aussi en Jésus. Mais qu'est-ce à dire? Nous ne croyons en Jésus que lorsque, par une communion intime et vivante de notre âme aveclui, nous le possédons tout entier, et que nous nous sommes jetés dans ses bras en lui disant avec une effusion de confiance et d'amour : mon Sauveur I — Si vous croyez en Jésus, vous croirez aussi ses miracles, mais vous aurez infiniment plus que la foi de ses miracles, vous l'aurez lui-même, le prodige insondable de l'amour étemel, et en lui et par lui, le plus étonnant de tous les miracles, le salut de votre âme et la vie éternelle.
« Seigneur, augmente - nous la foi! Nous jcroyons. Seigneur, subviens à notre incrédulité I »
Toute puiBsanoe m*a été donnée» au ciel et sur la terre.
Matth., xxvm, 18.
Vous aurez senti, je m'assure, que c'est par un vrai et sympathique intérêt pour ceux qui doutent, que nous avons voulu parler du sujet principal de leur doute, le miracle. Nous ne croyons pas même faire une œuvre inutile pour d'autres, car, parmi ceux qui croient, combien en est-il qui sachent se rendre compte de leur foi et dire pourquoi ils croient? Combien qui Soient « toujours prêts à répondre avec douceur et avec respect à quiconque leur demande raison de l'espérance qui est en eux? )> *— Or, je le dis franchement, j'ai plus d'estime pour un doute sincère que pour une foi aveugle ; je crois celui-là plus près de la vérité que celle-ci. J'ai donc voulu, dans mon dernier discours, vous dire pourquoi nous croyons la
possibilité du miracle que nie Tincrédulité, et que le doute a tant de peine à admettre. Cette possibilité, nous Tavons cherchée en Dieu, dans le Dieu vivant et vrai, qui est Esprit, qui remplit de sa présence et de sa vie tout l'univers, qui « fait ce qu'il lui plaît aux cieux, sur la terre et dans les abîmes. » — Puis, nous avons établi qu'il n*y a, au fond, que deux miracles dans lesquels tous les autres sont donnés : la création et la rédemption. La création qui se voit à l'œil, que l'homme ne peut révoquer en doute sans tomber dans les absurdités du paganisme et surtout dans la plus ténébreuse ignorance sur son origine et sa destination; et la rédemption, que nul ne peut nier sans refuser à Dieu la puissance et l'amour, c'està-dire sans en faire une idole qui ne peut pas délivrer sa créature souiBFrante, ou un être méchant qui le peut, mais qui ne le veut pas !
Maintenant je poursuis, mes frères, et je voudrais aujourd'hui vous montrer la nature du miracle dans la création et dans la rédemption ; mais cette fois rion pas'en nous plaçant eniaut, en Dieu, mais en bas, c'est-à-dire au milieu même des phénomènes de ce monde que nous habitons, pour nous élever, de degré en degré, jusqu'à cette grande déclaration du Sauveur : « Toute puissance m'a été donnée, au ciel et sur la terre. »
Nous avons rappelé, dans notre dernière prédication, ridée qu'on se fait ordinairement du miracle, celle qui consiste aie définir : « une action divine, contraire aux lois de la nature. » — Le moindre défaut de cette définition dont nous allons examiner la valeur, est de jeter la pensée brutalement et sans intermédiaire dans le prodige, c'est-à-dire dans l'inconcevable pur. Or, c'est précisément ce qu'il y a d'inexplicable en toute déviation des lois de la nature qui provoque le doute. C'est là la grande objection, reposant sur une définition fausse.
Je pourrais faire observer d'abord, que cette objection repose sur tme idée fausse de la nature et de Dieu : idée fausse de la nature, dont on fait un vaste mécanisme sans vie, inexorable comme la fatalité, fonctionnant à perpétuité sans que jamais rien puisse être modifié ou changé dans ses a^veugles mouvements ; idée fausse de Dieu, qu'on se représente comme l'esclave des lois que lui-même a établies, comme un |être moins piiissant ou moins intelligent que l'homme qui, lorsque dans ce génie dont Dieu lui-même l'a doué, il invente quelqu'une de ces machines puissantes, triomphe de l'industrie moderne, sait bien s'as-
surer, à Tavance, les moyens de Tassujettir à sa volonté, d'en accélérer ou d'en arrêter la marche. Et que fait-il pour cela, sinon d'opposer certaines lois de la nature à d'autres lois de la nature, afin de modifier, de supprimer les unes par les autres? Ici déjà, c'est Vesprit triomphant de la matière. Et cela serait impossible dans la sphère supérieure que nous allons considérer I Laissons au matérialisme ses conceptions mécaniques de la nature, et au panthéisme son dieu esclave de son œuvre. La nature est un organisme vivant, et Dieu est Esprit; Esprit puissant et libre, créateur et conservateur du monde qu'il remplit, pénètre, vivifie ; car « c'est en Lui que nous avons la vie, le mouvement et l'ûtre. » — Opposer à lavolonté souveraine de Dieu les lois qui régissent son œuvre, c'est nier Dieu.
Mais nous ne voulons plus nous arrêter à ces considérations, qui ont occupé nos pensées dans notre précédent discours, et nous désirons, pour un moment, envisager de plus près ces lois de la nature, qu'on nous oppose avec tant d'assurance.
Et d'abord, il ne faut pas oublier d'ajouteî* avec St. Augustin : « de la nature connue *. » Et qu'est-
* « Noas disons de tous les miracles qu'ils sont contre la nature, mais il n'en est pas ainsi. Car comment ce qui arrive par la volonté de Dieu serait-il contre la nature, puisque la volonté d*un si grand Créateur est la nature même de chaque chose créée? Le miracle a
ce que nous en connaissons? Il y a trois siècles déjà que le grand poëte philosophe, Shakespeare, disait, par la bouche de son Hamlet, en présence d'un tombeau, et en parlant du monde invisible : « Le ciel et la terre renferment plus de choses que jamais vous n'en avez rêvé dans votre philosophie *. » Qu'est-ce, en particulier, qu'une loi de la nature? C'est un fait constamment reproduit et observé, mais dont le plus souvent, nous ignorons la cause". Ou encore, c'est une force, à laquelle les savants ont donné un nom, mais dont l'essence leur est parfaitement inconnue. Pourquoi un grain de semence, dépoêé dans la terre, germe-t-il, tandis qu'ailleurs « il reste seul, » comme .dit Jésus-Christ? — Pensez-vous que vous aurez répondu, que vous aurez expliqué le mystère de la germination et de la vie, quand vous aurez dit : Le phénomène se produit par une force que possède la terre? — Pourquoi encore, ce même grain de semence donne-t-il toujours naissance à une plante de son espèce, et jamais d'une autre? C'est par une loi que nous trouvons promulguée dans la première page de la Genèse, et qui nous en fournira le commentaire ? Qui nous expliquera la cause des causés ? Un corps aban-
doDc lieu, non contre la nature, mais contre ce que nous connaissons de la nature; » Non eontra imluramy sed contra guam est nûta naiura, — Aufç. De Civitate Dei^ J. xxi, c. 8.
^ There are more things in heaven and earth, .Oratio, Than are dreamt of in your philosophy.
donné à lui-même tombe; des siècles se sont écoulés sans que nul ait pu dire pourquoi ; on a découvert qu'une force l'attire vers le centre de la terre; on en a conclu, que c'est cette même force qui retient dans leurs orbites ces mondes immenses, innombrables qui les parcourent avec une si effrayante rapidité ; on a donné à cette force un nom. scientifique ; mais qu'est-elle en elle-même , dans son essence ? — Mystère I L'homme s'empare de ces forces, il s'en sert dans son génie, pour surmonter les obstacles que lui oppose la nature, po.ur anéantir en quelque sorte le temps et l'esj^ace ; il commande à Tune d'elles de porter sa pensée en un clin d'œil, d'un bout du monde à l'autre ; mais demandez à ce même génie de l'homme, ce que c'est au fond que l'électricité, et il ne vous donnera point de réponse. ' Les lois de la nature sont des faits rarement expliqués, des forces incompréhensibles. Est-il donc raisonnable, est-il logique, de les invoquer contre d'autres faits (les miracles par exemple), par la raison que ces faits ne nous sont ni expliqués ni compréhensibles? Ne pouvons-nous pas, au contraire, rationnellement admettre qu'il y a, dans l'univers, d'autres forces supérieures, causes véritables de ces faits? — C'est précisément ce que je voudrais faire sentir en considérant les lois de la nature, sous un autre point de vue.
