‹ Le miracle de La SaletteChapitre 3 sur 5 · IS LE MIRACLE · texte numérisé non relu

IS LE MIRACLE

Dame des Âlpes! Espérons que cette ferveur se sou* tiendra dans le peuple belge et éloignera de notre pays tous les fléaux dont le monde a été menacé, et

dont peuvent seuls nous préserver un retour sincère à la religion et un attachemeut mébrauiabie àTJiglise catholique. »

Mgr le cardinal-archevêque métropolitain de Bfalines est le seul prélat belge qui n*ait pas encore encouragé les dévots irréfléchis de la Salette, par Tautorlté de son

exemple. Aussi ne cite-t-on jusqu'à présent aucune église paroissiale de son diocèse on un autel soit élevé à la Vîer{^e des Alpes, où rappariiion du li) septembre soit préconisée du haut de la chaire et célébrée par des solennités religieuses. Mais il n*en est pas de même dans les chapelles publiques des couvents que le diocèse de Malines renferme. Là, le miracle est prêché avec une rare intrépidité. Pendant tout le mois de mai de cette année, le père Lambrechts, prédicateur de Tordre des Rédemi)iuristes, a déroulé devant ses auditeurs, dans la chapelle de la Madeleine à Bruxelles, les circonstances fantastiques que des imaginations nialades se sont plu à grouperautour du fait de la Salette.

Les apôtres do rappariiion miraculeuse n'ont négligé aucun moyen propre à faire des prosélytes. On a multiplié les confréries de Notre-Dame de la Salette. Au commencement de juin 1855, la Gazette de Liège, organe de Mgr de Montpellier, citait avec orgueil le chiffre de 11,000 membres formant la conflrérie établie à réglise Ste-Croix. On a exposé aux regards et à la curiosité du public, dans les boutiques de chapelets et autres choses saintes, des images représentant la Vierge de la Salette et les deux petits bergers. Un nombre extraordinaire de brochures, contenant le récit abrégé du miracle, a été mis en circulation, distri-

bué, >endu, recommandé, sous les auspices de Vimprimatur épiscopal. On y trouve des litanies de Notre-

Daaie de la Salette, des prières, des hymnes, des cantiques à Notre-Dame de la Salette; la ferveur deis croyants fanatisés va jusqu'à introduire témérairement une innovation dans le rite romain, et crée un office de Notre-Dame de la Salette (1).

Pour écarter tous les doutes, pour exercer sur les esprits une impression profonde et décisive, les auteurs de ces écrits ont soin d'ajouter au titre du livre ces mots imposants : d'après des docunients authentiques; ils ont soin, en môme temps, d'envelopper des voiles du silence les documents que la critique invoque contre les affirmations des promoteurs de la Salette. Us n*examinent pas, ils posent le miracle comme un fait irrévocabl^ent acquis à Thistoire du XIX*' siècle.

Dans la préfiice d'une de ces publications (2), on lit le passage suivant :

« L'événement de la Salette-Fàllavaux, soit qu'on le considère en lui-même et dans les circonstances dans lesquelles il s*est produit, soitqu*on le considère dans le retentissement qu'il a eu et dans ses heureuses suites, est un fait de la plus haute importance et qui mérite de fixer l'attention de tout esprit sérieux.

d L*auguste Mère de Dieu apparaît à deux pauvres bergers sur une montagne des Alpes, pour annoncer k sm peuple les châtiments dont il est menacé, sMl ne revient à Dieu, sMlne fait pénitence, s'il ne rentre dans la pratique de sesdevoirs(iu'il aal)aiidonnés. L'avertissement est grave ; car Dieu n'emploie pas de miracles sans

0) IlistDÏrr «le Notre-Hninc »lt> la Sainte, d'aprcVs les documents authentiques pulilic;. jusqu'à (c jour, suivie <l*nn mémoire et de ]*Uisieurs priéjres à la Sle-Vierge, eliei l'onU'yiii rue de Uruxelies, 6 ; Louvain ISo4. > <

(9) liiMolre d« Molrt-Dine de ta Silctte, ele.

