‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 28 sur 123 · LK MIRACLE · texte numérisé non relu

LK MIRACLE

insi la diffusion, l'inondation du mal suprême, du mal moral, il n'y a rien là que la foi et que la raison même n'approuvent. Ne convient- il pas que le mal, toujours odieux, même quand il n'est que physique, ne procèle pas immédiatement du principe de toute bonté, ni même des créatures restées dignes de ce principe, d'où elles sont sorties? Les démons sont de vils bourreaux. Ce sera leur rôle à l'égard des misérables qui se seront librement perdus et que la justice divine condamnera en les abandonnant à la perversité de leur choix; c'' st le rôle qu'ils remplissent d'''jà à l'égard des ennemis d ' Dieu sur la terre : ils en modèrent ainsi les excès, lorsqu'ils se proposent uniquement de satisfaire leur rage, et souvent même ils les déterminent, comme à coups de fouet, à chercher un refuge dans les bras de Dieu, qui leur offre de leur rendre son amitié.

Tout cela est dans l'ordre. Ce qui ne l'est pas moins, c'est que l'homme garde sa liberté, son indépendance, et que, par conséquent, il ait la famlté d'en abuser. Car l'homme privé de liberté n'est plus un homme, et la liberté créée dont on ne peut abuser tant qu'on ne possède pas encore la fin même de cette liberté, n'est plus la liberté. Or, cet abus, dont la possibilité est dans l'ordre et Texercice un désordre, est précisément Tune des deux portes par où le démon s'introduit dans le monde sensible. En effet, nous avons dit que ce monde sensible est le domaine de l'homme et pourquoi il l'est. Il en résulte évidemment pour chaque homme (nous ne disons pas pour le genre humain), la faculté de se substituer quelqu'un dans ce fragment du monde qui lui est échu en partage.

Ainsi les opérations du démon en ce monde dépendent à la fois de Dieu, qui les empêche autant qu'il lui plaît et qu'il le juge convenable dans sa sagesse, et de l'homme, qui les favorise et leur ouvre le petit champ dont il dispose. Mais, pour avoir créé l'homme libre, Dieu ne ferme

DE l'intervention DES DÉMONS. 9^

pas les yeux sur l'usage qu'il fait de sa liberté. Le concours de cette liberté avec la puissance du démon pourrait être le principe des plus grands désordres, si les effets n'en étaient contenus par un pouvoir supérieur. C'est pour cela, croyons-nous, que l'intervention du démon, sur l'appel d'un homme, si elle a quelque influence pour le bien ou plutôt pour le mal de l'individu, n'ajoute rien oun'ôterien au courant de la vie sociale. L'ordre est intéressé dans ce dernier cas; il ne l*est pas dans le premier.

Nous croyons cependant que la loi n'est pas la même pour le bien et pour le mal, que Dieu n'accorde pas à l'un et à l'autre la même licence. Le bien et le mal dont nous voulons parler ici, sont le bien et le mal physiques en tant qu'ils sont les effets immédiats d'une opération diabolique, tels que, par exemple, la guérison ou la production d'une maladie. Malgré l'air paradoxal de cette proposition, il est convenable que Dieu laisse plus de latitude au démon quand il est appelé dans le monde physique pour y causer du mal, que lorsqu'il y est introduit pour produire du bien. En effet, le terme final des opérations du démon est toujours le mal ou un plus grand mal, même quand il semble offrir le bien. Il convient donc qu'il se présente d'ordinaire avec un aspect odieux et repoussant qui détourne les hommes de s'adresser à lui et inspire de l'horreur pour son concours; car les hommes, faibles et légers, se règlent volontiers sur les apparences. Si donc le démon est dépouillé du masque même de la bonté et de la bienveillance, celui qui se laissera tromper par lui ne devra plus s'en prendre qu'à sa propre malice. Incapable de tout bien et capable de tout mal, le démon montre forcément sa hideuse face dans toute sa laideur. Voilà pourquoi les biens qu'il semble procurer sont toujours menteurs, et les maux qu'il inflige toujours réels ; voilà pourquoi les opérations merveilleuses dont ses adeptes ont le privilège, inspirent, bon gré mal gré, un invincible dégoût. Sauf la

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tromperie des prestiges, le démon, substitut de Phomme, peut moins que l'homme pour le bien, mais il peut davantage pour le mal.

Répétons-le, il y a deux portes par où le démon pénètre dans notre monde, la permission divine et le libre appel de l'homme. Mais Dieu n'abandonne pas entièrement l'homme aux excès possibles de sa liberté : sa providence en empêche les effets, lorsque sa sagesse le juge opportun, et spécialement lorsque l'ordre général en recevrait quelque atteinte.

La permission divine éclate quelquefois au dehors, mais on peut dire qu'elle est alors exceptionnelle. Sous sa forme ordinaire, elle est commune, universelle même : les effets auxquels elle ouvre ainsi carrière prennent le nom de tentation.

Qu'on nous permette de jeter un coup d*œil sur ce phénomène curieux du monde moral.

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