TRIDUUM
A Laroche.
A Toccasion de l'anniversaire de l'apparition de-Notre-Dame Réconciliatrice de la Salette, le 19 septembre courant, il sera célébré des offices particuliers dans l'église paroissiale de Laroche, où la confrérie de No-
tre-Danie de laSalettea été établie en mai 1854, etqui compté actuellement plus d€ll,000 associés.
Un révérend père de la cohgrégation du Très-Sain l Rédempteur donnmles instraetions aux saluts et aux messes solennelies, depuis 4e nlardi 18 septembre jusqu'au dimanche suivant inclusivement.
Le 18 septembre, salut solennel avec instruction.
Le 19, jour anniversaire de Tapparition de Notre- Dame de la Saletle, outre les messes qui seront célébrées dans la matinée, il sera chanté, à 10 heures, une messe solennelle avec sermon. Les membres de la confrérie peuvent gagner en ce jour unç indulgence plénière aux conditions m d inaires.
Jeudi 20, il sera célébré, à 9 heures, un service solennel pour les associés défunts.
Le dimanciie 23, on chantera encore une messe solennelle avec sermon et exposition du Très-Saiut Sacrement.
Dans le n^ de VVnion des Campagnes qui fut publié
après ces trois jours de grâces et de bénédictions, parut un artich^ plein d'onction sur la piété des innombrables Mêles accourus à Larociie pour célébrer l'anniversaire du grand miracle, sur l'infinité des personnes admises aux Saints-Sacrements, sur l'éloquence touchante avec laquelle le révérend pkre Vandenbries, de Tordre des Rédemptoristes , avait retracé les phases de Tappai ition, enlin, sur les jouissances ineffables qui ont abreuvé l'âme de M. le curé-doyen Lambert, le pieux organisateur de cette belle cérémonie.
Devant qui donc le clei^é belge s'agenouille-t-il et convie*t-il les populations à s*agenoiiiUer, depuis trois ans? A qui élève-t-il des autels et des stainrs? De qui prôciie-t-il la gloire, la majesté , la puisséince céleste? Qui se montra, le 19 septembre 184tj, sur la montagne de la Salette?
Miracle» i^vélinilMlrc*.
Plusieurs années avant l'apparition mystérieuse d*une dame blanche sur la montagne de la Salette, le terrain des miracles était dîjk défHché dans cet
heureux diocèse de Grenoble. Des choses étonnantes s'étaient passées à Fonibre du cloître de deux couvents de femmes. Rien de plus naturel. Quand une centaine de femmes préfèrent aux devoirs austères de la mère de famille les loisirs stériles de la placide vie du couvent, on convoit ciu'elles éprouvent
LE MIRÂaE
le besoin de varier de temps en temps la monotonie de leur béate, mais insipide existence. On ne peut pas
prier sans cesse. Kt puis, ces journées entières consacrées h la contemplation, à l'abstraction des exercices spirituels, exaltent i imagination et la transportent dans des régions mystiques, dangereuses surtout pour des intelligences féminines. De combien d'aberrations d^esprit, de défaillances de la raison, les frais, mais solitaires ombrages de Port-Royal n'ont-ils pas été témoins?
Ces eflets de Toisivelé se firent sentir en 18-42 et années suivantes, dans divers couvents de femmes du diocèse de Grenoble. Nous en trouvons Texposé historique» appuyé sur des faits qni sont restés sans réfutation et qui défient la controverse, dans un ouvrage remarquable intitulé : La Salette devant le Pape, ou rationalisme et hérésie découlant du fait de la Salette^ par plusieurs membres du clergé diocésain, Grenoble ^ - 1854. Cet ouvrage, écrit dans le sens le plus catholique, et qui témoigne de la science profonde, de la haute intelligence de ses auteurs, renferme, sur un premier prodige survenu en Tan de grâce 1843, des renseignements ciuc nous allons résumer.
Près de Grenoble existe un couvent où les sœurs de la Providence goûtent en paix les douceurs de la vie extatique. £n 1842, Tune d élies, sœur Philomène, d*un tempérament très-lympathique, est atteinte d*une maladie de langueur. Une potion lui est ordonnée par le médecin de la communauté. La mère supérieure, suivie seulement d'une inlirniière , se rend auprès du lit de sœur Philomène, et, en lui administrant une cuillerée de la potion, y mêle un i)eu de poussière des reliques de saint François Le médicament opère; sœur Philomène éprouve une amélioration, une réaction heureuse, assez fréquente
DE LA SALËTTE.
dans ce genre de maladie. Elle se lève; accompagnée de la mère supérieure et de toute la communauté, elle se rend à la chapelle du couvent, où Ton chante un
cantique d'actions de grâces pour la guérison miraculeuse qui vient d'avoir lieu. Les bonnes sœurs s'empressent de faire part du prodige à i évêque de Greiu)l)le, le même qui doit, quelques années plus tard, reconnaître le miracle de la Valette. L'évèque chante un Te Deum.
Il y a un véritable enthousiasme au couvent de la Providence, à l'évèché et au séminaire. La mère supérieure et les vicaires généraux ]}iit)lient en toute hâte et signent de leur nom une brochure intitulée : Guérison extraordinaire obtenue par i,' intercesmn de La Sainte-Vierge et de saint François Bégis. On répand cet écrit à profosion dans tout le diocèse ; on transmet la bonne nouvelle à toutes les maisons des sœurs de la Providence. La joie est au comble; sœur Philomène est Tobjet d'une sorte de vénération; on organise des pèlerinages. Mais, ô vicissitude des choses d'ici-bas! La maladie de sœur Philomène est arrivée à sa dernière phase : pea de temps après avoir avalé la poussière de saint François Régis, sœur Philomène, dont la guérison miraculeuse fait l'objet de toutes les conversations, passe du îrni|)s h r(^ternité, meurt de la façon la plus inopportune. C'était fâcheux; la poussière de saint François Régis allait devenir une poudre d*or!
Mais Fimpression est restée aux Ames crédulee. Le couvent de la Providence n*en continue pas moins à jouir d'un grand renom de sainteté et à attii'er l'attention publique.
Quoique métamorphosés en cyprès depuis un trépas malencontreux, les lauriers de sœur Philomène troublent le sommeil d'une chaste épouse du Seigneur,
domidliée au couvent de Grenoble, dit du BonPasteur. Un thaumaturge en bégnm fut vévéàé au monde.
Écoutons l'élrange aveiiturp.
Ce qui arriva dans le in> bière du couvent du Bon Pasteur à sœur Augustin, est d'une nature extraordinairement délicate. Laissons parler des prêtres du diocèse de Grenoble. Nous empruntons la citation suivante à Touvrage indiqué plus haut :
« Les entretiens mystiques continuent et les égards redoublent. Bientôt la religieuse, dans un transport extatique, annonce que J.-C. veut enrichir la comuiunauté de la plus sacrée des reliques et que, par son entremise « il lui donnera quelques gouttes de son sang précieux. Sceur Augustin daigne le jour, IHieure où, seule et renfermée dans sa cellule, elle sera appelée au bonheur de recueillir ce don divin.
« Ses compagnes iront garde de douter: on prépare d'avance un papier vélin satinr, destiné à recevoir le dépôt sacré; puis la communauté, dans une sainte impatience, compte les jours et les heures, qui coulent trop lentement an gré de ses désirs.
« Le jour, rhoure arrivent enfin ; sœur Augustin est seule dans sa cellule, car c'est avec elle seule que J.-C. vent communiquer: toutes ses compagnes adressent à Dieu des prières ferventes; bientôt leur bonlieur sera un avant-goût du bonheur qui les attend dans le ciel. '
« Tout à ooup un cri de joie se feît entendre :
a tenu sa promesse. La communauté entière accourt ; chaque religieuse, chaque pensionnaire fixe d'un regard avide la feuille de papier : de nombreuses gouttes de sang la décorent.
« On se précipite à genoux, on entonne le cantique d^aetions de grâces, on se hâte de porter à Févéché la bonne, la grande nouvelle.
<( Immédiatement un ràiquaire est préparé» le sang précieux y est placé avéc soin ; et pour recevoir digne* ment Tauguste relique, Mgr l'évèque veut qu'une chapelle, isolée, iiiiirpondaïUe, soit élevée sous le vocable du précieux sang de J.-C. ; une famille de Lyon, bienfaitrice de la maison du Bon Pa^teur^ trop heu-^ reuse d*offrir à J.-G, uoa parcelle de sa fortune, consent à se charger de la dépense.
« Plus la foi de M""^' Sorrel, de Lyon, csl vive, plus le sentiment qui Jes inspire est auguste et sacré, plus aussi ces dames veulent (|ue la chapelle soit digne de J«-C. Aussi entendent-elles que rien ne soit épargné pour la beauté du parvis, des plafonds» des autels, pour tes détails de rornementatioa intérieure.
« Le plan se fait, le devis se dresse , les fondations se creusent. La communauté es(d:iiis un trans|)ort qui tient du délire; bientôt elle aura tixé dans un élégant édifice le trésor que le Ciel lui a donné, rien ne manquera à son bonheur.
<f Je me trompe, religieuses et pensionnaires; prêtres et évoque, bienfaitrices pieuses , tous ont courbé la tète sous la parole de sœur Augustin, tous ont fléchi le genou devant la relicjue sacrée : un homme seul est là, impassible, ou plulùt profondément affecté. Cet honimeest un chrétien fervent, mais éclairé; un catholique pieut, mais droit et honnête; il possédait, et il y avait droit, la confianœ de la communauté entière; consciencieux avant tout, il n'<'iciii pas rapahlp de transiger avec la vérité, rt on savait fort bien (pie son opinion serait celle de tous les habitants intelligents de la ville de Grenoble. 11 importait de se le rendrefavorable ; la supérieure* dans la simplicité de son àme, crut que le moyen le plus sûr était de le mettre en regard de la reliquf , et (iu*à cette vue, comme elle.
LE iMiUACLE
comme ses sœurs, le docteur s'inclinerait spontanément et adorerait.
« Il n'en fut pas ainsi ; sans avoir besoin de recourir à une opération chimique^ sans avoir besoin de procéder par voie de décomposition , à travers le verre qui recouvrait la relique, le médecin reconnaît la source, la triste source à laquelle ce sang avait été puisé; puis, cette origine constatée, il se renferme dans un sévère silence.
« Ce sang était celui d'une moderne hémorroïsse... celui que les saintes Écritures ont déclaré immonde, impur, détestable.., celui qui rappelle à la femme l'bumiliation à laquelle Dieu Ta condamnée, en punition de la première faute qui a souillé le paratlis terrestre... Et ce triste détail est vrai, en dépit d'une je ne sais quelle attestation qu'on invoque à bas bruit; qui éloigne, il est vrai, la pensée d'une analyse chimique, mais qui ne touche pas au fait, dont la réalité a été, récemment encore, confessée parle médecin lui-même.
« Un prêtre de Grenoble l'apprend : dévoué aux intérêts de la communauté, il était heureux de lui consacrer ses soins; mais avant tout, ii était l'homme de Dieu. Accablé par la révélation qui vient fhtpper ses oreilles, il n^hésite pas, il se rend auprès de révèque, lui fait part de la vérité, lui adresse des paroles- de foi, et attend, dans la droitiiro de son cœur, l'ordre d'aller sur-le-champ faire cesser les travaux de la chapelle, afm d'effacer jusqu'au moindre vestige d'une impure mystification,
« Le moyen était inspiré, mais il fallait à Tévèque le temps de la réflexion, le temps d*en référer à son conseil ; car la conjoncture était difficile, et il impor» tait de sauver à la fois l'honneur de Dieu et la dignité de l'évêque.
0 Le prêtre se retire.
u UuelqiioF^ jours s'écoulciU.
« Une lettre épiscopale lui parvient. La main de ^i'évôque en a tracé tous les caractères, elle a bariné la preave irrécnsable du fait, et de la révélation que le prélat avait reçue. Le prêtre rompt le sceau d*Qne main ferme, et lit :
« Réclamations iNumEs, mon cher abbé. Les tra- « vaux ÉTAIENT trop avancés, les pierres taillées , etc.
« J*ai obtenu un nouveau plan et un nouveau devis « moins dispendieux. Les dames de Lyon consentent à « supporter la plus grande partie des frais de con- « structiou.
« Je vous salue en N.-S. J.-G. n « t »
« Des frais de construction pour une chapelle en rhonneur du précieux sang de Jésus-Christ... ouL
« Des frais de construction pour une chapelle en 1 lionneur du sang... de sœur Augustin, non, mille fois non.
