‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 108 sur 123 · Cf. Le Nourry, m Arnob., ch. xix · texte numérisé non relu

Cf. Le Nourry, m Arnob., ch. xix

BEVUK SOMMAIRE DES ARGUMENTS DIRIGES CONTRE LE MIRACLE PAR LES INCRÉDULES CONTEMPORAINS.

Pour les adversaires du miracle qui se piquent de science, M. Littré est la grande, presque la seule autorité. Ils se reposent sur la croyance qu'il a péreniploirement démontré la thèse qui renverse le surnaturel. Examinons donc qu'elle est la puissance d'argumentation de ce patriarche des incrédules sérieux. Voici ce qu'il dit dans un article intitulé : Un fragment de médecine rétrospec^ tive (Philosophie positive, juillet-août 1869), au sujet des miracles opérés au tombeau de saint Louis.

« Tous les témoignages, toutes les enquêtes, toutes les bonnes fois (sic) sont subordonnées (sic) à ceci : qu'elles (sic) ne soient pas en désaccord avec les lois naturelles expérimentalement établies par la science... A priori, la science ne nie pas le miracle ou interversion du cours de la nature; mais, a posteriori, elle a reconnu que devant elle, sous ses yeux, entre ses mains, aucun miracle n'ar^ rive. Ainsi est née entre la science et le miracle une lutte où celui-ci a succombé. »

Qu'on lise avec attention ce beau passage, on sera surpris du degré de faiblesse logique de celui qui l'a écrit, Il

débute par cette affirmation : « Tout témoignage qui atteste un miracle est nécessairement faux.» La chose n'est pas claire, elle a besoin d'être prouvée ; M. Littré le sent et va nous en administrer une preuve. Mais il fait d'abord une concession telle qu'il ne pourra plus rien prouver. «Ce n'est pas, dit-il, que le miracle soit en luimême impossible ; la science, et c'est en son nom que je parle, la science n'a pas à se prononcer là-dessus. Car l'impossibilité d'une chose est du ressort de l'absolu, de Va priori, où la science n'a rien à voir, sa compétence ne s'étendant pas jusque-là. J'accorde cela, mais je ne maintiens pas moins que le miracle est impossible, et voici pourquoi. La science n'a jamais rencontré de miracle dans ses expériences, donc le miracle est impossible et tout témoignage favorable au miracle est faux. C'est ainsi que la science a refoulé le miracle dans le néant. » On conviendra qu'il serait difficile de rencontrer une pensée plus incohérente et partant moins concluante. Et voilà les chefs de l'incrédulité sérieuse! que dire des autres? M. Littré s'est livré à cette explication malheureuse pour échapper aux témoignages qui attestent la réalité historique des miracles opérés au tombeau de saint Louis. C'est une tentative pour persuader que, en pareille matière, le témoignage des savants est seul recevable. Mais il commet une confusion regrettable, que l'on retrouve dans les écrits de beaucoup de médecins. Il confond la réalité du fait avec sa signification, choses profondément distinctes. Le fait, même miraculeux, ne demande, pour être constaté dans sa réalité, comme fait, que des sens exercés régulièrement ; la signification du fait au contraire demande un esprit capable d'en apprécier exactement la valeur. Pour cette dernière opération, qu'on réclame l'intervention d'un homme rendu compétent par ses études spéciales et surtout la rectitude de son iugement, rien de mieux ; mais pour le fait tout nu, la compétence est par-

faite en quiconque peut régulièrement voir, entendre et toucher ; il ne faut rien de plus. Quand un homme vous atteste qu'il a vu telle ou telle chose, il faut s'assurer qu'il ne ment pas; et, cette précaution prise, on n'a plus qu'à le croire, car il est le seul au monde qui sache ce qu'il a vu, et il le sait de telle sorte qu'il ne peut se tromper, le témoignage des sens produisant infailliblement la connaissance de leur objet immédiat. Seulement le témoin peut mêler au témoignage de ses sens son propre jugement, lequel n'est pas infaillible. S'il n'est pas compétent en la matière, que le juge compétent, que le savant, le philosophe, le théologien juge ce jugement en même temps que le fait attesté. C'est ainsi qu'on arrive sûrement à la vérité, et non pas en édictant des lois bien peu sages, en vertu desquelles les médecins auraient seuls le droit d'exercer correctement les sens. Aussi qu'arrive-t-il avec cette législation bouffonne? M. Littré nous l'apprend par son exemple. Parmi les miracles de saint Louis, tous également attestés au point de vue historique, il en choisit sept, ni plus ni moins, dont il s'imagine avoir trouvé l'explication naturelle. Ces sept cas sont réels pour lui, les autres ne le sont pas ; car « tous les témoignages, toutes les enquêtes, toutes les fois sont subordonnées à ceci, qu'elles ne soient pas en désaccord avec les lois naturelles expérimentalement établies par la science. » Avant M. Littré, ces sept cas étaient faux, car l'expérience scientifique les excluait encore du domaine des lois établies, comme tous les autres sont faux et resteront faux jusqu'à ce que l'expérience les ait appelés du néant à la réalité. Disons le mot, cette manière de réagir scientifiquement sur le passé, est au-dessous de la puérilité.

