‹ Le Miracle et la critique historique [microform]Chapitre 5 sur 17 · XXXVII · texte numérisé non relu

XXXVII

armé d'un glaive, qui frappait son peuple et qui en fit mourir soixante-dix mille en si peu de temps.

« Lors donc que l'Ecriture nous dit que Fange exterminateur met à mort l'armée de Sennachérib, elle ne prétend pas nous désigner un genre de mort particulier. Elle semble au contraire nous marquer toutes les manières dont un homme peut mourir.

Soit qu'il meure par Fépée ou autrement, c'est toujours Fange de mort qui lui ôte la vie (1). »

L'ange exterminateur pourrait donc se traduire par ce simple mot : la mort. Ceux qui Font imaginé comme une sorte de guerrier céleste et miraculeux se sont mépris sur Fidée que s'en forment les Hébreux, ou du moins, n'ont pas vu qu'ils adoptaient un préjugé populaire parmi ce peuple.

Groient-ils que la mort apparaît parfois sous la forme d'un squelette armé de faux, comme on la peignait au Moyen Age?

C'est ainsi que la seule étude du sens des mots permet de faire évanouir une foule de faux sens qui, il faut l'avouer, aggravent

(d) D. Calmet, Discours et Dissertations sur tous les livres de VAnc. Test., 1715, in-8% t. III, p. 222-223.

ordinairement la signification miraculeuse d'un texte.

Ce n'est pas tout : la critique textuelle, en déterminant les mille variantes et le sens précis des mots équivoques, a fait réaliser à la notion des livres dit inspirés et par suite à. celle de Finspiration, un notable progrès. Les protestants et les catholiques de l'époque de la Réforme expliquaient l'inspiration par une sorte de dictée et par une impulsion intérieure grâce à laquelle l'écrivain sacré ne jouait guère d'autre rôle que celui d'une machine à écrire. Dieu frappait sur les cellules cérébrales comme le dactylographe sur les touches.

L'étude des altérations des textes a démontré combien cette notion était fausse.

Aussi bien Richard Simon n'hésita pas à rejeter les miracles jadis imaginés pour expliquer la transposition des textes (1), tous ceux que l'on y ajoutait encore pour la conservation du texte primitif d'ailleurs perdu et de ses diverses copies (2) ; et enfin les miracles destinés à garantir l'authenticité des

(1) Richard Simon, Hist, critique du Vieux Testament, p. 7.

(2) Richard Simom, Hist. critique du Vieux Testament, p. 55o-oS6.

versions de TEcriture et en particulier celle des Septante (1).

Qui croit encore aujourd'hui à la légende des septante deux traducteurs, enfermés dans septante deux cellules, et ressortant avec septante deux traductions grecques de la Bible hébraïque, aussi semblables que 72 exemplaires tirés d'un unique cliché (2)?

Nous sommes loin de ces enfantillages.

Un texte critique de la Bible, par le seul fait qu'il indique les variantes des diverses copies et les essais de restitution des divers éditeurs, témoigne suffisamment de la nécessité d'une notion nouvelle de l'Inspiration. On ne la représente plus comme une dictée, mais on la compare volontiers à une sorte de concours divin. C'est au nom de la doctrine religieuse de la Bible qu'on atteste sa supériorité, ce n'est plus au nom d'une véracité d'inspiration.

De plus en plus, désormais, lorsqu'il s'agira d'éditer un texte contenant des récits miraculeux, que ce soit la Bible ou telle légende hagiographique, on ne se préoccupera que des seules règles de la grammaire et de la philologie comparée.

(1) Richard Simon, Hist. critique du Vieux Testament f p. 563-568.

(2) Philon, Viia mosiSf II, 6.

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