« Le prêtre, après avoir lu, ne peut en croire ses yeux, il r^te anéanti ; i;honneur de Dieu, la dignité da révèque, tout était sacrifié.
tt Tout le ftit en effet. Les travaux se poursuivent,
les pierres se transportent et se taillent ; et pour que la nature des choses, c'est-k-dire Dieu, qui, seul, aie droit et le pouvoir de la créer, de l'organiser, soit reconnu impuissant k an*èter, à réformer la décision de révèque, la relique est exposée à Tadoration de la communauté, et dans le sein de la maison, une confrérie du Précieux Sang est instituée ! Aujourd'hui elle existe encore. Serait-elle là comme une protestation
persistante de la prééminence de Tautorité de révëque sur Dieu?
« Le printeinps permet de commencer la constniction ; la pose de ia première pierre doime liea à une
cérémonie religieuse : l'évêque vient ia présider M-
mème; lui-même il place sous le vcm able du précieux san^ do J.-C, nu milieu des prières et des ciiaïUs de rËglise, la chapelle dont les dames de Lyon payeront les frais.
<i La cérémonie se fait et la relique reste toujours
, exposée.
« L*édîfice S'^ve «t la réli(|ue est exposée encore.
« La construction s'achève et la Iiéuedictiou de la chapelle a lieu.
« Les dames de Lyon viennent et soldent. Elles soldent plusieurs... plusieurs miliievs de Mnes; car rien n'a été épargné: parvisen pferre de marbre, pteâwds en lambris à baguettes cannelées, li cnls-dd^ampe à chaque point d'intersection, autel en marbre, vitraux en couleur. M""" Sorrel payent, s'estimant trop heureuses que J.-C. daigne agréer cette offrande de leur piété, pour un temple destiné à contenir son précieux.
« Ce sang était celui..* celui de sesur Augustin, et la piété généreuse de M**"* Sorrel était exploitée avec une
incroyable persistance. »
Mais sœur Augustin n'a pas encore attaché assez de lleurons miraculeux h sa couronne virginale. Favorisée du Ciel au point de recevoir des gouttes, si rares ailleurs, du précieux sang de Jésus-Christ, eUe ne peut s'arrêter en si beau chemin. Encore un miracle:; et célui-ift fera éclater le précédent avec une splendeur nouvelle. Nous laissons de nouveau parler les ecciésiasliques du diocèse de Grenoble, auteurs de La Salette devant le Pape :
D£ LÀ SALETX£.
« Tout n'était pas encore Oni avec M""' Sorrel. Elles ignorent l'humiliante vérité, et il importe que jamais die ne puisse pamoiir à leurs oreilles, yédition d'un miracle nouveau pmttt, à ta religieuse udoréa damsm 9tmgimjmi\ le moyen infoiHible de les prémunir €<mtre toute espèce de doute. Elle ibl i^eule, un jour, avec sa supéiieuie et une petite négresse, dans la cliai)elie élevée en Thonneur de son culte; la supérieure sort un instant pour aller chercher un ornement, la négresse promène Bes yeux éloniié» sur les diverses décorations du temple : la supérieure rentre bientôt, elle voit aux mains d'une Mtne- de la Sainte-Vierge une grande hostie. Une religieuse est là en extase qui prie et
adore, c'est sœur Augustin Plus de doute, Dieu
s'est manifesté par un prodige nouveau, il a cédé aux vœux de sa servante en léguant à la conunanauté qui a ie bonheoi* de la posséder une hostie que le s'est chargé de déposer dans les mains de la Sainte- Vierge. •
(( La nouvelle est communiquée à la communauté, à M"'' Sorrel; toutes accourent» se prosternent et adorent.
« Mgr de Bruillard est averti ; sur-le champ il part accompagné de son confident le plus ordinaire, M. le
grand-vicaire Périer. L'un et l'autre, dans le ravissement et l'extase, tombent à genoux, et à leur tour ils adorent.
« Monseigneur ordonne que l'hostie sacrée soit recueillie avec soin par son vicaire-géuéral et déposée reUgieusement dans le tabernacle de TauteL
« IMk Périer 'se hftte d'obéir^ il. monte à l'autel; avant de saâsip l'hostie sainte, il la contemple avec extase ; de sa poitrine, en quelque sorte oppressée par * Fextase du ravissement, s'échappe un long soupir : ô aUUudol s'écrie-t-il ; et son souffle, dirigé vers
LE iMlUACLE
Thostie, qu'il dévore de son regard embrasé, la fait
vaciller; elle tombe sur raulcl au moment où M. Perler commençait à élever ses m ai us pour les porter jusqu'à elle; il ne comprenait pas qu'une hostie toute céleste, après avoir franchi rimmensité des espaces pousse fixer aux doigts de Marie» se dérobât par une chute aux honneurs d'une ovation, dans le moment même où, sous les yeux de son évèque, de plusieurs prêtres, de la communauté entière, il s'apprêtait à la prendre, à la déposci' avec respect dans le tabernacle que la piété de FEglise a préparé pour les hosties consacrées. *
« 11 ne comprenait pas la leçon que Dieu lui donnait, donnait à la maison , donnait à Fassistance entière.
« Il se remet toutefois de sa surprise, et, dans la simplicité de sa lui, il renferme avec respect l'hostie indocile. *
« La chapelle de sœur Augustin possédait désormais un trésor de plus : le pain d'une liostie ordinaire, non consacrée, et placée par les mains de cette sœur dans les mains de la Sainte-Vierge.
« La religieuse illuminée n'était pas satisfaite de ses relations avec Jésus-Christ, elle voulait y juiudre ses relations avec Marie. — Les unes et les autres étaient de même nature : son imagination dém^damiée en avait fait tous les frais.
« Mesdames Sorrel, toutefois, ne pouvaient pas être longtemps les dupes de cette mystification : elles interrogent, elles ne reçoivent que des réponses embarrassées ; la vérité leur est enfin connue dans toute sa nudité, et elles désertent à jamais une maison dont elles étaient les plus généreuses bienfaitrices, et qui répondait à leur dévouement en exploitant, par des moyens idolàtriques et impies, leur bourse et leur bonne foi.
DE Là SàLëTTE.
a Le lendemain du jour où la foi de M. le vicairegénéral s*étalt manifestée dans tout son éclat, Mgr Tévèque mande le prôtre qui avait eu la témérité de
Taverlir sur l'origine du précieux sang : il lui fait ealeiidre ses doléances sur le mauvais tour lait ii la religion et à sa dignité par le miracle de riiostie; il entend que cette hostie soit consommée, dès le lendemain, après la communion de la messe, et surtout il recommande de cacher à tout le monde, de nier au besoin, sa visite de la veille et sa présence à la cérémonie... de la chute de l'hostie miraculeiise .
« Le prôtre s'incline et s'éloigne. L'aunioaier du B&ii Pasteur , qui avait reçu Tordre de consommer rhostie miraculeuse, reçoit bientôt après un ordre de sursis ; il s*y conforme.
« L'évêque a pu croire un instant que Thostie était
miraculeuse donc elle doit être conservée. Pliée
soigneusement dans un corporal, elle est enfermée dans une boite, qui reçoit Tempreintc du sceau de révêché ; et ai^ourd'hui, au moment où je trace ces lignes, elle est encore dans le tabernacle de la chapelle de sœur Augustin.
« L'évêque a pu croire aussi que le sang de sœur
Augustin était le précieux sang de Jésus-Christ
donc il doit être conservé également; et aujourd'hui encore la relique et le reliquaire sont soigneusement enfermés dans la chambre de la supérieure. »
Le même évèque de Grenoble, les mêmes ecclésiastiques de son diocèse , qui viennent d^accepter avec tant de légèreté et d'imprudence les aventures de sœur Philomène et de sœur Augustin comme des manifestations célestes, proclameront, quelques années après, le miracle de Tapparition de la Salette.
Le diocèse de Grenoble était décidément une terre privilégiée, un Édcn où poussait une luxuriante végétation de prodiges et de miracles. Depuis 1842 jusqu^en 1846 aucune autre merveille de ce genre n'était signalée à la piété des fidèles dans les deuxhémisphères; le diocèse de Grenoble seul présentait Tétonnant spectacle de cette succession rapide ^'événements surnaturels.
Mais les heureuses ouailles de Mgr Tévèque de Gre*
noble n^avaient encore aperçu que les premières et pâles
lueurs du soleil de bénédictions et de grâces célestes qui devait briller pour elles. Unévénement iniinease, le fait mémorable de la Salette, se préparait. Jusque-1^ le Ciel n'avait communiqué avec le diocèse de Grenoble que par Tintermédiaire de simples mortelles, d'humbles servantes du Seigneur; il se disposait à lui en-< voyer un intermédiaire plus auguste. Ni les chœurs des Anges, ni le groupe dos Cliérubins en prière, ni la légiuii des Séra[)liius aux encensoirs d'or, ne parurent dignes d'accomplir la grande mission du Ciel : la Vierge Marie elle-même» la Mère de Dieu allait descendre sur la terre pour annoncer une grande nouvelle.
Le modeste village de la Salette avait été choisi, dans les desseins éternels delà Providence, pour être témoin des choses merveilleuses que renfermaient les flancs de Tan de grâce 1846. Le lieu se prêtait admirablement à la situation. Nature sauvage et heurtée, aspect terrible et grandiose, précipices et abîmes effrayants, montagnes gigantesques confondant avec les nues leurs cimes oùbnlient, de leurs mille crislaux, des glaces éternelles, rochers aux contours fantastiques, tout se réunit pour saisir et exalter Tlmagination.
L'apparition se fait sur la montagne de la Salette que vingt autres montagnes entourent d'une ceinture
imposante. Laissons parler ici les admirateurs du miracle ([ui nous ont déjà fait coimaître les efforts de répiscoi)at et des congrégations religieuses de Belgique pour accréditer ce prodige dans notre pays. Voici en quels tenues rappantion est racontée, d'après les documents que Févèché de Grenoble a publiés :
« C'était le samedi 19 septembre 1846, vers trois
DE LÂ SÂLETTE
heures de F a près-midi. Les rayons d'un soleil brûlant reflétaient sur les rochers des Alpes une accablante dialeur. Deux jeunes bergers de la Saletle, Maximin Giraud, âgé de 12 ans, et Mélanie Mathieu, âgée de 45, après avoir restauré leurs forces par un modeste repas, dormaient paisiblement au bord d'un ruisseau couiant an fond d'un ravin, h côté d'une source intermittente qui pour lors était k sec. Éveillée la première, Mélanie appelle Maximin pour s'occuper de la gardede leurs troupeaux qui paissaient aux environs. Us franchissent ensemble le petit ruisseau, s'avancent à une trentaine de pas sur la hauteur qui rf'^^ardo TOrient, et, voyant que leurs troupeaux reposent tranciuillement sur le versant dè la colline opposée, ils se disposent à retourner k Tendroit qu'ils venaient de quitter. Tout à coup, un spectacle étonnant se présente à leurs regards. Une grande clarté frappe leurs yeux. Ils aperçoivent une Orande Dame assise au lieu même où ils avaient pris leur frugal repas, les coudes appuyés sur les genoux et la tête dans les deux mains. Elle portait une couronne d'or et de Ûeurs sur la tète, et sur la poitrine, suspendu à son cou par une chaîne d'or, un crucifix, d'o(i pendai^t d*un côté un marteau et de Tautre des tenailles. Elle paraissait livrée à la plus profonde douleur, et quand elle retira un peu ses mains, son visage parut inondé de larmes. Sa face était resplendissante cumnie le soleil, de telle sorte que les deux enfants ne purent supporter Téclat de sa beauté éblouissante, ils remarquèrent cependant les détails de son costume extraordinaire. À la vue de ce prodige, les jeunes bèrgers furent frappés d*une terreur inexprimable. Car jamais peutr être, dans ces lieux escarpés et sauvages, ne s'était montrée une Grande Dame vêtue comme une reine. Comment s'y serait-elle transportée, k moins que de
LE iMlKACLE .
voyager dans les airs? Qui aurait pu d'ailleurs déterminer un tel personnage h venir dans ces lieux arides, couronnés de frimas les deux tiers de l'année et n'offrant dans la belle saison, presque aucun abri contre les ardeurs du soleil? Il n'y a que de pauvres bergers et quelques hardis moDiagnards qui soient eapaUes de s'aventurer sur ces montagnes. Cela explique la frayeur dont furent frappés les deux enfants, à la vue d une chose si extraordinaire. Mélanic, dans sa stupeur, laisse tomber k terre son bâton de bergère. Maximin, qui s'en aperçoit, l'engage à le reprendre^ en disant que, si cette dame inconnue veut leur faire du mal, ils en auront besoin pour se défendre* Leur effiroi redouble à chaque instant, et déjà Us se disposent à fuir, quand la miséricordieuse Marie, car c'était bien elle, de cette voix si douce et si maternelle qui dissipe toutes les craintes, leur adresse la parole avec bonté, mais avec douleur. Laissons parler les enfonts ; leur langage simple et naïf est plus propre à faire impression. Nous transcrivonsœ récit avec ses incorrections, tel qu'il se trouve dans le rapport présenté à Mgr l'évèque du Gi enoble par la commission nommée pour examiner le fait. Voici le récit de Mélanie :
(c Nous nous trouvions endormis... puis Je me suis réveillée la première, et je ni*ai pas vu mes viMAes. raî réveillé Maximin, j'ai dit : Viens vite , que nous
allions voir nos vaches. Nous avons passé le ruisseau; nous avons moiué vis-à-vis de nous, et nous avons vu de l'autre côté nos vaches couchées; elles n étaient pas loin. Je suis redescendue la première, et lorsque j'étais à Cinq on six pas avant d*arriver au nitsseftu, fai vu une clarté comme lesoleil, encore plus brIOante, mais pas de la même couleur, et j'ai dit à Maximin : Viens vite voir une clarté là-bas. Et Maximm est des-
DE U SALETTE. 39
cendo en me disant i ùkeUe est? te lui ai montré avec le doigt vers la petite fontaine, et il s*est arrêté quand il Ta vue. Alors nous avons vu une Dame dans la clarté; elle était assise ia tète dans ses mains. Nous avons eu peur; j'ai laissé tomber mon bâton. Alors Maximin m'a dit : Garde ton bàtou; nous iait quelque chose, je lui donnerai un bon coup.