Ces lois sont infiniment diverses, selonles divers of dres de la création auxquels elles sont appliquées . Etquelque permanentes qu'elles nous apparaissent, elles se modifient les unes par les autres et même se suppriment tour à tour en passant d'un ordre à l'autre. Il y a ainsi dans la création une échelle ascendante, depuis la matière brute jusqu'à» l'esprit pur, véritable échelle de Jacob, au sommet de laquelle nous sommes sûrs de retrouver, comme lui, l'Éternel. — Suivons-la un^ instant par la pensée. Voici d'abord la pierre avec ses propriétés toujours égales, sa force de cohésion toujours la même, — excepté pourtant lorsqu'une autre force inexplicable modifie cette loi, et la plie aux proportions mathématiques des cristaux. — Montons d'un degré, et avec la plante, s'ofirent à nous d'autres forces auxquelles obéissent docilement les lois qui régissent la matière. Là est la végétation, la vie que nul n'expliquera jamais; là est cette puissance de transformer, par une chimie incompréhensible, les sucs de la terre, en ces fleurs dont l'éclat et le parfam sont le luxe de la nature, en ces fruits délicieux qui en sont la richesse. Au point de vue de la pierre, dont les lois sont ici dépassées et supprimées, la plante n'est-elle pas un mystère, im miracle? — Je le crois bien, elle en est un pour nous. — Montons encore. Voici l'animal avec son organisation, ses mouvements, ses instincts que
nous admirons dans l'oiseau, savant architecte , bâtissant son nid, ou dans la laborieuse abeille, construisant les cellules mathématiquement régulières où elle déposera son miel. L'animal n'est-il pas pour la plante un mystère, un miracle? Sans doute, car il en est un pout* nous. — Montons toujours : Nous sommes en présence de Thomnie, du roi de la création ; voici l'esprit immatériel, formant pourtant avec la matière une vivante individualité; voici l'intelligence qui pense et commande à de grossiers organes de communiquer à d'autres sa pensée ; voici ces nobles facultés de l'âme et du corps, supprimant ensemble les forces de la matière, brisant la loi de la pesanteur par ce seul bras qui se lève, par ce corps qui se meut quand l'esprit le veut ; voici ces affections morales qui réagissent sur le corps jusqu'à le tuer, si elles sont trop violentes pour sa faiblesse ; voici, en un mot, cette énigme vivante, ce mystère, ce miracle de la création divine I Et que sera-ce, ô homme, situ descends dans les mystères douloureux de ce cœur, que l'humanité sonde depuis tant -de siècles, et dont nous sommes fondés encore à demander avec le sage de l'antiquité : « Qui le connaîtra? » Tu es à toi-même le plus grand des mystères, et tu t'étonnes de rencontrer autour de toi, dans les rapports du monde spirituel avec notre monde, de Dieu avec l'homme, l'incompréhensible I — Que sera-ce
LA NATURE DU IfIBAGLB »
encore, aï, de cette sphère, où noua avons rencontré rintelligence, nous nous élevons jusqu'à ces autres intelligences, vie et gloire de la créar tien invisible, esprits célestes, anges de Dieu, dont la nature et l'existence même sont pour nous des mystères? Oà sont pour eux les lois et les forces dont nous sommes les esclaves? Selon quelle loi Dieu fait-il des vents ses anges et ses ministres de flammes de feu, pour employer ce langage de l'Écriture, où la plus sublime poésie exprime les plus profondes réalités ? — Oseronsnous porter enfin notre pensée sur l'Être incréé, vie de toute vie, force des forces, loi des lois, dont Jésus seul pouvait nous donner cette définition, à laquelle jamais rien ne pourra être ajouté : Dieu est Esprit? Oserons-nous, parvenus en la présence de Celui qui a tout créé, limiter son action ou la révoquer en doute, à moins qu'il ne nous en dise les causes secondes, lui, la cause première et souveraine? Ahl c'est bien à nous qu'il répondrait comme à Job : « Qui est celui-ci qui obscurcit mon conseil par des paroles sans science? Où étais-tu, quand je fondai la terre? Dis-le-moi si tu as de l'intelligence. Qui estr-ce qui en a réglé les dimensions, le sais-tu? Ou qui est-ce qui a appliqué le niveau sur elle? Qui est-ce qui renferma la mer dans ses bords, — quand je lui donnai la nuée pour couverture, et l'obscurité pour ses langes, et que j'établis sitir elle mon ordon-
nance et que je lui mis des barrières et des portes, et que je lui dis : Tu viendras jusque-là, et tu ne passeras point plus avant, et ici s'arrêtera l'élévation de tes vagues? — As-tu, depuis que tu es au monde, commandé à l'aurore, et marqué à l'aube du jour sa place? Quelle route conduit là où habite la lumière, et où est le séjour des ténèbres? — Les portes de la mort t'ont-elles été ouvertes et as-tu vu les portes de l'ombre de la mort? Tu le sais sans doute ; car alors tu étais né, et le nombre de tes jours est grand... » — Humiliés et confondus sous les traits de cette sainte ironie, c'est bien à nous aussi de lui dire avec Job : « Voici, je suis un homme chétif, que te répondrai-je? Je mettrai ma main sur ma bouche. J'ai parlé une fois, mais je ne répondrai plus; j'ai même parlé deux fois, mais je n'y retournerai plus. »
Tout ce que j'ai voulu vous faire sentir par ces considérations, c'est que,* quand nous parlons des lois de la nature, mystérieuses en ellesmêmes, il faut nous souvenir que nous sommes en présence d'un abîme dont nous n'entrevoyons que les bords, en présence de Tinfini, en présence de Dieu, et que nous n'avons pas le droit rationnel de conclure de certaines œuvres de Dieu, contre d'autres œuvres de Dieu, toutes nous étant également incompréhensibles, toutes n'étant que sa création continuée par des forces diverses, toutes étant aussi naturelles pour lui
LA NATUflfi DU MIRACLE 37
que sa parole du premier jour : « Que la lumière soit I et la lumière fut. »
Vous comprendrez maintenant, vous qui croyez en Dieu, combien est mesquine et fausse la définition du miracle qui nous a inspiré ces pensées, et combien est plus grande et plus vraie l'idée qu'en donne Tun des plus profonds théologiens de l'Allemagne , C. E. Nitzsch, quand il dit : « Les miracles appartiennent à un ordre supérieiu* qui est aussi une nature *• » — Nous tacherons de nous en souvenir, en jetant maintenant im regard sur cette autre création de Dieu où ils s'accomplissent, la rédemption de notre humanité.
Oui, portons un instant nos pensées sur «cet ordre supérieur qui est aussi une nature.» Le Dieu tout-puissant et miséricordieux a vu notre humanité perdue dans un abîme de ténèbres, de
* G. E. Nitzsch, System der ehrisiliehen Leire, S 34. — A ce point de vue, on voit s'agrandir encore la notion du miracle que l'on ne peut plus considérer autrement que dans une vivante harmonie avec l'action universelle de Di«u dans la création, dans la conservation et dans le gouvernement du monde. Et cette action parait plus évidente encore dans l'histoire de Thumanité, dans la révélation, dans la rédemption. — Ce que l'on appelle, d'un terme impropre, le surnaturel appartient à toutes ces sphères, parce qu'en elles toutes rogne» non la matière, mais l'esprit, c'est-à-dire le Dieu Yiyant et libre.
péché, de souffrance et de mort, et vôicî Falternative que nous posions naguère : si vous adorez un Dieu sans puissance ou sans amour, il la laissera périr dans cette ruine... Mais noni Dieu est tout-puissant, Dieu est 9,mour , et il la sauvera, fût-ce au prix d'une création nouvelle qui sera pour cette humanité malheureuse, lumière, pardon, vie, sainteté, liberté, c'est-à-dire délivrance et bonheur éternel.