M. Littré nous a jadis écrit qu'il préférait le moindre fait à toute la logique du monde. La logique lui a gardé rancune.

De riiabileté des chefs, on est en droit de conclure à l'habileté de la troupe. Cependant il sera bon de montrer quelque chose du savoir-faire des officiers subordonnés et des simples soldats. On va voir qu'ils ne savent que répéter.

A tout seigneur, tout honneur. Voici d'abord M. Soury, qui fut, dit- on, secrétaire de M. Renan, et qui parle, sans doute, en écho plus facilement que tout autre \

« Du moment que le monde a été créé, que les lois ne résultent pas de la nature des choses, mais de la volonté arbitraire d'un être qui est intervenu et continue d'intervenir par des miracles et d'impénétrables desseins dans ce temple immense de l'univers qu'il s'est construit pour s'y faire adorer, il n'y a plus ni astronomie, ni physique, ni physiologie, ni sociologie. « (Cité par Yiardot : Libre examen, p. 121.)

Un docteur en médecine, qui signe Edouard Féraud, écrit de son côté, avec une égale profondeur :

« Le surnaturel et la science sont incompatibles; partout où celle-ci a rencontré le miracle, elle l'a chassé et mis la réalité à la place de l'hypothèse... Elle reconnaît que toutes les causes des phénomènes, toutes les lois de la nature ne sont pas exactement connus, mais tout fait surnaturel, toute pterversion aux lois naturelles sont pour elle comme non avenus; elle ne discute pas le miracle, elle le rejette comme impossible ; car elle sait que le cours de ces lois ne pourrait être arrêté un- seul instant, sur un point sans troubler aussitôt l'ordre général de l'univers. » {Le grand Dieu et les petits dieux, p. 416.)

Les moralistes incrédules sont représentés par un certain Paul Guilly. Modeste à l'excès, ce moraliste n'ose pas se prononcer en son nom sur le miracle ; il cite d'abord ces

1. Que M. Renan nous le pardonne, il y a du baragouin dans son écho.

paroles de M. Renan, qui sont celles d'un visionnante : « La claire vue scientifique d'un univers où n'agit d'aucune façon appréciable aucune volonté libre supérieure à celle de l'homme, est une ancre inébranlable sur laquelle nous n'avons jamais chassé. Nous n'y renoncerons que quand il nous sera donné de constater dans la nature un fait spécialement intentionnel ayant sa cause en dehors de la volonté libre de l'homme ou de l'action spontanée des animaux. » M. Guilly, désireux de fixer, lui aussi, le navire de ses opinions sur l'ancre de la claire vue, s'empare de cette profession de foi, en disant : « Nous nous approprions cette déclaration de M. Renan, parce qu'elle pose bien le défi opposé par la conception scientifique de l'univers à la conception spiritualiste.» (La nature et la morale, p. 134.)

Un autre moraliste tout aussi inconnu, M. Jules Lahhé, écrit, en son propre nom cette fois: «Demanderons-nous à Dieu un miracle? — Non, si nous avons vraiment le sens religieux. Car le miracle est contradictoire avec l'immutabilité de la volonté divine. Ce que Dieu veut, il le veut de toute éternité *. 11 n'a pas établi la loi dans une heure de caprice, pour la violer au gré de nos passions. Demander à Dieu qu'il bouleverse, en notre faveur, les lois éternelles, c'est lui demander de se contredire, de changer, c'est-à-dire de n'être plus Dieu. » (La conscience, p. 286.)

