CHAPITRE II
LA. CRITIQUE TEXTUELLE ET LES PRINCIPES « A PRIORI ^ : INSPIRATION ET VRAISEMBLANCE
Nous n'avons plus les manuscrits originaux de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Il ne nous reste plus que des copies assez tardives et contenant des divergences plus ou moins considérables que l'on nomme des variantes (d). Parmi ces variantes, l'une d'elles peut apparaître comme préférable par suite de son homogénéité avec le contexte qu'elle éclaire, tandis que les autres le rendent obscur ou même inintelligible.
Il semble tout d'abord que ce genre de recherches textuelles n'a rien à voir avec le miracle et bien certainement il devrait en être ainsi. Tout le monde cependant n'en tombe pas d'accord. « En matière de cri-
(i) On estime à 200 000 les seules variantes du Nouveau Testament. Gh. Gdignebert, Manuel d^Hist. Ane, du Christian. Les Origines, Paris, 1906, in-12, p. 10, note 1.
tique textuelle, écAi le R. P. Lagrange, on ne peut, sans atteindre la foi, préférer le texte du manuscrit syriaque du Sinaï, si du moins on l'entend dans ce sens que Jésus est vrai fils de Joseph (1). » Il pourrait se faire qu'un incrédule qui rejette tous les miracles raisonne absolument à l'inverse et dise : « En matière de critique textuelle on ne peut sans mépriser la raison ou la vraisemblance préférer aucune copie évangélique au texte du manuscrit syriaque qui reconnaît que Jésus est vrai fils de Joseph. » Le raisonnement ne serait certes pas meilleur ; mais il vaudrait exactement celui du Révérend Père.
On pourrait se contenter de faire observer à Fun et à Tautre qu'ils ne doivent pas se baser sur ce qui leur paraît préférable au nom de la foi ou au nom de la raison, mais sur le contexte, sur le sens général du passage ; et qu'enfin même s'ils croient pouvoir trancher entre les deux variantes par des raisons techniques, ils doivent les rapporter Tune et l'autre et donner en note celle qu'ils n'adoptent point (2).
(1) M. J. Lagrange. La méthode historique surtout à propos de l'Ancien Testament, Paris, 1903, in- 12, p. 17.
(2) <ï Les Editions critiques faites à l'aide de plusieurs copies d'un original perdu doivent fournir au public
Le premier choisit la variante qui s'accorde avec le miracle de la naissance virginale parce qu'elle lui apparaît liée au dogme qull reçoit et par suite à l'inspiration ; le second préfère la variante qui fait Jésus fils de Joseph, précisément parce qu'elle élimine le miracle et l'inspiration.
Que penser de ces deux attitudes ?
Nombre de livres, voire de livres d'histoire, se présentent comme inspirés. C'est le cas des antiques annales de la Chine.
Est-ce une raison pour préférer une variante du Chou-King qui impliquerait le miracle plutôt qu'une variante qui ne l'impliquerait point? Gela paraîtra douteux à tout autre qu'à un fils du Ciel. On pourrait observer d'ailleurs que ses rédacteurs recevaient facilement les miracles. On ne peut donc décider a priori en faveur de telle variante parce qu'elle favorise ou rejette le miracle. Il faut s'en rapporter à Fétude du texte lui-même, à l'examen de son sens général, aux règles de la critique textuelle.
les moyens de contrôler le Stemma codicum que l'éditeur a dressé, et contenir en note la liste des variantes qui ont été rejetées. De la sorte, au pis aUer, les gens compétents y trouvent, à défaut du meilleur texte, ce qu'il faut pour l'établir. » Langlois et Seignobos, Introd. aux Etudes historiques, Paris, 1899, in-12, p. 53.
C'est ainsi que le classement chronologique des manuscrits conduit [ordinairement à adopter le texte le plus ancien, le temps ayant multiplié les chances d'erreur et donné le loisir d ajouter des fables ou de modifier le texte dans un sens légendaire.
Mais il est évident que le choix d'une variante ne doit être déterminé par aucune préoccupation dogmatique ou philosophique. Ce que nous disons à propos d'une variante est tout aussi vrai s'il s'agit de rectifier les erreurs textuelles, alors même qu'elles seraient répétées dans les divers manuscrits (1).