« Puis cette Dame s*est levée droite, elle a croisé les bras, et nous a dit : « Avances, mes ^ants, n^ayes pas peur, jo suis ici pour vous conter une grande nouvelle. »
« Puis nous avons passé le ruisseau, et elle s'est avanrr^e jusqu'à Tendroit où nous nous étions endormis, fille était entre nous deux; elle nous a dit en pleurant tout le tmps qu'elle nous a parlé (j'ai bien vu couler ses larmes) :
« Si mon peuple ne veut pas so sounietlrc, je suis forcée de laisser aller la main de mou îils.
u Elle est si forte, si pesante, que je ne puis plus la maintenér.
a Depuis le temps que Je souffre pour vous autres » « je veux que mon Hls ne vous abandonne pas, je suis
chargée de le prier sans cesse.
« Et pour vous autres, vous n'en faites pas cas.
« Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j'ai prise pour vous autres*
« Je vau$ ai tbmné dx jmrs pour travailler^ je me réservé le septième, et m ne veut pas im Tiuxinxier,
C'est ça qui appesantit la main de mon fils.
« Ceux qui conduisent les charrettes ne savent pas jurer sans y mettre le nom de mon fils au milieu.
« Ce sont les deux choses qui appesantissent tant la main de mon flls.
Si la récolte se gâte, ce n'est rien qu'à cause de
LE MiaÂCLË
vous autres. Je vous Tai fait voir Tannée passée par les pommes de terre; vous n'en avez pas fait cas. C'est au contraire, quand vous trouviez des pommes de terre gâtées, vous juriez et vous y mettiez le nom de mon
iils. Elles vont continuer; que, cette année pour Noël, il n'y en aura plus. »
(( Et puis moi je ne comprenais pas bien ce que ça voulait dire des pommes de terre
« J'allais dire à Maximin ce que ça^ voulait dire des pommes de terre; et la Dame nous dit :
« Ah! mes enfants, vous ne comprenez pas, je m'en vais le dire autrement. » Puis elle a continué.
« Mélanie continu*' cUectivement son récit eu patois* Nous donnons la traduction française :
« Si les truffes se gâtent, ce n'est rien que pour vous autres. Je vous l'ai fait voir Fan passé, vous u*en avez pas voulu faire cas. Que c'était contraire, quand vous avez trouvé les truffes gâtées, vous juriez en y mettant le nom de nion lils au milieu.
« Elles vont continuer ; qtie^ cette année pour la Noël, il n'y en aura plus.
« Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer : tout ce que vous sèmerez, les bêtes le mangeront; ce qui viendra, tombera tout en poussière quand vous le battrez.
0 II viendra une grande fauuiie.
« Avant que la famine vienne, les enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront entre les bras des personnes qui les tiendront; les autres feront pénitence par la famine.
<c Les noix deviendront mauvaises, les raisins pourriront.
(1) A Corps Cl dans betwoonp d'aalrcs parlies «la Daaphintf, Im pommta de l«rrc •'•pprlt^nt trolles, ( ff»trét l« tifwhutt, )
« S'ils so ronverlissont, les piorros et les rochers se changeront en monceniix de blé; et les truffes seront ensemencées par les terres.
« Faites-vous bien voire prière, mes enfants? »
a Tous deux nous avons répondu : Pas guère, madame.
« Il faut bien la faire, mes enfants, soir et matin. Quand vons ne pourrez pas mieux faire, dites seulement un Pater et un Ave Mana, Et quand vous aurez le temps, dites-en davantage.
« II ne va que quelques femmes âgées à la messe; les autres travaillent le dimanche tout Tété, et Thiver, quand ils ne savent que faire, les garçons ne vont à la messe ({ue pour se moquer de la religion. Le carême, on va à la boucherif% connnn dos chiens.
<( N'avcz-vous pas vu du blé ^àté, mes enfants? »
« Maximin répondit : aOli! non, madame. » Moi, ' ne savais pas kqui elle demandait cela, et je répondis biendoucemeifl : Non, madame, je n'en ai pas encore vu«
« Vous devez bien en avoir vu, vous, mon enfant (en s adressant à Maximin), une fois vers la terre du Coin, avec votre père.
« Le maître- de la pièce dit k votre père d'aller voir son blé gâté; vous y êtes allés tous les deux. Vous prîtes deux ou trois épis dans vos mains , les frois- . sâtes, et tout tomba en poussière ; puis vous vous en retournâtes. Quand vous étiez encore à une demiheure de Corps, votre père vous a donné un morceau de pain et vous a dit : « Tiens, mon enfant, mange encore du pain cette année; je ne sais qui en mangera Tannée prochaine, si le blé continue encore comme ça. »
« Maximin a répondu : « Oh! oui, madame, je m'en souviens à présent; tout à l'heure je ne m'en souvenais pas. »
LE MlUACiJC
(( Après cela, la Dame nous a dit en franrais : Eh bien, mes enfaiils, vous le ferez passer à tout 111011 peuple. »
Elle a passé le ruisseau et nous a reUmrné dire : « Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple. » Pais elle est montée jusqu'à Tendroît où nous étions allés pour regarder nos vaches.
« Elle ne touchait pas l'herbe; elle niarcliau à la rime de l'herbe. Nous la suivions avec Maximin; je passai devant la Dame, et Maximin uu peu à côté, k deux ou trois pas. Et puis cette belle Dame s*est élevée un peu en haut (Mélanie fait un geste en élevant la main d*un mètre ou un peu plus au-dessus de la terre), puis elle a regardé le ricl, puis la terre; puis nous n'avons plus vu la tète, i)lus vn les bras, plus vu les pieds; on n'a plus vu qu une clarté eu l'air; après, la clarté a disparu. Et j'ai dit à Maximin : C'est peutêtre une grande sainte. Et Maximin m*a dit : Si nous avions su que c'était une sainte, nonslui aurions dît de nous mener avec elle. Et je lui ai dit : Oh! si elle y était encore! Alors Maximin lança la main pourattra- ])er un \mi de la clarté ; mais ii n'y eut plus rien. Kt nous regardâmes bien pour voir si nous ne la voyions plus. Et je dis : Elle ne veut pas se faire voir pour que nous ne voyions pas où elle va. Ensuite nous fûmes garder nos vaches. »
Ce récit présente quelques lacunes rpii seront comblées plus loin. 11 importe d'en indiquer une dès à présent. D'après les relations officielles de l'évêché de Grenoble, les bergers ont encore entendu prononcer par la dame de la Saletteles paroles que voici : « Bien*u fait àù Dieu, le commerce qui lie les hommes entre n eux est devenu un agiotage honteux, et le blé, qui <( est la première nourriture de l'homme, est devenu li un trafic (on a voulu dire l'objet d un tralic) inlàme.
DE LA SALKTTE.
« L'homme oublie qu'il a des frères k nourrir^ et la , « soif de l'or ferme à son cœur Tamour et la charité. »
Le discours tenu aux bergers des Alpes n'a pas le mérite de roriginalité. Soixante-quinze ans avant l'apparition de la Salette, les fabricants de miracles avaleiUd^k prêté à Jésus-<^hrist un langage analogue, dans un document peu, connu, fort intéressant, et qu'il e$t utile de rapprochejr du récit de l'événement du 19 septembre 1846. La lettre de Jésus-Christ, écrite en 1771, peut servir de pierre de touche îi la harangue de la Salette. Voici la reprodiiciion textuelle et complète d'un imprimé publié à Bourges en 1771 : . lycit surprenant mr l'apparUian visible et mira4:U' teme 4e noire Seigneur Jésus-Christ m saint sacrement de t'mtel, qui s'est faite par la tmte puissanee de Dieu, dans l'église paroissiale dePaimpoL, près Tréguier, en Basse-Bretagne, Le jour de-s Rois. — « Le 6 janvier 1771, jour des Kois, pendant qu'on chantait le saiui, on vit des rayons de lumière sortir du saint sacrement , et Ton aperçut à l'instant notre Seigneur Jésus ea figure naturdte, qui parut plus brillant que le soleil, et qui fut vu une demi-heure entière, pendant laquelle parut un arc-en-ciel sur le faîte de ré^^lisi . Les pieds de Jésus restèrent imprimés sur le tahurjuacle, où ils âe voient encore, et il s'y opère tous le sjours plusieurs miracles. A quatre heures du soir, Jésus ayant disparu de dessus du tabernacle « le curé de ladite paroisse s'approcha de l'autel, et y trouva une lettre que Jésus y avait laissée : il voulut la prendre, mais il lui lut impossible de la lever. Ce curé^ ainsi que le vicaire, en furent avertir monseigneur révèque de Tréguier, qui ordonna^ dans toutes les églises de la ville, les prières de quarante heures pendant huit jours, durant lequel temps le peuple allait en foule voir celte sainte lettre. Au bout de la huitaine,
Ai LE MiRACLE
monseigneur l'évèque y vint en procession, accompagné de tout le clergé séculier et régulier de la ville, apr?*s trois jours de jeûne au pain et à Tcau. La procession étant entrée tlans l'église, monseigneur Tuvèque se mit h genoux sur les degrés de Tautel ; et, après avoir demandé à Dieu la ^ràce de pouvoir lever cette lettre, il monta k Tautel, et la prit sans difficulté : s*étant ensuite tourné vers le pmple, il en fit la lecture à haute voix, et recouimaiida à tous ceux qui savaient lire de lire celte lettre tous les premiers vendredis de chaque mois; et à ceux qui ne savaient pas lire, de dire cinq pater et cinq ave en l'honneur des cinq plaies de Jésus-Christ, afin d*obtenir les grâces promises à ceux qui la liront dévotement, et la conservation des biens de la terre. Les femmes enceintes (Idivcnt dire, pour leur heureuse délivrance, mui pater et neuf ai^^ en faveur des âmes du purgatoire, afin que leurs enfants aient le bonheur de recevoir le saint sacrement de baptême.
