Cateeh, IV
pour porter la lumière de la foi révélée dans l'àme des païens, les convertir et les sauver. Le don des miracles, c'est la doctrine de saint Paul, est pour le bien de ceux qui ne croient pas, et non pour celui des fidèles. C'était donc un privilège qui avait pour objet la vérité, et qui ne pouvait s'exercer par le mensonge. Il répugne d'ailleurs que l'erreur se trouve, se manifeste dans une action dont Dieu est immédiatement Tauteur. Or, que voyons-nous dans les guérisons dont parlent les Pères ? Un personnage déclare qu'il est le démon, que la parole du chrétien le torture, le brûle, le force de sortir, qu'il est contraint de se découvrir et de dire la vérité. C'est en effet cette autorité irrésistible que le chrétien prétend exercer au nom de Dieu, et il est tellement sûr de sa puissance, qu'il annonce d'avance, non la défaite du démoniaque, mais du démon. N'est-il pas vrai que s'il n'y a là que des cerveaux troublés, le miracle jette dans l'erreur et celui qui en est l'instrument et ceux qui en sont les témoins? que Dieu intervient directement, de manière à faire naître une conviction trompeuse dans ceux qu'il veut ramener à la vérité? Quel ridicule mélange de lumière et de ténèbres! Ces prodiges dignes de la sagesse et de la majesté de Dieu, ce sont, qu'il nous pardonne ce blasphème, de merveilleuses supercheries. Non, cela ne peut être, car l'absurde est impossible. Que le rationalisme en prenne son parti, la parole prophétique du Sauveur s'est littéralement accomplie : ce ne sont pas les maladies nerveuses que ses fidèles ont guéries surnaturellement pendant quatre siècles, ce sont les démons qu'ils ont chassés par la vertu de son nom du corps des possédés : In nomine ineo daemonia ejicient.
« La religion (des païens) était un lien matériel, une chaîne qui tenait l'homme esclave. Il en avait peur et
n'osait ni raisonner, ni discuter, ni regarder en face. Des dieux, des héros, des morts réclamaient de lui un culte matériel, et il leur payait sa dette, pour se faire d'eux des amis, et plus encore pour ne pas s'en faire des ennemis. Leur amitié, l'homme y comptait peu. C'étaient des dieux envieux, irritables, sans attachement ni bienveillance, volontiers en guerre avec l'homme. Ni les dieux n'aimaient l'homme, ni l'homme n'aimait ses dieux. Il croyait à leur existence, mais il aurait parfois voulu qu'ils n'existassent pas. Même ses dieux domestiques ou nationaux, il les redoutait, il craignait d'être trahi par eux. Encourir la haine de ces êtres invisibles était sa grande inquiétude. Il était occupé toute sa vie à les apaiser, paces deorum quœrere, dit le poète. Mais le moyen de les contenter? Le moyen surtout d'être sûr qu'on les contentait et qu'on les avait pour soi? On crut le trouver dans l'emploi de certaines formules.... C'était une arme que Thomme employait contre l'inconstance de ses dieux. Mais il n'y fallait changer ni un mot ni une syllabe, ni surtout le rhythme suivant lequel elle devait être chantée. Car alors la prière eût perdu sa force, et les dieux fussent restés libres*. »
C'est en ces termes qu'un homme fort compétent, M. Fustel de Coulanges, résume le caractère de la religion des anciens. Pour lui, ces dieux du paganisme sont de pures inventions de la crédulité humaine. Cette expression des sentiments religieux par le culte de la Grèce et de Rome serait très remarquable, s'il fallait l'entendre de la sorte, parce qu'elle serait la contradiction de ce qu'elle traduisait, le sentiment religieux étant une sorte de confiance instinctive en un pouvoir surnaturel, suprême et bienveillant; très remarquable aussi, parce que, si elle avait eu pour objet d'honorer des puissances malfaisantes,