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CHAPITRE m

LA CRITIQUE DE PROVENANCE — LA VALEUR DES COMPILATIONS, DES OUVRAGES ANO- NYMES ET DES LIVRES APOCRYPHES

En présence des récits miraculeux il est très important de savoir si Fauteur rapporte des faits dont il a été le témoin personnel ou non. Nous aurons à revenir sur le premier cas ; dans le second, ou bien il rapporte un fait d'après d'autres documents écrits (citation avouée ou plagiat) ou d'après une tradition orale.

La critique de provenance a précisément pour but de nous faire connaître quelles sont les diverses sources d'un récit. Elle procède par comparaisons et rapprochements minutieux- Chacun sait qu'on est arrivé à démontrer la pluralité des sources du Pentateuque.

Il est composé de quatre grands docu-

4â LÉ MIRACLE ET LA CRITIQUE HISTORIQUE

ments qui se caractérisent par des différences de vocabulaire et de style, par la diversité des institutions au milieu desquelles ont vécu chacun des quatre rédacteurs, par des divergences dans leur façon | de comprendre rtiistoiré et enfin par des dissemblances considérables dans leurs idées morales et théologiques.

Personne ne doutera que cette démons- | tration suffise si j'ajoute qu'au seul point de vue du vocabulaire chaque rédacteur ; compte au moins une centaine de termes que ne reproduisent pas les autres. Mais il \ y a mieux. Si l'on classe chronologique- l ment ces quatre documents : Elohiste, Jah- \ viste, Deutéronome et Code sacerdotal, on |î s'aperçoit que vocabulaire, style, institu- | tiens, précision historique^ morale, théolo- j gie, tout progresse en même temps d'un \ document à l'autre de YElohiste dLuJahviste, | du lahvisie au Deutéronome, et de celui-ci J au Code sacerdotal. Le progrès simultané de | toutes les catégories de différences et de iî caractères particuliers constitue la plus puissante des preuves cumulatives.

Enfin, en comparant les quatre grands documents du Pentateuque aux aul res livres de la Bible^ spécialement sous le rapport des institutions, de la morale et de la théologie.

I constate que c( le document que nous ap- )lons E [Elohisté) marche d'ordinaire avec s prophètes du royaume d'Israël, Amos

Hosée (vers 800) ; le document J. {lah- Hé) avec les premiers prophètes de Judah.

ers 740); D. (Deutéronome) a pour plus 'oche voisin Jérémie (et date probableent de 628) et P. (le Code des Prêtres), Ezéliel et les Chroniques (et ne peut avoir été imposé avant l'an 400) » (1).

II est bien évident que la valeur du livre osaïque (qui d'ailleurs ne saurait être s Moïse puisqu'il vécut au plus tard vers m 1300) ne dépasse point la valeur des latre sources juxtaposées d'une façon sez grossière. Mais ces documents sont Lonymes.

Que valent les récits de miracles ano- ^mes ? La crédulité des foules et su rtout (S foules religieuses est incommensurable ; 3 exemples surabondent. Nous nous conuterons d'en citer deux observations dues utes deux à des auteurs catholiques.

L'abbé de Marolles dsius ses Afémoir es raprte le fait suivant arrivé à Paris en 1644 :

Un homme tira un coup de pistolet contre

1) Rev. Briggs et F. von Hugel, ha Commission Pow cale et le Pentateuque, Paris 1907, in-8», p. 18.

une enseigne de boutique où était peinte une image de la Vierge Marie. Les voisins, alarmés d'avoir ouï tirer, sortirent pour voir ce que c'était. Il y eut quelqu'un qui s'aperçut que la balle avait percé la bonne Vierge. Là-dessus on s'imagina que ce coup ne pouvait venir que d'un hérétique ou de quelque impie. Cette populace fut d'abord si frappée de cette hardiesse et de cette bravade qu'il se trouva sur-le-champ quelqu'un qui vit sortir du sang de la blessure.