« Tout le contenu en ce récit a été approuvé par monseigneur révè([ue, par monsieur le lieutenant général de ladite ville de Tréguier, et par plusieurs personnes de distinction, qui se sont trouvées présentes h ce miracle. »
Copie de la lettre trouvée sur l'atUel^ lors de Vapparition miraculeuse de notre Seigneur lésus-^hrist au très-saint sacrement de Vautel , le jour des Rois 1771. — (( Éternité de vie, éternité de châtiments, éternelles délices; rien n'en peut dispenser, il faut cîioibir un parti, ou celui d'aller à la gloire , ou marcher au supplice. Le nombre d'années que les hommes passent sur la terre dans toutes sortes de plaisirs sensuels et de débauches excessives, d^usurpations, de luxe, d*homicides, de larcins, de médisances et d'impuretés, blasphémant et jurant mou saint nom en vain, et
mille autres crimes, ne permettant pas de soufûâr plus longtemps que des créaturees créées à mon imago et ressemblance, rachetées par le prix de mou sansur Tarbre de la croix, où j'ai enduré mort et passion, m'offensent continuellement, en transgressant mes commandements ei abandonnant ma loi divine» je vous avertis que, si vous continuez à vivre dans le péché, et que je ne voie en vous ni remords, ni contrition, ni une sincère et véritable confession et salisfaction, je vous ferai sentir la pesanteur de mon bras divin. Si ce n'était les prières de ma chère mère, j'aurais déjà détruit la terre, pour les péchés que vous commettez les uns contre les autres* Je vous ai donné six jours pour travailler, et le septième pour vous reposer, pour sanctifier mon saint nom, pour entendre la sainte messe, et employer le reste du jour au ser-
, vice de Dieu mon père. Au contraire, ou ne voit ([ue blasphèmes et ivrogneries ; et le monde est tellement débordé, qu'on n'y voit que vanité et mensonges. Les chrétiens, au lieu d'avoir compassion des pauvres qu'ils voient îi leurs portes, et qui sont mes membres, pour parvenir au royaume céleste, ils aimml mieux mignarder des chiens et autres animaux, et laisser mourir de faim et de soif ces objets, en s'abandonnant entièrement à Satan, par leur avarice, gourmandise et autres vices; au lieu d'assister les pauvres, ils aiment mieux sacrifier tout à leurs plaisirs
> et débauches. C'est ainsi qu'ils me déclaient la
. guerre.
« Et vous, pères et mères pleins d'iniquités, vous souffrez vos enfants jurer et blasphémer mon saint nom : au lieu de leur donner une bonne éducation, vous leur amassez, par avarice , des biens qui sont dédiés à Satan. Je vous dis, par la bouche de Dieu mon père, de ma chère mère, de tous les chérubins et séra-
phins, et par saint Pierre, le chef de mon^Êglise, que, si vous ne vous amendez, je vous enverrai des mala* dies extraordinaires par qui périra tout ; vous ressentirez la juste colore de Dieu muii père ; vous serez rédiut> ;i un tel état, que vous n'aurez connaib^ance les uns des autres. Ouvrez les yeux, et contemplez ma croix que je vous ai laissée pour arme contre Fennemi du genre humain , et pour vous servir de guide à la gloire éternelle : regardez mon chef couronné d'épines, mes pieds et mes mains percés de dous; j'ai répandu jub(iu a la dcrniin^c goutte de mon sang pour votre rédemption, par un pur amour de père pour des enfànts ingrats. Faites des œuvres qui puissent vous attirer ma miséricorde ; ne jurez pas mon saint nom ; priez-moi dévotement ; jeûnez souvent ; et particulièrement laites Faumône aux paiivi es, qui sont mes membres; car c'est de toutes leh lionnes œuvres celle qui m'est la plus agréable : ne méprisez ni la veuve ni l'orphelin; restituez ce qui ne vous appartient pas ; iliyez toutes les occasions de pécher ; gardez , soigneusement mes commandements ; honorez Marie, ma très-chère mère.
« Ceux ou celles qui ne profiteront pas des avertissenfeiits que je leur donne, qui ne croiront pas mespai*oles, attireront par leur obstination mon bras vengeur sur leurs têtes; ils seront accablés de malheurs, qui seront les avantrcoureurs de leur tin dernière et malheureuse , après laquelle ils seront précipités dans les flammes éternelles , où ils souffriront (les peines sans fin, qui sont le juste châtiment réservé à leurs crimes.
« Au contraire, ceux ou celles qui feront un saint usage des avertissements do Dieu qui leur sont donnés par cette lettre, apaiseront sa colère, et obtiendront de lui, après une confession sincère de leurs
DE LA SALLTTE. 47
faiHos, la réiuission de leurs iiécliés, tant giauds
boiejit-ils, »
<i U fmU garder soigneusement cette lettre^ en l honneur de notre Seigneur Jésus-Ciirist.
a Avec permission. A Bourges, le 30 juillet 1771. Dk Beauvoir^ lieutenant général de police. »
Inutile de dire ([iranx yeux m^uies de I l'i;Iise, ce dociimeut est aussi apoeryiihe que le récit (jui ie précède est mensonger. Aucun fait, aucun indice liistorique ne se rapporte à cette légende. Or, le lecteur a déjà remarqué les points nombreux de contact que renfeiment la lettre de Jésus-Christ en 4771 et le discours de la Vierge de la Salette en 1846. La Vierge parle cuiiime écrivait Jésus-Christ.
La mise en scène seule est changée. Le blasphème, l'inobservance du dimanche, régoïsme des riches, sont les motifs qui déterminent les deux apparitions. La Vierge et Jésus-Christ s'accordent à dire que si les hommes ne font pas pénitence, les plus épouvantables calamités tondront sur eux, et que s'ils s amendent, un véritable paradis terrestre leur sera ouvert. Tous deux aussi insistent sur le bras ou la main du fils de Dieu qui s'appesantit. Jésus-Christ déclare quela Vierge Marie, sa mère, a seule pu arrêter son bras jusqu'à ce moment; la Vierge Marie dit que la main de son fils est si lourde qu'elle a peine à la contenir. Ne croirait-on pas à un plagiat céleste?
La lettre de Jésus-Christ et la harangue do Notre- Dame de la Salette sont parentes; elles ont été conçues parrimposture.
Coniradletlan». — Ce meerei,
Complétons, diaprés les relations officielles de la seconde commission de révêché de Grenoble, le récit emprunté pins haut k la brochure belge sur VAppa-
ntion de Notre-Dame de la Saleîie. Les deux apôtres les plus fervents du miracle, M. l'abbé lîousselot et M. l'abbé Orcel, fournissent des renseignements complémentaires dans une publication approuvée par l'évêque de Grenoble, et intitulée Vérité sur Vévénementde la Salette.
. LE MiUACLE
MM. hjb abbi^s Rousselot et Orcel l'acontent que les deux petits bergers, tout éblouis qu'ils fussent de réclat qui environnait la dame de Tapparition, purent cependant distinguer son costume. D*après les déclarations*de Maximin et de Mélanie, recueillies par la commission de révèdié de Grenoble, la dame portait une robe blanche avec des perles partout^ un fichu avec des roses autour, un tablier jaunes des bas jaunes, des souliers blancs. On comprendra plus tard l'importance de ces détails. MM. los abbés Rousselot et.Orcel indiquent aussi avec plus de précision les nuances du langage adressé par la dame aux bergers; ils disent que la preniirre partie de rallocution eut lieu en français; que la dame, voyant que les enfants ne comprenaient pas, leur paria en patois, qu'enlin elle termina en Drançals par ces mots : Y<m ferez passer cela à totU mon peuple! lis rapportent également, toujours d'après le récit des bergers recueilli officiellement par la commission de l'évêché, que Maximin et Mélanie virent la dame s'éloigner d'eux se dirigeant vers la crête d'un rocher, derrière lequel elle disparut subitement à leurs yeux.
Il ne faut pas une intelligence transcendante pour s'expliquer de la façon la plus naturelle tous les faits de cette apparition, môme en admettant comiuL' vrai le récit équivo(iue des deux petits bergers. Le soleil, disent les relations épiscopales , était ardent ; ses rayons se réfléchissaient sur les perles de la robe blanche et sur Tor de la coiffure, qui projetaient un éclat auquel les bergers des Alpes ne sont guère habitués. Le costume bizarre, mais brillant, de la dame frappait leur iiua^inalion; la dame leur sembla d abord être une reine, avant qu'elle leur eût aflirmé qu'ils avaient la Sainte-Vierge devant les yeux.
Après avoir tenu le discours que Ton sait, la dame,
Di: I.A SALKTTE. * 51
disent oiicorc les relations épiseopalos, s'éloigne en
f^flîeurant seulement des pieds la j)()iiite de Therhe. Mais, connue le font remarquer les ceelésiastitjuos du diocèse de Grenoble, auteurs de La Salette devant le Pape^ l'herbe est tellement courte sur cette terre i ngrate des montagnes, que la pointe y représente Tlierbe tout entière.
Ce sont des gens du pays qui parlent. Bref, la dame se dirige vers un rocher. Tout le corps ne disparaît pas à la fois. C'est d'abord le bas qui s'éclipse, puis la taille, puis la tète; et quand a disparu la tète, ^ sur les ornements brillants de laquelle se réverbère réclat du soleil, Tauréole lumineuse disparaît aussi. Ladames'efface graduellement, derrière la crête ascendante du rocher, de la façon la plus naturelle du monde.
Jusqu'ici donc, rien de merveilleux, rien que de fort explicable dans l'aventure du 19 septembre 1846, rien qui ne soit matériellement; physiquement ordi* naire. On peut admirer jusqu'à présent l'adresse
d'agencement d'une superclierie; on ne peut rien y voir de miraculeux. Tne dame, singulirrcmoni vùlue, s'est montrée à deux enfants sur la nionla*;ne ; rien n'indique riu'elie ait dit la vérité en aifirmant qu'elle descendait du ciel ; la foi la plus robuste ne saurait encore y reconnaître la Sainte-Vierge.
Est-ce au' costume excentrique de la dame de la Salette que Ton se sent disposé à reconnaître Marie, ce type charmant, celle douce et poétique (ijxure de l'iconographie chrétienne? Au bon vieux temi)s, Dieu, la Vierge et les Saints étaient représentés dans les églises sous les formes les plus bizarres, souvent les plus grotesques. On habillait la Vierge selon la mode de l'époque ; saint Joseph se dressait fièrement, sur son autel, dans quelque niauteau brodé du xvr siècle.
lin diapenn à panache snr la tète, ot le col emprisonné dans cinq rangs de dentelles ; et actuellement encore, les images des saints présentent parfois les anomalies les plus choquantes. Âu mois de juillet dernier, le clergé de Téglise Sainte -Gudule promenait processionnellemenl dans les rues de Bruxelles un Saint-Joseph vêtu d une robe de satin blanc, k la coupe éminenuncnt féminine, ot d'un manteau royal de velours rouge. Mais aucun do ces accoutrements burlesques, aucune de ces ^toilettes hétérodoxes n*est comparable au costume de Noire-Dame de la Salette. Un fichu garni de roses ! an tablier jaune ! des bas jaunes! C'est le sublime du ndicule. Jamais le symi)olisme chrétien no leçut pareille injure. Ce costume étonne, éblouit les enfants presque sauvages des montagnes ; exhibé dans les villes, il aurait provoqué des éclats de rire.
Le langage de la Dame n'est pas moins singulier que sa toilette. La Vierge Marie, descendant du ciel [)ar un ellct de la touto-puis>ance divine, ne sait pas se révéler aux bergers qu'on leur déclarant, comme le ferait une simple mortelle^ qu'elle est la Mère de Dieu. De même que certain personnage de la fable qui écrivait sur son chapeau quil était bien réellement le gardien du troupeau, elle éprouve le besoin de déclarer ses nom et qualités. La More de miséricorde, de bonté, de douceur, manifeste sa présence en inspirant une terreur extrême à deux enfants.
La Mère de Dieu apporte au monde une grande nouvelle. Il s^agit des intérêts les plus graves de la société, de rhumanité. Qui choisit-elle comme intermédiaires entre le ciel et la terre, entre Dieu et la création? Deux bei^gers de il îi 14 ans, enfants grossiers, fantasques, capricieux, dont les dévots de la Saloltc sigualont eux-mêmes le caractère désagréable et ingrat. C'est k
Maximin et k Méianie, qui n'onl pas même les qua* lités vulgaires de leur âge, que les secrets du Ciel sent révélés, que les destiné^ du monde sont confiées.
Vases étranges d'élection, que ceux-là ! Façon étrange, aussi, do remplir la mission auguste dont la dame à la robe bianciic et au tablier jaune se prétend chargée I Voyez les distractions étonnantes de la Mère de Dieu!
