‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 34 sur 123 · Wierus, IV · texte numérisé non relu

Wierus, IV

consistent. Ce sont des infestations qui rendent le séjour de certains lieux intolérable, des dommages dont les biens temporels sont l'objet, des maladies, la mort même, et enfin l'obsession et la possession.. Les moyens par lesquels la perversité humaine s'associe la puissance du mal pour nuire à autrui, prennent le nom général de « maléfices » , et n'ont ni plus ni moins de valeur que les autres pratiques de la magie.

Or, si nous réservons l'obsession et la possession, les autres opératio os malfaisantes n'offrent pas beaucoup de difficulté au point de vue de la doctrine. Supposez, en effet, un malfaiteur qui aurait l'art de se rendre invisible, tout ce qu'on attribue au démon ne dépasse pas ce que cet homme, ainsi protégé, produirait de mal. Que dis-je? L'impunité que lui assurerait le mystère enflammerait les désirs coupables de ce malfaiteur et lui ferait imaginer de nouveaux crimes. Mais, il y a tant de difficultés et même de dangers physiques à se servir du ministère des démons pour satisfaire des vengeances, que l'ardeur pour le mal d'autrui en est toujours singulièrement amortie. En somme, les dommages causés directement par le démon, sur l'appel d'un misérable, restent au-dessous de ce que peut, de ce que produit la malice humaine par elle-même. Les crimes qu'il exige de ceux qui invoquent son concours physique, sont plus nombreux et plus atroces que ceux qu'il accomplit lui-même en se rendant à leurs désirs. Tout se réduit à des phénomènes de Tordre humain, si je puis ainsi dire,dont la cause reste inaperçue; Les bruits eff*rayants, les taquineries, les pluies de projectiles, n'ont rien qui dépasse une origine humaine. Pour les maladies mystérieuses et la mort qui en résultent quelquefois, il faut ne pas oublier que la science abominable des empoisonnements est de tradition parmi ces initiés de l'enfer. Les anciens les appelaient tout simplement du nom d'empoisonneurs, venefici, et ils avaient parfaitement raison. Si des substances

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inoflfensives étaient mêlées aux poisons de leurs préparations abominables, c'était par une superstition ridicule comme toutes leurs cérémonies. L'instrument véritable et véritablement efficace de la maladie et de la mort, c'est le poison réellement contenu dans ces affreux mélanges. Le poison était administré d'une manière insolite soit à des hommes, soit à des animaux : la nature et la durée de la maladie, outre les conditions ordinaires du tempérament et des dispositions pathologiques de la victime, dépendaient de la nature et de la dose du poison et de la manière dont il était administré.

Ainsi tout est naturel dans ces phénomènes, sauf la main qui les fait naître, ou du moins sa manière d'agir, car elle est invisible. Cette main est-elle celle du démon, ou celle d'un homme devenu invisible par l'action du démon? L'on peut, croyons-nous, soutenir l'un et l'autre avec une égale vraisemblance ; mais qu'importe ? C'est là tout ce qu'il y a d^extranaturel. La loi que nous avons établie plus haut n'en est pas atteinte : ici encore, le démon ne pénètre dans le monde physique qu'à titre de substitut de l'homme qui l'appelle pour une œuvre où son concours est presque superflu.

Mais l'on dit que l'homme peut livrer l'homme au démon pour en être possédé, que l'homme peut être cause d'une possession démoniaque; n'est-ce pas là une opération qui dépasse l'ordre humain ? L'homme aurait-il humainement le pouvoir de posséder l'homme, comme il a celui de le rendre malade et même de le tuer? Notre réponse s'appliquera du même coup à l'obsession, qui n'est qu'un diminutif de la possession.

La possession est un phénomène double. Elle comprend une sorte de catalepsie de l'organisme, un état organique qui soustrait le système nerveux d'abord, et, par suite, tout le corps à l'influence du pouvoir directeur normal, c'est-à-dire de l'âme qui lui est unie ; c'est le premier élé-

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ment du phénomène. Le second consiste en ce que un pouvoir étranger, un démon, se substitue à Tàme frappée d'impuissance, non pour animer, ce qui est impossible, mais pour mouvoir le corps à sa place. Un instrument est perdu par un musicien, son légitime propriétaire; un passant le ramasse, en use pour exécuter des airs grotesques: telle est la possession.