Il n'en fallut pas davantage pour que cette multitude en fût bientôt entièrement convaincue. Cette persuasion alla si loin qu'il se trouva des milliers de personnes prêtes à déposer qu'elles avaient vu le sang de leurs propres yeux. Cette histoire fit tant de bruit qu'on ne tarda pas d'en graver une estampe qui eut cours et se débita j usqu'à ce qu'enfin des gens de bon sens en ayant fait voir le ridicule, la planche fût supprimée et le miracle tomba comme un conte. y>

Le célèbre écrivain J.-K. Huysmans témoigne qu'il n'en est pas autrement de nos jours.

A Lourdes, « les journaux n'ont plus de raison d'être, on ne les achète plus ; une feuille que l'on vend sur l'esplanade les

remplace tous : le Journal de la Grotte ; il s'agit de savoir combien il y eut de miracles hier et, hormis cette question, plus rien ne vaut. Une note du bureau des Constatations insérée dans le journal même, prévient le public que ces annonces de guérisons sont hâtives et non contrôlées ; ces réserves ne sont admises par aucun lecteur; tout individu qui entre dans la pièce du D^ Boissarie ou qui en sort doit être un miraculé; les prêtres sont encore plus enragés que les autres pour vouloir discerner le miracle partout ; i^ en ai vu qui se précipitaient sur des femmes que Ton emportait de la clinique médicale et que Ton prétendait guéries, pour leur faire toucher leurs chapelets, et c'étaient de simples hystériques I ' — Gomment s'entendre avec des gens d'une mentalité pareille ? — et des bruits courent, issus d'on ne sait où, de prodiges extraordinaires que l'on n'a pas eu le temps de vérifier, car ils se sont produits au moment où les pèlerinages partaient ; et les détails deviennent de plus en plus confondants à mesure qu'ils sont racontés par de nouvelles bouches ; la barrière de bon sens que la clinique s'efforce d'opposer à ces divagations est vite rompue ; l'on pense que le D^ Boissarie met de la mauvaise volonté quand il n'accepte pas, d'em-

blée,rorigine miraculeuse d'uiie cure; c'est une véritable débâcle de la raison (1). »

Que signifie le témoignage d'un contemporain s'il n'a point vu et se contenté de rapporter ce que la foule a vu ; mais que sera-ce sll s'agit non plus d'un fait contemporain, mais d'un fait attesté par une tradition ?

On peut épiloguer au sujet de la fidélité de la tradition orale et s'extasier sur la conservation millénaire de tel nom de lieu (2), mais osons nous demander sincèrement quelle est sa valeur en matière de miracle et Ton conviendra qu'elle est bien près d'être nulle. L'imagination des foules contemporaines est respectueuse des faits en regard de l'imagination des foules postérieures et des scribes qui constituent les anneaux dé la tradition.. Tout le monde connaitla fable de notre La Fontaine intitulée \ La Femme et le Secret (3). Un œuf en moins d'une- Journée en a produit un cent ; mais c' e&t là l'œuvre de commères contemporaines. La Tradition ressemble mieux à l'inveritive

(1) J.-K. HoYLMANS, Les foules de Lourdes, ï%Hs^ 1906, m-12, p. 132-133.

(2) R.-P. Lagrange, La méthode historique y\:ç\ 190r

(3) La Fontaine, Fables, viii, 6. / •' ;

Perrette : d'un œuf elle fait un bœuf. En réalité, la tradition est le véhicule par excellence de la fable et du conte^ de la légende et du mythe ; mais c'est folie de l'interroger sur un fait tant soit peu ancien (1). Ce qui la caractérise c'est d'être admirablement renseignée sur les très vieilles histoires, mais en général elle ignore ce qui s'est passé il y a trente ou quarante ans (2). Cependant, chose curieuse, celui qui rejettera le récit d'un miracle contemporain n'hésitera pas à recevoir l'histoire de quelque merveille très ancienne (3).

Si l'auteur d'une histoire qui contient des miracles est inconnu, et incertaine l'époque de la rédaction, il appert qu'on ne saurait y ajouter foi. Une telle histoire n'est qu'un moment de cette tradition flottante, propre sans doute à conserver le souvenir d u passé,

(1) « La tradition orale est par sa nature une altération continue, aussi dans les sciences constituées, n'acceptera-t-on jamais que la transmission écrite. » Langlois et Seignobos, Introduction^ p. 153.