Être céleste, édairée des rayons de Tintelligence divine, la Vierge Marie est censée savoir que Maximin et Mélauie, enfants dépourvus même des éléments de Tinstruction, ne comprennent pas la langue française. Cependant elle leur adresse la parole dans cette langue. Elle va, elle va. G est en français qu'elle leur parle de la pesanteur du bras de Jésus*<^hnst, qu'elle leur débite la partie la plus importante de son allocution. Mais voici qu'au beau milieu du discours, Maximin et Mélanit' se regardent. La dame a prononcé ks mots : pommes de terre; ces innts leur sont inconnus. Ces bergers, qui ne savent pas le français, semblent avoir compris tout Texorde; car ils ne se sont regardés qu'en entendant les moîs pommes de terre.Ct&Xy sans doute, par une influence miraculeuse que la Vierge a subitement soufflé le don des langues dans ces intelligences incultes, qu'elle leur a fait comprendre le français. Par unedistracUou surprenante, elle oublie tout à coup de leur communiquer mystérieusement le sens des mots pommes de terre^ et voilà que les en£amts se regardent, qu'ils ne comprennent plus ! Tout le reste est clair pour eux; les pommes de terre seules les arrêtent. La Vierge remaïque leur embarras. Ah! c'est juste, dit-elle, vdus ne savez pas le français ; je vais vous raconter cela en patois ! — Elle continue , en effet, son discours en patois. Ici, nouvelle distraction. La Vierge oublie de répéter en patois ce qu'elle vient de dire en français ; elle reprend le fil de ses idées
exactement comme si les deux bergers avaient tout compris. Enlin elle termine par une dernière distraction : c*est en français qu^elle enjoint aux enfants de faire passer cela à tout son peuple.
Les bergers n'ont donc compris que la partie du discours delà ViLi'gc récitée en patois. Cependant ils répètent tout le discours ( mamcune leçon. On leur demande Texplicalioii du ce fait. Use peut, leur dit-on, que la Vierge vous ait débité plusieurs fois son allocution, afin qu*il vous fût possible de la retenir. Leur réponse est de nature à décider les points les plus sérieux : « Oh! non, répond Méîanie, la dame ne me Ta « dit qu'une lois, et je me le suis bien rappelé. Et puis, « quand môme je ne comprenais pas bien tout ce « qu'elle m'a dit, ceux qui comprennent le français le tt comprenaient, quand même je ne comprenais pas.
Cela suffit. » Ces paroles bouffonnes sont rapportées dans la VérUësur Vénénement de la Salette , par M. labbé Housselot et M. l'abbé Orcel, qui les qualifient iVinsjrirees!
Aux distractions de la Vierge Marie qui se rapportent à la forme de sa harangue, se joignent des distrac ^ tions non moins malencontreuses , quant au fond. £lle reproche aux hommes de ne pas se livrer avec assez de zèle au travail ; et, en même temps, elle leur conseille de rester les bras croisés, de ne pas ensemencer la terre. C'est la paresse des hommes qui provoque en partie la colère du Ciel ; et la dame affirme que si I on se corrige, les rochers produiront d'euxmêmes les fruits de la terre en abondance. Les mauvaises passions des hommes ont irrité Dieu ; etla Vierge surexcite ces mauvaises passions : elle fomente les haines populaires contre le commerce des gi ams, elle souffle la discorde, l'envie, elle provoque des désordres, en Signalant i égoïsme de ceux qui possèdent à
la colère de ceux qui ne possèdent pas.; La Vierge Marie appartient & la pire école du socialisme. La plus étonnante des distractions de la Mère de
Dieu se rattache aux prédictions concernant la récolte. En 1845 et en 48i6, les fruits de la terre ont été peu abondants ; les pommes de terre ont été frappées de maladie. La dame de la Salette indique ce malheur comme une punition du Ciel. Elle annonce une nouvelle calamité : à la disette des pommes de terre se joindra la disette des grains. Quand cette terrible prédiction doit-elle se réaliser? Hélas! la Vierge n'a regardé l'avenir que d'un œil distrait et obscurci par les larmes que les bergers ont vu couler sur son visage ! Toutes les relations de Fapparition, publiées en 1846 et pendant les premiers mois de 1847, attribuent à la dame de la Salette les paroles que voici :
« Si vous avez du blé, il ne faul pas le semer, parce que Vannée procfiuine les insectes le dévoreront, et s*il en reste un peu, quand on voudra le battre, il lumbera tout en poussière. )> Or, en 1847 la récolte est abondante ; la prophétie de la Mère de Dieu est démentie. Il est vrai que les ecclésiastiques du diocèse de Grenoble qui paraissaient Intéressés à Mre accepter l'apparition du 19 .septembre comme miraculeuse, trouvèrent un excellent moyen de rétablir l'accord entre la prophétie et l'événement. Les mots caractéristiques l'année prociiaine sont mis à Yindex. Dans la Vérité sur l'événement de la Salette^ qui est la reproduction du rapport de M. Tabbé Rousselot et de M. Tabbé Orcel à la seconde commission de Févêché, ces mots sont supprimés. En revanche, les honorables rapporteurs en ajoutent d'autres qui ne se lisaient ,dans aucune relation de 1846 et de 1847 ; ils introduisent d^autorité les raisins et les naUt dans la prédiction.
Tout cela dénote de la part de la Vierge Marie une précipitation extrême dans Taccomplissement de sa
mission, précipitation qu'explique, sans doute, l'urgence de la chose. On se demande donc naiurellement quels motifs graves pouvaient dctt^rrainer cette apparition étrange; et Tesprit se reporte involontairement sur la situation de l'Europe en 1846.
Il se faisait» à cette époque» un vaste mouvement en Europe. Une sorte de commotion électrique semblait atteindre les intelligences et leur imprimer des tendances nouvelles. En France, en Allemagne, en Italie, des idées d'indépendance, des aspirations ardentes vers la liberté, vers le progrès moral et matériel, vers la perfectibilité sociale» réchauffaient les coeurs et exaltaient les peuples. C'était une sorte de réveil de l'humanité, tel que l'Europe n'en avait pas vu de si remarquable et de si général depuis la Renaissance. Partout fermentaient les sentiments les plus généreux ; partout on préparait le terrain où devaient être édiliées bientôt des Constitutions et des libertés. Ëtaient-ce \k les grands crimes du genre humain qui faisaient dire à la Vierge Marie que le bras de son divin fils s'appesantissait tellement quY'lle avait peine à le soutenir? Le clergé politique estimera peut-être que ce magnifique élan vers la liberté contrariait les desseins de la Providence, que raffrancliissement de la pensée et de la conscience, auquel la nouvelle école tendait, était contraire à l'intérêt de la religion, d après la doctrine derEncycliquede Grégoire XVI. Mais des faits significatifs se dressent contre cette appréciation du mouvement de 1846 et de 18(7. Un homme animé de nobles intentions, qu'un entourage ambitieux n'avait pas en core dominé et absorbé, ceignait la tiare pontificale. Pie IX se présentait au monde comme un réformateur. On put croire un instant que la papauté allait sortir de
sa voie traditionnelle et servir de fanal k l'avenir. Pie IX réformait Tadministration des États Romains; il préludait à des modifications plus profondes en appelant réIémciiL iaitiue à participer au gouvernement. Des , abus ecclésiastiques étaient corrigés, des couvents supprimés; le clergé était invité à subir une part plus juste des charges publiques. Les mesures politiques et administratives du gouvernement pontifical avalent un tel caractère de hardiesse que TÂutriche s'en effraya et menaça le Pontife. Si TEurope était con|)al)le devant Di(;u, une portion notable de la responsabilité de ses crinifs revenait incontestablement au Pape. Et qui osera prétendre que la Vierge Marie est descendue des cieux, Tanathème à la bouche» pour accuser le chef de FËglise, le représentant de son fils sur la terre?
Mais ce n'est pas la situation sociale, envisagée à ce point de vue, qui motive la descente de Marie sur la montagne de la Salette. La dame, de rapparitiou formule d'autres griefs contre les hommes. Il y a des ivrognes, des gens qui blasphèment, qui n'observent pas le repos du dimanche; les églises ne sont pas suffisamment fréquentées; quand la récolte vient h manquer, on ne montre pas assez de résignation à la volonté de Dieu ; on spécule sur le commerce des grains. Voilà les crimes énormes qui appellent la vengeance du Ciel, qui poussent la Mère de Dieu à donner Palarme à Funivers !
Chose remarquable, cependant : grâce aux progrès incessants de Thumanité, les mœurs sont plus douces, plus policées que jamais; les statistiques criminelles sont satisfaisantes.
Plus de ces guerres sanglantes de famille à famille, de village à village, de commune à commune, qui désolaient les siècles précédents, sans, toutefois, que la
LE MIHÂCLË
Vierge crût devoir se donner la peine de venir tout exprès du Ciel pour annoncer que le bras de son fils allait s'appesantir. Par suite de la transformation que les moyens nouveaux de communicationontopéréedans
les rapports des peuples, le commerce des grains a perdu forcément le caractère odieux qu'il avait autrefois. Les accaparements sont devenus laipossibles. Dans rorganisationéconomique moderne, le commerce est la sauvegarde des peuples contre la disette. La situation de 1846 ne justifie done pas les récriminations et les menaces de la dame blanche.
L'histoire nous montre des époques autrcmeat souillées de crimes que ne l'est le milieu du xix« siècle; elle nous montre les massacres abominai)les des Albigeois, les horreurs de la Saint-Barthélémy, des bûchers allumés» des échafauds dressés sur le sol de r£urope par le fanatisme religieux ; le clergé donnant aux peuples du xv et du xvi® siècle l'exemple affligeant des ])lus grands désordres; les innombrables communautés religieuses qui couvraient rOccident,se livrant à de tels excès, qu'une commission de cardinaux, composée des hommes les plus éclairés du temps, et chargée par lePapjs d^examiner la sHuation, de rechercher les remèdes è un mal si grave, déclara dans son rapport qu'elle n'apercevait qu'un seul moyen d'arrêter les ravages de la corruption : l'abolition de tons les ordres religiettx (l^i; l'histoire nous montre l'Église catholique provoquant, par les dérèglements du clergé séculier et régulier, par les scandales que donnait la cour de Rome, l'insurrection religieuse de Luther, les bouleversements, les guerres, les désastres , les ruines les plus effroyables dont le monde
(1) Le texte de ce rapport, extrait des arcUives du Vatican, e»t rcprodail fl«n$ Vintroiw9i9n 49 l*«po1ogi< des Jë^atUs, iitlilttlée ; ffff toirt tf« la Compapnte 4e /^«m, par H. Crétlttcaa^Jolf .
ait gardé le souvenir. Si des avertissements devaient v^ir d'en haut , c'était là le moment. Personne n'apparut, la Salette resta déserte.
Les dévots de la Salette espèrent donner quelque crédit au prétendu miracle en y rattachant les oonnnotioos politiques et sociales dont Tannée 1848 et les années suivantes furent témoins. « Rappelez^vous, dit « révèque de Grenoble, Tépoqne à laquelle Marie ap- « parut sur la montagne de la Salette. Cette apparition « na-t-elle pas été comme la préface des plus ^raïuis « événements? Voyez les agitations poi)u]aires, les « trônes renversés, l'Europe bouleversée, la société sur « le penchant de sa ruine. Qui nous a préservés et qui « nous préservera encore des plus grands malheurs, « si ce n'est Celle qui est venue d'en haut^ sur nos « montagnes, pour y planter, en quelque sorte, en « signe de ralliement et de salut, un phare lumineux, « un serpent d'airain, sur lesquels les âmes pieuses « ont levé les yeux pour détourner le courroux .céleste « et jM>us guérir de nos blessures incurables. » £n Umant ce langage biblique, Tévèque de Grenoble perdait complètement de vue le caractère de la prédiction de Notre-Dame de la Salette.
La dame blanche n'avait pas fait la moindre allusion, si indirecte qu'elle pût être, à tous ces événements; elle n'avait dit mot des trônes ébranlés. Les prédictions étaient exclusivement agricoles; elles annonçaient les choses les moins politiques du monde, une disette de grains et de pommes de terre, une éclipse complcle de raisins et de noix. L'enniousiasmc du prélat porte entièrement li faux; il n'existe aucun rapport entre les menaces de la dame blanche et les événements de 1848 et des années suivantes. D'ailleurs, la révolution de 1848, point de départ des commotions . qui secouèrent rEur<5po, ne pourrait être rangée parmi
les calamités que le Ciel préparait au monde : le clergé français n'a-t-ii pas béni solennellement les arln^es
delà liberté du 24 février?
11 reste aux dévots de la Saletle une dernière ressource : le secret des bergers. Ce secret est un filon inépuisable, d'où nous avons vu, au chapitre précédent, certaines gens extraire de Ter, avant la date mystérieuse du 6 juin 1855, dans une grande partie de la Belgique. D'après le rapport adressé par MM. Rousselot et Orcel à la seconde conunission de révôché de Grenoble, la Vierge Marie aurait confié aux deux bergers un secret personnel. Maximin ne connaissait pas le secret deMélanie; celle-ci ignorait le secret de Maximin. Ce secret^ écrivaient les deux abbés, « intéressait la France, Tltalie, TAllemagne, le « Pape, le monde. » Rien de plus curieux que l'histoire de celte confidence.