Quant à la première partie du phénomène, il est évident que non seulement elle rentre dans la série des effets naturels, comme le montrent beaucoup d'accidents nerveux, la syncope, la catalepsie, l'accès épileptique ; mais que l'homme a le pouvoir de produire très facilement des effets analogues, soit en administrant certaines substances, telles que l'hachich, la morphine, le chloroforme; soit en soumettant ^organisme à certaines influences encore inexpliquées, telles que les passes des magnétiseurs et les procédés de l'hypnotisme. Par ces moyens, l'homme dépouille le corps de son semblable de spontanéité, de vie indépendante ; le réduit, pour ainsi dire, à l'état de matière inerte, de chose abandonnée, d'épave. Or, ceci une fois établi, la difficulté doctrinale des possessions dont l'homme est la cause, s'amoindrit considérablement. En effet, rien ne s'oppose à ce que, sur l'appel d'un homme, le démon se serve d'une table, par exemple, pour produire certains phénomènes physiques, pour former des signes dont il usera comme d'un langage. Mais, nous venons de le dire, le corps d'im être humain peut humainement rentrer dans la condkion d'un meuble inerte. Rien n'empêche donc que le démon s'en serve comme il se sert d'un meuble, le mette en mouvement, l'agite d'une manière ou d'une autre, le fasse parler, etc.

Sans nul doute, les procédés employés par le démon ne sont pas nécessairement les procédés employés par l'homme. Les deux natures qui agissent de part et d'autre sont tout à fait différentes, et par conséquent ont des manières

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différentes d'agir. Mais, si les effets ne dépassent pas ce qui est dans la sphère du pouvoir de l'homme, il est évident que l'auteur de ces effets, quel qu'il soit, ne produira rien qui ne puisse être produit par un substitut de l'homme. Or, examinez tout ce qui a lieu dans les possessions; y remarquez-vous rien que l'homme ne puisse accomplir, par d'autres moyens sans doute, mais avec non moins de succès? Des convulsions ? il peut en donner ; — un langage articulé? il fait parler des machines; — des suspensions au-dessus de la terre? il soulève toute sorte de fardeaux. La manière dont tout cela se manifeste a quelque chose de merveilleux, il faut en convenir; mais c'est un merveilleux repoussant et misérable, et qui ne vaut pas une simple séance d'un successeur de Robert Houdin.

L'abus de la liberté de l'homme explique donc suffisamment les possessions par maléfice. Rien ne sort des limites où cette liberté a licence de s'exercer, et l'ordre général n'en est pas plus troublé au fond qu'il ne l'est du fait de tout autre crime perpétré contre l'indépendance d'autrui.

Nous avons vu que, pour s'introduire dans le monde sensible, dont il est exclu par sa nature, le démon a toujours besoin, sauf la volonté suprême de Dieu, d*un intermédiaire qui lui en ouvre la porte. La clef de cette porte, c'est la liberté de l'homme. Voilà pourquoi les manifestations de la puissance du mal réclament d'ordinaire l'interposition d'un méc?^Mm, quoique ce nom, inventé en Amérique, désigne plutôt l'intermédiaire propre au spiritisme. Une fonction analogue se rencontre dans toutes les formes du merveilleux diabolique, non point, comme on le croirait, pour initier des ignorants, mais uniquement, nous le répétons, pour donner un peu plus de longueur à la chaîne du dragon infernal.