(2) Sur la valeur historique de la tradition on peut voir : R. P. de Smedt, Principes de critique historique^ Liège, 1883, in-12, ch. x de la « Tradition orale », p. 161-181 ; ch. XI a Autorité de la tradition populaire », p. 182-202.

(3) Langlois et Seignobos, Introduction, p. 174-175^

mais non moins propre à le déformer et à le grossir.

Nous ignorons quel fut le rédacteur du livre des Juges (1), ce livre ne représente donc pour nous qu'une tradition d'ailleurs assez tardive. Le R. P, Lagrange, exégète orthodoxe, n'écrit-il pas î

« L'histoire d'Ehoud est parfaitement une et caractéristique. Celle qui lui ressemble le plus est celle de Samson... Il est vrai que dans l'histoire de Samson, tel trait peut être déjà rédigé ou stéréotypé dans la mémoire populaire avant d'être écrit comme partie d'une histoire religieuse... Ces deux épisodes attribuent à lahvé la même gloire que les autres, cependant on ne voit son intervention que dans des actions de force ; le héros estl'instrument de la divinité, mais il n'est pas instruit par elle, transformé par elle en agent conscient et religieux. Le récit est populaire avec une teinte d'humour satirique qui parait dans la mort d'Eglon et dans un autre irait de la lutte de Samson contre les Philistins. Il est donc probable que ces deux récits du moins sont sortis de la même plume (2). »

(1) M. J. Lagrange, Le Livre des juges, Paris, 1903, grand in-S®, p. xx-xxu.

(2) M. J. Lagrange, loc. cit., p. xxix. — Samson

Il est vrai que d'autres épisodes semblent empruntés à des rédactions plus anciennes ; mais qu'étaient ces rédactions sinon encore un moment de la tradition populaire.

Aussi ne comprendrions-nous point qu'on cherchât encore aujourd'hui Texplication des miracles de force attribués à Samson :

Fenlèvement des portes de Gaza, la destruction de dix mille hommes avec une mâchoire d'âne, l'ébranlement, à force de muscles, des colonnes de la salle du festin.

Les Grecs racontaient qu'Hercule, arrivé en Egypte, fut enchaîné parles habitants du pays et conduit, pour y être immolé, vers l'autel de Jupiter, Le héros d'abord se laisse faire et marche en silence. Mais devant l'autel, il brise soudain ses liens, se précipite sur la foule accourue pour assister au sacrifice et tue tout le monde. Hérodote n'admettait point la réalité de cette histoire (1). Celle de Samson est-elle mieux assurée.

Libre à d'autres de s'étonner des miracles qui illustrent les exploits de Gédéon, ce ne peut être pour nous que des récits agencés par l'imagination des foules.

La recherche des sources suppose le clas-

entraîné par Dieu vers les prostituées philistines, n'est-ce pas un trait éminemment légendaire ? (1) Histoires, ii, 45.

sèment des manuscrits d'un même texte.

Dans le cas le plus fréquent, si les manuscrits présentent des différences importantes, on constate que le récit primitif n'a fait que s'accroître d'une façon constante et que les rédacteurs ont procédé plus ou moins comme la tradition populaire. Deux cas peuvent se présenter : les manuscrits postérieurs contiennent des additions dues soit à la tradition, soit à l'invention du copiste, ce sont des interpolations ou bien les additions provenant d'une source écrite que l'on a pu identifier : ce sont des plagiats (1).

Si les interpolations rapportent quelque fait miraculeux, on a tout lieu de le rejeter puisque dans l'hypothèse la plus favorable ce ne peut être qu'un emprunt à une tradition populaire ou à une source perdue, ce qui pour l'histoire est exactement la même chose. On sait que des interpolations se sont produites dans les manuscrits du Nouveau Testament. Le verset dit des trois témoins célestes, sur lequel s'appuie principalement la démonstration scriptuaire de la Trinité, est une addition tardive : c'est aujourd'hui un fait absolument acquis. Ce que Ton sait moins c'est que les versets sur lesquels s'ap-

(1) M. J. Lagrange, loc, cit., p. xxix.

pliie le miracle de rAscension du Christ sont également interpolés.