Le secret des bergers est une fleur d'automne; le printemps du miracle ne l'avait pas vu éclore ; les promoteurs de la Salette ont fait pousser sa tige subitement pour les besoins du moment. Avant que la récolte de 4847 eût démenti la pins importante des prédictions de la Vierge, il n'élail pas question de secret : toutes les relatiuiis de 4846 et de 1847 se bornaient à dire que tt la dame avait donné aux enfants des conseils de « sagesse en les quittant. » Tout k coup, ces conseils se transitorment en secret, en un secret redoutable.
Maximin et Mélanie possèdent la clef de Tavenir. Choyés, fêtés, traités en cniaots gâtés par les dévols, en contact presque cuutinuel avec M. l'abbé Rousselot et ses amis, les deux bergers s'enhardissent dans un rôle dont ils goûtent les douceurs et apprécient les bénéfices* Maximin et Mélanie sont placés dans des couvents de femmes, pour recevoir la première instruction. Plus tard, Maximin entrera au séminaire, qu'il
Gl
quittera ensuite pour mener une vie aventureuse. Quant à Mélanie, dont le caractère est maussade, capricieux, elle aura de nouvelles visions. On est donc parvenu à faire déclarer aux bergers qulls ont un secret. La Vierge leur a défendu de le livrer. Us sont soumis à des interrogatoires plaisants ; leurs réponses sont également plaisantes. Reftis formel de s*expliquer.
On leur demande si la Vierge n'a pas fixé un terme à la révélation du secret. Réponse évasive et embrouillée. Mais, dit-on k Mélanie, si le Pape vous ordonne de livrer votre secret? Mélanie répond que la Sainte- Vierge est au-dessus du Pape. Cette comédie se joue pendant plusieurs mois.
Enfin, Mélanie prétend avoir vu une seconde fois la Vierge Marie, et avoir reçu d'elle rautorisation de rt v^'lt r bon secret.
Maximln consent aussi. Toutefois les enfants ne déposeront leur secret que dans une lettre cachetée, adressée au Pape seul.
Les deux lettres partent pour Rome. Voici ce qui se passe. iSuus empruntons ce récit à la brochure épiscopale belge : Histoire de i\ipparition, etc.
« Le 18 juillet 1851, est-il dit dans uuv notice publiée sur leur voyage par un des respectables députés (M. Rousselot), MM. Gerin et Roasselot reinfettaient à Sa Sainteté Pie IX trois lettres : une de Mgr de Grenoble , qui accréditait ses deux envoyés, et les deux autres renfermant le secret des enfants de la Salette. Chaque enfant avait écrit et cacheté la lettre contenant son secret* en présence de témoins qm avaient déclaré sur l'enveloppe que Tincluse était de main propre.
« , Sa Sainteté décacheta en notre présence les trois lettres, les lut, et, commençant par celle de Maximin, Elle dit : « // y a ici la grandeur et la simplicitc' d'iui enfant. » Nous répondîmes que ces enfants sont de
petits montagnards qui depuis quelque temps sont entrés dans des maisons d^éducation.
« Pour mieux lire les deux lettres, Sa Sainteté se leva et s'approcha d'une fenêtre dont Elle ouvrit le volet. Nous la suivîmes. Après la lecture de la lettre de Mélanie, Sa Sainteté nous dit : « Il faut que je lise ces lettres à tète reposée* » Pendant la lecture de cette dernière lettre, une certaine émotion se manifesta sur le visage du Saint-Père ; ses lèvres se con tractèrent et ses juucs se gonflèrent. Lecture faite, le Saint-Père nous dit : « Ce sont des fléaux dont la France est menacée; elle n'est pas seule coupable . l'AUemagne^ LltaLie^ toute l'Europe est coupable et mérite dee châtiments. J'ai moins à craindre de i^impiété ouverte que de l'indifférence et du respect humain.,. Ce 71 est pas sans raison que iÈgiisc est appelée militante, et vous en voyez ici le capitaine (en portant la main sur sa poitrine). J'ai fait examiner votre livre par Mgr Frotlni^ promoteur de la foi : il m'a dit qu'il en est content, que ce livre est bon, qu^U respire la vérité, »
« Le lendemain , nous vîmes Son Ëminence le car^
diuai Fornari, auquel je fis hommage de mes écrits sur la Salette. Le cardinal avait eu connaissance du lait pendant sa nonciature en France. iTnous dit qu'il lirait avec plaisir mon ouvrage. « Au tesie^ ajouta-t-iK je suis offrafâ de tels prodiges : nous avons dans la religion tout ce qu'U' faut pour la conversion des pécheurs; et quand le Ciel emploie de tels moyens, il faut que le mal soit grand... »
Le narrateur raconte ensuite qu'il a vu le général des jésuites et ses assesseurs, et que ces révérends pères ont admis le miracle de la Salette. il est mutile de faire ressortir le côté ridicule de cette relation de Taudience pontificale.
Bornons-nous à remarquer que le Pape, possesseur de documents si importants, dictés par le Ciel, renfermant Texplication de Favenir, a Jugé convenable de ne pas les publier; il a pensé quil était plus sage de les laisser dormir du sommeil de Foublî.
Cet épisode se produit en 1851. Trois ans après, le Pape prouvait, par ropinion qu'il exprimait sur la Salelte, que si des rapports inexacts avaient pu Vinduire en erreur et ramener à accorder des indulgences aux confréries de la Vierge des Alpes, ses dispositions s^étaient singulièrement modifiées.
Cinq années s'écouient depuis le 19 septembre i8i6 avant que Fautorité ecclésiastique du diocèse de Grenoble proclame le miracle de la Salelte. Tout un vo-
liinie ne suffirait pas à renrej^jistrenient de tous les faits (iui se produisirent dans c-el intirvalle, tous les incidents, tous les épisodes qui marquèrent la lutte ardente dont le Mandement de 1851 de l'ancien évèque de Grenoble fut le triste résultat. Indiquons ses traits principaux.
On a déjà vu par Texposé des miracles de sœur Phiiomèiie et de sœur Augustin, quelle était la fSLÏblesse» Tindécision de caraclèire du vieillard qui oecupait à cette époque le siège épiscopal de Grenoble. Les premiers bruits relatifs à l'événement merveilleux de ia Salette inspirèrent au prélat une vive défiance, que justifiaient les précédents mécomptes. Une commission d'ecclésiastiques du diocèse fut chargée d'examiner les faits ; le résultat de son enquête et de ses délibérations fût contraire au miracle. Mais certîdiis dignitaires de la cathédrale, qui avaient principalement concouru à rlouner du crédit aux mystifications de la poudre de saint François-Régis, des ^^outtes du précieux sang de Jésus-Clirist et de i bostie miraculeuse» ne se laissèrent point décourager par cet écbec. Ils avaient pour ai^i et pour agent un homme actif, hardi, organisateur infatigable et directeur spirituél de congrégations de femmes , M. i abbé Rousselot. On travailla sans relâche l'esprit de l'évêque; après bien des efforts, on parvintà faire nommer une nouvelle commission» d'où fur^t exclus tous les ecclésiastiques qui s'étaient prononcés contre le miracle^ au s^n de la première commission (i). Les relations des* bergers furent habillées à neuf. Les altérations apportées par M. l'abbé Ruiiss* lot et son collaborateur, M. TabbéOrcel, dans les récits primitifs , altérations qui ont été indiquées au chapitre précédent, sont des exemples curieux de la sincérité qui présida aux débats de la seconde commission. Cependant Topposition grandissait; elle comptaitdans ses rangs les prêtres les plus»instruits et les plus considérés du diocèse. On recourut alors k un moyen héi^ïque; on voulut con-
(I) L'ouvr.-ige de La SaUtte devant le Pape oonlienl l>\poso rompiet de ces raliii, niniil que If» noms <!« ton» le» Mcléatiastiqne^* hosiUe^ ou Faiorablf^ k . la Saleite, qui lircnl' parllo 4e ces deux cAmmlx»ioiis.
DE LA SALE i IL.
firmer le miracle de la Salette par de nouveaux miracles opérés sous l'influence de la Vierge du 19 septembre. Du de ces prodiges fera juger des autres. 11 est raconté, dans les lignes suivantes, par les ecclésiastiques du diocèse de Grenoble auteurs du Méiitoire au Papê; aucun démenti, aucune contestation ne 8*e$t élevée contre cet exposé, riche, du reste, de noms propres et de faits :
(( Le premier, celui qui a eu le plus de retentissement, (lui a occupé toute la conl'érence du 0 décembre 1847 à Lévôclié, e^t la guérlson de Victorine Sauvet.
41 besoin de m'armer de^^ourage pour examiner dans tous ses détails celte triste et regrettable mystifi-
cation.
« Victorine Sauvet, âgée de vingt ans, en service h Marseille, paraît tout à coup privée de la vue, et comme lemédedn auquel eUe s'adresse ne la guérit pas instantanément, elle songe à une neuvalne k Saint-Nicolaade-Myre, église de Marseille qui jouitdu privilège d'obtenir des guérisons par Tapplication d'une eau naturelle. Le curé de la paroisse est absent, Victorine Sauvet commence une neuvaine à N.-D.-de-la-Garde, et sur-le-champ se met en noute pour la Salette, y obtient sa gnérison le jour même de son arrivée» qui coïncidait avec celui o& sa neuvaine à N.*DHle«la-GaTde se terminait.
« J'extrais ces détails de la Vérité, par MM. ilousseiotet Orcel, pag. 130 et suivantes.
« Sans m'arcèter à cette considération, que la guérisonmiracuiettse de Victorine Sauvet n'est attestée par aucim médecin, sans m*arr6ter à préciser la nature et le caractère du mal passager qu'elle ressentait, je remarque que le même ouvrage de MM. Rousselot et Orcel consigne dans sept k huit pages (Fm^^', pag. 166}
LE MlUACLE
une guérison parfaitement identique survenue k Avallon, — celle de Marie-Pierrette Gagnard.
« M. Rousselot , dans ses Nouveaux Documents, pag. 127 et suivantes, ]}iiblie en 1850 le rapport fait li ce sujet par une commission archiépiscopale, rapport dont on s'est dispensé pour Victorine Sauvet, et ce rapport rejette le miracle que M. Orcel et lui avaient proclamé en 1847. — Mgr Tarchevèque de Sens n*a pas même besoin d'intervenir.
« Le miracleproclamé témérairement parMlVL Rousselot et Orcel n'existe pas.
« Cette légèreté des deux rapporteurs^ me conduit naturellement à rechercher dans la vie publique de Victorine Sauvet si cette fille ne les a pas mystifiés Tun et l'autre, si ceux-ci à leur tour n'ont pas mystitié tout le monde.
(( A peine aUeinle de son mal, Victorine Sauvet songe à desneuvaines ; Saint-Nicolas-de-Myre, N.-D.de-la-Garde, la Salette fixent son attention, et trois neuvaines se font simultanément. Victorine es^elle de bonne foi? agit-elle par spéculation? Elle-même va nous l'apprendre.
« Rentrée dans sa paroisse native , elle joue aux visions, elle a des entretiens avec la Sainte-Vierge, elle reçoit d'elle des révélations; le 2 février 1847, jour de la Purification, elle annonce qu'elle s'élèvera dans les airs; elle porte avec elle une herbe sur laquelle la Sainte- Vierge a, dit-elle, imprimé ses pas, et elle fait de tout cela métier et marchandise. — Ces iaiis sont dénoncés aux conférences de l'évêché par M. le curé de Saint- Joseph, qui engage fortement ses collègues à ne pas se presser pour ce qui concerne cette fille, sa guéri* son, ses i^uo? mystiques ; pour toute réponse, on traite M. Cartellier d*impîe.
« On le Irai le d impie, et cependant on met cette
fille à r index ; soni uré reçoit ordre de lui i l l aser confession et coiiuiuuiion taiU qu elle poursuivra le coui's de ses exirava^auces.
« Victorine persiste longtemps; enfin elle est vaincue par la fermeté de son curé» et elle Ini remet, le 30 décembre 4850, la déclaration suivante, que M; Bousselot lious iait connaître dans sou 2iuuit:au SaHctuaire^ pag, 117 :
« Je reconnais avoir été trompée dans les préten- « dues visions que je croyez (sic) avoir de la Sainte- « Vierge. Je m'engage par conséquand (sic) à n*en « plus parler.
