CHAPITRE III
Ce n'est pas le bon sens qui hésite en face de cette question. La réponse est si simple et si évidente qu'il faut avoir l'esprit faussé par l'habitude du sophisme, ou, ce qui est pire, par l'orgueil de la science, pour ne pas la voir du premier coup d'œil. Dieu peut tout ; donc il peut faire des miracles. Voilà deux petites propositions qui se comprennent sans effort et que rien ne saurait ébranler.
Mais nous voulons forcer les savants et les philosphes dans leurs retranchements ; leur parler le langage, non du simple bon sens, qu'ils dédaignent, mais de la science et de la philosophie. Nous voulons examiner à loisir leurs objections. Nous leur présenterons d'abord un argument que leurs principes mêmes ne leur permettent pas de récuser.
Le miracle a eu lieu, donc il est possible. La conséquence, on en conviendra, est de toute rigueur. Établissons le fait; la chose est très facile.
Vous, philosophes, vous prétendez que le monde s'écroulerait si une puissance étrangère au monde y intervenait pour y produire des phénomènes nouveaux. Eh bien î cette puissance y est certainement intervenue et le monde ne s'est pas écroulé; tout au contraire, il en a reçu une perfection qui est sa principale beauté. Vous, savants,, vous prétendez que la constance des énergies de l^univers
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exclut scientifiquement l'intervention dans le monde d'une force étrangère au monde. Eh bien f il est scientifiquement constant que cette force est intervenue à un moment précis de l'évolution du monde, et les énergies du monde n'ont pas été troublées; elles se sont au contraire trouvées engagées dans des phénomènes d'ordre supérieur, auxquels leur nature ne leur permettait pas de s'élever. Voici quel est ce grand miracle que l'incrédulité ne peut nier sans nier la science, sans faire preuve d'une ignorance grossière ou d'une mauvaise foi déshonorante.
Un grand fait s'est accompli depuis la création première, dont Dieu seul est l'auteur. Nous voulons parler de l'apparition sur la terre des êtres vivants. Il est maintenant scientifiquement démontré que, pendant de longs siècles, le monde n'eut d'autre règne que le régne minéral ; il n'est pas moins incontestable que la vie n'a pu sortir des minéraux, qu'il n'a fallu pour la produire rien moins qu'un acte créateur. Que l'on soutienne, si l'on veut, que les plantes et les animaux sont, en ce qui concerne l'organisation, des combinaisons nouvelles d'énergies déjà existantes, nous n'y contredirons pas; mais la vie, cette flamme, cette puissance qui dirige, qui utilise les énergies d'un organisme et en règle l'évolution, est une force sans analogie dans le règne physique, une force substantielle qui n'existait pas et que le créateur introduisit dans Texistence le jour qu'il fit paraître sur la terre, ce qui en est la gloire, les êtres animés \ Donc, la puissance créatrice ne s'est point emprisonnée elle-même dans son repos éternel, après en être sortie une seule fois, et rien ne
1. La querelle retentissante qui a divisé les savants de nos jours au sujet des générations spontanées, confirme ce que nous disons ici. Les panspermistes disent: « La vie vient de la vie; » leurs adversaires répondent: « Non, la vie présuppose seulement la vie. » On le voit, pour tous, la vie n'est jamais éclose spontanément. Son origine première est forcément une création.
nous autorise à croire qu'elle ne se manifestera plus par des phénomènes dont la nature ne contient pas la cause.
A cet argument, l'incrédulité n'a pas trouvé de réponse, et il est facile de prévoir qu'elle n'en trouvera pas' Haekel a fait semblant de s'en tirer en disant : « ou génération spontanée ou miracle, » et en sous-entendant : « moi, je suis pour les générations spontanées. » Ce ne peut être là qu'une plaisanterie, d'ailleurs assez déplacée. La génération spontanée qui serait ici nécessaire, est condamnée même par les hétérogénistes ; et elle ne tient pas une seconde devant ce simple axiome : ex nihilo nihilf si ardemment et si naïvement embrassé par la science militante.
Cependant il convient, en si grave matière, de ne laisser subsister aucun subterfuge. Nous allons donc examiner les sophismes que l'on oppose à la possibilité du miracle. On connaît le mot de J.-J. Rousseau : « Il ne faut pas répondre à celui qui nie que Dieu puisse faire des miracles il faut l'enfermer \ » Le nombre des gens dignes d'être enfermés est, hélas ! bien grand aujourd'hui. Beaucoup sont détraqués uniquement pour avoir subi l'influence du milieu où ils vivent. Quelques-uns recueillent les fruits de leur propre déraison. C'est de ceux-ci seulement que nous devons nous occuper. Philosophes ou savants, ilsmésusent de leur savoir au point démériter la flétrissure de Rousseau. Il ne sera pas inutile d'entendre et de contrôler leurs assertions.
1. Voici les paroles textuelles de J.-J. : « Dieu peut-il faire des miracles ? C'est-à-dire peut-il déroger aux lois qu'il a établies ? Cette question sérieusement traitée serait impie si elle n'était absurde. Ce serait faire trop d'honneur à celui qui la résoudrait négativement que de le punir : il suffirait de l'enfermer. » (Lettres écrites de la Montagne.)
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Objections philosophiques contre la possibilité du miracle.
La philosophie incrédule a, de nos jours, trois formes principales, qui sont : l'athéisme ou matérialisme, le positivisme et le rationalisme. Les représentants les plus autorisés de ces groupes nous semblent être : M, Renan, M. Littré et M. Jules Simon ; nous les écouterons de préférence, en eux nous entendrons tous les autres.
Dans son ouvrage, intitulé : Marc Aurèle ou la fin du monde antique, M. Renan nous fait lire les paroles suivantes. « Une autre cause a miné fortement, de nos jours, la religion que nos aïeux pratiquèrent avec un si plein contentement. La négation du surnaturel est devenue un dogme absolu pour tout esprit cultivé ^ L'histoire du monde physique et du monde moral nous ^ apparaît comme un développement ayant ses causes en lui-même et excluant le miracle, c'est-à-dire l'intervention des volontés particulières réfléchies. Or, au point de vue du christianisme, l'histoire du monde n'est qu'une série de miracles. La création, Thistoiredu peuple juif, le rôle de Jésus, même passés au creuset de l'exégèse la plus libérale, laissent un reliquat de surnaturel qu'aucune opération ' ne peut ni supprimer ni transformer. Les religions sémitiques monothéistes sont, au fond, ennemies de la science physique, qui leur paraît une diminution, presque une négation de Dieu. Dieu a tout fait et fait tout encore, voilà leur universelle explication. Le christianisme, bien que n'ayant pas porté ce dogme aux mêmes exagérations que rislam,implique la révélation c'est-à-dire un miracle, un fait tel que la science n'en a