Il y a déjà quelque quarante ans que L. Leblois écrivait : « Si je lis attentivement les quatre évangiles dans le Sinaiiiquè (1), je remarque qu'aucun de leurs auteurs ne ^ sait rien de « l'ascension » de Jésus; du moins aucun des quatre ne la raconte. Matthieu fait même déclarer à Jésus : « Voici, je suis toujours avec vous, jusqu'à la fin du monde (2).)!) Les quelques mots de Luc :

« et il fut enlevé au ciel », manquent précisément non seulement dans le Sinditique, mais aussi dans des manuscrits postérieurs ; de sorte que l'orthodoxe Tischendorf, même avant la découverte du Sinaï- /e^'we déjà, ne les admettait point dans son Nouveau Testament grec (3). Voilà donc dans Luc une addition évidente.

Marc en présente une plus remarquable encore. Le 16^ et dernier chapitre de Marc renferme 20 versets dont le 19" parle de l'ascension de Jésus. Or, dans Sinaïiique

(1) Les deux plus anciens manuscrits des Evangiles sont le Sinaitique et le Codex Vaticanus. Ils remontent tous deux au iv® siècle.

(2) Math., xïviii, 20.

(3) Voir par exemple la 7® édition, Leipzig, 18S9; p. 329.

et dans Vaticanus^ ce 16^ chapitre s'arrête avec le 8^ verset. Tout le reste manque, c'est-à-dire les versets 9 à 20. Qui est-ce qui a ajouté ces 12 versets? L'historiea Eusèbe (iV siècle) nous apprend qu'ils existent dans .(( quelques copies », mais, ajoute-t-il, les manuscrits exacts terminent le récit de Marc aux mots : « elles étaient effrayées », verset 8. Ainsi, non seulement les manuscrits « [exacts » de Marc nous apprennent que cet auteur, tout comme Matthieu, Luc et Jean, n'a pas fait la moindre mention de l'ascension de Jésus ; mais, pour le dire en passant, ils nous apprennent en outre que le fameux passage, verset 16 : Cc" lui qui ne croira point sera condamne , dont on a tant abusé pour légitimer les anathèmes prononcés contre des frères qui professent une foi différente, n'est pas authentique (1) !

Certes, on peut voir dans les versets ajoutés le témoignage d'une tradition mais on ne saurait en faire état pour fournir une preuve historique de cette miraculeuse élévation.

L'antiquité traitait l'histoire avec une li-

(1) L. Leblois, Bes additions légendaires^ dogmatiques et liturgiques faites au texte primitif du Nouveau Testament, Paris, 1869, in-8o, p. 9 et 10.

berté que nous ne connaissons plus. Le Moyen Age n'a d'ailleurs rien à lui envier sous ce rapport. « Des passages d'Eginhard, chroniqueur du ix® siècle, sont empruntés à Suétone : il n'y a rien à en faire pour l'histoire du ix^ siècle (1). » Les hagiographes pratiquaient le plagiat avec passion et empruntaient avec une diligence particulière les beaux miracles d'une autre vie de saints pour en orner celle qu'ils écrivaient et rehausser ainsi l'éclat de leur héros. Ces plagiats sont parfois flagrants et reproduisent tantôt des passages entiers,tantôt nombre d'expressions du texte pillé. Il est évident qu'on ne saurait accepter ces miracles empruntés. On n'est même pas autorisé à y voir les reflets d'une tradition comme dans le cas des miracles interpolés.

Lorsqu'il n'y a pas reproduction littérale et jeteur des mêmes expressions, la ressemblance générale qui existe entre divers récits d'un semblable miracle, suffît pour jeter la suspicion sur les récits postérieurs. C'est ainsi que les Bollandistes se refusent à voir des histoires véritables dans les légendes des saints qui nous montrent les

(1) Langlois et Seignobos, Introduction aux Etudes hist., p. 73.

cadavres deL martyrs qui ont subi la décapitation, portant leurs têtes dans leurs mains.