Et que faudra-t-il pour cette création nouvelle dans le monde moral, beaucoup moins inconcevable à nos yeux que la création de l'univers? Nous l'avons dit, il faudra simplement ce fait, si bien en harmonie d'une part avec la spiritualité et la miséricorde de Dieu, de l'autre avec la nature morale de l'homme : «Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec soi, en n6 leur imputant point leur péché. » — 7e déclare ne pas comprendre ce qu'il y a d'irrationnel, d'impossible dans cette grande réconciliation de Dieu et de l'homme, tout d'abord en la personne du Sauveur. Ne sont-oe pas les adversaires du miracle, les panthéistes qui ont mis à la base de leur doctrine cette pénétration mutuelle de Dieu et du monde, cette immanence dont ils se servent ensuite pour nier la liberté divine? La Bible ne leur a pas laissé la gloire de révéler au monde cette profonde vérité, Dieu vivant dans son œuvTO. N'art-elle pas dit avant eux qu'il «remplit
les cienx et la terre,» et que «c'est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous sommes?» — Et ce même Dieu, le Dieu personnel et libre, ne pourrait pas faire habiter la plénitude de sa divinité dans un être intelligent, moral et libre, dans un être créé à son image, dans un être dont une bouche inspirée a pu dire : « Nous aussi nous sommes la race de Dieul » — Dieu en Christ, voilà le point de départ d'une humanité nouvelle, d'une nouvelle création, de notre rédemption tout entière. Or, ce miracle de puissance et d'amour étant admis, tous les miracles du Sauveur sont donnés, nécessaires, car les forces ijpuvelles, les lois supérieures, dont il dispose , les rendent pour lui aussi naturels qu'il est naturel pour nous de marcher ou de penser.
Et qu'appellerons-nous ses miracles? — Seulement ces actes de â puissance par lesquels il guérit des malades, ressuscite des morts, chasse des démons? — Non, en vérité. Lui, lui-même, depuis sa naissance surnaturelle jusqu'à sa résurrection et jusqu'à son retour dans la gloire, voilà le miracle. Sa vie entière, cette vie dont la sainteté parfaite reste un fait unique, exclusif dans toute l'histoire de notre humanité, depuis Adam jusqu'au dernier pécheur qui vivra sur la terre, — voilà le miracle I Sa parole, cette parole puissante qui fait resplendir les rayons de la
vérité divine dans les ténèbres des âmes, qui porte un saint frémissement dans les consciences et un feu divin dans les cœurs, tellement qu'après l'avoir entendue, ses disciples s'écriaient : « Tu as les paroles de la vie étemelle, » — voilà le miracle 1 Son amour, qui fit de sa vie entière un long sacrifice de lui-même, jusqu'au sanglant sacrifice de Gethsémané et du Calvaire ; cette tendre et immense charité qui, après avoir embrassé de ses profondes sympathies toutes les douleurs de notre humanité, s'exhala, à l'heure suprême, en une prière pour ses bourreaux : « mon Père, pardonne-leur, » — voilà le miracle I
Quant à ces actes de son œuvre, pour lesquels nous réservons à tort le nom exclusif de miracles, qu'ont-ils d'extraordinaire dans un tel être, dans une telle vie? Même ceux qu'il accomplit sur la nature et qui sont pour nous les plus surprenants, n'appartiennent-ils pas à cet « ordre supérieur qui est aussi une nature, » et dont les forces nouvelles s'imposent à d'autres forces? L'homme lui-même était, dans l'origine, destiné à dominer la nature; et Jésus-Christ, l'homme parfait en qui réside sans mesure l'esprit de Dieu, ne la dominerait pas? Ici, comme partout, l'esprit ne l'emporterait pas sur la matière? Si, pour sauver ses disciples qui vont périr dans leur angoisse, il commande aux vents et à la mer, — oh! je le crois, — il se fera un grand calme.
Si, pour accourir plus tôt à leur secours, il règne par une force supérieure sur la force de la pesanteur, oui, il marchera sur les eaux. Si, pour nourrir une multitude défaillante, dont la vue l'émeut de compassion, il multiplie les pains, c'est au fond accomplir, en un instant, ce que la puissance de Dieu fait chaque année dans nos champs par d'autres moyens, en plus de temps, mais d'une manière aussi incompréhensible pour nous. Si, par une condescendance pleine de charité, il transforme de l'eau en vin, au sein d'une famille qui l'a invité à sa table, c'est ce qui s'opère chaque année dans nos vignobles, sans que jamais nous puissions mieux l'expliquer. En tous ces actes, qui sont l'application de forces supérieures à celles qui nous sont connues, le Sauveur agit sur la nature par d'autres lois dont il possède le secret. Où est la contradiction? Quelle perturbation apporte-t-il par là dans cette nature? Ses lois restent intactes, son cours ordinaire n'a point été interrompu et tout reste, après comme avant, soumis à l'action universelle de Dieu, en qui toute chose a son être.
Quant aux œuvres de délivrance accomplies par le Sauveur sur notre humanité, il nous sera bien plus évident encore qu'elles n'ont rien de contraire à la nature. Les maladies, la souffrance, la mort, la ténébreuse influence du démon sur des infortunés devenus ses victimes, est-ce là la na-
ture ? — Non, tous ces fruits amers du péché dans notre humanité, sont absolument contre nature. En réparant ces désordres, en même temps qu'il en détruit la cause qui est le péché, le Sauveur rétablit la nature dans son état normal. Toute cette partie de l'action de Jésus appartient essentiellement à son œuvre de rédemption; il s'y manifeste comme Sauveur. Les guérisons qu'il opère ne sont pas seulement, à nos yeux, des symboles de sa bienfaisante action sur l'homme moral; elles en sont une partie intégrante, la conséquence nécessaire et souvent simultanée.
Voyez ce paralytique apporté à ses pieds par de charitables amis sur une couche de douleur : pourquoi la première parole du céleste Médecin est-elle celle-ci qui, avant tout, va porter la guérison, la paix, la vie dans l'âme de cet infortuné : « Tes péchés te sont pardonnes? » Ah I c'est que le Sauveur, ici comme toujours, remonte tout d'abord à la source du mal pour la tarir. Et ne craignez pas, qu'après cela, il abandonne le malade à sa souffrance. Il l'en aurait délivré, alors même qu'il n'aurait pas eu à confondre une accusation de blasphème en prononçant sur lui cette autre parole qui suppose moins de puissance que la première : « Lève^toi, charge-toi de ton lit et t'en va en ta maison. » — Il se leva, il s'en alla en sa maison, moins ejicore comme un malade guéri, monument vivant de la puissance de Jésus,
que comme un pécheur sauvé, heureux témoin de son œuvre de rédemption et d'amour.
Le malade de Béthesda qui, au miheu de beaucoup d'autres êtres souffrants, attira, avant tous, la sympathique attention de Jésus, parce que depuis trente-huit ans il était gisant dans sa misère, n'entendit pas de lui, avant sa gaérison, une parole de pardon ; mais bientôt après il dut apprendre de la bouche de Jésus, comme de son expérience, la relation profonde qui existe entre la douleur et le péché et comprendre mieux qu'il devait la délivrance du corps et de l'âme à la même action puissante de la miséricorde divine. Depuis, Jésus le trouva dans le temple (où sans doute il était allé rendre grâce à son Dieu de l'immense bienfait dont il avait été l'objet) et lui dit : « Voici, tu as été guéri ; ne pèche plus désormais, de peur que pis ne t' arrive. »
Qui pourrait dire ce que dut éprouver dans son âme cet aveugle-né dont Jésus allait ouvrir les yeux à la lumière du jour, en entendant près de lui un être extraordinaire qu'il ne pouvait voir encore, prononcer cette parole immense : « Je suis la lumière du monde. » ^- Lorsque, guéri, il vit pour la première fois apparaître à sa vue toutes les beautés de la création, n'y eut-il pas pour lui, en même temps, la révélation d'un monde plus beau encore, dont la parole de Jésus venait de lui inspirer l'idée, et dont ce Libérateur était
41 LE MlRAaE DANS LA VIE DU SAUVEUR
auprès de lui le représentant? Oui, car, bientôt après, il y eut entre ces deux hommes une seconde rencontre dans laquelle j'entends ce dialogue : « Crois-tu au fils de Dieu? — Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui? — Tu Tas vu [vu pauvre aveugle I) et c'est celui qui te parle. — J'y crois, Seigneur, — et il l'adora. » — Lumière de la nature, lumière du monde invisible, double clarté qui vint inonder en un même jour le corps et l'âme d'un malheuireux arraché à ses doubles ténèbres.
