CHAPITRE H
LES MIRACLES D'ESCULAPE ET DE SEIlAPIS
Nous n'avons pas la pensée de soumettre à la critique l'histoire du merveilleux dans ce qu'on appelle encore le paganisme et qui comprend les religions si mal définies de l'Egypte, de la Grèce et de Rome. Nous rencontrerions d'abord une difficulté, à notre avis, insurmontable : ce serait de faire cette histoire. Les livres sont pleins d'événements étranges où la divinité est censée se manifester d'une façon prodigieuse; mais l'imagination, la légende, la poésie, ont tellement inventé, ou du moins brodé sur un fond vrai, qu'il est ordinairement impossible de f ire la part du réel. Ce qui n'est pas douteux, c'est la conviction profonde des païens à l'intervention fréquente de leurs dieux dans les faits de la vie publique et même de la vie. privée, et, toute autre considération à part, il serait difficile d'admettre philosophiquement qu'une telle persuasion fut toujours dépourvue de tout motif sérieux. Ce qui est universel ne saurait être entièrement faux. Lorsque nous sourions en lisant des événements merveilleux racontés avec une gravité imperturbable par les grands écrivains de l'antiquité, peu-étre notre bonne humeur s'égare quelquefois, peut-être arrive-t-il que celui qui fait rire soit moins ridicule que le rieur.
S'il est difficile de suivre toujours la trace de l'histoire dans les récits qui se rapportent à la religion des ancien s.
il est cependant plusieurs faits merveilleux dont l'authenticité ne parait pas douteuse. Las incrédules les opposent volontiers aux miracles du christianisme, pour avoir le droit de refuser à ceux-ci tout caractère surnaturel. Nous voulons parler des guérisons que les païens attribuaient à quelques-uns de leurs dieux, surtout à ceux dont l'exercice de la médecine était, pour ainsi dire, l'attribut caractéristique. Le dieu d'Epidaure, Esculape, est le type de ces dieux guérisseurs. La réputation éclatante qu'il s'acquit par ses cures merveilleuses s'est longtemps conservée dans Tancien monde, et, de nos jours encore, nos médecins, qui sont loin de prétendre à aucune puissance surnaturelle, ont gardé, comme emblème de leur art, le serpent qui fut le symbole d'Esculape et quelquefois, diton, l'instrument de ses prodiges.
La réalité d'un Esculape historique est très probable, mais ce n'est pas celui-là qui faisait des miracles. Le thaumaturge offre cette singularité que ses clients n'ont jamais bien su à qui s'adressait leur confiance. On comptait quatre, cinq Esculapes et même davantage; ordinairement on les faisait fils d'Apollon, mais ils étaient aussi fils de Jupiter, et ils étaient venus au monde en divers endroits. Tout était également vrai à l'égard de ce personnage mythologique comme à l'égard de tous les autres. Des temples nombreux lui furent érigés; les plus célèbres étaient ceux d'Epidaure, de Pergame et de l'Ile de Cos. Notons aussi celui qui lui fut dédié par les Romains dans uneiledu Tibre : il en sera question plus bas.
Le faut jme d'Esculape eut pour émule le fantôme de Sérapis. Celui-ci était le msme qu'Apis, le peuple lui ayant appliqué, d'après saint Augustin, le nom de son tombeau formé de Sôros et d'Apis, Il devint guérisseur d'une manière assez curieuse. Suivant Tacite \ ce fut à Ptolémée