(1) « Laplupart des erreurs accidentelles se laissent deviner, lorsqu'on en connaît les formes ordinaires : confusion de sens, de lettres et de mots, transposition de mots, de syllabes et de lettres, dittographie (répétition inutile de lettres ou de syllabes), haplographie (syllabes ou mots qu'il aurait fallu redoubler et qui ne sont écrits qu'une fois), mots séparés, phrases mal ponctuées, etc.. » Langlois et Seignobos, Introduct. aux Etudes hîsL, p. 57. Pour ces sortes d'erreurs dans l'Ancien Testament, vpir A. Loisy, Histoire ciHtique du texte et des versions de la Bible Amiens, 1892, in-8o, t. I, cb. ii, p. 250. Addition de mots ou de phrases, p. 251. Omissions et lacunes, p. 259. Substitutions et transpositions^ p. 265. Erreurs de transcription provenant de la ressemblance des sons et des lettres, p. 274. Erreurs provenant d'addition, omission ou transposition de lettres, p. 289. Erreurs provenant d'un groupement défectueux des lettres en mots, de la vocalisation ou de la ponctuation, p. 2%, Altérations di-
Si Ton insistait et que Fon prétendît que la Bible en vertu de sa « transcendance » a droit à un traitement à part (1), nous aurions beaucoup à dire^ car ce que Ton appelle ainsi, c'est l'impression qu'on éprouve en comparant la Bible aux autres livres sacrés. Jadis, on soulignait tout particulièrement la supériorité du code mosaïque sur les législations païennes. Depuis que le code d'Hammourabi nous a fait connaître un autre code sémitique, on a dû singulièrement en rabattre (2). En toute hy-
verses qm se sont produites dans le même mot ou le même passage, p. 301.
(1) L. R. P. Lagrange écrit : « Notre Bible est inspirée malgré les prétentions analogues d'autres livres qui ne le sont pas. Et quelle que soit cette analogie, nous maintenons, et toutes les découvertes modernes donnent plus d'éclat à cette vérité, que notre Bible est incomparable, que seule dans son ensemble, elle est vraiment pour l'humanité une lumière, une histoire du progrès de l'homme dans le sentiment religieux, que c'est le seul des livres inspirés qui puisse vraiment nous aider à trouver Dieu à le servir et à l'aimer. Je suis persuadé qu'ici la méthode historique rendra les plus grands services, qu'il sera toujours possible, sans rien exagérer, de montrer la supériorité de ia Bible sur tout ce qui sort des fouilles. » La
. méthode historique surtout à propos de l'Ancien Test. , Paris, 1903, p. 78-79.
(2) Voici ce qu'écrit encore le R. P. Lagrange à ce propos : a Grâce à une merveilleuse découverte, nous pouvons mettre dans son plein jour historique la lé-
pothèse, la transcendance historique de la Bible est un point de vue éthique ou religieux qui n'a pas à intervenir dans rétablissement du texte. Une semblable attitude fait dépendre l'autorité historique de la Bible de son inspiration. Mais comme Ta très bien dit M. Loisy :
a L autorité historique de la Bible ne résulte pas de son inspiration et ne se prouve pas non plus par elle. Le sens historique de la Bible ne résulte pas de l'interprétation ecclésiastique, et ne se prouve pas non plus par l'autorité de TEglise. S'il en était autrement, la démonstration chrétienne et l'enseignement chrétien n'auraient pas de fondement réel, puisque TEglise elle-même veut s'autoriser des témoignages historiques de la Bible et que si la Bible n'avait ni autorité, ni sens historique que par l'Eglise, elle ne serait plus un témoignage valable par luimême. La raison exige, comme la tradition sainement comprise l'admet, que le témoi-
gislation civile des Hébreux. La part que Dieu y 'a prise nous apparaît moins sensible, nous ne pouvons plus parler avec tant d'assurance de la supériorité de cette loi ; elle est moins avancée dans l'ordre de la civilisation qu'une loi plus ancienne de mille ans » loc, cit., p. 169.