N'est-ce pas encore la rédemption qui s'annonce dans son triomphe futur et final, lorsque Jésus appelle delà mort à la vie ceux qui déjà avaient succombé à la maladie; Ohl ce n'est pas seulement sa puissance que manifeste alors le prince de la vie ; c'est à sa tendre charité que je le reconnais comme mon Sauveur. Voyez ce cortège funèbre qui vient au-devant de lui aux portes d'une petite ville. Qui est-ce que son œil discerne dans cette foule en deuil? — Une femme, une pauvre veuve , suivant jusqu'à sa dernière demeure ce fils unique dont la mort a laissé son existence désolée. « Il fut ému de compassion » — nous dit l'évangéliste. Et c'est pressé par cette douloureuse sympathie qu'il va accomplir un de ses plus éclatants miracles dont le premier but nous est révélé par cette parole attendrissante : « n le rendit à sa mère. »
Que pourrions-nous dire de Jésus à Béthanie et de l'immense révélation de tous ses caractères de Sauveur près du tombeau de Lazare ? Ce sont des larmes de douleur qui expriment ici la profonde compassion dans laquelle il embrasse toutes les souffrances de notre humanité! Et ce n'est pas Lazare sortant du tombeau qui est à nos yeux le grand miracle; c'est lui, Jésus, le vainqueur de la mort, comme de la maladie, comme du péché, cause unique de tous ces maux; lui, Jésus, s'écriant: t(Je suis la résurrection et la vie! »
En le voyant déployer autour de lui toutes ces puissances du siècle à venir pour notre rédemption, ne ferons-nous pas encore un pas à sa suite? — Oh! comment sa propre victoire ne viendrait-elle pas couronner toutes ces victoires? Oui, le dernier de ses miracles, après tant d'autres miracles, qui n'étaient que le rayonnement de sa vie, ce sera son propre triomphe sur l'iniquité et le mensonge , sur la souffrance et sur la mort ; — ce sera sa résurrection glorieuse. Pourrait-il en être autrement? Ne redirons-nous pas avec un de ses disciples : « Dieu l'a ressuscité, ayant brisé les liens de la mort parce qu'il n'était pas possible qu'il fût retenu par elle. » — Et c'est encore notre rédemption qui s'accomplit en lui quand il brise les liens de la mort; c'est avec notre humanité qu'il est ressorti
du tombeau, avec notre humanité qu'il est rentré dans sa gloire ; à notre humanité qu'il a rouvert le ciel et la vie éternelle. Maintenant la rédemption est parfaite, maintenant je comprends tous les miracles, plus grands encore, qui vont s'accomplir dans le monde moral, dans cette humanité nouvelle qui va se relever d'entre les morts par la même puissance de résurrection et de vie qui ramena Jésus du tombeau; maintenant tout m'est expliqué par cette parole du Rédempteur victorieux, prononcée au moment de rentrer dans sa gloire éternelle : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre, »
Concluons. Au point de vue où nous sommes parvenus , nier ou croire le miracle , c'est pour nous l'alternative, ou de rester enfermés dans l'étroit horizon du monde matériel, comme dans une prison obscure , sans forces supérieures qui puissent jamais l'ouvrir, sans perspective au delà de ces trois pas qui nous séparent de la tombe, contradiction désolante avec toutes les aspirations d'un esprit qui se sent immortel et fait pour l'infini ; — ou bien, c'est voir la puissance de l'esprit régner sur les forces aveugles de la matière, c'est la lumière et la vie du monde invisible, pénétrant dans notre âme; c'est Dieu lui-même, révélé par son action dans toute son œuvre et retrouvé par sa créature.
Nier ou croire le miracle, c'est encore pour
LA NiiTUBE DU MIRACLE 47
nous Talternative ou de rester les victimes de souffrances sans remède et d'une mort sans espoir; c'est voir dans le péché et la corruption notre état normal et nous résigner à y périr ; — ou bien, c'est avoir part aune création nouvelle, qui répare tous les ravages du péché, à la délivrance de la douleur et de la mort, à la liberté^ glorieuse des rachetés de Christ, des enfant^^i^lftT
Dieu. . ^ o'iLivet
Nier ou croire le miracle c'est enfin, ou répudier franchement le nom de Jésus-Christ, déclarer que nous ne pouvons ni ne voulons avoir rien de commun avec lui, parce que tout ce qui nous est rapporté de son apparition sur la terre ne repose que sur l'illusion ou l'imposture ; ou bien c'est, comme tous ces malheureux qui l'entouraient, embrasser en lui un Sauveur dont chaque œuvre de compassion, de puissance et d'amour, depuis ses premiers pas sur notre terre jusqu'à son retour dans la gloire éternelle» nous révèle en lui le Fils du Dieu vivant.
Telle est bien la question du miracle : c'est pour une âme immortelle une douce et lumineuse espérance ou le sombre désespoir. Qu'importe, en présence de la question ainsi posée, tel ou tel des actes de la vie de Jésus-Christ que discute la critique I Doutez-en, si bon vous semble, nous ne débattrons pas avec vous le nombre de ses miracles; mais le miracle lui-même, qui n'est
pas autre chose que l'œuvre de la rédemption et du salut, si vous le niez, êtes-vous prêts à vous résigner à toutes les conséquences de cette négation? — Oh! plutôt, ouvrons-lui notre âme, serrons-le dans notre cœur comme un trésor de vie, de consolation et d'espérance. Il ne faut pour cela qu'une chose : Croire en Dieu, croire sa puissance, son amour; croire en Jésus, croire sa tendre charité !
Jésus ât ce premier miracle à Cana de Galilée, et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.
^ Jean, n, 11.
La possibilité du miracle, vue en Dieu et dans la création; la nature du miracle, qui n'a rien de contradictoire avec ces lois inférieures qui régissent l'univers et qui, considérée en Jésus- Christ, constitue la rédemption de. notre humanité, — tels sont les sujets qui nous ont occupés dans nos deux prédications précédentes. — Maintenant, nous plaçant à un point de vue plus rapproché de nous-mêmes, nous venons nous demander comment nous pouvons recueillir les bénédictions et les grâces que Dieu destine aux hommes par le miracle, comment aussi nous pouvons nous en priver, selon (fue nous ouvrons ou que nous fermons notre âme à ces manifestations de sa puissance et de son amour. Ouvrir
ao LE MIRACLE DANS LA VIE DO SAUVEUR
OU fermer son âme à Dieu, c'est, selonl'Écritureet selon l'expérience de la vie chrétienne, croire ou ne pas croire. Nous venons donc vous parler aujourd'hui du rapport du miracle à la foi et de la foi au miracle. Le rapport du miracle à la foi est nettement indiqué dans ces paroles de notre texte : « Jésus fit ce premier de ses miracles et il manifesta sa gloire ; » — le rapport de la foi au miracle est exprimé eu ces mots : « et ses disciples crurent en lui. »
Nous avons vu et nous tenons à redire hautement que le premier but des miracles de Jésus- Christ est de faire du bien, d'accomplir son œuvre de Sauveur, Mais cette œuyre est de telle nature, que par elle il se manifeste à la foi. Saint Jean le déclare comme un fait de l'expérience des disciples ; Jésus, en accomplissant sous leurs yeux un miracle, manifesta sa gloire
Qu'est-ce à dire T Nous reti uvons iciun teintg, très-fréquemment appliqué dîna Ips Éi.ritur0&, à. Dieu lui-même. La gloire de Ditu c est! eu mile , de ses perfections,: sa puissance '^a, sarui 1 , st miséricorde. Glorifier Dieu lU mniufc^f i '-\^
gloire, c'est faire connaître p n mi k lu. miueg se-
perfections, c'est en convaincre, en pénétrer les âmes. Cette expression, ici appliquée à Jésus- Christ, a le même sens. Comment ses miracles n'auraient -ils pas fait éclater la puissance, l'amour, toutes les forces divines qui se trouvaient en lui par cet Esprit de Dieu, qu'il avait reçu sans mesure ?