L'acte libre qui a cette étrange efficacité, prend deux formes dont il importe de tenir compte. Quelquefois, et ces cas sont les plus rares, il est formel et explicite. Le mé-

dium a la conscience pleine et entière de ce qu'il fait, il sait à qui il s'adresse, ce qu'il veut en obtenir et ce qu'il promet en retour. Nous n'avons pas à nous étendre davantage sur ce point, qui, après ce que nous avons dit cidessus, doit ne plus offrir de bien grandes difficultés. L'autre forme est toujours mêlée d'ignorance : la licence donnée au démon n'est qu'implicite, la volonté du médium se porte en général sur la puissance qui peut lui donner ce qu'il souhaite, sans invoquer directement le prince du mal mais aussi sans l'exclure formellement : il veut que son désir soit satisfait, n'importe parquet moyen. C'est ce que dans la langue ecclésiastique, on nomme la superstition, et la superstition a lieu toutes les fois que l'on demande à une cause des effets qu'il n'est point dans sa nature de produire, par exemple, desreponsesaunepierre.il se forme alors, de vaut l'esprit de l'homme troublé par ses désirs inconsidérés, comme une sorte de brouillard, qui Tempêche de discerner clairement l'impuissance absolue de la pierre, et qui permet à la volonté de pousser énergiquement, quoique à tâtons, jusqu'àla vraie cause du phénomène'. Gedésir pourrait, en effet, se traduire fidèlement en ces termes : « Je veux cet effet, quelle qu'en soit la cause. » Il ne faut pas autre chose pour lui ouvrir la porte du monde matériel, que cette évocation virtuelle.

Les chrétiens qui se livrent aux pratiques de la divination malgré les défenses de l'Église, se trouvent précisément dans cette disposition d'esprit. Peu importe que la superstition soit l'objet de l'engouement public ou dissimulée sous les noms de magnétisme, hypnotisme ou autres. Préférer la satisfaction de sa curiosité ou de tout

i. Le baron du Potet dit à son disciple : « Souviens-toi qu'en raison de ce que tu agis par les êtres au moyen d'une force cachée, il doit en résulter une sorte d'engagement, de consentement de ton esprit, qui sera lié à la chose faite, et dont il no pourra se dégager facilement. >

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autre désir déraisonnable à l'observation d'un précepte imposé par l'autorité légitime, c'est mettre sa volonté en harmonie avec celle de l'esprit du mal, et c'est vouloir son ingérence si elle est nécessaire a l'effet qu'on désire obtenir. Cette disposition peut se traduire de la sorte : « Le démon est peut-être sous ces phénomènes ; c'est même pour cela que l'Église me défend de les provoquer ; mais, je ne veux pas m'en préoccuper, et je passe outre : tant pis, si le démon est là. » Evidemment, nous avons ici une évocation virtuelle.

Les incrédules sont dans une condition peu différente. Il n'est pas vrai qu'ils ne croient pas au démon; ils y croient assez pour l'évoquer implicitement. En effet, règle générale, ils ont été fidèles à une certaine époque de leur vie : ils sont devenus incrédules en perdant la foi. Or personne ne perd la foi, sinon par sa faute, et quiconque perd la foi par sa faute, ne tombe pas dans l'incrédulité proprement dite ; il tombe dans la mauvaise foi, c'est-à-dire, sous les apparences de l'incrédulité, il cache des troubles et des restes de foi inavoués. On cesse de voir, non parce que la lumière s'éteint, mais parce qu'on ferme les yeux et qu'on ne veut plus voir. Quoi qu'on fasse, le souvenir de la lumière persiste et l'on n'arrive pas à se persuader foncièrement, au-delà de la région des passions, qu'elle n'existe pas. Sans doute on se moque alors de l'Église, on tourne ses prescriptions en ridicule. Mais on sait qu'elle défend la superstition parce que c'est à ses yeux un commerce criminel, au moins implicite, avec le démon ; au dehors et peut être même dans cette partie superficielle de l'àme où s'agitent les passions, on dit : « cette croyance est ridicule ; o mais, au fond le plus reculé de la conscience on dit malgré soi : « cette croyance est peut être vraie ; » et pratiquement on continue cette pensée, en disant! « mais, n'importe, j'irai jusqu'au bout, en [.dépit de l'Église et du diable. »

La bonne foi complète et vraie, si elle est possible, doit être seule excusée.

