‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 110 sur 123 · LÉ FAKIR ENTERRÉ VIVANT · texte numérisé non relu

LÉ FAKIR ENTERRÉ VIVANT

« A la suite de quelques préparatifs, qui avaient duré quelque temps et qu'il répugnerait d'énumérer, le fakir déclara être prêt à subir l'épreuve. Le Maharadjah, le chef des Sikhes et le général Ventura se réunirent près de la tombe en maçonnerie construite exprès pour le recevoir. Sous nos yeux, le fakir ferma avec de la cire toutes les ouvertures de son corps qui pouvaient donner entrée à l'air, en exceptant sa bouche, puis il se dépouilla de ses vêtements ; on l'enveloppa alors dans un sac de toile, et, suivant son désir on lui retourna la langue en arrière de manière à lui boucher l'entrée du gosier. Après cette opération, le fakir tomba dans une espèce de léthargie. Le sac qui le contenait fut fermé, et un cachet fut apposé par le Maharadjah. On plaça ensuite ce sac dans une caisse de boio cadenassée et scellée, qui fut descendue dans la tombe; on jeta une grande quantité de terre dessus, on foula longtemps cette terre, on y sema de l'orge ; enfin, des sentinelles furent placées tout à l'entour avec ordre de veiller jour et nuit. Malgré ces précautions, le maharadjah conservait des doutes ; il vint deux fois, dans l'espace de dix mois, pendant lesquels le fakir resta enterré et il lit ouvrir devant lui la tombe ; le fakir était dans le sac, froid, inanimé enfin tel qu'on l'y avait mis. Les dix mois expirés, on procéda à l'exhumation définitive du fakir. On ouvrit, en notre présence, les cadenas, on brisa les scellés, et, après avoir enlevé la caisse hors de là tombe, on retira le fakir : nulle pulsation au cœur, point de respiration, le sommet de la tête était resté seul

le siège d'une chaleur sensible, qui pouvait faire soupçonner la présence de la vie. Alors une personne lui introduisit très doucement le doigt dans la bouche et replaça la langue dans sa position normale; puis on le frictionna, on versa sur tout son corps de l'eau chaude; petit à petit la respiration, le pouls se rétablirent, et le fakir se leva et se mit à marcher en souriant. Il nous dit que, pendant son séjour sous terre, il avait fait des rêves délicieux, mais que le réveil était toujours très pénible; avant de recouvrer sa connaissance, il avait, dit-il, des vertiges.

« Cet homme est âgé de trente ans ; sa figure est désagréable et a une certaine expression de ruse. Il s'entretint longuement avec nous et nous offrit de se faire enterrer une autre fois en notre présence. Nous le prîmes au mot et lui donnâmes rendez-vous à Lahore. Après avoir choisi un endroit convenable et fait construire une tombe en maçonnerie et une caisse bien solide, munie d'un système de cadenas et de clefs fort sûr, nous fîmes revenir le fakir ; il arriva en protestant du désir qu'il avait de nous prouver qu'il n'était nullement un imposteur et nous dit qu'il était prêt à subir l'épreuve, mais il nous demanda quelle serait sa récompense. Nous lui promîmes une somme de 1,500 roupies et un revenu de 2,000 par an, qu'on se chargeait de lui obtenir du roi. Satisfait de ces conditions, il désira savoir quelles précautions on comptait prendre à son égard ; on lui montra les cadenas et les clefs, et on l'avertit que des sentinelles, choisies parmi les soldats anglais, veilleraient autour du tombeau pendant une semaine; il ne voulut pas accéder à ces conditions et exigea que des doubles clefs fussent remises à ses correligionnaires et que ce fussent eux qui seraient charades de veiller autour de la tombe. Les officiers ne voulant pas souscrire à ses demandes, il se retira disant que l'on avait 1, intention d'attenter à sa vie. Quelque temps après, il envoya un des chefs Sikhes pour faire savoir que le Maha-

radjah l'avait menacé de sa colère s'il ne tenait pas la promesse qu'il avait faite aux anglais, et qu'il voulait bien se soumettre à l'épreuve, quoique bien convaincu que le seul but des officiers était de lui ôter la vie et qu'il ne sortirait jamais vivant de la tombe.