Nous confessons hautement que jamais ses miracles n'auraient été un témoignage pour la foi, ni un moyen de réveiller la vie religieuse dans les âmes, s'ils ne portaient les caractères que nous leur avons reconnus. Supposez de simples prodiges, propres, tout au plus, à exciter l'étonnement ; qu'on nous raconte de lui des miracles inutiles, tels que ceux dont l'imagination des peuples s'est plu à orner les légendes des saints; , qu'il y eut même dans sa vie des actes inexplicables mais funestes, destinés à porter la destruction et la ruine dans notre humanité, comme ceux que la Bible attribue au prince des ténèbres, — qu'y aurait-il en tout cela qui pût servir à la vie religieuse î
Mais des œuvres qui, accomplies avec une puissance surnaturelle, sont en même temps des bienfaits, des bénédictions, des délivrances du corps et de l'âme, répandus à pleines mains sur des êtres souffrants et malheureux ; des œuvres qui, en réparant les ravages du péché, portent la consolation, la paix, la vie, là où régnaient
la douleur, Tangoisse et la mort; des œuvres qui toutes sont reflfusion de la plus profonde compassion pour la souffrance, de la plus tendre charité pour ceux qui en étaient les victimes, — de telles œuvres sont revêtues d'un cachet divin; elles viennent du ciel, non de la terre ni de l'enfer; ce sont des œuvres de Dieu manifestant la gloire divine de celui qui les accomplit.
Évidents pour la foi par leur caractère même, les miracles du Sauveur, loin d'être d'ailleurs des faits isolés et sans rapport avec son œuvre de rédemption, se fondent, au contraire, dans l'ensemble de sa sainte et belle vie qui les illumine d'une lumière céleste, en même temps qu'ils ajoutent à cette vie une sanction nouvelle.
Nous avons déjà déclaré qu'à nos yeux, la sainteté unique de la vie du Sauveur, le témoignage immédiat qu'il se rendait dans les consciences par la vérité divine qui resplendissait de toutes parts autour de lui, la puissance de sa parole enfin qui portait dans les âmes la lumière et la conviction, étaient des miracles aussi grands que ses plus éclatants miracles. C'est de toute son apparition sur la terre que saint Jean avait reçu cette impression, à laquelle il donnait essor par cet hymne de louange : « Nous avons contemplé sa gloire, une gloire telle qu'est celle du Fils
unique, venu du Père, plein de grâce et de vérité. » — Œuvres religieuses comme toute sa vie, les miracles du Sauveur sont donc, par leur nature même, un témoignage divin pour la foi et pour la vie religieuse : « il manifesta sa gloire. »
Cette première preuve, tirée du caractère même des miracles du Sauveur, est de la plus haute importance dans le sujet qui nous occupe. Elle peut servir en même temps à nous faire sentir quelle est la valeur d'une assertion sans cesse répétée dans une certaine école, et d'après laquelle Jésus lui-même, loin d'attacher aucune importance à ses miracles comme témoignages pour la foi, répudierait absolument ce secours comme trop extérieur ou trop peu immédiat.
Nous ne craignons nullement d'examiner de près cette objection; ce sera au contraire avec la plus grande joie que nous écouterons le témoignage de Jésus-Christ lui-même sur la valeur apologétique de ses miracles, bien persuadés que nous en verrons ressortir une preuve décisive en faveur du principe que nous soutenons ici.
Mais d'abord, convenons avec franchise qu'il peut y avoir quelque chose de fondé dans l'objection qu'on nous oppose. S'il arrivait que la foi, s'arrêtant au fait brut du miracle, n'y vît qu'un prodige attestant la puissance de celui qui l'accomplit, il n'y aurait dans cette conviction, quel-
que ferme qu'elle fût, rien de moral, rien de religieux; ce ne serait pas la foi. Aussi, nous ne le verrons que trop, Jésus refuse sévèrement ce genre de démonstration à ceux qui le lui demandent dans cette disposition charnelle ou hostile. Quelquefois même nous l'entendons soupirer avec tristesse, en voyant des âmes sincères n'avoir recours à lui que pour obtenir de sa puissance la délivrance de leurs maux terrestres, sans savoir s'élever à ses bénédictions spirituelles, but suprême de sa mission divine. « Si vous ne voyez des prodiges et des miracles, vous ne croyez point, » — disait-il à un père qui lui demandait la guérison de son fils. — « génération incrédule! — s'écriait-il dans une autre occasion, — jusqu'à quand serai-je avec vous? jusqu'à quand vous supporterai-jeî » — Et toutefois, ô charité de mon Sauveur I — à peine avait-il fait entendre ces accents de vérité qui s'échappaient de son âme attristée, il s'empressait d'accorder aux malheureux qui l'invoquaient le secours demandé.
Nous reconnaissons donc pleinement oe qu'il peut y avoir de vrai dans l'objection concernant le témoignage de Jésus-Christ sur ses miracles. Mais nous afi&rmons, avec une conviction d'autant plus vive, que partout où Jésus se trouvait en présence de dispositions plus élevées, partout où ses oeuvres pouvaient servir à manifester sa
gloire, à réveiller la foi, à lui frayer un chemin dans les âmes, loin de répudier ce secours, il en appelait lui-môme expressément à ses miracles. — Les preuves abondent, nous n'avons qu'à choisir. Même avant d'opérer quelqu'une de ses plus grandes délivrances, il n'est pas rare de l'entendre attirer l'attention de ceux qui l'entouraient sur la religieuse importance de la manifestation divine dont ils allaient être les témoins. Le voici en présence de l'aveugle-né dont il va rouvrir les yeux à la lumière du jour; il refuse de répondre à une question curieuse de ses disciples sur la cause de l'affliction infligée à ce malheurex, mais appelant leurs pensées sur l'œuvre divine qu'il allait accomplir et qui justifierait pleinement à leurs yeux la providence de Dieu, il leur dit : « C'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » — Les œuvres de Dieu, c'est-àdire la guérison d'une triste infirmité et une œuvre plus grande, le salut d'une àme ! — Jésus vient d'apprendre par un message que Lazare, son ami, est malade; aussitôt il fait entendre ces paroles, étranges alors, lumineuses bientôt : « Cette maladie n'est point à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le fils de Dieu soit glorifié par elle. » — Telle est la puissante et religieuse influence que le Seigneur attendait du miracle de Béthanie, avant même qu'il fût accompli.
