CHAPITRE PREMER
Parmi les religions non chrétiennes, il en est une qui l'emporte sur toutes les autres parle nombre de ses sectateurs, par l'apparente valeur de sa morale, par les merveilles dont on entoure son origine, et par la haute estime qu'elle a conquise auprès de nos savants et de nos philosophes. C'est à celle-là que nous nous attacherons tout d'abord. Rien ne nous sera plus facile que de conclure a majore ad minus.
M. Barthélémy Saint-Hilaire, auteur, comme on sait, d'une histoire du Bouddha, écrit dans son livre : « Sauf le Christ, il n'est point, parmi les fondateurs de religion, il n'est point de figure plus pure ni plus touchante que celle du Bouddha. Sa vie n'a point de tache. Son héroïsme, égale sa conviction, et, si la théorie qu'il préconise est
fausse, les exemples personnels qu'il donne sont irréprochables. » Un beau caractère et une vie sans reproche n'expliquent pas le succès d'une doctrine qui compte plusieurs centaines de millions d'adhérents. M, Alfred Maury, qui ne croit pas aux mirecles, n'est pas éloigné de reconnaître là un effet des miracles.
« Comme le christianisme, dit-il *, le Bouddhisme a eu ses miracles et ses prophéties. » Plus loin il répète la même chose en termes plus explicites. « Des miracles, des prophéties réalisées, vinrent encore favoriser chez un peuple crédule et ignorant des lois de la nature, une doctrine accueillie surtout des classes inférieures. » L'étude du bouddhisme nous est donc indiquée par nos adversaires eux-mêmes; nous devons examiner s'ils ont vraiment raison de l'assimiler au christianisme, sous le rapport des miracles.
Nos deux grands indianistes, Abel Rémusat et Eugène Burnouf, nous fourniront les documents nécessaires, au moyen de leurs publications connues sous le nom de Foe Koue Ki et d'Introduction à Vhistoire du Bouddhisme. Le premier de ces deux ouvrages est la relation d'un bonze chinois du qimtorzième siècle de notre ère, nommé Fa hian, qui raconte un pèlerinage accompli par lui dans la terre natale du bouddhisme. Albert Rémusat a traduit cette relation curieuse en y ajoutant des notes très savantes et très intéressantes, que MM. Klaproth et Landresse, les éditeurs du travail de M. Rémusat, ont dignement complétées. On sait que Vlntroduction d'Eugène Burnouf a débrouillé le chaos du bouddhisme et qu'ellejouit en cette matière d'une autorité incontestée.
Le bouddhisme est la religion qui domine dans l'extrême 1. Enqfclopédie Didot.
LES MIRACLES DU BOUDDHA, i21
Asie. Parti de l'Indoustan, oii il a pris naissance et d'où il a été presque entièrement exterminé, il s'est étendu successivement à Geylan, dans l'Indo-Ghine, dans la Chine, au Japon et au Thibet. S'il faut en croire les bonzes de ce dernier pays, ses livres sacrés s'élèveraient au chiffre modeste de quatre-vingt-quatre mille. Une vie d'homme ne suffirait pas à lire une telle bibliothèque; comment at-on pu en soumettre les documents à une critique rigoureuse? comment surtout un seul homme a-t-il pu, par ses paroles et ses actes, par les événements qui ont composé sa vie, fournir matière à tant de volumes ? Car, dans tous ces écrits, il n'est question que d'un seul homme, de Shakya-mouni. Les savants de l'Europe ont étudié peutêtre une cinquantaine de ces livres sacrés. Certes, à de tels hommes on ne peut refuser le mérite d'une patience et d'un courage éprouvés : nous ne connaissons pas d'étude plus insipide et plus ennuyeuse que celle à laquelle ils ont courageusement consacré leur intelligence et leur temps. C'est grâce à leurs travaux, grâce à leur dévouement, que nous savons à peu près ce que fut Shakya-mouni.
