Les Mystères de la Police, t. I, p
DE l'intervention DES DÉMONS. 103
cliance de séduire. En tout le reste, elle seront frappées de la plus complète stérilité ; l'effet positif en sera complètement nul, pour le bien matériel même, je ne dis pas de la société, mais de celui qui s'est figuré conquérir un pouvoir supérieur par une si misérable alliance.
Mais entrons dans quelques détails, pour mieux montrer la vanité et l'odieux de ce commerce infernal.
Nous avons dit qu'en devenant le substitut de l'homme qui l'appelle, le démon n'use pas d'une puissance égale pour le bien et pour le mal. Il fait très réellement le mal, et, au lieu du bien, il ne produit que des illusions.
Que lui importe? La fm qu'il se propose n'est pas la même que celle de son misérable complice. Il veut donner un aliment a sa haine en poussant une créature à commettre le plus d'outrages possibles envers le Créateur, et ce but il l'obtient toujours. L'homme ne va pas si loin dans son intention coupable : il se propose la. satisfaction de sa curiosité, de son avarice, de son ambition, de sa concupiscence ou d'autres passions. Mais qu'obtient-il ?
Il semble d'abord que la curiosité aura lieu d'être satisfaite, une puissance supérieure à la nature s'employant à flatter son attrait si vif pour le merveilleux. Le démon, d'autre part, peut s'en tirer à bon marché : il ne s'agit que de représenter des fantômes devant l'esprit; de profiter de quelque disposition morbide, de quelque névrose, s'il en est dans celui qui l'invoque ; de produire des hallucinations en mettant les humeurs en mouvement d'une certaine façon, et de faire manœuvrer cette machine fantastique avec un peu d'habileté et de goût. Eh bien 1 qu'on lise les confidences, ou plutôt les révélations de ceux qui, en diverses circonstances, ont eu le spectacle de telles fantasmagories, l'on verra que rien de tout cela n'approche des simples créations de l'imagination réduite à ses propres ressources : rien de tout cela ne vaut un conte des
d04 LE MIRACLE.
Mille et une nuits, les rêveries du romancier le plus médiocre. Quant aux phénomènes réels, extérieurs, tout se réduit à des mouvements, à des changements de place, à des bruits dans le genre d'un charivari, à des convulsions, à des jeux puérils, ridicules et toujours inutiles, quand ils ne sont pas nuisibles. Une seule chose fait naître delà surprise, Timpossibilité de voir avec les yeux l'agent qui est la cause de ces niaiseries.
Il n'est pas rare que ceux qui s'adonnent à ces pratiques coupables, prétendent par là conquérir la science et prennent même volontiers le nom de savants et d'illuminés. Or, aucune connaissance ne nous est arrivée par cette voie. C'est à sa propre intelligence, à l'étude patiente, à l'inspiration venue d'en haut, que Thomme a dû tous les progrès qu'il a faits dans la science : le monde des ténèbres ne lui a pas communiqué la moindre lueur. Ce qu'on a publié sous le nom de révélations des esprits, les discours des possédés S en un mot tout ce qui nous est donné comme une communication des intelligences déchues, est d'une platitude vraiment écœurante. Bien loin que l'esprit humain ait quelque chose à glaner dans ces prétendues révélations, ce sont de véritables monuments d'ignorance, dont l'auteur semble ne pas connaître même la langue qu'il emploie. On s'est beaucoup moqué de la manière dont les médiums font parler les esprits, et, certes, rien n'est plus digne de moquerie que ce bavardage. Mais Ton a eu tort d'y voir une preuve de supercherie. C'est le contraire qui est la vérité. Un fourbe s'en tirerait infiniment mieux et serait plus habile à soutenir sa réputation. Il y a certainement ici une puissance supérieure qui contient les puissances du mal, les abaisse même jusqu'au ridicule. Sans cette contrainte, la séduction serait irrésistiblepour beaucoup d'hom-
1. Il faut excepter ce que les démous disent quand ils sont forcés par l'autoritô de l'Eglise.
mes naturellement portés aux choses curieuses, et l'ordre même de la société, la marche des événements humains en seraient profondément troublés.
Pour accroître la somme de ses connaissances, l'homme a reçu de Dieu des facultés, et sa providence lui ménage à proposiez objets sur lesquels il peut les exercer. C'est là sa loi. En vain essaye-t-il de s'en affranchir. Par des voies illicites, il n'arrive qu'à l'erreur, quand il ne reste pas dans son ignorance. Ajoutons qu'il est toujours bafoué par l'intelligence surhumaine qu'il croit appeler à son aide.
La divination même, par laquelle tant de peuples ont été abusés, n'offre pas plus de garanties. Il arrive quelquefois, nous en convenons, que les réponses obtenues par cette voie tombent à peu près juste ; mais le plus souvent elles sont ambiguës ou complètement fausses, de telle sorte que l'ensemble tout entier est frappé d'incertitude et que l'on ne peut plus se fier à rien. Le vrai même est un danger d'erreur, car suivant la remarque de saint Thomas* le démon ne dit la vérité que pour tromper : Veritatem dicit ut decipiat.
Le démon n'est pas moins incapable de procurer quelque satisfaction réelle à l'avarice. L'on en comprendra facilement la raison, si l'on songe que l'ordre social repose en très grande partie sur la loi de la distribution de la richesse. Tout serait bouleversé si le démon avait le pouvoir de jeter, sur le marché des affaires de ce monde, des valeurs proportionnées à l'àpre convoitise de ceux qui se vendraient volontiers à lui pour un tel prix. Quelques fous à la recherche de la pierre philosophale, ont pu se persuader qu'il produit de l'or à volonté, ou du moins qu'il possède sous terre les plus riches trésors : il ne possède pas un fétu dans ce monde sensible ; il est l'indigence môme. Ceux qui font profession de le servir et qui