Mais c'est par des paroles plus directes encore que très-souvent le Sauveur en appelle au témoignage de ses miracles. Tous les ejfforts de Texégèse la plus prévenue pourront-ils jamais dépouiller de son évidence et de sa force la réponse de Jésus aux disciples de Jean-Baptiste, venant lui demander de la part de leur maître : « Es-tu celui qui devait venir ou devons-nous en attendre un autre? » — « Allez, leur dit-il, allez et rapportez à Jean les choses que vous entendez et que vous voyez ; les aveugles recouvrent la vue, les impotents marchent, les lépreux sont nettoyés, les sourds entendent, les morts sont ressuscites et l'Évangile est annoncé aux pauvres. » — Que ces oeuvres divines te suffisent, pauvre prisonnier, pour raffermir ta foi et relever ton courage en te donnant l'assurance que Celui que tu as annoncé est bien le libérateur promis à Israël. — Mais que dirons-nous surtout des redoutables avertissements, des reproches sévères que le Seigneur adresse à ceux qui, témoins de ses miracles, auraient dû y reconnaître tout au moins une manifestation de la présence de Dieu et qui, dans leur aveugle endurcissement, n'y avaient eu aucun égard! — « Alors il se mit à faire des reproches aux villes où il avait fait plusieurs de ses miracles de ce qu'elles ne s'étaient point repenties : Malheur à toi, Chorazin I malheur à toi, Bethsaïda I car si les miracles qui ont été
faits au milieu de vous eussent été faits dans Tyr et dans Sidon , il y a longtemps qu'elles se seraient repenties avec le sac et la cendre. Et toi Capernaùm I qui as été élevée jusqu'au ciel, tu seras abaissée jusque dans l'enfer : car si les miracles qui ont été faits au milieu de toi eussent été faits dans Sodome, elle subsisterait encore. » — La repentance, la conversion, qui ne s'opèrent que par la foi, voilà quels auraient dû être les résultats immenses et bénis des miracles du Sauveur dans ces villes qui avaient eu le privilège de le voir, de l'entendre ; et si leur endurcissement avait rendu inutile ce dessein de la miséricorde divine, à elles seules en revenait la terrible responsabilité I
Mais c'est surtout dans l'Évangile de saint Jean que nous entendons le plus fréquemment cet appel du Sauveur au témoignage de ses œuvres *. Relisons sans aucun commentaire quelques-unes de ces paroles si puissamment convaincantes:
« Car comme le Père ressuscite les morts et les vivifie, de même aussi le Fils vivifie ceux qu'il
1 Je n'ignore pas qu'une certaine exégèse, prévenue par l'objection que nous réfutons, se refuse à voir les miracles dans ces œuvreM auxquelles le Seigneur en appelle si souvent. Elle prétend qu'il désigne ainsi l'ensemble de sa vie. — Fort bien; mais vouloir exclure les miracles de ces œuvres qui composent l'ensemble de sa vie^ et qui rendent témoignage de loi, c'est une naïveté à laquelle il est inutile de répondre. Ce que saint Jean entend par les œuvres, il nous le dit clairement quand il remplace ce mot par celui de signet on miracles. Jeim> xii, 37»
veut... afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Je vous l'ai dit, et vous ne me croyez point; les œuvres que je fais au nom de mon Père, rendent témoignage de moi. » — « Croyez que je suis dans le Père et que le Père est en moi ; sinon, croyez-moi à cause des œuvres elles-mêmes. — Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez point ; mais si je les fais, bien que vous ne croyiez pas, croyez les œuvres, afin que vous connaissiez et que vous croyiez que le Père est en moi et moi en lui. Si je n'eusse pas fait parmi eux les œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils n'auraient point de péché ; mais maintenant ils les ont vues et toutefois ils ont haï et moi et mon Père. »
Tel est le témoignage de Jésus-Christ sur la valeur de ses miracles pour la foi ; c'est ainsi qu'il manifestait sa gloire.
Le témoignage des faits, qu'il nous reste à invoquer, parlera-t-il avec moins de clarté et de force contre Tobjection qu'on oppose au miracle, comme manifestation divine pour la foi ? Les faits, l'expérience , tel est dans les questions religieuses comme en toute autre, le critère le moins suspect de la vérité. Or quelle est, selon le récit de tous nos Évangiles, l'influence religieuse des miracles du Sauveur sur tous ceux dont le cœur n'y était pas fermé par l'endurcissement? — Partout, nous voyons dans ces manifestations
LE MIRACLE ET LA FOI m
divines uû moyen puissant de préparer, de réveiller ou d'affermir la foi. Sans parler ici de ces multitudes attirées sur les pas du Sauveur et qui, en venant rechercher les bienfaits de ses miracles, ee ti'ouvaient placées sous Tinfluence puissante de sa parole, écoutons plutôt les effusions d'admiration, de confiance et de foi qui s'échappent de leur cœur à la vue de ces œuvres divines : « Qui est celui-ci, — s'écrient-elles, après avoir vu la tempête s'apaiser à la voix de Jésus, « qui est celui-ci, à qui les vents mêmes et la mer obéissent? » — Oui, qui est-ilî — N'est-ce pas là la question suprême de la foi religieuse en présence du Sauveur? — Il vient de guérir un malheureux, privé du don de la parole et tourmenté par une ténébreuse puissance : « Jamais rien de pareil ne s'était vu en Israël : » — répètent à l'envi les multitudes, témoin de cette délivrance; jamais, pas même aux jours des plus grands prophètes. Ges hommes, ainsi émus d'admiration et de reconnaissance, ne seront-ils pas tout disposés à écouter avec la confiance la plus profonde la parole dO'Celui en qui ils voient, tout au moins, le plus grand des envoyés de Dieu? — Quels sentiments se manifestent au milieu de ce cortège funèbre qui accompagnait les restes mortels du jeune homme de Naïn, quand on le vit se relever ' plein de vie à la voix créatrice du Fils de Dieu ? — . Ils furent tous saisis de crainte^ raconte saint Luc
Bt . LE lilRAGLEOANS Là VIE DU SAUVEUR
la douleur, l'angoisse et la mort; des œuvres qui toutes sont l'effusion de la plus profonde compassion pour la souffrance, de la plus tendre charité pour ceux qui en étaient les victimes, — de telles œuvres sont revêtues d'un cachet divin; elles viennent du ciel, non de la terre ni de l'enfer; ce sont des œuvres de Dieu manifestant la gloire divine de celui qui les accomplit.
Évidents pour la foi par leur caractère même, les miracles du Sauveur, loin d'être d'ailleurs des faits isolés et sans rapport avec son œuvre de rédemption, se fondent, au contraire, dans l'ensemble de sa sainte et belle vie qui les illumine d'une lumière céleste, en même temps qu'ils ajoutent à cette vie une sanction nouvelle.
Nous avons déjà déclaré qu'à nos yeux, la sainteté unique de la vie du Sauveur, le témoignage immédiat qu'il se rendait dans les consciences par la vérité divine qui resplendissait de toutes parts autour de lui, la puissance de sa parole enfin qui portait dans les âmes la lumière et la conviction, étaient des miracles aussi grands que ses plus éclatants miracles. C'est de toute son apparition sur la terre que saint Jean avait reçu cette impression, à laquelle il donnait essor par cet hymne de louange : « Nous avons contemplé sa gloire, \me gloire telle qu'est celle du Fils
unique, venu du Père, plein de grâce et de vérité. » — Œuvres religieuses comme toute sa vie, les miracles du Sauveur sont donc, par leur nature même, un témoignage divin pour la foi et pour la vie religieuse : « il manifesta sa gloire. »
Cette première preuve, tirée du caractère même des miracles du Sauveur, est de la plus haute importance dans le sujet qui nous occupe. Elle peut servir en même temps à nous faire sentir quelle est la valeur d'une assertion sans cesse répétée dans une certaine école, et d'après laquelle Jésus lui-même, loin d'attacher aucune importance à ses miracles comme témoignages pour la foi, répudierait absolument ce secours comme trop extérieur ou trop peu inmiédiat.
Nous ne craignons nullement d'examiner de près cette objection; ce sera au contraire avec la plus grande joie que nous écouterons le témoignage de Jésus-Christ lui-même sur la valeur apologétique de ses miracles, bien persuadés que nous en verrons ressortir une preuve décisive en faveur du principe que nous soutenons ici.
Mais d'abord, convenons avec franchise qu'il peut y avoir quelque chose de fondé dans l'objection qu'on nous oppose. S'il arrivait que la foi, s' arrêtant au fait brut du miracle, n'y vît qu'un prodige attestant la puissance de celui qui l'accomplit, il n'y aurait dans cette conviction, quel-
que ferme qu'elle fût, rien de moral, rien de religieux; ce ne serait pas la foi. Aussi, nous ne le verrons que trop, Jésus refuse sévèrement ce genre de démonstration à ceux qui le lui demandent dans cette disposition charnelle ou hostile. Quelquefois môme nous l'entendons soupirer avec tristesse, en voyant des âmes sincères n'avoir recours à lui que pour obtenir de sa puissance la délivrance de leurs maux terrestres, sans savoir s'élever à ses bénédictions spirituelles, but suprême de sa mission divine. « Si vous ne voyez des prodiges et des miracles, vous ne croyez point, » — disait-il à un père qui lui demandait la guérison de son fils. — « génération incrédule! — s'écriait-il dans une autre occasion, — jusqu'à quand serai-je avec vous? jusqu'à quand vous supporterai-je? » — Et toutefois, ô charité de mon Sauveur 1 — à peine avait-il fait entendre ces accents de vérité qui s'échappaient de son âme attristée, il s'empressait d'accorder aux malheureux qui l'invoquaient le secours demandé.
