Cité antique, p
LES DEMONS AUX PtlExMlEKS SIECLES. 437
disons le mot, les démons, elle n'aurait pu prendre une autre forme. En effet, ces êtres invisibles, « envieux, irritables, sans attachement ni bienveillance, volontiers en guerre avec l'homme », que l'on s'efforce toujours d'apaiser sans y réussir jamais et que l'on enchaîne au moyen de formules invariables, offrent en cela même les traits propres des divinités infernales \ Ce que la réflexion dégagée de tout esprit de système permet de découvrir sans trop de peine,- le pouvoir exercé par les chrétiens des premiers siècles le démontre d'une manière indubitable. Nous avons vu que les chrétiens, grâce au nom de Jésus, avaient sur les démons une autorité irrésistible, les tourmentant, les obligeant de rendre témoignage à la vérité et les forçant de quitter le corps de leurs victimes. Or, l'un des aveux les plus ordinaires, celui qui contribua le plus à la ruine du paganisme, c'est l'aveu de l'identité des « dieux charmants » avec les hideuses puissances de l'enfer. « Ces esprits souillés, dit
1. Lactance affirme catégoriquement {Div. Instit. IV, 27) que les démons eux-mêmes ont institué, pour la ruine de l'homme, dos cultes divers suivant les divers pays, afin de se faire honorer, trompant leurs adorateurs au moyeu de faux uoms. Ne pouvant en effet par eux-mêmes prétendre à la divinité, ils se sont parés des noms de rois primitifs, afin de capter sous ces titres les honneurs divins.
Du reste, certains passages des auteurs anciens attestent que les institutions religieuses du paganisme avaient une origine extranaturelle. Porphyre, cité par Eusèbe {Prép. Évang. V, 11), s'exprime ainsi : « Ce sont eux (les dieux) qui non seulement nous ont dévoilé leur manière de gouverner et toutes les autres choses qu'on en rapporte, mais qui même nous ont suggéré tout ce qui leur plaît, tout ce qui donne de l'empire sur eux, et même ce qui leur commande invincib'ement de condescendre; quelles victimes leur sont agréables ; quels jours sont néfastes, la forme à donner aux statues; en quel lieu on doit les placer; sous quelles apparences ils se montrent; en quels lieux ils se plaisent; en un mot, il n'est rieu, dans le culte que les hommes leur rendent, qu'ils n'aient appris des
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Lactatièe*,ne font du mal qu'à ceux qui les craignent,que la main du Dieu tout-puissant ne protège pas, qui n'ont pas été initiés au sacrement de la vérité. Quant aux justes, aux adorateurs de Dieu, les démons les redoutent; conjurés par son nom, ils sortent des corps; flagellés par leurs paroles comme par des fouets, non seulement ils avouent qu'ils sont des démons,maisilsfontconnaitrelenrsnoms,qui sont ceux des divinités adorées dans les temples, et ces aveux d'ordinaire ils les font devant leurs adorateurs, non pour tourner en opprobre leur religion et les honneurs qu'ils reçoivent, mais parce qu'il leur est impossible de mentir, à cause du nom de Dieu p3.t lequel ils sont conjurés et à cause des justes dont la parole les torture. »
Minutius Félix est plus explicite encore. « Ces esprits impurs, dit-il*, les démons... se tiennent cachés sous les statues et sous les images consacrées; leur action secrète leur attire les honneurs divins, parce qu'elle fait croire à la présence d'une divinité. Établis au fond du sanctuaire.
dieux. > Porphyre ptouve ce qu'il dit par des exemples, dont nous rapportons le suivant : < Sculptez une statue de bois (c'est Hécate qui parle) bien rabotée, comme je vais vous l'enseigner. Faites le corps d'une racine de rhue sauvage, puis ornez-le de petits lézards domestiques; écrasez de la myrrhe de Styrax et de l'encens avec ces mêmes animaux, et vous laisserez ce mélange à l'air pendant le croissant de la lune ; alors adressez vos vœux dans les termes Sui" vants... »
Un autre passage de Porphyre semble indiquer que la consécration de l'idole n'était pas une pure cérémonie. * Hécate, dit-il (Prép. Évang. V, 15), n'a pas seulement montré que ces caractères (sym, boles gravés sur le métal) lui plaisent, mais comme je le disaisqu'eux-mêmes (les dieux) sont ciroonscrits et qu'ils habitent dans l'image présente comme dans Un sanctuaire ; ils ne peuvent se mouvoir sur la terre, mais seulement sur la terre sacrée qui porte l'image de la déesse. Si cette image venait à être détruite, cela anéantirait la vertu de la divinité sut la terre. »