motifs. Les crimes sans nombre dont la terre est souillée» roubli des premiers devoirs de Tbomme et du cbrétien, la profanation da saint nom de Dieu, le mépris des solennités les plus saintes , les désordres de

lout genre, rattachement k la terre, ont attiré le courroux du Ciel et cric veiigeauce auprès du trùne de Dieu. La mesure des iniquités est comblée : le châtiment va fondre sur les coupables.. Mais la Mère de. Miséricorde prie pour son peuple, elle demande grâce pour ceux qu'elle adopta pour ses enfiuits au pied de larcrolx* Gomme une messagèrede paix, elle vient remplir une mission de clémence et de pardon. Tandis que les intérêts matériels absorbent riioimue tout entier, tandis qu*il ne songe qu'à se procurer des plaisirs et des jouissattces coupables, tandis que de toutes parts ou se ^t gloire de Timpiétéi» ou au moins de Tindifié* renée religieuse^ Marie vient annoncer le pardon au repentir et consoler les âmes fidèles , en leur faisant entrevoir des jours plus heureux. En ne considérant donc que le fait de Tapparition en lui-même, on ne peut en méconnaître 1 importance et la gravité.

« Les innombrables pèla*ins qui se sont rendus sur la sainte montagne, ont un inslapt retardé la justice de Dieu et obtenu grâce pour les coupables. Mais ce serait résister aux volontés de Dieu , méconnaître ses divines miséricordes, se monU er sourd à s;i voix, que de laisser passer inaperçu un avertissement aussi grave.

« Les suites de Tapparitioa à jamais mémorable de la Sainte-Yierge à deux pauvres bergers, ont été immenses. Malgré la faiblesse des instruments dont Tan-

gusle Marie s*est servie pour racconiplissemeiiL de sa mission, Tunivcrs entier s'est ébranlé; des milliers de pèlerins sont accourus sur une montagne aride et escari>ée, de toutes les parties du monde, pour

recueillir de la bouche des deux enfants les paroles de la Mère de Dieu. Cette montagne, nagu^ encore in*

connue du monde entier et visitée seulement par quelques pâtres, a vu des représentants de tout le peuple, des députés, non-seulement de la France et des pays voisins, mais de tout i univers, qui sont accourus pour entendre les avertissements du Ciel et ponr implorer la miséricorde divine par Tintercession de Celle que nul n*invoqua jamais en Tain. Oui pourrait dire dans ce concoui s de peuples venus de si loin sur la sainte n^onlagne de Tapparition, pour rendre leurs hommages à la Reine du ciel et de la terre, qui pounait dire combien il y a eu d*esprits éclairés, de cœurs fortifiés et consolés, combien d*âfmes rameiûs^au Dieu qa*elles avaient abandonné, combien de douleurs qui résistaient à tous les remèdes , enlevées ou du moins soulagées? L'histoire n'enregistre jamais que la plus petite partie de ces merveilles, pai re que la plupart s'opèrent dans le domaine, de la conscience, entre Dieu et Tàme. Mais celles qui sont jmridiquemem ■ constatées, sont un indice des grâces bien plus précieuses que Dieu se plaît à verser dans les âmes. Ad*mirons donc la bonté et la miséricorde de Dieu qui se montre toujours disposé à pardonner au coupable repentant, et sachons protiter des avertissements qu'il nous donne. S'il s'était trouvé seulement dix justes dans les villes de la Pantabole, le pardon eût été accordé aux coupables. Espérons donc que tant de prières qui montent vers le ciel, sur ce lieu béni et sanctifié par la présence de Marie, détourneront les châtiments dont nous sommes menacés.

« En offrant au public cette histoire de Notre-Dame delaSalette, fumn'av&ngpaseulHntenUan de discuter un fait sur iequeiratUorité compétente s'est prononcée. Publier les miséricordes de Dieu, travailler à étendre

le culte de Marie» contribuer, selon la mesure de nos forces, à faire rentrer dans le chemin de la vérité et de la vertu ceux qui s'en sont écartés , en leur montrant