« VlCTOaiNB Sauvet, »
« M. Cartellier Vimple avait été en 18i7 le juge le plus raisonnable et le plus religieux de la commission; si la ms^nté avait été animée de ses sentiments, elle aurait ^foumé Victorine Sauvet et se serait épargné la cruélla leçon lui inflige la déclaration du 80 décembre 1850.
« Encore si cette leçon était la seule!
« Victorine n'avait pas de relations uniquement avec la Sainte-Vierge, ctUie en avait aussi avec le démon : elle so:utenait avec lui de rudes combats, elle était quelquefois vic^rieuse, mais elle succombait souvent ; ses hauts faits, ses exploits ont retenti dans tout le Beauiiiontel sont montés jus(iu'à la Salette. Le viHagequ elle habitait, et ([ue je n'ai garde de nommer, était en agitation à cause d'elle ; de là des correspond^ces officielles de la municipalité avec Tautorité judiciairedeGrenoble, etde celle-ci avec révèché; de là cette réponse de révêché de Grenoble à Tautorilé judiciaire « que radminisu ation diocésaine n'avait pas pu démêler si les rapports de Viciurine Sauvet avaient lieu avec un démon incube ou succube, »
« Cette lettre a un caractère officiel, elle est écrite
après mûre réfiexion. La révélation de son existencepar M. Donnadieu alarme ^I. Housselot; il ne trouve rien de plus simple que de ia nier formellement et de la nier en termes que recommandent leur ûUiàme et leur charité,
« Je lis, pag. 117 et 118 de son Nonvem Smehtaire:
M Nous laissons au pamphlétaire La honte de ses récits « obscènes, de ses mots orduriers à l'occasion de cette M fille (Victonne Sanvctl ; liistorien h la manière de « Voltaire, il nous rend actewr dans le rôle qu'il fait (c jouer à cette tmte duj» de son imagination. Nous « lui renvoyons les infamies d'one puMnimib vîècm a que, selon lui, nous aurions écrite à un magistrat; . « nous lui renvoyons ce mensonge comme son bien « propre. »>
« J'accorde très-volontiers à M. Rousselot que cette pièce est ifi/'âme, qu'elle se distingue par desmoUordu^ fiers ; mais ce que je ne lui accorde pas, c*est que cette pièce, cette lettre administrative supposée, c*est que
rallégatioa de M. Donnadieu soit un mensonge.
(( Cette lettre a été écrite officiellement, elle Ta été par l'administration diocésaine ; je m'en suis informé moi*même et j'ai pris mes informations aux sources les i^us directes et les plus sûres. M. Roossdot le sait aussi bien que moi, et quand il joue la vertu indignée, ji oublie que l'historien qui s'abaisse au mensonge et h Tinsulte pour nier un fait sur le théâtre même où ce fait s'est produit, sur le théâtre que cet historien habite, appelle sur toutes ses allégations le doute^ je me trompe, la conviction qu'elles sont erronées et meivsongères dès que le mensonge lui paraît utile an succès de sa cause.
« 11 joue la vertu indignée; mais il oublie donc U' miracle du précieux sang... de sœur Augustin I Tordre
d adorer ce sang k l'égal du sang de Jésus-Christ ! Et en vérité, à côté de celte impiété qui pollue, qui viole, qui dégrade Dieu, que signifie la rêverie piroaiemie d*un démon incube ou succube ?
« Victonae Sauvet, miraculée dans les ouvrais de M. Rousselot, dans le même moment interdUe à bas bruit delà confession et de la communion par Tadministration dont Î\I. Ilousselot est membre; diaboliqne dans les rapports officiels de cette même administration, a acquis des droits à une existence fantastique par la &ute que M. CarteUi^ Vimfne voulait pi^venlr. MM. Rousselot et Orcel ont itrodamé le miracle de sa gttârlson; sous la protection de leur évèque et de la majorité de la commision, ils ont appris au monde et à Victorine Sauvct (fue la Sainte-Vierge de la Salette avait daigné la combler de ses faveurs spéciales; Victoiine Sauvet le croit, et, après avoir exploité les montagnes de risère voisines de la Salette, elle a cherché un r^uge dans les montagnes des Alpes contiguês k la Salette, contiguês à N.-D.-du-Lans, et elle poursuit aujourd'hui le cours de son existence mystique. A Aspremont, lieu de sa nouvelle résidence, elle affecte de ne janiais oaanger quand elle est en présence de Tun des membres delà famille qui lui a donné asile; elle prétend qu^eUernevitqim delà vie des anges et que la nourriture ordinaire n*est pas faite pour elle. Jamais on ne la voit manger ; mais pendant son al)sencc on a visité son lit, et dans le garde-paille on a trouvé du pain, du fromage, du saucisson : elle profitait de la solitude et de Fobscurité delà nuit pour jouer sa comédie,
« Elle ne s*en tient pas là. Elle prétend avoir aperçu
dans une de ses visions un prêtre qui souffrait au milieu des flammes du purgatoire; sur-le-champ, embrasée par le feu de la charité, elle a prié Dieu de la
frapper d*un mal grave qui pût alléger les souffrances de ce prêtre, et Dieu, touché de la prière de sa servante , a bien voulu lui accorder le privilège d'un cancer* qui ronge son sein gauche; mais afin que tou& 8*ittduient devant la chanté héroïque de Vietorine Saavet, Dieu a voulu que ta partie supérieure de ce sein cancéreux fût ornée d*un stigmate, indice de son affection toute spéciale pour sa servante.
« Vietorine Sauvet ne montre jamais sou cancer, la pudeur ne le lui permet pas ; mais de temps à autre sa main droite s'introduit sur sa poiti*ine, et lorsque des habitants simples et crédules sont avec elle, elle leur . montre un» deux, trois petits vers qu'eUe jette à terre en leur présence.
« La pudeur s'oppose à l'exhibition de son cancer, mais elle ne s uppose pas à rexhibition du stigmate qui surmonte le cancer; aussi quelques hommes fascinés ont-ils été appelés à le voir sur le sein de Vidorine, et, à cette vue, se sont-ils Hgnés devant la sainte.
« Le malheur a voulu que Vietorine Sauvet ait été épiée encore, et qu'on l'ait surprise dérobaut k quelques vieux fromages les peUts vers qu'elle cachait dans une pochette qui reoeuvrait son sein, et que sa main retrouvait lorsque Toccasioa de tromper quelques personnes simples se présentait à elle.
« Le cancer n'existe que dans son imagination ; et pour se faciliter le moyen d'égarer de pauvres ignorants, elle a empreint ce stigmate de ses propres mains; aussi ne le laisse-t-elle voir qu'à la dérobée et comme on voit dans une lanterne magique, Groirait*on qu'elle a pu, il raide de toutes ces impostures, de toutes ces niaiseries, trouver dans ses montagnes une nouvelle dupe? Le fait n'est que trop réel /et la triste dupe de ces tristes mystilicalions, prêtre intelligent d'ailleurs, u
DE LA SALKTTE
sur les yeux un bandeau aussi l'épais que celpi qui couvre les yeux de M. Rousselot.
« C'est depuis la proclamation du miracle de sa guérison par la Saiate-Vierge de la Salette que Victorine Sauvet s'est incarnée visionnaire ; c*est pour la Sainte-Vierge de la Salette qu'elle combat aujourd'hui encore, qu'elle joue aux visions, au cancer, au stigmate. Elle vient à N.-D.-du-Lans, elle y prêche îa préé- .minence de la Salette, elle presse les jeunes pèlerines de s'y rendre, elle leur prédit les jours où Taffluence sera considérable sur la sainte montagne; quelquesunes se sont à dessein laissé prendre k ce langage, ont emmené Victorine avec elles le jour indiqué et avec elle aussi n'ont trouvé à la Salette que la montagne et le désert. Une fois de plus, Virtociiie Sauveta éto prise dans les filets qu'elle avait tendus.
« Inutile de dire que cette fille infortuiK'^eaété, est encore, par ordre de révèque de Gap, mise hors la c(»iuiiuidon de rËglise, jus ^u'au jour où elle consens tira à vivre et à prier comme une simple mortelle. »
C'est sur des faits de ce genre (|ue la seconde commission de révèché motiva sa décision favorable au miracle de la Salette, et que Tévôque de (irenoble basa son jugement de 1851. La proclamation du miracle fut le signal d'une propagande enthousiaste. Vainqueurs après tant de combats, les promoteurs de la Salette ne connurent plus de frein. On disgracia et Ton persécuta les prêtres du diocèse dont la conscience protestait contre cette solennelle consécration donnée à i*iniposture. Des pèlerinages incessants furent provoqués; et bientôt révèque de Grenoble, assisté d'un clergé brillant, posait, au milieu d'une foule immense agenouillée, la première pierre de lY^dise qui s'élève actuellement sur la inoîitagne de la Salette, à i'endroit où l'apparition a eu lieu.
74 LE MIIIACLE
Mais ce triomphe était local, et un avenir prochain (OLivait de cruelles vicissitudes. Plusieurs prélats, dii igeanl des diocèses voisins de celui do Grenoble, témoignent de dispositions médiocrement sympaUiiques pour les fanatiques de kt Salette. L'étêque de Gap a d^à montré, par l'accueil fait à Vfctorine Sauvet, combien Taventure du 19 septembre hii est suspecte. D'autres chefs de dioc^se avaient manifesté, d'une manière non ^^quivoque, toute la répugnance que Vintrigue de la baiette leur inspirait. Un concile réunissait à Lyon Mgr le cardinal^rchevêque métropolitain, Mgr révêque, de Langres , Mgr Févëque d'Autun , Mgr l'évèqne de Belley et plusieurs autres dignitaires ecclésiastiques, M. l'abbé Rousselot y représentait révèque de Grenoble. Il fit les plus grands elïorts pour déterminer le concile à s'occuper de raflfaire de la Salette, les prélats rénnls refusèrent formellement. Ce refùsemprunta une signification fort préciseàunenote que M. le cardinal-archevêque métropolitain écrivit de sa propre main et adressa à la Gazette de Lyon, Ce journal , tout dévoué a la cause de la Snlette, avait protUéde la présence de M. Tabbé Rousselot à Lyon, pour publier un magnifique éloge du représentant de révèque de Grenoble. Craignant que ce panégyrique ne fût interprété inexactement, et que l'opinion publique n'attribuât à tous les prélats du concile une solidarité d'opinions avpr M. Rousselot h l'égard de la Salette, Mgr le cardinal-archevêque fit insérer dans la Gazette de tyoH'nm note où il était dit : « qu'assurément « le condie ne s^occuperait pas de l'affaire de la « Sâ1ett(>. »
Un jugement plus explicite, un jugement formidable allait étro porté sur le miracle par un des prélats les plus distingués de France, par Mgr Dupanloiip, évéque d'Orléans. En 1848, M. Dupanloup, simple abbé.
DE LA SÂLETTE. 75
s'éUit readu dans le diocèse de Grenoble, pour tâcher dé se former une opinion sur révénement du 19
septembre. Il avait vu les deux enlaïUs. Ses unpressions fêtaient favorables aii miracle; il les consigna dans un article de l'Ami de La Religion. 0evé à la dignité épiscopale, Mgr Dupanloup suivit de près les phases diverses que parcourut l'affaire de Ja Salelte. L'eupérienee, r^nde des faits modifièrent singulièrement ses opinions de 1848. Voici ce que Févèque d Orléans écrivait à rév(V|ue de Grenoble, en 1851, Tannée même delà proclamation officielle du miracle : « Plus je vais, « plus j'entends, plus j*examine, et moins Tesprit de « Dieu m'apparalt en tout cela. Je ne puis être de « ravis de vos ecdésîastiques sur toutes ces choses ; la « foi et la charité se perdent au milieu de ce bruit, de a cette confusion des langues. Quant an livre de « M. Ruusselot et à ses diverses publications, la ma- « tière qu'il traite^ U Imqui y règne ^ sont utivéri- « table scamiale. Soyez sûr qu'il y a en cela beaucoup « de dangers pour la foi et les mœurs. »
Quel témoignage ! quel démenti !