« Nous lui répondîmes que, sur ce dernier point, nous partagions complètement sa conviction, et que, ne voulant pas avoir sa mort à nous reprocher nous le tenions pour quitte de sa promesse. »

Topographie médicale de Loudhiana, par le Dr Mac Gregor.

Extrait de la Revue d'Edimbourg dans la Ret^ue Rritannique, tom. XXXII, p. 368, et dans le Dictionnaire Larousse, art. Faquir.

Ce récit étrange appelle quelques observations.

D'abord, il est manifeste que c'est un tour de fakir, qui s'apprend et qui demande tout un appareil de préparations, de précautions, de soins, disons le mot, de trucs. Le fait que nous venons de rapporter n'est pas le seul qui se soit passé en présence d'Européens; les fakirs se dressent à cela comme nos acrobates à danser sur la corde. Mais tout ne se passe pas au grand jour ; il y a des supercheries ; on ne peut en douter après le refus du fakir d'accepter une garde anglaise pour son tombeau. Du reste des expériences viennent d'apprendre à tout le monde que l'organisme peut supporter des jeûnes fort prolongés. Et puis, il est bien certain que les sorciers de l'Inde sont tout autrement habiles que les nôtres, et il est fort vraisemblable que leurs esprits familiers sont de la partie.

Autre réflexion. Un rapprochement entre la résurrection d'un mort et le tour du fakir ne serait pas raisonnable. Il y a une raison bien simple à cela, c'est que pour ressusciter il faut d'abord être mort. Mais le fakir n'est évidemment pas réduit à cette condition, la dernière de toutes. Il n'est point mort quand on le met dans le car-

cueil, comme tous les assistants le croient; il n est point mort quand on l'en retire, comme le prouve le reste de chaleur observé au sommet de la tête ; suivant toutes les vraisemblances, il n'était pas mort non plus dans l'intervalle. La vérité est qu'il mourrait réellement si ses associés ne venaient à son secours au moment opportun pour remettre ses organes en exercice. Leurs services rappellent une résurrection exactement comme les soins que l'on donne chez nous aux noyés quand il leur reste encore un peu de vie.

Les miracles de résurrection ne présentent rien de semblables. La vie a disparu. La mort est patente et constatée. Puis, sans artifice d'aucune sorte, sans le secours de personne, sur un ordre, après une prière, la vie revient complète, parfaite du premier coup. Il faut être bien dépourvu des dons de l'esprit pour laisser promener sa pensée sur un tour de fakir au sujet d'une telle manifestation de la toute puissance.

Ilî

LES SENS A LA DISCRÉTION DE l'hYPNOTISEUR

Les hallucinations négatives dont -il a été parlé dans notre ouvrage s'expliquent naturellement. Mais notre explication serait sans doute insuffisante à l'égard de faits plus compliqués. Ainsi le docteur Baréty en rapporte qui nous semblent au-dessus des forces ordinaires. Il a un «sujet» hystérique d'une docilité exceptionnelle aux influences hypnotiques, «fl s'endort, écrit M. Baréty j, les yeux fermés ; sur mon ordre, il les ouvre. Il peut causer

l. Berne de l'hypnotisme, septembre 4887.

avec moi, se rendre compte de mes mouvements. Il dit, exécute, pense et oublie même tout ce que je lui suggère de dire, de faire, de penser et d'oublier, soit immédiatement, soit à échéance, durant le sommeil plus ou moins longtemps après, dans l'état de veille qui va suivre. » Dans le sommeil provoqué, « il est incapable de voir et de sentir aucun des objets nombreux et variés qui sont autour de lui... Mais il suffit que je le mette en état de rapport avec les personnes, les animaux et les objets qui l'entourent, pour qu'il les voie, les entende et les sente comme s'il était éveillé. »

