‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 36 sur 123 · II · texte numérisé non relu

II

Nous devons maintenant avouer notre embarras. Malgré des affirmations comme celle d'Eugène Burnouf que nous avons citée plus haut, malgré l'assurance avec laquelle on nous oppose les miracles du Bouddha,les savants incrédules ne doivent pas y croire plus que nous. Alors à quoi bon en démontrer la nullité? On ne lutte pas contre un adversaire qui se dérobe, bien mieux qui se range de notre côté. Cependant, si l'on y réfléchit, l'on ne peut s'empêcher de penser que c'est là une feinte habile. Nous a-t-on jamais opposé les Contes de Perrault, qui certes valent bien ceux du bouddhisme ? Pourquoi donc nous oppose-t-on les miracles du Bouddha ?

Il est un art de mêler les ombres et le demi-jour qui noie la réalité dans les apparences et fait prendre des apparences pour la réalité. C'est dans cette lumière ténébreuse

qu'on nous présente le passé de Plnde; l'œil de l'esprit se fatigue à fouiller dans ces nuages, il n'a bientôt plus assez de force pour discerner ce qui est, et finit par se fermer, par ne plus rien regarder, tout lui paraissant également fantastique. Que pendant cette détente de la raison, cet abandon de l'énergie intellectuelle, la pensée se porte vaguement sur les rapports des miracles du Christ avec ceux du Bouddha, l'on ne sera pas éloigné de se laisser surprendre par la conclusion de ce raisonnement : les miracles du Christ sont comme ceux du Bouddha, donc pareillement des contes. Il sera toujours vrai que le diable pêche en eau trouble. Eh bien ! non, les miracles du Bouddha ne sont pas comme ceux du Christ. Si cette assimilation n'est pas le fait d'une intelligence corrompue, c'est certainement celui d'une intelligence engourdie.

Les miracles du Bouddha sont de pures fictions. Ils en portent les caractères évidents,et ces caractères sont précisément opposés à ceux que présentent les miracles de l'Évangile.

I. — Jésus-Christ a paru au milieu de l'hi.toire. Sa vie et les moindres détails de sa vie sont enca 1res, enchâssés dans un réseau de faits contemporains dont 'a réalité certaine, indépendante, constatée, ne pouvait être devinée, mais a dû être observée directement par le narrateur évangélique. Celui-ci se donne en etfet co^nme témoin oculaire, et son récit contient mille traits qui prouvent sa bonne foi. « Qaod audivimm, quod vidimus oculis nostris, qiiod perspeximus et manus îiostrceconlrectaverunt de verbo vitœ.., annuntiamus vobis. » A ces témoins immédiats, succèdent sans interruption, depuis l'origine jusqu'à nos jours, une série de témoins intermédiaires, c'est-à-dire qui se sont transmis les uns aux autres le témoignage rendu par les premiers, La tradition est continue et passe toujours par des témoins graves dont l'intérêt le plus cher est de la conserver pure. L'histoire

évangélique s'ouvre ainsi devant la critique, laquelle ne lui a pas ménagé ses épreuves. Elle a été soumise à un creuset dans lequel l'histoire profane aurait été fondue tout entière, si l'on avait essayé de l'y faire passer. L'Évangile a résisté, et, bon gré malgré, la critique historique la plus exigeante est obligée d'en déclarer la certitude et l'authenticité.

Rien de semblable dans l'histoire du Bouddha. L'on sait que ce personnage a existé, qu'il a prêché dans l'Indouslan une religoin que la force finit par y implanter longtemps après sa mort. Le reste est un problème. L'époque même, nous ne disons pas la date précise, de sa prédication est loin d'être connue, comme la suite va le montrer *.

Citons d'abord un passage remarquable du livre de Hiuan-thsang , prêtre bouddhiste qui, au septième siècle de notre ère, entreprit un pèlerinage sur les traces de Fa hian : « Quant à l'époque du Nirvan'a du Bouddha, ainsi parle ce bonze, les collections différent dans sa détermination. Les unes la placent il y a plus de 1200 ans, d'autres plus de 1300, et d'autres encore il y a plus de 1500 ans. Il y en a même qui assurent qu'il n'y a que 900 ans. » Klaproth accompagne ce texte de celte observation : « Hiuan-thsang écrivait vers l'an 640 de Jésus-Christ; c'est donc à cette année que se rapportent ses calculs, qui mettent la mort de Shakya-mouni en 560, 660, 860 et même 360 avant notre ère 2. » M. Eugène Burnouf cons-

1. La conclusion des travaux les plus récents, notamment de M. SénarL sur « la légende du Bouddha », est que tout ce qu'il est possible d'dfflrmer avec certitude au sujet de Bouddha, se réduit à ces deux points : i<* le bouddhisme a eu un fondateur, 2*» celui-ci était un anachorète, un ascète, que les enseignements du brahmanisme n'avaient pu satisfaire (V. M. le chanoine de Harlez, professeur à l'Université catholique de Louvain. Le Boudhisme, dans la Science calholiquej mars 1887.)

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