Un point bien digne de remarque, c'est que Révocation virtuelle peut se trouver au fon 1 d'une prière qui, dans la forme et dans l'intention, semble s'adresser à Dieu. La prière est alors viciée par une erreur coupable. J'appelle erreur coupable celle qui résulte d'une disposition volontairement mauvaise del'esprit. Telest, par exemple, l'orgueil qui porte un simple particulier à se constituer juge en des matières qui sont évidemment au-dessus de sa portée et de sa compétence. On a vu de grossiers paysans, incapables de lire couramment un livre imprimé, se croire en mesure d'en remontrer à l'Eglise de Dieu sur les enseignements de la foi. L'erreur qui doit nécessairement naître à la suite d'un orgueil de cette sorte, est une erreur coupable, et il n'est pas douteux que bien des savants et bien des philosophes tombent dans le même excès, car ils touchent aux questions de la foi avec la même assurance et la même compétence que le paysan fanatique.

L'opinion qui faisait le fond du paganisme était pareillement une erreur coupable. En effet, l'homme a toujours porté dans sa conscience ces principes essentiels qui constituent les éléments de la loi naturelle, et qui lui ont toujours permis de discerner avec certitude les conditions les plus essentielles de l'honnêteté. Jamais, par exemple, le vol et l'adultère n'ont été considérés comme des qualités de l'honnête homme. D'autre part, la Divinité a toujours été conçue comme la réunion de toutes les perfections. Le paganisme cependant invoquait des dieux qui étaient fort loin de mériter d'être reçus dans une compagnie d'honnêtes mortels, qui auraient été une souillure dans un bagne. Cette alliance de l'infamie et de la souveraine perfection dans une m^me idée, était une erreur évidente et par conséquent coupable. Qu'on ne parle pas, pour excuser cette monstruosité^, d'influence sociale, d'éducation, de pré*

jugés de race : outre que le devoir sur ce point était évident, il faut ne pas oublier que, si un secours du Ciel avait été nécessaire pour dessiller les yeux des civilisés de la Grèce de Rome, Dieu ne l'aurait pas refusé, car il l'accorde toujours à quiconque se porte au bien d'un cœur droit.

Le dieu qui correspond à l'idée payenne est constitué par deux attributs, la puissance et le crime. Or, ces deux attributs s'appliquent à merveille au démon. Il s'ensuit que le païen, en invoquant ses dieux, n'invoquait nullement le vrai Dieu, mais réellement les démons. De là, cette conséquence rigoureuse et importante dans l'histoire du monde: le paganisme a été l'invocation universelle, virtuelle, sinon formelle, des démons, une sorte de conspiration inconsciente de Hiumanitépour livrer magiquement la terre à ces puissances du mal. Voilà pourquoi le monde païen a été soumis, dans une mesure dont nous n'avons pas d'idée, à l'empire physique de Satan ;• voilà pourquoi l'on rencontre tant de merveilles dans les annales des peuples payens, et que le rationalisme ne lit point ces annales sans commettre les plus étranges bévues. La terre aurait certainement péri si, par un effet de sa providence miséricordieuse, Dieu n'avait pas contenu la fureur de l'enfer obstinément et imprudemment déchaîné par les hommes eux-mêmes.

Les hérétiques ont plus d'une fois été presque aussi téméraires. Leur dieu, composé de puissance et d'esprit de révolte, n'est pas non plus le vrai Dieu. S'ils demandent des miracles à ce faux dieu, qui est un vrai démon, il peut se faire qu'ils soientexaucés, comme le démon sait exaucer, par des prestiges et des maux réels. Les hérétiques ont beau dire que leur prière s'adresse à Dieu : leur prière, viciée, commenousl'avonsdit, par une erreur coupable, s'arrête en route, accueillie par celui dont la nature correspond au dieu de leur esprit. Vous invoquez le dieu de la révolte, c'est le dieu de la révolte qui vous écoute. Le

vrai Dieu, qui est le Dieu de l'ordre et de la paix dans l'ordre, vous répond, comme il est dit dans l'Évangile : « Nunquam novi vos, je ne vous ai jamais connus *. »