Nous reconnaissons donc pleinement ce qu'il peut y avoir de vrai dans l'objection concernant le témoignage de Jésus-Christ sur ses miracles. Mais nous affirmons, avec une conviction d'autant plus vive, que partout où Jésus se trouvait en présence de dispositions plus élevées, partout où ses œuvres pouvaient servir à manifester sa
gloire, à réveiller la foi, à lui frayer un chemin dans les âmes, loin de répudier ce secours, il en appelait lui-même expressément à ses miracles. — Les preuves abondent, nous n'avons qu'à choisir. Même avant d'opérer quelqu'une de ses plus grandes délivrances, il n'est pas rare de l'entendre attirer l'attention de ceux qui l'entouraient sur la religieuse importance de la manifestation divine dont ils allaient être les témoins. Le voici en présence de l'aveugle-né dont il va rouvrir les yeux à la lumière du jour; il refuse de répondre à une question curieuse de ses disciples sur la cause de l'affliction infligée à ce malheurex, mais appelant leurs pensées sur l'œuvre divine qu'il allait accomplir et qui justifierait pleinement à leurs yeux la providence de Dieu, il leur dit : « C'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » — Les œuvres de Dieu, c'est-àdire la guérison d'une triste infirmité et une œuvre plus grande, le salut d'une àme! — Jésus vient d'apprendre par un message que Lazare, son ami, est malade ; aussitôt il fait entendre ces paroles, étranges alors, lumineuses bientôt : « Cette maladie n'est point à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le fils de Dieu soit glorifié par elle. » — Telle est la puissante et religieuse influence que le Seigneur attendait du miracle de Béthanie, avant môme qu'il fût accompli.
M LE MIRàCLE DANS LA VIE DU SAUVEUR
Mais c'est par des paroles plus directes encore que très-souvent le Sauveur en appelle au témoignage de ses miracles. Tous les efforts de l'exégèse la plus prévenue pourront-ils jamais dépouiller de son évidence et de sa force la réponse de Jésus aux disciples de Jean-Baptiste, venant lui demander de la part de leur maître : « Es-tu celui qui devait venir ou devons-nous en attendre un autre? » — « Allez, leur dit-il, allez et rapportez à Jean les choses que vous entendez et que vous voyez ; les aveugles recouvrent la vue, les impotents marchent, les lépreux sont nettoyés, les sourds entendent, les morts sont ressuscites et l'Évangile est annoncé aux pauvres. » — Que ces œuvres divines te suflSsent, pauvre prisonnier, pour raffermir ta foi et relever ton courage en te donnant l'assurance que Celui que tu as annoncé est bien le libérateur promis à Israël. — Mais que dirons-nous surtout des redoutables avertissements, des reproches sévères que le Seigneur adresse à ceux qui, témoins de ses miracles, auraient dû y reconnaître tout au moins une manifestation de la présence de Dieu et qui, dans leur aveugle endurcissement, n'y avaient eu aucun égard I — « Alors il se mit à faire des reproches aux villes où il avait fait plusieurs de ses miracles de ce qu'elles ne s'étaient point repenties : Malheur à toi, ChorazinI malheur à toi, Bethsaïda I car si les miracles qui ont été
faits au milieu de vous eussent été faits dans Tyr et dans Sidon , il y a longtemps qu'elles se seraient repenties avec le sac et la cendre. Et toi Capernaùm I qui as été élevée jusqu'au ciel, tu seras abaissée jusque dans l'enfer : car si les miracles qui ont été faits au milieu de toi eussent été faits dans Sodome, elle subsisterait encore. » — La repentance, la conversion, qui ne s'opèrent que par la foi, voilà quels auraient dû être les résultats immenses et bénis des miracles du Sauveur dans ces villes qui avaient eu le privilège de le voir, de l'entendre ; et si leur endurcissement avait rendu inutile ce dessein de la miséricorde divine, à elles seules en revenait la terrible responsabilité I
Mais c'est surtout dans l'Évangile de saint Jean que nous entendons le plus fréquemment cet appel du Sauveur au témoignage de ses œuvres *. Relisons sans aucun commentaire quelques-imes de ces paroles si puissamment convaincantes:
« Car comme le Père ressuscite les morts et les vivifie, de même aussi le Fils vivifie ceux qu'il
* Je n'ignore pas qu'une certaine exégèse, prévenue par Tobjection que nous réfutons, se refuse à voir les miracles dans ces œuvret auxquelles le Seigneur en appelle si souvent. Elle prétend qu'il désigne ainsi l'ensemble de sa vie. — Fort bien ; mais vouloir exclure les miracles de ces œuvres qui composent l'ensemble de sa vie^ et qui rendent témoignage de loi, c'est une naïveté à laquelle il est inutile de répondre. Ce que saint Jean entend par les ceuvret, il nous le dit clairement quand il remplace ce mot par celui de sigriei on miracles. Jean, xii, 37*
ee LE MIRACLE DANS LA VIE DU SAUVEUR
SauvQur qu'elle rendait insensibles ces hommes qui en étaient aveuglés. Ils ne Tétaient pas moins en présence de tous les autres témoignages religieux et moraux dont la lumière resplendissait autour de lui : les pénétrantes vérités qu'il faisait entendre, la puissance de sa parole, l'exemple de sa sainte vie , le dévouement de sa tendre charité, tout venait se briser inutile sur le roc de ces cœurs endurcis, tout y glissait comme de l'eau. L'incrédulité, ainsi que la foi , est un état moral. La foi vivifie l'affinité de l'âme himiaine avec le divin, l'incrédulité l'éteint.
Nous pouvons constater sous nos yeux le même phénomène moral. Vous pensez, peut-êti^e, que nos incrédules modernes, savants ou ignorants, théologiens ou hommes du monde, nient le. miracle à cause des difiîcultés dont il est entouré ? Mais interrogez ces adversaires du Christianisme, lisez attentivement leurs écrits et vous discernerez bien vite des causes plus profondes, les vraies causes de leurs négations. Ils se sont rendus moralement incapables d'admettre une manifestation divine, de quelque nature qu'elle soit, par la raison que leur âme est fermée à Dieu, fermée à Jésus-Christ, à la vérité de sa parole, à la sainteté de sa vie. Ils ne croient pas au miracle parce qu'ils ne peuvent et ne veulent pas croire. Si, contemporains du Sauveur, ils avaient vu un de ses plus éclatants miracles s'accomplir sous lexirs
yeux, ils Tauraient attribué, non pas au démon qui n'existe pas pour eux, mais à une illusion, à quelque cause naturelle, que sais-je? à la magie, car ils se réfugieraient plutôt dans la superstition que dans la foi; cela se voit tous les jours.
Mais remontons hors de ce sombre abîme de l'incrédulité et constatons d'abord un genre de foi au miracle qui ne vaut pas beaucoup mieux pour la vie religieuse. L'histoire évangélique nous montre autour du Sauveur des hommes qui ne conçoivent pas le moindre doute sur la réalité de ses miracles, mais qui, par l'engourdissement de leur intelligence et de leur cœur, tout en admettant les faits matériels, ne savent pas s'élever jusqu'à la foi en Celui dont ces faits manifestent la gloire. Un étonnement stupide à la vue d'un prodige, un intérêt charnel qui attirait à la suite de Jésus ceux dont il avait apaisé la faim, « non parce qu'ils avaient vu des signes, mais parce qu'ils avaient mangé des pains ; » une coupable ingratitude en des lépreux guéris, qui ne savaient pas revenir rendre grâces à l'auteur de leur délivrance, tels étaient les stériles effets d'une telle foi au miracle. — Et ne les rencontrez-vous pas partout, aujourd'hui encore, ces hommes qui n'ont pas d'autre foi ? — Rien ne les arrête dans la lecture des Évangiles, peut-être même voientils des miracles là où il n'y en a pas ; mais ce ne sont, pour eux, ni des jsignes, ni des puissances
qui élèvent leur vie religieuse jusqu'à une communion sanctifiante avec Celui qui manifeste ainsi son pouvoir et son amour. Croyance stérile à des miracles rendus inutiles. Il est vrai qu'en de telles âmes, tous les autres moyens de grâce qui leur sont prodigués ne produisent pas une foi plus vivante, bien que jamais, peut-être, elles ne les aient révoqués en doute. Révélation, rédemption, tout est admis aussi bien que les autres miracles. Trésors enfouis dans une froide orthodoxie, capital mort, pain de vie, en présence duquel on se laisse mourir de faim.
