‹ Le Miracle et la critique historique [microform]Chapitre 4 sur 17 · XLVI · texte numérisé non relu

XLVI

(2) Dissertation sur la pluie de pierres dans Discours et Dissertations sur tous les livres de l'Ancien Testament, Paris, 1713, in-8o, p. 506-307.

fait édifiés lorsqu'il ajoute : « Le prophète Habacuc (1) et rhistorien Josèphe (2) marquent clairement Forage, le tonnerre et les éclairs que le texte de Josué n'exprime point ici (3). »

Dans ce cas, Pincompréhension du sens littéral a fait voir un miracle où il n'y en avait point. Ce pourrait être le contraire dans d'autres cas.

a Les erreurs historiques sont innombrables dont la cause est un contresens ou une interprétation par à peu près de textes formels, commis par des travailleurs qui connaissaient mal la grammaire, le vocabulaire ou les finesses des langues anciennes.

De solides études philologiques doivent précéder logiquement les recherches historiques (4). »

On ne se permettrait plus aujourd'hui, comme on le fît durant le Moyen Age, d'essayer de comprendre la Bible sans connaître l'hébreu et les langues sémitiques. Richard Simon,parmi les catholiques, fut l'un

(Oui, 2.

(2) Antiquités judaïques^ 1. V, c. ï.

(3) DoM Galmet, loc. cit., p. 507.

(4) Langlois et SeigiNObos, Introd. aux Etudes hist.j p. 32.

des premiers qui réagit contre cette tendance (1).

Orientaliste savant et probe, il s'efforça d'établir les règles d'une bonne traduction ; mais traduire lorsque ce n'est pas trahir, n'est-ce pas fixer dans une autre langue le sens littéral du texte que Ton étudie.

Il demandait que Ton ajoutât à toute traduction un dictionnaire des mots incertains, spécialement lorsqu'il s'agit de termes techniques ayant rapport aux arts, aux mœurs, aux sciences.

c( Par ce moyen, dit-il, on aura (un texte) une version de l'Ecriture, où sera distingué, ce qui est certain, d'avec ce qui est douteux et incertain et même d'avec ce qui est entièrement inconnu... Il se peut faire qu'on ne saura pas exactement ce que signifiera quelque chose soit de plante ou d'animal ; mais on saura toujours qu'il ne si-

Ci) L'abbé Loisy, abordant ces questions de critique textuelle en 1892, se voyait encore obligé de consacrer tout un paragraphe à défendre : « Le droit de la critique textuelle », Histoire critique du texte et des versions de la Bible, Amiens, 1892, in-8o, t. I, p. 203-211. « Corriger avec prudence le texte de l'Ecriture, ce n'est pas traiter l'Ecriture avec irrévérence, c'est la purifier des scories que l'humaine faiblesse y a introduites et témoigner aux livres saints le respect le plus éclairé », p. 210.

gnifie point telle ou telle chose. Je doute par exemple de la signification du mot hébreu que ceux de Genève et quelques autres interprètes ont irsiduit baleines.,. Par le moyen de ce dictionnaire, je connaîtrai aisément que cette traduction est fausse, non seulement dans le chapitre premier de la Genèse; mais dans le passage du Nouveau Testament où plusieurs traducteurs français ont mis : Que Jonas fut trois jours dans le ventre de la baleine, ce qui n^est point dans le texte de TEvangile. Cette créance commune n'est fondée que sur une fausse traduction du mot ceio qui signifie simplement un grand et long animal et en cet endroit-là un grand poisson et non pas une baleine.

€ Si Ton veut prendre la peine de remonter plus haut et de consulter le texte du prophète Jonas, on trouvera qull ne fait point mention d'une baleine en particulier, mais en général d'un grand poisson.

« Ceux qui ont vu des baleines savent que cet animal ne peut pas avaler un homme tout entier (1). 7>

Sans doute nous considérons aujourd'hui

(d) R. P. Richard Simon, Histoire critique du Vieux Testament, Rotterdam, 1685, in-4o, p. 362, voir aussi p. 366.

ranimai qui avala Jonas comme un animal légendaire, mais nous n'en voyons que mieux combien l'opinion de Richard Simon était raisonnable. Ici encore la précision du sens littéral du mot thannin, traduit par ceto dans la Vulgate, fait évanouir le miracle.

N'oublions point que ce pourrait être le contraire.

« Comme donc, la plupart des mots sont équivoques, écrit-il encore, principalement dans la langue hébraïque, il est nécessaire de savoir toutes leurs différentes significations pour en appliquer celle qui convient le mieux à la matière dont il est traité. Mais on ne peut savoir les différentes significations de chaque mot, que par une longue étude de la langue et en conférant les différents endroits où ces mots se trouvent : et de plus, l'application du sens dépend beaucoup des notions que la religion nous donne (1). »

Certes dissiper les équivoques des mots, c'est bien l'œuvre du grammairien ou du

(1) Histoire critique du Vieux Testament , 1685, in-4°, p. 376-377. — Il a suffi à Fustel de Goulanges de préciser le sens d'une centaine de mots pour renouveler l'étude des temps mérovingiens. Aussi ne manquaitil jamais Toccasion de souligner l'importance des études de mots pour la science historique. Cf. Lan- GLOis et Seignobos, loc. cit., p. 124-126.

lexicologue; mais il n'y réussira qu'autant qu'il connaîtra les croyances saines et superstitieuses des écrivains dont il explique la langue. Maimonide donne au mot apparition le sens de vision ou songe parce que les Hébreux ne distinguaient point entre une apparition objective ou une apparition du rêve. « C'est ainsi qu'il interprète l'apparition des anges d'Abraham sous les chênes de Mambré, la lutte de Jacob avec le Seigneur, l'histoire de Balaam où il est dit que son ânesse parla, et un grand nombre d'autres apparitions (1). »

Tout le monde connaît le récit dans lequel Isaïe (2) nous montre Tarmée de Sennachérib détruite par l'ange exterminateur.

Faut-il voir dans cet ange de mort un être corporel semblable au saint Michel du Moyen Age et frappant avec une épée les ennemis des Hébreux ?

(( Les Hébreux modernes, nous dit Dom Galmet, enseignent qu'à la mort de chaque homme, Sathan ou Vange de mort se trouve au chevet du malade^ tenant en main une épée nue. C'est cet ange de mort que David vit,

(1) Histoire critique du Vieux Testament, 1685, in-4o, p. 378.

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