gnage biblique ait une valeur propre, indépendante du témoignage ecclésiastique et supportant celui-ci, faute de quoi le témoignage ecclésiastique reposerait sur le vide (1). »
11 est bien certain que l'infaillibilité de l'Eglise étant prouvée par la vérité de l'histoire biblique, le premier souci de Tapologiste doit être d'eii obtenir un texte exact aussi rapproché que possible du manuscrit primitif. Il doit à ce moment oublier qu'il le considère comme inspiré. Il est d'ailleurs censé s'adresser à des gens qui ne lui accordent point ce privilège. S'ensuit-il qu'il doive se laisser guider par une sorte de sens rationaliste qui préférera une variante qui n'atteste pas le miracle à celle qui l'attestera. Nullement. Si le texte biblique appartient à une époque où l'on admettait facilement le miracle, il n'est donc pas étonnant qu'il en rapporte. Au reste, le rationaliste part également d'un principe a priori que Ton peut énoncer ainsi : Tout ce qui apparaît comme impossible ou invraisemblable ne saurait être historique. Ce
(1) A. LoTSY, Etudes bibliques ^ 3® éd. Paris, 1903, in-8o, p. 37. Même note dans Gh. Gdignebert, Manuel d'Hist. anc. du Christian. Les Origines, Paris, 1906, in-12, p. 43-44 et p. 204.
principe s'oppose à sa manière à celui du croyant qui affirme : Tout ce que rapporte un texte inspiré est vrai et par suite vraisemblable : « Pindare racontera très gravement l'histoire de Persée et de la tête de la Gorgone, en ajoutant, à peu près dans les mêmes termes que Bacchylide, qu'il n'est chose qui le surprenne ni qui lui paraisse incroyable, quand ce sont les dieux qui Taccomplissent ; pour les dieux,îes miracles sont un jeu (1). » Les deux principes sont inadmissibles comme principes de critique textuelle.
Hume eut connaissance des miracles qui se produisirent au tombeau du diacre Paris (2) par l'admirable ouvrage que leur a consacré Carré de Montgeron (3). Je ne
(1) P. Decharme, La critique des traditions religieuses chez les Grecs, Paris, 1904. grand in -S», p. 94.
(2) Sur ce sujet : P. F. Mathieu, Histoire des miracles et des convulsionnaires de saint Médard, précédée de la vie du diacre Paris et d'une notice sur Carré de Montgeron, Paris, 1864, in-12, et au point de vue scientifique : D^ BouRNEviLLE et VoDLÉT, De la contracture hystérique permanente. Appréciation scientifique des miracles de saint Louis et de saint Médard, Paris, 1872, in-8o ; D^ Regnard, Les miracles de saint Médard dans Les maladies épidémiques de l'esprit, Paris, 1887, grand in-8o, ch. 11, p. 99 à 200.
(3) M. de Montgeron, La Vérité des miracles opérés par Vintercession de M. de Paris, démontrée contre Mgr l'archevêque de Sens. Utrecht, 1737, 3 vol. in-
sais rien pour ma part d'aussi solide et de mieux appuyé parmi les recueils de guérisons miraculeuses. On eut beau enfermer l'auteur à la Bastille, on ne put nier la réalité des faits en faveur desquels il avait réuni tant et de si sérieux témoignages.
Hume entraîné par ses principes en arrive à écrire : « Qu'opposer à cette nuée de témoins si ce n'est l'impossibilité absolue, c'est-à-dire la nature miraculeuse des événements qu'ils attestent? Certainement cela seul en est une réfutation suffisante aux yeux de tout homme raisonnable (1). »
Bien plus, il triomphe de l'arrêt des guérisons après la fermeture du cimetière de Saint-Médard. Il dut certainement applaudir l'auteur inconnu des vers célèbres qui furent charbonnés sur les murs :
De par le Roy défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
4^ avec pi. et encore : Recueil des Miracles opérés au tombeau de M. de PâriSy diacre. Utrech, 1733, 3 vol. in- 12 ; et enfin : Eclaircissements sur les miracles opérez par l'intercession de M. de Paris où l'on répond par des exemples tirez de la tradition aux difficultés formées par Mgr ^archevêque de Paris dans ses mandements du 15 juillet 1731 et 30 janvier 1732, contre les mi- Pcicles et les convulsions, Paris, 1733, in-12.
(1) Humé, Essai sur le miracle dans Œuvres phil.t Londres 1788, ii, 47-48.