M. Lucien Lenglet, conseiller à la cour impériale de Douai, ancien représentant à l'Assemblée constituante, écrit dans le même ordre d'idées et tout juste avec la même portée que M.Jules Labbé: «Tout ce qui se produit actuellement dans l'univers. Dieu le veut actuellement, et c'est sa volonté actuelle qui le réalise comme efficiente. Croire au surnaturel, c'est donc croire à la volonté actuelle de Dieu contrariant sa volonté éternelle et par conséquent

1. Oui, le miracle tout comme les phénomènes les plus ordinaires.

actuelle; c'est admettre qu'il veut actuellement le pour et le contre, ou qu'il veut s'empêcher de faire ce qu'il veut faire ; ce qui est absurde. » (L'homme et sa destinée, p. 498.)

M. Lenglet et M. Labbé appartiennent à la catégorie des incrédules spiritualistes. Revenons à l'incrédulité pure.

M. Léon Richer, qui fut, si nous ne nous trompons, rédacteur de VOpinion nationale, est on ne peut plus catégorique, ce qui ne veut pas dire intelligent: «Il n'y a pas, dit-il, deuK manières de concevoir l'ordre... On ne peut croire au miracle en même temps qu'à la loi... Moi, qui crois à la loi, je crois à la science.» (Lettres d'un libre penseur, 2' série, p. 26.)

Ce libre penseur dit sans doute ce qu'il pense, et sans doute, il le sait; mais que dire de cet autre qui attribue aux croyants une niaiserie éclose dans son cerveau de pauvre penseur? M. Duchassaing, qui ne nous est connu que par son livre intitulé: La religion rationnelle, écrit : « Aucun homme de bonne foi ne saurait nier et les plus fervents fidèles sont les premiers à convenir que la révélation telle qu'on nous la présente, résultant à la fois d'un fait historique et miraculeux, est en désaccord avec les données fondamentales de la raison (p. 344).» 0 Jean Jacques !

Le littérateur Viardot cite quelques amis contre le miracle, puis il conclut magistralement, c'est-à-dire follement : «La création serait un miracle et de tous les miracles le plus miraculeux j. Ce seul mot le condamne, car il n'est plus de milieu devant notre raison: ou le miracle écarte la science, ou la science écarte le miracle. « Ce sont, dit Tyndall, des ennemis-nés. » Il faut donc choisir entre eux ; il faut choisir entre la vérité révélée et la vérité démontrée.

1. Ce profond penseur aurait bien dû nous apprendre quelle loi de la nature, qui n'est pas encore, renverse la création de la nature.

« Le miracle est condamné sous les deux aspects philosophiques : à prioriy parce qu'il contredit l'ordre général qui régit le monde; a posteriori, parce que jamais historiquement et scientifiquement, l'on n'a établi la réalité d'un miracle. » (Libre examen, p. 34.)

Les Juifs ont aussi leurs représentants dans la triste guerre de l'impiété contre le miracle. Voici comment s'exprime Alexandre WeilU ce vétéran de l'Israël français : « La théologie a commencé par la proclamation d'un créateur, ayant créé le monde d'après sa volonté et veillant sur son œuvre comme l'horloger sur son horloge, l'avançant quand elle retarde, la retardant quand elle avance et la faisant marcher de nouveau quand elle s'arrête. Cette théologie i, logique dans son erreur, car l'erreur a sa logique forcée comme la vérité, a inventé le miracle et le pardon, c'est-à-dire un créateur qui défait à volonté les lois qu'il a faites ou les suspend d'après sa toute-puissance.» (Vérités absolues, p. i06.)

Enfin, il y a jusqu'à des prêtres apostats qui répètent ces insanités. Tel est l'Italien François Bonavino, qui a publié un livre intitulé: le Rationalisme, en le signant du nom d^ Antonio Franchi. Il s'exprime de la sorte (p. 161) : « Les caractères du miracle, de l'aveu des théologiens eux-mêmes, sont :

« 1° D'être un fait sensible;

« Mais le sensible ne peut être Tefïet de ce qui est absolument immatériel, d'un esprit pur, tel qu'ils supposent Dieu';

« ^^ De ne pouvoir provenir d'une cause naturelle; « Mais en dehors des séries de causes et d'effets naturels, c'est-à-dire de fonctions et de phénomènes appar-

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