‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 99 sur 123 · Encycl. Didot, Démoniaques · texte numérisé non relu

Encycl. Didot, Démoniaques

LES DKMONS AUX PRRMIEHS SIECLES. 433

miracles. » Voyons, messieurs, le miracle est un phénomène que la nature est incapable de produire. Les névroses sont généralement incurables, vous mêmes le constatez c'est dire qu'elles sont réfractaires à la force médicatrice de la nature. La guérison infaillible de ce que vous appelez une névrose, guérison qui se reproduit dans des milliers de cas, pendant quatre siècles, est-ce autre chose qu'une longue suite de phénomènes inaccessibles aux forces de la nature, autre chose qu'une série de miracles, ou, si vous voulez, un miracle immense qui a duré plus de quatre cents ans?

Que dire maintenant du moyen employé par les chrétiens ? Il est aussi simple qu'efficace; c'est un nom, toujours le même, ou son symbole. Or, ce nom, s'il faut en croire les rationalistes, n'avait absolument rien de merveilleux. Il provoquait une commotion nerveuse, de là, les guérisons. Ces habiles gens ont au moins un tort, celui de négliger un moyen aussi facile et aussi sûr. Les malades ne leur manquent pas. Leurs maisons de santé sont pleines d'hystériques, d'épileptiques et de fous. Qu'ils choisissent donc un mot, le plus doux ou le plus terrible qu'ils voudront ; qu'ils le prononcent avec tout le soin possible. Si, par ce procédé si naturel, ils guérissent, je ne dis pas tous leurs malades, ni même un sur mille, mais un seul, nous consentons à déclarer que les Pères de l'Église se sont grossièrement mépris. En attendant, on nous permettra de considérer comme téméraire la prétention de savants qui parlent au nom de la science, lorsque la science expérimentale, leur science à eux, malgré toutes leurs sollicitations dépose contre eux.

Mais, il y a plus, cette prétention repose sur un faux supposé. La commotion nerveuse, ce deus ex machina des rationalistes, ne pouvait être produite ni par l'audition du nom de Jésus, ni d'aucune autre façon, de telle sorte que l'explication des incrédules n'explique rien. En effet les

malades guéris étaient des païens, le nom de Jésus n'inspirait ni crainte, ni joie; et ils le méprisaient comme celui d'un supplicié vulgaire; donc, pas de commotion nerveuse de ce chef. « Que d'hommes, dit saint Cyrille de Jérusalem \ que d'hommes crucifiés à diverses époques l mais y en a-t-il un seul, autre que Jésus-Christ, dont le nom ait jamais chassé les démons? »

En second lieu, l'efficacité du nom divin se faisait sentir en des circonstances où les névroses n'avaient aucun rôle à jouer. Bien souvent, il jetait le désordre dans les cérémonies du culte, rendait les oracles muets, frappait les magiciens et les prêtres d'impuissance. Évidemment il serait peu sage de recourir en ces cas au subterfuge des maladies nerveuses. Il y a plus, le nom de Jésus produisait souvent ces effets merveilleux sans être prononcé et par conséquent sans être entendu. La présence seule d'un chrétien dont le front avait été marqué du signe de la croix dans le baptême, et dont la foi n'était connue d'aucun des assistants, était un exorcisme admirablement efficace. Cette influence mystérieuse était si bien établie, si bien connue des païens, que, lorsque les sacrifices étaient troublés sans cause apparente, on accusait aussitôt les chrétiens d'être les auteurs du désordre, et l'on déférait, si je puis ainsi dire, la confession de foi à des catégories entières de citoyens, afin de découvrir les sacrilèges, comme Lactance nous en a donné un exemple. Quelle commotion nerveuse pouvait bien détern^iner le front d'un baptisé sur des gens qui ne le connaissaient pas, qui ne faisaient attention à lui qu'après coup ?

Les maladies guéries par les chrétiens étaient de vraies possessions. Le pouvoir surnaturel était conféré aux fidèles, non pour une vaine ostentation, non pas même pour le soulagement unique des malades, mais pour convaincre,

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