Montons plus haut, élevons-nous à. un degré de la foi, où nous trouvions enfin le vrai rapport de cette foi au miracle. C'est celle qui, par la manifestation divine, est mise directement en un contact vivant avec Celui qui s'y révèle, Jésus, le Sauveur. Ohl que bien heureuses sont les âmes que le Père attire ainsi au Fils! Que d'exemples touchants et profondément instructifs nous en trouvons dans les pages de l'Évangile et autour de Jésus! C'est ce centenier de Capernaûm, ce païen d'origine, croyant en Dieu et en celui qu'il a envoyé; jamais, sans la foi au miracle, il ne serait venu demander à Jésus la délivrance de ce serviteur qui lui était cher. Mais déjà, dépassant ce premier degré de la foi ; c'est en lui qu'il croyait, en sa divine .puissance, quand il s'écriait avec une confiance sans bornes et une si profonde humi-
lité : « Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. » — Ahl je comprends que mêm.e le Sauveur s'étonna d'une telle foi. — C'est la Cananéenne que l'attrait du Père amène, elle aussi, des ténèbres de son paganisme à la lumière du Fils de Dieu. Jamais, sans la foi au miracle, elle ne serait venue à lui dans son angoisse, lui demander la guérison et la vie de son enfant. Mais déjà c'est en lui qu'elle croit, en sa tendre compassion, quand, surmontant tous les obstacles, dévorant toutes les humiliations, elle exhale aux pieds de Jésus sa douleur et sa confiance dans une supplication victorieuse : « Oui, Seigneur, mais les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leur maître. » Ohl je comprends que Jésus lui-même admire une telle foi. • — C'est le lépreux, bravant les prescriptions de la loi, pour venir chercher la guérison auprès du céleste Médecin. Jamais, sans la foi au miracle, il n'aurait conçu un espoir de guérison pour son incurable maladie. Mais déjà c'est en Jésus qu'il croit, en sa charité toute-puissante, quand, s'en remettant humblement à lui pour le résultat de sa prière, il s'écrie : « Seigneur, si tu le- veux, tu peux me rendre net. » — Toutes ces âmes, amenées à la foi au Sauveur par la foi du miracle, croient en lui dans la mesure de leur connaissance; mais quel ne sera pas l'élan nouveau de
cette foi après ce miracle accompli en leur faveur, après cette manifestation divine de puissance et d'amour I Vous représentez-vous la foi de la Cananéenne, sa reconnaissance, son dévouement sans bornes pour le Sauveur, lorsque, rentrée dans sa maison, elle put presser sur son cœur cette enfant qu'il venait de lui rendre 1 Que serace surtout de cette foi quand, par l'achèvement de son œuvre de rédemption, par ses souffrances et par la gloire qui les devait suivre, le Seigneur se sera révélé dans toute la plénitude de sa divinité et de son amour I
Puisque tel était le pouvoir de la foi au miracle, comme premier échelon pour monter jusqu'à la foi en Jésus, pourrions-nous nous étonner de l'entendre lui-même demander cette foi , avant d'accomplir quelqu'une de ses œuvres de pii issance ? n la demande dans ce touchant dialogue avec un père qui implorait la délivrance de son fils en ces termes où se trahissait la faiblesse de sa foi : « Si tu y peux quelque chose, assiste-nous, étant ému de compassion envers nous. » — Jésus lui répond en lui renvoyant l'expression de son doute : « Si tu peux croire, toutes choses so^t possibles à celui qui croit. ^ — Le père a compris, il est humilié dans sa douleur, car il s'écrie avec larmes : « Je crois, Seigneur, aide-moi dans mon incrédulité. » — Cette foi au miracle, Jésus la demande à Marthe elle-même près du tombeau de son frère :
« Ne t'ai-je dit que si tu crois, tu yerras la gloire de Dieu? » Et elle crut, et elle vit la gloire de Dieu, car sa foi s'éleva à des hauteurs toutes nouvelles lorsque, ce jour même, son Sauveur grandit à sa vne, jusqu'à devenir pour elle, comme pour son frère, la résurrection et la vie.
C'est ainsi que nous parvenons à ces régions lumineuses de la foi, élevées infiniment au-dessus du miracle dont elle n'a plus besoin, parce que Jésus, dans sa gloire divine, en est le vrai, Tunique objet. C'est là qu'il voulait amener un Nathanaël qui croyait en lui comme au Fils de Dieu, d'abord parce qu'il lui avait dit : « Quand tu étais sous le figuier, je te voyais. Parce que je t'ai dit que je te voyais sous le figuier, tu crois; tu verras de bien plus grandes choses que celles-ci, » des révélations toutes nouvelles : « En vérité, en vérité, je vous dis que désornl^is vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l'homme. » Vous croirez quand toutes les puissances du siècle à venir auront pénétré votre âme et l'auront amenée à une communion vivante avec le ciel. — C'est à cette foi que Jésus veut élever un Thomas qui, parce qu'il a vu de ses yeux son Sauveur ressuscité, échappe au tourment du doute et s'écrie avec admiration : « Mon Seigneur et mon Dieu I » — « Parce que tu as vu, tu as cru ; bien heureux sont ceux qui n'ont point vu et qui ont
cru. » — Oh 1 oui, bien heureux ceux dont la foi est devenue une communion immédiate, vivante et personnelle avec Jésus invisible.
Mais ce bonheur, c'est le mystère de la foi que le Seigneur révélait à un autre disciple par ces paroles profondes : « Tu es bien heureux, Simon, fils de Jona, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'a révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux I » — Voilà la cause suprême d'une foi qui venait de se manifester par cette effusion d'adoration : « Tues le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Ohl puissions-nous tous être pénétrés de cette conviction : nous ne croyons en Jésus que lorsque le Père l'a révélé à notre âme dans toute sa gloire divine, que. lorsque nous portons au dedans de nous le témoignage vivant de son éternelle divinité, que lorsque nous pouvons lui dire : « mon Seigneur et mon Dieu,» parce que nous lui avons dit en nous jetant dans ses bras : « oh I mon Sauveur! »
Alors le rapport de la foi au miracle est complet, car, nous ne nous lasserons pas de le redire : le grand miracle, c'est Jésus-Christ, et par lui la rédemption d'un monde perdu.
Mes frères, y aurait-il parmi vous de ces hommes que l'incrédulité a rendus incapables de rien éprouver dans leur conscience et dans leur cœur, quand Jésus manifeste sa gloire, c'està-dire sa puissance, son amour, sa sainteté? Ahl
s'il en était ainsi, laissez-moi au moins vous déclarer encore que c'est là la révélation suprême et dernière de Dieu lui-même, du Dieu qui vous cherche dans sa miséricorde pour vous sauver et que, quoique vous fassiez, l'état moral de votre âme et son avenir éternel reposent uniquement sur votre responsabilité.
Et vous qui croyez aux miracles de Jésus-Christ, vous ont-ils véritablement manifesté sa gloire, vous l'ont-ils révélé comme votre Dieu, votre Sauveur ? Est-il maintenant votre espérance et votre vie pour être encore, à l'heure si proche de la mort, votre vie et votre espérance?
Ohl Jésus, réponds toi-même dans nos cœurs en nous manifestant, de jour en jour davantage, ta puissance et ta charité I