Vétat de rapport est une expression assez mal choisie. Ce n'est pas le «sujet», c'est M. Baréty lui-même, qui se met en rapport avec l'objet de l'expérience, et dans de telles conditions que son «sujet» n'en peut rien savoir, ou, ce qui revient au même se trouve en dehors de tout rapport. Ainsi, lorsque tout est invisible pour son « sujet », M. Bai'éty se place derrière une personne et la touche d'une manière imperceptible dans le dos, aussitôt cette personne devient visible ; il retire son doigt, la personne redevient invisible. La personne invisible s'appuie à l'extrémité d'une longue table; M. Baréty touche la table: elle devient visible; il retire son doigt t elle redevient invisible. M. Baréty se place derrière son « sujet » , la personne invisible est'devant et reste invisible; M. Baréty la regarde, elle devient visible; il cesse de la, regarder: elle redevient invisible. La personne invisible est placée devant une glace ; M. Baréty, qui ne peut être vu dans la glace, jette les yeux sur l'image de la personne invisible : aussitôt [la personne invisible devient visible. L'expérience a été répétée de bien des manières, toujours avec le même résultat. Il suffisait même à M. Baréty de diriger un doigt vers la personne invisible pour la faire apparaître aux yeux de son sujet.* Le même effet a été obtenu en dirigeant le doigt vers l'image de la personne.

« Placé derrière L... endormi, dit encore le docteur Baréty, il me suffit de regarder fixement ou de désigner du doigt, directement ou par réflexion dans une glace, un objet seul placé plus ou moins loin au devant de lui, pour qu'il le voie presque aussitôt et qu'il indique spontanément qu'il le voit. Et il me suffit de fermer les yeux ou de retirer mes doigts en les repliant pour qu'après quelques secondes, il ne voie plus l'objet visible» !

« Si, pendant que je me tiens derrière L..., une personne indifférente agite une clochette devant lui à quelques pas de distance, L... ne l'entend pas; mais si je viens à regarder fixement cette clochette, presque aussitôt il l'entend. Puis il ne l'entend plus, si je ferme les yeux, et de nouveau il l'entend si je les rouvre et ainsi de suite. »

« M. Baréty ajoute : « Toute personne mise par moi, de la manière sus-indiquée, en rapport avec L... peut l'influencer comme je ferais moi-même directement ; mais seulement pendant le temps que cet état de rapport est maintenu par moi. Elle peut, dans ces conditions, l'endormir, le réveiller et le suggestionner à volonté, tandis que lorsqu'elle agit sans subir mon influence, elle n'a absolument aucune influence sur L... »

Nous pouvons arrêter icinos citations: tous les éléments du phénomène s'y trouvent. On voit que Ton ne saurait y découvrir trace de suggestion sous n'importe quelle forme. L'action physique de l'hypnotiseur sur l'hypnotisé par rapport à l'objet sensible est manifestement rompu. Cette action joue le rôle de condition et non de cause. On est forcé de convenir, si l'on est logique, que la cause efficiente du phénomène n'est pas une cause naturelle : les causes naturelles qui agissent réellement sur le « sujet » ne produisent ni la visibilité, ni l'invisibilité, et celles auxquelles la visibiHté et l'invisibilité se rattachent par simultanéité, n'ont aucune action sur le «sujet.»

M. Barétv croit se tirer d'affaire au moven d'une force

naturelle qu'il crée de toutes pièces, qu'il appelle force neurique, et qu'il fait agir à la manière de rélectricité. Cette force s'échappe de ses doigts, de ses yeux, frappe directement, indirectement ou par réflexion les objets qu'il veut faire percevoir à son sujet, et leur communique le pouvoir d'être perçus pour lui. M. Baréty, oublie qu'il a toujours ses doigts à ses mains et ses yeux à sa tête, qu'il n'est pas d'objet dans le lieu où il se trouve avec son « sujet» qui ne soit perpétuellement directement, indirec" tement ou par réflexion en rapport avec ces organes. Cependant un seul devient visible et encore d'une manière intermittente. La force qu'il a inventée remplit bien mal son rôle, ou le remplit trop bien, comme on voudra. Celle qui agit en réalité est un peu trop intelligente pour n'être que physique, c^est-à-dire matérielle.

L ACTION DES MEDICAMENTS A DISTANCE CONTROLEE PAR L ACA- DÉMIE DE MÉDECINE — EXPÉRIENCES DES DOCTEURS BOURRU ET BUROT.

L'Académie de médecine a voulu contrôler officiellement les expériences qui ont pour objet l'action prétendue thérapeutique des substances placées dans des tubes clos. 11 ne sera pas inutile de reproduire ici le résultat de cette enquête. Nous l'empruntons au journal le Soleil (7 mars, 1888.)

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