N'y a-t-il pas lieu de se demander si la résurrection opérée par le prophète Elisée n'est point apparentée à celle qu'opéra le prophète Elle. La méthode employée par les deux nabis qui s'étendent l'un et l'autre sur le cadavre, le premier répétant cette opération trois fois et le second sept fois, constitue une analogie frappante. On sait d'ailleurs que le nombre trois et le nombre sept sont substitiiables dans les récits légendaires. Pour trancher une semblable question, il faudrait d'ailleurs faire une étude minutieuse des deux textes, qui ne serait pas en sa place ici. Mais il était juste d'indiquer comment la question se posait.

Le plagiat hagiographique atteignit parfois des proportions étranges. La vie d'un saint était mise entièrement au compte d'un autre saint dont on ignorait l'histoire et constituait ainsi un doublet. Il est évident que les miracles, que Ton attribuait au saint dont on ignorait la vie, ne sont pas plus recevables que cette légende d'emprunt. Ce procédé, fréquent dans la littérature pieuse, se retrouve-t-il dans les livres sacrés. Leur nature permet de le supposer ;

mais les solutions particulières sont choses délicates.

Nous savons que, les livres saints contiennent un certain nombre de livres apocryphes (1). Le plagiat est ici renversé : le rédacteur n'emprunte plus son texte mais le nom dont il prétend Tautoriser. Peut-on admettre la vérité des miracles rapportés dans les livres apocryphes ? Le miracle ayant un but apologétique dès qu'il est produit en faveur d'un homme,de Dieu ou d'une doctrine divine, nous nous défierons nécessairement de tout témoin qui,dans ce même but d'apologie, aura plus ou moins altéré la vérité.

En conséquence, nous n'hésiterons pas à rejeter comme insincères tous les livres apocryphes. Signer un écrit d'un nom glorieux afin de lui donner un plus grand poids et le faire plus facilement recevoir de ceux auxquels on l'adresse, implique un singulier mépris de la simple vérité. Gela peut n'être point très coupable et s'expliquer par les mœurs du temps ; mais si la moralité de semblables témoins est défendable (2), il n'en est pas de même de leur véracité. Les prétendues apocalypses

(1) Ch. GuiGNEBERT, Mauuel â/Rist. anc. du Christian. Lés Origines f Paris, 1906, in-12, p. 6-7,

(2) R. P. Lagrange, Méth. historique^ p. 84-85.

56 LE MIRACLE Éï LA CRITIQUE HISTORIQUE^

d'Hénoch et d'Esdras ont été contées par des gens qui savaient fort bien qu'ils n'étaient ni Hénoch ni Esdras. L'Eglise n'a pas hésité à les rejeter de son canon, de même que maints évangiles attribués à Jacques, à Thomas, à Nicodème et à tant d'autres. Ils ne sauraient être utilisés en matière de miracles. Si donc nous admettons que le livre de Daniel, est un livre historique, il restera à établir, ce qui est fortement contesté par les critiques, que ce livre est véritablement de Daniel. On est en droit de récuser ce contemporain d'Antiochus Epiphane, qui se fait passer pour un contemporain de Nabuchodonosor,quand il raconte Thistoire des trois jeunes hommes dans la fournaise ou le festin de Baltasar. Sauf le respect dû à la Commission pontificale des études bibliques, qui oserait soutenir aujourd'hui que les cinq livres dits de Moïse sont réellement de lui ne serait pas moins ridicule que s'il défendait l'authenticité des écrits attribués à Orphée et à Musée (1). Mais par suite comment défendre les merveilles de la Genèse et les miracles de V Exode ?

Si nous n'avions pas d'autres raisons pour

(1) P. Dkchârme, La critique des traditions religieuses chez les Grecs, Paris, 1904, grand iii-8'', p. 36.

rejeter les miracles que ces livres contiennent, celle-là suffirait.

A la seule lumière delà critique externe (c'est ainsi qu'on est convenu d'appeler la critique textuelle et la critique de provenance), on voit combien de miracles, que Ton croyait pouvoir historiquement affirmer, sont entachés d'incertitude et irrecevables pour le critique.

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