que la voie du pardon leur est ouverte; offrir aux âmes affligées une source de grâces et de consolations, tel est le but que nous nous sommes proposé. Nous ne prétendons pas avoir lait un ouvrage nouveau. Seulement, nous avons pensé de trouver réunies dans un seul ouvrage les preuves qui établissent la vérité de Tapparition miraculeuse de la Sainte-Vierge. Nous devons même à la vérité et à la justice de déclarer qu'il n'y a rien de nous dans le travail que nous offrons au public. C'est tout simplcnioiii une compilation des divers écrits publiés, avec l'approbation épiscopale, sur cet événement extraordinaire. Nous citerons, entre autres, M. Fabbé RousseUA , Mgr Clément de Villecourt , ' M. Tabbé Bez, comme nous ayant fourni les plus précieux et les plus authentiques documents, dans les relations circonstanciées qu'ils ont écrites sur ce fait. C'est donc, après Dieu, h ces hommes respectables que doit être rapporté tout l'honneur et toute la gloire de ^ ce qu'il y a de bon et d'intéressant dans cette histoire. ' Notre travail sera-t-il bien accueilli du public? Nous osons l'espérer à cause surtout du sujet que nous traitons. Dans tous les cas, nous bénirons Dirii des consolalions qu il nous a procurées, en nous fournissant roccasion de lire tant de laits édiiiants que renferment les écrits publiés sur Notre-Dame de laSalette. Puisse cette histoire contribuer k la gloire de Dieu et à rextensîondu culte deMarieî Puisse-t-elle fortifier et accroître de plus en plus la cuiiliance des fidèles en la bonté de Celle qui est à si juste titre aî)pelée par l'Église le Secours des chrétiens , le Refuge des pécheurs, le Salut des infirmes, la Consolatrice des aftligés! » Ainsi, les hérauts de la Salette avouent ingénûment

qu'ils basent tout leur récit sur les publications de M. l'abbé Rousselot , sans songer que cet ecclésiastique est juge et partie dans ce débat , que sur lui pivote tout le miracle « qu*il est le confesseur de la religieuse prévenue d'avoir joué le rôle de la Vierge Marie sur les rochers des Alpes. Ces brochures partiales sont mises entre les mains des enfants et des jeunes gens qui fréquentent les établissements d'instruction dirigés par le clergé et les associations religieuses. On va plus loin : la propagande franchit hardiment le seuil des établissements âevés par Tautorité latque où le clergé donne renseignement de la religion. A Bi uxelles, Tecclésiastique chargé de cet enseignement dans les écoles moyennes.de la commune, a fait fréquenraient du miracle de la Salctte Tobjet de ses entretiens pieux et instructifs avec les élèves.

Dans les campagnes la dévotion envers la Vierge de

la Salette s'est étendue avec une égale activité. Partout des chapelles dédiées à Notre-Dame des Alpes s'offrent aux regards. Les prédictions et les menaces de la consolatrice des affligés ont inspiré aux bons campagnards une terreur superstitieuse, dont certaines gens se sont empressés de tirer profit. Au mois de mai dernier, une sourde rumeur se répandait dans les communes rurales et les petites villes d une partie . notable du pays. La fin du monde était annoncée pour le 6 juin; cette terrible prophétie était, disait-on, une de celles que la Vierge de la Salette avait confidentiellement communiquées, soiis forme de secret^ aux deux bergers. Grande était la panique. Dans Tarrondisse* ment de Charleroy, on vît des domestiques quitter leurs maîtres et retourner an village natal, pour attendre le sinistre événement au sein de leur famille. Les monastères recevaient des ofirandes nombreuses ;

on faisail célébrer des messes» afin de fléehir la col&re du ciel. La province de Namur et la province de Ha!*»

naut fuveiil particulièrement témoins do ces frayeurs (lui rappellent les folies des miUénaircs. La contagion de la crainte de la fin du monde s'étendit jusqu'aux Flancbres. Voici en quels termes un journal d'Ypres raeonterce qui s'est passé dams cette viUe et ses^ envi* rons :

« Vers la fin du mois dernier, le bruit se répandit discrètement en notre ville que le 6 juin le monde devait périr. On ignorait do quelle façon, mais le fait était hors de doute; la fin du monde était annoncée par Notre^I^me de la Salette. On^^ioutait que peni^e les pn^s^et les supplications pouvaient retarder ce eatadysme, mais qu'il s'agissait surtout défaire preuve de générosité, et si ce malheur pouvait être conjuré, il n'y avait pas de moyens plus eftiraces que de distribuer des aumônes abondantes aux couvents» et surtout de boire beaucoup d'eau de la Saleite.