Lorsque le brahmanisme régnait sans conteste entre le Gange et l'hidus, parut un jeune solitaire qui devait mettre l'ancienne religion de l'Inde à deux doigts de sa perte. Il s'appelait Siddhartâ, et appartenait à la race royale des Shakya, d'où le nom sous lequel ou le désigne vulgairement, le solitaire Shakya, Shakya-moimi. Dans les méditations de la vie ascétique à laquelle il s'était consacré, Siddhartâ s'imagina qu'il avait trouvé le moyen d'arriver à la science absolue, à la hôdhi; la toute puissance était unie à la bôdhi, de telle sorte que l'atteindre, c'était s'élever même au-dessus de la divinité. Celui qui arrive à ce degré sublime s'appelle &o?^fMa, le savant par excellence. Shakya-mouni était un bouddha. On l'appelle le bouddha, parce qu'il n'en a pas paru d'autre pendant la période de l'existence où nous nous trouvons. Mais Shakya-mouni
affirmait que d'autres l'avaient pn^cédé et que d'autres viendraient après lui, suivant des périodes très longues et mathématiquement déterminées.
Gomment Shakyamouni parvint -il à propager sa doctrine? Hérésie du brahmanisme, peut-être le bouddhisme eut-il la vertu de toutes les hérésies, qui se répandent avec l'énergie d*une contagion dans le milieu où elles prennent naissance ; car elles ne sont qu'une déviation de la vie qu'elles corrompent. M. Eugène Burnouf écrit cette phrase étonnante * : « Le moyen employé par Çàkhia ^ pour convertir le peuple à sa doctrine était, outre la supériorité de son enseignement, Véclat des miracles ^ » Nous verrons plus bas ce qu'il faut penser, d'après Eugène Burnouf lui-même, delà supériorité de cet enseignement. Mais Shakya a-t-il vraiment accompli des miracles éclatants? Les
2. Les indianistes écrivent de diverses manières, en caractères européens, les noms propres de l'Inde.
3. La diffusion du bouddhisme n'a rien de bien merveilleux; comme toutes les religions fausses, il n'a dû ses triomphes qu'à l'intervention du bras séculier. D'après un travail d'Estlin Garpenter, publié par The Nineteenth Century (décembre 1880), le bouddhisme a vésété autour de son berceau jusqu'à l'époque de l'expédition d'Alexandre dans les Indes. Après lui, un aventurier sorti des dernières castes, Chandraprupta, se rendit maître de tout l'Hindoustan, et, afin de trouver un appui dans le peuple d'où il était sorti, il propagea le bouddhisme dans son immense empire ; car, on le sait, la religion de Shakya ast tout particulièrement favorable aux classes inférieures. Le pelit-fils de Chandragupta, nommé Asoka, prit encore plus à cœnr les intérêts du bouddhisme, qu'il fit pénétrera Ceylan au sud, et dans le nord jusqu'à Caboul. Les Mogols s'emparèrent à leur tour de l'Inde ; mais eux-mêmes y furent conquis par le bouddhisme, qu'ils disséminèrent ensuite un peu partout dans leurs courses vagabondes. Enfin c'est encore la puissance matérielle qui introduisit en Chine le culte du Bouddha (Fô) : ce fut l'œuvre personnelle de l'empereur Ming-ti. L'autorité civile, quand elle sait se faire sentir, a des séductions ou des menaces auxquelles les foules n'ont pas l'habituile de résister.
bouddhistes du moins ajoutent foi à des choses fort étranges dont nous allons rappeler les points principaux.
Shakya-mouni n*a pas fait exception à ce qu'il faut appeler une loi commune suivant l'opinion des Hindous : il existait avant de naître dans la presqu'île du Gange. Quand le moment de s'incarner fut venu, il monta sur un éléphant blanc à six défenses et entra dans le sein de sa mère sous la forme d'un rayon de cinq couleurs. Sa mère Mdia le mit au jour sous un arbre.
