SECTION III
De la manifestation extérieure de l'action des démons.
Dieu laisse, dans le but du bien, l'ange du mal pénétrer dans le monde. L'homme l'y introduit quelquefois par un appel positif et pour faire le mal avec lui. C'est alors que l'action du grand malfaiteur peut éclater au dehors.
Cet appel positif de l'homme comprend avant tout un acte de sa volonté. L'homme, en effet, cède ainsi une partie de son droit sur son domaine, et une cession de droit se fait toujours par un acte de la volonté. Mais un autre acte de volonté doit correspondre dans l'autre partie : la cession n*est réelle qu'autant qu'elle est acceptée. Le concours de deux volontés est donc ici nécessaire, qu'on veuille bien le remarquer, de la volonté d'un homme et de la volonté du démon. C'est là tout ce qu'il y a de significatif dans ce qu'on a qualifié du nom de pacte diabolique : le surplus est tromperie. Le pacte comprend naturellement des clauses qui en sont de part et d'autre le véritable motif. L'homme s'engage, d'une part, à certains actes sous la condition d'obtenir, d'autre part, l'accomplissement de certains désirs. Or, rien n'est moins solide que l'engagement que le démon fait semblant de contracter de son côté : il le tient s'il y trouve son avantage ; il . s'en moque si son avantage consiste à le violer, et, du reste.
c'est toujours de cette manière que se terminent ces tristes conventions.
Plusieurs ont cru que certains rites forcent les démons d'obéir à la volonté de Thomme. Saint Augustin écrit* que le philosophe Porphyre, en cela peu philosophe, attribue cette vertu à certaines sortes de pierres, de plantes, de bois, de cérémonies, à des animaux mêmes. 11 en est qui se sont imaginé pouvoir attacher tel ou tel démon à leur service ^ ; l'enfermer même dans un lieu déterminé, dans une bouteille. Le Sage s'en est souvenu dans son Diable boiteux, ce qui suppose que cette croyance était de son temps généralement répandue. Wierus ^ s'étonne que cet échappé de l'enfer ne force pas les parois d'une telle prison. Il raconte à ce sujet l'histoire d'un individu nommé Jacques Jodoci de Rosa, natif de Gourtray, qui portait, disait-il, un diable dans une bague, où il l'avait soudé au moyen de je ne sais quels exorcismes. C'était l'oracle qu'il consultait tous les cinq jours, quand il avait besoin de conseils. Pris à Arnheim, par l'ordre du chancelier Adrien Nicolaï, il fut condamné à briser, à coups de marteau, son anneau magique devant le peuple réuni sur la place publique ; ses livres furent brûlés et lui-même fut exilé. L'erreur jci touche au ridicule. Gomment un esprit serait- il emprisonné par de la matière, qui ne peut le contenir? Saint Thomas, après saint Augustin, nous dit ce qu'il y a de fondé en ces pratiques coupables. Ce ne sont point des forces qui contraignent les esprits, ce sont des signes '', mais des signes auxquels ils obéissent et qu'ils observent autant que cela leur plaît, ni plus ni moins. Appelés, ils peuvent venir, parce que la voie est ouverte ; ils peuvent