Traité de V amour de Dieu, livre IV, chap. vil
diamants encore engagés dans la gangue native, des pensées que la réflexion n'a point réduites aune forme systématique, ni déformées. On trouve ces conceptions dans des jugements, dans des raisonnements dont elles sont le principe, mais implicite et en un sens inconscient; on les trouve même dans des sentiments dont elles sont la cause secrète et vivante; car l'abstraction réfléchie, inconnue aux esprits non cultivés, empêche le sentiment de s'épanouir dans le cœur en même temps que le jup^ement s'exerce dans l'esprit. Supposons donc un fait miraculeux, du moins en apparence, éclatant tout d'un coup au milieu d'une foule de gens de bons sens, mais illettrés : que remarquerez-vous d'abord? A coup sûr l'étonnement, l'admiration. Donc pour toute cette foule, quelque chose d'extraordinaire, ce n'est pas assez, quelque chose d'extraordinairement grand vient de s'accomplir. Est-ce tout ? Non, tous les yeux sont tournés vers le ciel et croient à une manifestation divine. Dieu semble présent et tous éprouvent soudain comme un besoin d'adorer. Un mot est prêt à jaillir de toutes les bouches : « Dieu est là ». C'est le mot même de la Bible : « Digitus Dei est hic; voilà le doigt c'est-à-dire, la puissance de D,ieu. » On peut se tromper et de fait on se trompe souvent dans cette affirmation; le sentiment qui l'accompagne, n'est pas fondé; mais l'idée générale qui est sous le sentiment et sous l'afiirmation, est bien celle que nous venons de dégager ; le miracle est pour tous une manifestalion de la Blmnité dans une œuvre extraordinaire.
L'Écriture, qui est un don fait à l'homme et non au philosophe ou au savant, appelle le miracle du nom de signe, signum, marque ou témoignage authentique de Dieu. L'aveugle-né dit de sa guérison miraculeuse : « Gomment U[i pécheur peut-il produire ces signes * ? » Les princes de