En naissant, l'enfant tomba à terre et fit sept pas. En ce moment le ciel et la terre tremblèrent fortement. Indra, Brahma, les quatre rois du ciel avec toute leur suite et les dieux qui leur sont soumis, les dragons, les démons, les génies, vinrent tous entourer et guider le nouveau-né. Deux rois des dragons firent pleuvoir sur lui une eau tiède à gauche et fraîche à droite. Shakya-mouni fut amené au palais de son père dans un char attelé de dragons ; cinq cents trésors se montrèrent à découvert et un océan de bonnes actions se produisit. Les dieux firent paraître trente-deux signes, dont voici les principaux : les rues et les chemins se trouvèrent spontanément nettoyés et les endroits fétides exhalèrent des parfums ; les terrains sans eau produisirent des lotus grands comme les roues d'un char ; les vêtements et les garnitures de lit enfermés dans des coffres en furent tirés et placés en évidence; le soleil, la lune, les étoiles et les planètes s'arrêtèrent ; cinq cents éléphants blancs, qui s'étaient pris d'eux-mêmes dans les filets, se trouvèrent devant le palais ; cinq cents lions blancs sortirent des montagnes de neige et se trouvèrent liés à la porte de la ville ; les filles des rois des dragons se tinrent en cercle autour du palais; dix mille vierges célestes parurent sur les murailles du palais tenant à la main des chasse-mouches de queue de paon ; la douceur et la bonté remplacèrent en un instant les sentiments durs et féroces des pêcheurs et des chasseurs; toutes les femmes
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enceintes du royaume donnèrent le jour à des garçons *.
Passons sous silence les détails de la longue vie du Bouddha pour nous appesantir sur le fait le plus solennel de son existence terrestre. Après des péripéties sans nombre, après avoir été roi des paons et paon lui-même, après s'être fait manger sous forme de serpent, après avoir eu l'étrange charité de donner à des bêtes féroces, pour apaiser leur faim, sa tête et même tout son corps, Shakya, tout mangé qu'il était, se retira dans une solitude, où il vivait dans la contemplation la plus profonde. Ses disciples étaient alors innombrables et il était l'objet d'un culte qui menaçait de devenir universel. Sur ces entrefaites, six brahmanes, inquiets pour leur propre crédit, conçurent le projet téméraire de provoquer Shakya-mouni à un assaut de miracles. Il est bon de savoir que, suivant la croyance de l'Inde, le pouvoir de faire des miracles est essentiellement uni à une science surhumaine et que les six brahmanes se flattaient de posséder une telle science. Le défi est porté à Shakya par le roi de Koçala. Après quelques hésitations, Shakya relève le gant et Ton convient que la lutte aura lieu dans sept jours et près de la ville de Çravasti, suivant un usage bien antique, puisque c'est celui de tous les Bouddhas, dont le dernier a disparu depuis des millions de siècles. Cependant le roi de Koçola construisit pour la cérémonie un édifice, sorte de théâtre dont les quatre côtés avaient cent mille coudées (cinquante kilomètres) de longueur. Chacun des six brahmanes se bâtit pour lui-même un piédestal semblable, de telle façon que les rivaux ne pouvaient se voir, on doit le supposer, qu'à l'aide de puissants télescopes ; mais l'on ne comprend pas trop comment ils faisaient pour s'entendre.
Au jour marqué, le roi se rendit sur le lieu du combat avec un cortège innombrable. Les brahmanes s'y rendirent
^ Fof'KQKS'KI, p. S32,
de leur côté, accompagnés d'une foule non moins considérable de partisans. Quant à Shakya, il était dans un ermitage aux environs de la ville. Averti par un message du roi, il «entra dans une méditation telle qu'on vit sortir du trou du verrou une flamme qui, allant tomber sur l'édifice destiné à Shakya, le mit en feu tout entier. » Là-dessus, grand émoi parmi les spectateurs; on s'empresse d'apporter de l'eau; mais le feu s'éteint de lui-même, et l'on est tout surpris de voir que rien n'a été brûlé. C'était merveilleux, mais les brahmanes se tirèrent d'affaire en disant que rien ne prouvait que Shakya fût plutôt qu'eux-mêmes Fauteur de ce miracle. Ensuite, sans quitter encore son ermitage, Shakya produisit une lumière éclatante comme l'or; il fit trembler la terre de six: façons différentes, il fit pleuvoir des lotus, de la poudre de santal et des habits; et, à chaque prodige, les brahmanes eurent recours aux mêmes échappatoires. Mais les choses ne devaient pas en rester là.