Il eût sans doute fait particulièrement bon marché de la guérison surprenante de la demoiselle Goirin. Gomment croire, en effet, qu'une femme affligée de vomissements de sang, atteinte de paralysie des membres, avec atrophie consécutive, et le sein rongé par un cancer pût recouvrer en deux séances l'usage de ses membres et la netteté de sa poitrine ?
Et pourtant, quelque cent ans après Hume, voici ce qu'écrivait J.-M. Gharcot dans sa retentissante étude sur La Foi qui guérit.
« J'avoue qui'l y a deux ans seulement, l'interprétation de tous les éléments de cette curieuse observation eût offert bien des difficultés ; la nature hystérique des vomissements sanglants et de la paralysie n'eût pas fait de doute ; mais cette paralysie s'accompagnait d'atrophie. Eh bien I il est péremptoirement démontré aujourd'hui que Tatrophie musculaire accompagne assez souvent la paralysie ou la contracture hystérique pour qu'il ait été déjà publié plus de vingt cas analogues à celui de la demoiselle Coirin.
« Mais, dira ton, le cancer au sein, ce cancer ulcéré, était-il une manifestation hystérique ? Parfaitement, pourvu qu'on veuille bien concéder que le terme « cancer » ne doit pas être
pris ici au pied de la lettre et dans son acception histologique moderne. Les ulcérations persistantes de la peau ne sont point rares dans la névrose, témoin les plaies de saint François d'Assise et les stigmates de Louise Lateau.
« La demoiselle Goirin présentait au niveau du sein ces phénomènes d'œdème hystérique, mentionnés pour la première fois par l'illustre Sydenham, œdème dur, œdème bleu ou violacé, comme je Fai appelé, et l'on sait aujourd'hui, après les travaux de M. le professeur Renaut, de Lyon, que l'œdème, lorsqu'il est porté à un certain degré d'intensité, peut entraîner avec lui des gangrènes cutanées dont les escarres laissent à leur suite des ulcérations analogues à celles qui avaient détruit le mamelon dans le cas précité...
« Ce cas et aussi tous les autres montrent bien que la guérison dite ou non surnaturelle, survenue sous l'inîluence de la faith-healing , obéit à des lois naturelles et celles-ci sont encore plus évidentes lorsqu'on pénètre plus avant dans l'analyse des faits (1). »
L'attitude de Gharcot fait éclater l'illogisme de celle de Hume. Le même fait, rejeté jadis parle philosophe anglais en rai-
(1) J. M. Gharcot, La Foi qui guérit, Paris, 1897, in- 8°. p. 29-32.
son de son «impossibilité absolue », est accepté par le médecin français en raison de sa ressemblance avec des guérisons analogues, obtenues d'ailleurs par des médecins et cela sans miracle.
Le premier rejetait ce prodige parce qu'il ne savait l'expliquer et le croyait à jamais inexplicable; le second, au contraire, persuadé qu'il rentre dans une classe définie et nullement miraculeuse défaits cliniques, lui cherche une explication qui convienne à tous les faits de la même classe et la trouve dans la foi qui guérit sans se soucier d'ailleurs de distinguer entre la confiance que le malade accorde à son docteur, ou la foi en la puissance du saint Diacre.
Les idées de Hume en matière de critique historique sont loin d'avoir disparu.
Des historiens contemporains de grande valeur sont encore tentés de rejeter les miracles^ comme scientifiquement invraisemblables, sous prétexte que l'invraisemblable scientifique contredit aux données de la science (1).
Il y a là une grosse confusion. Le miracle ne contredit en rien les observations
(1) Langlois et Seignobos, Introduction aux Etudes historiques, Paris, 1899, in-12, p. 177.
directes de la science, il y ajoute simplement une observation indirecte (1) qui pose un problème scientifique. Si l'observation indirecte est historiquement certaine comme les guérisons du cimetière Saint- Médard^ on ne peut la rejeter au nom de la science. Cela supposerait un principe qu'il suffit d'énoncer pour le réfuter : Tout fait qui pose un problème d'explication doit être rejeté.