« A rapproche du jour fatal» un grand concours de persomes se fit remarquer dans certaines cbapélles» et une collecte productive fut le résultat de cette manœuvre. »

En 1855 ot on 1853, l'engouement dos évèqnes, des congrégations religieuses et d'une partie du clergé séculier pour la Salette, était excusable jusqu'à un cei^ tain point. Un mystère propice planait encore sur les circonstances principales qui se rattachaient à Tapparilion de 1816. La voix des membres du clergé français favoi ables à la nouvelle croyance, s'était seule fait entendre; les protestations et les critiques n'avaietit eu dans la presse (lue de rares et lointains échos. Pour expliquer cette dévotion ardente et subite envers la Vierge des Âlpes, le clergé belge pouvait alléguer le Jugement rendu en 4851 par Tévèque de Grenoble,

DË LÂ VALETTE.

jugement auquel le Pape semblait s'être associé en accordant des iuduigeaces spéciales aux confréries insiituée^sQus riEYOCufionde Notre-Dame de ia ^letfiie. Mai» depuis deux ans le choc d*un débat coulradich foire et retemîssanl a ébranlé les conviction» les mieux ' assises; la question a été nuint* aux rayons de Tex" périence. Les révélations uni éciatr, d'impitoyables démentis se sont dégagés de la discussion et de Texameu ; aonés du flambeau de la publicité , puissamment secondée par la presfsé, cette redoutable tête de Méduse Qui tue rimpostare^ des eodésiastiques édairés du diocèse de Grenoble ont projeté de vives lumières autour du rocher de la Salette, que le vulgaire n avait encore entrevu (\uh travers un brouillard trompeur. Elles furentsibriilante&y ces lumières, dès les derniers mois de i%U^ que. Rome» frappée de leur édajt* se prit àbésiter.

On pouvait donc espérer que leclergé belge, ouvrant

Toreille à ces nombreux avertissements, allait s'arrêter dans la voie fausse où il était entré. La prudence, Tintérèt même des croyances religieuses, lui comman* daient de laisser la dévotion nouvelle tomber insensiblement en désuétude, d'en effacer lentement les traces. Toute manifestation en faveur de la Salette^ depuis 1854, accusait uii parti pris, une persistance volontaire dans Terreur. Le clergé n'écouta point les conseils de la sagesse ; aux enseignements de l'expérience, à Tauto- * rite des laits, il opposa l'obstination. Les fêtes destinées à oéjbôbrer Tapparition de la Salette devinrent plus soieniieUes et plus bruyantes que jamais* Pendant les iHremim jours du mois de mai 1855, une affiche, conçue en ces termes, s étalait sur les murs des églises de Liège :

ÉGUSE SAUSTE-CaOIX.

ÀSSOCUTION DE NOTRE-DAME RÉCONCILIATRICB

Jeudi 17 mai, aura lieu ]a bénédiction solennelle de la Statue de Notre-Dame Réconciliatrice de la Salette, par Monseigneur de Montpellier, évèque de Lié^e.

Ce jour-là, messe solennelle à 8 heures et demie, en musique ; les complies à4heures, suivies du sermon, par Mgr révôque ; ensuite la bénédiction solennelle de la statue et le salut, en musique, terminé par le le Deum.

En effet, cette selon iiilf' eut lieu le 17 mai. iM^^r de Montpellier donna publiquement la bénédiction épiscopale à cette statue, confectionnée, au dire de la Galette de Uége^ d'après le type de Timage exposée dans la nouvelle église de la Salette; Monseigneur luimême prêcha le miracle du haut de la chaire de vérité.

Quatre mois plus tard, une solennité non moins édifiante s^accomplit dans le diocèse de Namur. Le mois de septembre ramenait le souvenir de Tapparition de 1846. Un journal ecclésiastique de Marche (Luxembourg) annonça, sur sa première page, une fôte religieuse qui devait être célébrée à Laroche, le 19 septembre. Voici Tavis que M. Lambert, curé-doyen de Laroche, fit insérer dans VVnUni des Campagnes :

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