Le tremblement de terre fit comprendre à cinq cents Richis (sage), qui vivaient on ne dit pas où, que le Bouddha opérait des merveilles à Çravasti. Désireux d'en être témoins, ils se mirent en marche, et, à l'instant même, par la puissance de Shakya, ils se trouvèrent près de lui. Il leur parut semblable « à la loi revêtue d'un corps ; au feu du sacrifice qu'on aurait aspergé de beurre; àla mèche d'une lampe placée dans un vase d'or ; à un pilier d'or qui serait rehaussé de divers joyaux. » Shakya les reçut au nombre de ses disciples, en leur disant : «Approchez, ô religieux ; accomplissez les devoirs de la vie religieuse ! » A peine ces mots furent-ils prononcés, que les Richis « se trouvèrent rasés, couverts de vêtements religieux, portant à la main le vase qui se termine en bec d'oiseau, ayant une barbe et une chevelure de sept jours, et avec l'air décent de religieux qui auraient reçu l'investiture depuis cent ans. »
C'est avec ces nouveaux disciples et « sept espèces de troupes et une foule de peuple », que le Bouddha se rendit enfin au lieu où était l'édifice de cent mille coudées. Là, des hommes de bonne volonté se hâtèrent de lui offrir de combattre à sa place. Shakya ne voulut pas y consentir et commença aussitôt le combat en entrant dans une méditation profonde. A peine livré à cet exercice, Shakya disparut de la place où il était assis, et s'élançant dans l'air du côté de l'occident, il s'y montra dans les quatre attitudes de la décence, c'est-à-dire qu'il marcha, se tint debout, s'assit et se coucha. 11 atteignit ensuite la région de la lumière; il n'y fut pas plus tôt arrivé, que des lueurs diverses s'échappèrent de son corps, des lueurs bleues, jaunes, rouges, blanches, et d'autres ayant les plus belles teintes du cristal. En outre, de la partie inférieure, jaillirent des flammes, et de la supérieure, s'échappa une pluie i d'eau froide. Ce qu'il avait fait à l'occident, il l'opéra éga- ' lementau midi ; il le répéta dans les quatre points de l'espace ; et quand, par ces quatre miracles, il eut témoigné de sa puissance surnaturelle, il revint s'asseoir sur son siège.
Là, leBouddha conçut unepensée « mondaine », pensée de telle nature qu'elle est aussitôt connue de tous les êtres, des dieux et des fourmis. Avertis ainsi de ce qui se passait à Çravasti, « Çakra, Brahma et les autres dieux, avec plusieurs centaines de mille divinités, » descendirent de leur ciel et vinrent rendre hommage à Shakya-mouni, en tournant trois fois autour de lui et en lui touchant les pieds avec leur tête. La cérémonie dura longtemps sans doute, mais fut suivie du dernier et du plus grand des miracles de cette mémorable journée. Deux rois, qui étaient présents dans l'assemblée, «créèrent un lotus à mille feuilles, de la grandeur de la roue d'un char, entièrement d'or, dont la tige était de diamants, » et ils ea firent hommage à Shakya. Celui-ci, l'ayant accepté, s'assit dessus, au centre «lecorps
droitjles jambes croisées, et replaçant sa mémoire devant son esprit. » « Au-dessus de ce lotus, il en créa un autre,» où on le vit pareillement assis. « Et de même, devant lui, derrière lui, autour de lui, apparurent des masses de bienheureux Bouddhas créés par lui, qui, s'élevant jusqu'au huitième ciel, formèrent une assemblée de Bouddhas. Quelques-uns de ces Bouddhas magiques marchaient, d'autres se tenaient debout; ceux-là étaient assis, ceuxci couchés ; quelques-uns atteignaient la région de la lumière, et produisaient de miraculeuses apparitions de flammes, de lumière, de pluie et d'éclairs; plusieurs faisaient des questions, d'autres y répondaient. » Shakya disposa « les choses de telle sorte que le monde tout entier put voir sans voile cette couronne de Bouddhas. » Puis il les fit disparaître en un instant, et se retrouva lui-même sur son siège.
Après cela, le roi de Koçala crut le moment venu d'inviter les six Brahmanes à faire aussi bien que Shakya. Mais ceux-ci, pleins de confusion, n'osèrent rien tenter. Alors un autre personnage, doué d une puissance surnaturelle, suscita un grand orage accompagné de vent et de pluie, qui fit disparaître l'édifice des Brahmanes et les dispersa eux-mêmes dans toutes les directions à coups de tonnerre* La foudre ne leur ayant pas fait de mal, ils finirent leurs jours dans « l'étang aux eaux froides ».