« Le progrès des sciences directes, écrit M. Seignobos, modifie parfois l'interprétation historique ; un fait établi par l'observation directe sert à comprendre et à critiquer de^ documents : les cas de stigmates et d'anesthésie nerveuses observés scientifiquement ont fait admettre les récits historié ques analogues (stigmates de quelques saints, possédées de Loudun). Mais l'histoire ne peut pas servir aux progrès des sciences directes. Tenue par des moyens indirects d'information, à distance de la réalité, elle accepte les lois établies par les sciences qui ont le contact direct avec là réalité (2). »
(1) L'Histoire n*est en somme comme l'indique l'étymologie du mot (Wxopta expérience) qu'une des formes de la connaissance expérimentale de l'univers.
(2) Loc, cit.f p. 178.
Je me demande en quoi les chroniques qui affirmaient jadis la réalité des stigmates de saint François ou les contorsions et l'insensibilité des religieuses de Loudun avaient à s'inquiéter des lois des sciences directes et s'il y eut un moment où des historiens, même sévères, pouvaient ne pas admettre des faits aussi parfaitement établis (1).
A ce qu'il paraît, nous voilà bien loin de la critique textuelle et du choix d'une variante. Ce n'est point notre faute si nous sommes amenés dès le début de cette étude à constater que les passions religieuses ou rationalistes, dissimulées derrière le principe de l'inspiration ou celui de la vraisemblance, tendent à s'immiscer partout. Il ne faut sous aucun prétexte y céder ; ce serait s'abandonner à l'esprit de crédulité ou à l'esprit d'incrédulité,, tandis qu'il faut s'en tenir aux principes techniques de la critique textuelle.
M. Seignobos écrit très justement :
(1) Il n'en est pas moins vrai que l'idée de vraisemblance est un des guides de l'historien et que la science la modifie en l'élargissant sans cesse. Mais on ne saurait en faire un critérium décisif et c'est ce que semble supposer tout le passage de M. Seignobos.
LE MIRACLE ET LA CRITIQUE JhISTORIQUE 31
« Quiconque, lisant un texte, n'est pas occupé exclusivement de le comprendre, arrive forcément à le lire à travers ses impressions ; dans le document, il est frappé par les phrases ou les mots qui répondent à ses propres conceptions ou s'accordent avec l'idée a priori qu'il s'est formée des faits ; sans même s'en apercevoir, il détache ces phrases ou ces mots et en forme un texte imaginaire qu'il met à la place du texte de l'auteur (1). » C'est précisément ce qu'ont fait certains copistes et certains traducteurs. Personne ne pensera qu'on doive les suivre dans cette voie.
Une fois le texte matériel fixé, l'œuvre de la critique textuelle n'est pas finie : il lui faut déterminer par des notes le sens littéral. Là encore, nous devons éviter de nous laisser guider par des principes a priori. Le livre de Josué (2) nous parle de pierres qui tombèrent sur les Cananéens et détruisirent un grand nombre des leurs. Faut-il, avec certains annotateurs, y voir de véritables pierres ou, avec d'autres, une simple chute de grêle? Une semblable question peut se résoudre par l'étude du texte. Dom Galmet,
(1) Langlois et Seiginobos, Introduction aux Etud, hist.y p. 119.
(2) X, iU
exposant la dernière opinion, écrit : c< L^auteur de V Ecclésiastique (1) confirme ce sentiment lorsque, parlant de ce prodige^jil dit que Dieu exauça Josué et fit tomber sur ses ennemis des pierres de grêle. Ce qui fait croire que, parmi les Hébreux, c'était une expression commune de nommer la grêle simplement des pierres ou des pierres de grêle : h peu près de même qu'ils appelaient des pierres de boue, les mottes de terre ; des pierres dJètain le plomb dont les architectes se servent pour mettre à plomb la muraille des bâtiments (2). »
Dom Galmet nous indique^ ici, un double procédé de la critique textuelle dans l'établissement du sens littéral : 1° l'étude des expressions propres à la langue du document ; 2** l'étude comparative des passages parallèles. Il établit d'abord que l'expression pierres de grêle pourrait bien être un hébraïsme signifiant la grêle, de même que pierre de boue en est un autre, qui signifie une motte de terre. Par l'étude des passages parallèles, il éclaire singulièrement le texte de Josué et nous sommes tout à