Les rayons de la vérité s'élargissent et brillent do plus en plus. Un des enfants de la Saletle se fait enfant terrible. Maximin est turbulent, inconsidéré. Les organisateurs du miracle ont excité son orgueil parla position qu'ils lui ont créée. Le l)erger de la montagne préfère les agréments d'une célébrité facile aux travaux et aux éludes. On ne parvient pas à le retenir au séminaire. Des paroles imprudentes, des contradictions lui ont échappé. On le surveille; mais toute la vigilance que Ton déploie est impuissante à empêcher le scandale. Le public est informé que Maximin se livre à de nouvelles évolutions. Maximin exploite le fameux secret avec une ardeur remarquable. Il prophétise la fin tragique et prochaine de Louis-Napoléon,
présitlont de lu République française, du Pape, de i'évèque de Grenoble, sou bienfaiteur, lui-même. Sur. la recommandation de M. Tabbé Rousselot, il
est tenu en charte privée Mais quelques intrigants Tarraclicnt h sa retraite. (Tétaient les meneurs de la conspiration du taux Louis XVll. Ces gens-là oomprireni tous les avantages qu'ils pourraient obtenir en associant Maximin, Tenfant de la Salette, le favori du Ciel, à leur dessein etàleur fortune. Maximîn fitbeaucoupde chemin avec eux, visita un gi and nombrede personnes. Fatigué de cette vie orageuse, il se rendit anprès d'un ecclôsiastuiue du diocèse de Belley, M. Vianay, curé d Ars, qui jouissait d'une grande renommée de piété. Maximin lui témoigna le désir de se confesser. Avant de s*adresser à Fecclésiastique sous le sceau de la confession, il s>ntretint avec lui pendant une demi-heure, et lui avoua (lue Tapparition de la Vierge Mai ie sur la montagne de la Salette était une imposture : u Je n'ai « pas vu la Sainte-Vierge, dit-il; c'est une invention. « J*ai menti, j'ai persévéré dans mon mensonge. Je ne « sais pas si c^est le bon ou le mauvais esprit qui m*a « poussé; je veux obtenir mon pardon, puis m» reti- « rerbien loin dans un couvent. Là, si on m'inter- « roge, je ré^jondrai (pie je n'ai plus rien à dire. « Mais il faut laisser croire à la Salette, car ça fait du « bien. » Cette dédaration de Maximin est consignée dans un rapport de M. Raymond, vicaire delà paroisse d*Ars, d*après la communication du curé.
M. Vianav exhorta Maximin à rendre lui-mèmecette déclaration publique, dans l'intérêt de la vérité et de la religion. Maximin refusa, eu continuant à se fonder sur ce que ça faisait du bien.
M. le curé d'Ars ne voulut pas entendre la confession de Maximin, et transmit immédiatement à Tévèque de Belley , son supérieur, k Mgr le cardinal-archevêque
DE LA SALETTË.
mélropolitaîn de Lyon, à l'évêquedeGap et à l'évôque de Grenoble lui-même, la connaissance de cette étrange révélation. L*évèque de Grenoble, après avoir reçu ses envoyas , le pria de déclarer par écHt ce qui s'était passé. Voici la lettre que M. le curé d*Ars lui adressa :
' « Ars, 5 décembre iB5U.
« Morisuigiicur,
« Tarais une grande confiance en Notre-Dame de la « Saleiîe ; j'ai béni et distribué une grande c^uaniité de « médailles et d'images représentant ce fait; j'ai dis- « tribué de la pierre sur laquelle la Sa i nie- Vierge (1 se serait arrêtée ; j'en purtais continuellement sur « moi et j'en ai même fait mettre en reliquaire ; j'ai » parlé très-souvent de ce fait k l'église. Je crois. Mon- « seigneur, qu'il y a peu de prêtres dans votre diocèse « qui aient fait autant que moi pour la Salette.
ff IJ n*est pas nécessaire de rép'^ter à Votre Grandeur » ce que j'ai dit à ces messieurs (MM. Rousselot et « Mélin), le petit m'ayant dit qu'il n'avait pas vu « la Sainte-Vierge; j'ai été fatigué une couple de jours.
« Âpres tout, Monseigneur» la plaie n'est pas si « grnnde, et si ce fait est l'œuvre de Dieu, l'homme no M le détruira pas.
« Je snis ires-hcureux, Monseipieur, d'avoir Tocca- « sion de présenter à Votre Grandeur mes très-hum- « bles respects, de me recommander à ses prières et u la prier de me donner sa sainte bénédiction.
u Jëan-Mârië Vianay, curé d'Ars, n
Cette lettre est un des documents que les romanciers de la Salette cachent le plus soigneusement au public.
S'il leur arrive d'en laire mention, d en indiquer vaguement rcxisteiKT, r>st pour en défi(?uror le sens.
Dans une lettre adressée, le 6 octobre 1855, au journal V Observateur M. le curé-doyen do Laroche écrivait
que M. le curé d*Ars « est de ceux qui croient le plus <{ fermement au miracle de la Salette. » Longtemps ,
on effet, la conscience de M. le curé d'Ai^ ivaii clé surprise; niais la révélation étranj^^Mlc Maximin lui a dessillé les yeux. ïavais, dit-ii, une grande dévotion pour la Vierge de la Salette. Cette dévotion, il ne ra plus. Comment pouvait-il conserver sa foi, lui qui, tout en usant des ménagements et de la réserve qu'impose à un ecclésiastique le caractère éminent d'un prélat, déclare ncttpmont au rhof du diocrso de Grenoble que Maximin lui a dit n'avoir jamais vu la Sainte- Vierge?... D'ailleurs, les propagateurs de la Salette ont si bien compris la haute signification de cette pièce, qu'il leur a semblé indispensable de chercher à en atU'iiucr reûét moral par un nioyoïi ({uelconque. Dans les petits livres consacrés au récit (l<^ Tapparilion, se trouve une leiire que Ton prétend avoir été écrite par Maximin à M. le curé d'Ars. En voici la teneur :
« M. LE CURÉ y
« Vous venez de flîro à M. le clianoine llousselol et à M. le curé de Corps que je vous ai avoué n'avoir rien vu et avoir menti en faisant mon récit connu, et avoir persisté trois ans dans ce nienson^^e, en en voyant les bons effets. Vous avez ajouté, M. te curé, que m'ayant demandé l'autorisation de faire part de cet aveu à Mgr de Belley, et mon adresse pour m'écrire, s*il y avait lieu, je vous ai donné cette autorisation et cette adresse, et puis qu'un instant après, j'ai retiré Tune et Tautre. Ce rapuort, qui nCest dicté par If. Rotisselot, prouve que je n ai pas su me faire comprendre devons, M. le curé, etc. »
Loin d*affaiblir Tautorîté des affirmations de M. le
curé d'Ars, lionnn».' tort considéré, ((ue M. le curéduyen de Laroche lui-même ^IcUro du 6 octobre
DË LÂ SÂLëTTË
appelle « un vénérable ecclésiastique, » le lan^'age de MaxîDiin ne fait que la confinner. L'enfant de la Salette n'obéit pas, en écrivant ces lignes, à un mouvement spontané; il écrit sous la dictée de M. Tabbé
UousseloL Kt V()vo7 l;i force de la vérité! Quelque asrpnflniil (111(3 M. i;»ai.shulot exerce sur son esprit, Maxiluin se refuse à démentir le vénérable <îuré d'Ars. Il admet le fait de Tentretien qu'ils ont eu au sujet de la Salette, mais le curé d*Ars ne Ta pas bien compris!...
Ainsi s'accumulent les révélations et les démentis» i^ii 1854 vont éclater dn nouvelles et de saisissantes lumières. Plusieurs prcUt'b du dioeèse de Grenoble, entre autres M. le curé Garteliier et M. l abbé d Eicon, qui se sont livrés à une enquête minutieuse sur le prétendu miracle, qui ont réuni des documents et des témoignages infinis, adressent au Pape un Mémoire <lans lequel Talfaire est appréciée sous toutes ses faces. Ils étalJli^sent que M"*' Laïuerlière, ancienne religieuse, est la dame ([ui apparut, en 184ii, sur la montagne de la Saletle. Us rendent à la fois juges du débat le chef de TÉglise et Topinion publique, et font imprimer, sous le titre de : La SaLette devaiU le Pape, suivie (Tun mémoire nu Pape, ou rationalisme et hérésie découlant du fait de la Salette, un volnnie dont nous ■au/is déjà cité plusieurs passages. Plus d(? doute possible : riiistoiro prend la place du roman ; le masque tomi)e, Ja Sainle-Vicrge disparait, M"« Lamerlièrc reste.
Le Pape*— Jutice elTlle.— Lamerllère.
La publication de La SaleUe dsvant le Pape et du Mémoire au Pape produit une sensation immense dans Fopinion publique. Son influence est d'autant
plus grande que les auteurs sont des prêtres trèsorlhodoxes, qui attaquentl'imposture,non dans le but d'aflaiblir les croyances catholiques, mais dans Tintérêt de l'Église romaine. Profondément versés dans les sciences sacrées, dans les connaissances tliéologiques, ils invoquent les conciles, les pères de l'Église»
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rautorité des canons , pour établir que le fait de la
Salette conduit h rincrùdulité, à 1 hérésie. Aussi Mgr (jiiioulhiac,qui ucciipe en 1851 lo sii'^a^ «''piscupal de Grenoble, et qui a accepté 1 héritage de la Salette, légué par son prédécesseur, coinprendril toute la gravité de la situation. M. Tabbé Rousselot et ses amis sont dans la consternation. M. Rousselot doit k la Salrtle sa nouvelle dignité de chanoine de l.i cathédrale do Grenoble; et il a lieu d'appréhender (pie son intervention active, ardente, dans ratl'aire du miracle, ne soit attribuée h un désir d'élévation personnelle. 11 est indispensable de parer le coup.
IVIgr révèque de Gi*enoble écrit au Pape, lui soumet le cas, lui montre la dévotion envers la Vierge Marie «Ml daîiger. Il reçoit de Pie IX une réponse h la suite (le laipielle il adresse, en octobre 1854-, au clergé de sou diocèse, un Diiandement doctrinal condamnant la publication.
Cette sentence est devenue l'argument suprême des défenseurs du miracle. Cependant, elle n'a d'importance qu'an point de vue disciplinaire.
Le Mandement ne condamne que la l'orme^ le lund échappe <i la censure.
Jetons un coup d'œii sur les conclusions de l'évèque (le Grenoble :
« Art. 1*"'. Nous condamnons la fmblication du livre « intitulé : Affaires de la Salette, Mémoire au Pape, etc., » coin me étant injurieuse au Saint-Siège, et ayant été
faite saris autorisiiiion, contrairement aux canons, <i aux décrets du concile de Lyon et aux statuts de
notre diocèse;
« Et nous condamnons ce livre en lui-même comme a contrevenant au sens de Vinstruction du Pape Clé-
»( ment VU! sur la règle de Ylndex ilii. de correct ione u libroriim, ^ "2) et de la constitution S(dlicitat, de pro-
u vida de Benoît XIV, § 52, et renfermant des alléga- « lions ou imputations injurieuses pour notre véné- « rable prédécesseur et pour des prêtres respectables « de notre diocèse; et, en outre, des assertions au « mains irrespectueuses à Tégard id*une dévotion qui « est légitimement autorisée.
(( Art. 2. Nous détendons h tous les ecclésiastiques « engagés dans les Ordres sacrés, de lire ou de garder « cet ouvrage, sous peine de suspens à encotirir; et « de le prêter ou de le répandre en quelque manière (f que ce soit, sous peine de suspené encourue par ce il seul fait, ïi
hG caractère essentiellement disciplinaire de ce Mandement épiscopal emprunte une évidence particulière ti la lettre du Pape analysée dans le Mandement même. Le Pa[)e expose trois griefs contre le contenu du livre, lise plaint d'abord, en termes amers, du procédé dont les auteurs ont usé à son égard, en publiant le Mémoire quMIs lui avaient envoyé en manuscrit. Le Pape croyait (|ue les écrivains avaient compris (iu'il était de leur devoir, comme ecclésiastiques, de soumettre leur ouvrage à sa seule appréciation. Le second grief est tiré des prescriptions canoniques qui interdisent aux prêtres de publier des écrits sur des matières religieuses sans Tautorisation de leurs supérieurs. Lnlin, le Pape reproche aux auteurs de s'être nu mirés irrévérencieux, dans leur livre, envers rancien évôque de Grenoble et plusieurs dignitaires ecclésiastiques. Sur tous ces points, le Saint-Père autorise Mgr Ginoulliiac à condamner la publication et ses auteurs.
Ce côté de la question n'intéresse (lue la discipline intérieure de ri'^lise ; mais ce (ju'il importe de coniiaîlre, c'est l'opinion du Pape sur le fond du débat, sur la matière traitée dans le Mémoire, sur les faits