Le grand spectacle dont nous venons de résumer très brièvement les détails, avait pour objet d'attester que Shakya était réellement parvenu à la bôdhi ; qu'il avait définitivement conquis la dignité de Bouddha. Il ne lui restait donc plus qu'à se plonger dans le Nirvana, c'est-à« dire à mourir aux yeux des hommes et à s'anéantir aux yeux des êtres supérieurs. Sa mort, en effet, ne se fit pas attendre et fut marquée, comme elle devait l'être, par des prodiges. Son cercueil s'éleva de lui-même dans les airs, entra dans la ville de Kiii chi par la porte occidentale, en sortit par celle de l'orient ^ rentra par celle du midi et res-
sortit par celle du nord ; il fit ensuite sept fois le tour de la ville. La voix du Bouddha se fit entendre du cercueil. Tous les habitants des cieux assistaient à la cérémonie et versaient des larmes. Enfin, placé sur un bûcher, le bouddah l'enflamma lui-même au moyen du feu épuré de la fixe contemplation qui sortit de sa poitrine; mais ni le cercueil ni les draperies ne furent consumés. Telle fut la fin merveilleuse de la merveilleuse vie de Shakya.
Le Bouddha étant rentré dans le néant, quelque chose de ses prérogatives prodigieuses est resté empreint dans la substance de son pot. On sait que le pot était pour les solitaires indiens ce que la barbe et le manteau étaient pour les philosophes grecs, un symbole que ces ascètes portaient partout avec eux, sans manquer toutefois de l'employer à de plus humbles usages. Écoutons ce que rapporte Faian, le bonze pèlerin d'A. Rémusat, au sujet du pot de Shakiamouni. « Fa hian étant dans ces lieux, entendit des religieux qui, du haut d'un trône élevé, lisant les Livres sacrés, disaient que le pot de Foe (traduction en chinois du mot Bouddha) était d'abord kPi che II (Vaischdli), et qu'il est maintenant à Kian tho Weï (Kandahar) depuis bientôt onze cents ans. Il doit retourner dans le royaume des Vue îi occidentaux. Après onze cents ans, il ira dans le royaume des Yiithian(Khotan), et y restera onze cents ans, puis il ira dans le royaume de Khiu tse (Koutche). Après onze cents ans, il doit venir de nouveau dans le pays de Ha7i (la Chine) pour onze cents ans, puis il reviendra au royaume des Lions. Après onze cents ans, il retournera dans Tlnde du milieu ; de l'Inde du milieu, il s'élèvera au Ciel Teou chou (c'est le quatrième des bouddhistes). Quand Mi le phêu sa le verra, il dira en soupirant : « Le pot de Chi Kia Wen Foe est arrivé! » Alors, avec tous les dieux, il lui offrira des fleurs et des parfums durant sept jours. Les sept jours expirés, le pot reviendra dans le Yanfeouthi... * » Je crois
i.Foe Ko«eK«, p. 3ol.
que nous pouvons nous en tenir là. Quand M.Alfred Maury parle des prophéties du bouddhisme, sans doute il fait allusion aux voyages du pot de Bouddha si clairement prédits; et, comme il parle de « prophéties réalisées», évidemment il croit aux voyages passés et futurs du célèbre pot. C'est hardi pour un professeur du Collège de France, lequel fait profession ouverte d'incrédulité.
Voilà un spécimen des miracles « les plus éclalants » qui sont rapportés dans les livres sacrés du bouddhisme. On en trouve d'aussi beaux et de moins déraisonnables dans les Mille et une nuits. Tl nous semble que les rappeler c'est suffisamment et victorieusement démontrer ce qu'ils sont. Mais les savants, nous l'avons vu, accordent leur attention à ces inventions puériles. Eh bien ! faisons un effort ; supposons, prêtons du sérieux àdes textes qui n'en ont point, et montrons qu'avec ce sérieux d'emprunt ils ne résistent pas aux moindres efforts de la critique.