I. Apologet, XXII
LES DKMONS AUX PUEMIEHS SIÈCLKS. 453
dieux des infamies que les Pères n'osent pas même nommer. Diodore de Sicile dit que les bacchanales ne se célébraient que la nuit à cause des turpitudes qui s'y commettaient. Or, le Bacchusqui présidait à ces fêtes s'appelait Sabasius. Macrobe dit Sabadius ; mais c'est évidemment le même nom. Jupiter remplaçait quelquefois Bacchus et s'appelait aussi Sabasius pour la circonstance\ Voilà les sabbats du moyen âge, qui, s'il faut en croire certaines rumeurs, se renouvellent maintenant dans les antres de quelques sociétés secrètes.
Tout ce merveilleux est à la fois honteux et misérable. Le démon ne peut donner que ce qu'il a, c'est-à-dire l'abaissement et le mal. S'imaginer qu'il ait jamais réalisé ou qu'il puisse réaliser, pour ceux qui ont la sottise de se livrer à lui, les contes des fées ou de la princesse Schéhérazade, c'est s'abuser d'étrange sorte. Ni les richesses, ni les plaisirs durables, ni la santé, ni une perpétuelle jeunesse, ni rien de ce que les hommes souhaitent avec le plus d'ardeur, ne se trouve à sa libre disposition. Enserré d'un côté par les lois de la nature, qui pour lui sont inflexibles, de l'autre par la misère de son affreuse condition, il ne peut rien donner d'extraordinaire qui ne soit faux, vil et mauvais; il a perdu jusqu'aux agréables fictions où il se dissimulait avant le grand jour de la ruine du paganisme. Sa misère est telle que ses propres sujets lui refusent volontiers l'honneur de croire à son existence ; il n'a plus même une place dans l'opinion de ses amis.