Introd.d VHist., p
La tradition a été reçue en tronçons épars. Rien ne relie entre eux ces fragments de chaîne ; comment passer de l'un à l'autre ? Autant dire que la tradition n'existe pas.
Après cela, nous n'avons pas besoin de montrer par le menu que la vie de Shakya, et, par conséquent, que ses miracles ne se rattachent par aucune circonstance à l'histoire générale. Si ces points de raccord existaient, la chronologie n'hésiterait pas, sa base serait trouvée, et la place du héros du bouddhisme serait fixée entre tels et tels événements connus de la succession réelle du temps. Par conséquent, la réalité des détails dans la vie de Shakya, la réalité de ses miracles échappe à tout contrôle historique: rien ne nous permet d'affirmer que ces miracles sont authentiques.
Mais il y a plus. Si, vus par le dehors, ces prodiges ne sortent pas de l'incertitude; vus par le dedans, ils offrent des signes incontestables de fausseté.
II. — Lorsque le roi de Koçala porte à Shakya-mouni le cartel des six brahmanes, celui-ci lui répond qu'il enseigne sa religion par la parole et non par des miracles. Les bouddhistes n'en admettent pas moins, à la suite de leur maître, que le pouvoir d'opérer des miracles est un effet nécessaire de la science sublime à laquelle l'ascète s'élève par la méditation. C'est pour cela que nous avons vu Shakya-mouni entrer en méditation chaque fois qu'il se disposait à produire une nouvelle merveille. Le miracle prouverait donc la doctrine comme l'effet prouve sa cause. Mais, réciproquement, si la doctrine est fausse, elle ne peut être la cause physique d'aucun miracle, car le néant n'est la cause de rien. Du reste, en toute hypothèse, on peut être parfaitement sur que le véritable miracle n'accompagne jamais une doctrine qui est fausse. Or, quel était le fond de ladoctrinede Shakya? Eugène Burnouf va nous le dire ^