Les spirites ne s'adressent pas à Dieu pour obtenir les manifestations qu'ils désirent. Ils disent et ils croient qu'ils s'adressent aux bons esprits. Leur illusion n'est pasmoins grossière que celle des hérétiques. La moindre attention leur suffirait pour comprendre que les anges sont de trop grands personnages, si l'on peut ainsi parler, des intelligences trop sublimes pour s'abaisser aux niaiseries qui forment tout le bagage merveilleux du spiritisme^. En outre, les évocations étant interdites par la loi de Dieu, il n'est point sage de penser que les anges fidèles manqueront à la fidélité pour prendre part aux passe-temps d'une réunion de gens désœuvrés, curieux ou frivoles. Les esprits qui sont capables de condescendre à de tels caprices, sont ceux-là mêmes que les désirs et la prière du spirite invoquent, et ces esprits sont tout autre chose que bons. On ne saurait croire d'ailleurs à quelles extrémités on arrive par de telles pratiques. Si l'on veut s'en faire une idée, qu'on lise, par exemple, les confidences de Girard de Gaudemberg (le Monde spirituel), qui finit par vivre dans un état constant de voluptés sacri-

1. Multi dicent mihi in illa die : Domine, Domine, nonne in nomine tuo prophetavimus, et in nomine tuo daemonia ejecimus, et in nomine tuo virtutesmultas fecimus. Et tune confîtebor illis : quia nunquam novi vos; discedite a me qui operamini iniquitatem. (ifaff/i. vu, 22, 23.)

2. Ces niaiseries sont précisément la raison principale que l'on fait valoir pour combattre la théorie de l'intervention des démons. On n'agit ainsi que par ignorance. L'homme est destiné à prendre auprès de Dieu la place éminente d'où le démon est tombé par sa faute. De là, une haine implacable et une jalousie furieuse chez celui-ci II la satisfait en avilissant, en abêtissant son rival. Les rapports de l'homme et du démon sont presque toujours marqués au coin de riguominie»

lèges, prenant ces infamies pour des communications du Ciel. Les désordres des faux mystiques ont, suivant toute les vraisemblances, la même origine. Dieu nous a donné l'Église pour être notre lumière, notre phare au milieu de la mer changeante des opinions morales de l'esprit humain; malheur et trois fois malheur à qui se croit assez éclairé ou qui se dirige d'après de fausses lueurs, comme il y en a tant sur cette eau phosphorescente : sa perte est inévitable !

Nous sommes fort loin de condamner avec la même sévérité ceux qui se livrent à des évocations formelles et explicites et ceux qui usent d'évocations implicites et virtuelles. Les premiers sont des misérables, disposés à commettre tous les crimes pour venir à bout de leurs desseins; les autres sont peut-être plus imprudents que coupables : ils ont toujours pour eux l'excuse et l'atténuation de l'ignorance, cette ignorance fût-elle volontaire. Mais , qu'on ne s'y trompe pas , le danger des procédés que ces derniers emploient est encore très grand. L'évocation directe inspire une horreur dont les scélérats savent seuls se défendre : les païens mêmes l'avaient en abomination. L'évocation indirecte semble presque un jeu innocent, c'est tout au plus un caprice de curiosité dont on ne voit pas la malice ; on ne croit pas mal faire, beaucoup même s'imaginent qu'ils font bien en suivant un tel caprice : on est presque sans défense contre la séduction. D'autre part, cette sorte d'évocation, l'expérience le prouve, est plus facilement efficace, précisément parce que l'esprit évoqué ne gagnerait rien à se faire longtemps prier. De là, une série de demi concessions, de demi résistances, de manifestations où le vrai se mêle au faux, le bien au mal. La curiosité, satisfaite à moitié, fermente, elle se passionne pour un commerce où elle espère enfin trouver ce qu'elle cherche ; et cependant l'esprit • mauvais tend ses pièges, prépare ses filets tout à loisir et

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avec tant d'habileté que sa proie se trouve enlacée dans l'erreur et le péché sans s'en douter, et perd jusqu'à la pensée de sa fâcheuse situation. Trop heureuse encore si le dérangement de son cerveau et la mort idiote n'est pas le terme de son imprudence, comme on en trouve tant d'exemples dans les annales des maisons de santé.

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