‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 47 sur 123 · In Vespas · texte numérisé non relu

In Vespas

derrière lui l'un des principaux parmi les Égyptiens, appelé Basilide, qu'il savait fort bien retenu par la maladie loin d'Alexandrie à une distance de plusieurs jours de marche. Il demande aux prêtres si Basilide est entré ce jourlà dans le temple ; il demande à ceux qu'il rencontre si on l'a vu dans la ville. Enfin, au moyen de courriers, il constate qu'à ce même moment Basilide était éloigné de quatre-vingt mille pas. Alors, il comprit que c'était une apparition envoyée par le dieu, et que le nom de Basilide (royal) contenait la réponse qu'il souhaitait. »

Nous allons entendre maintenant le témoignage d'un homme que l'on pourrait appeler le malade d'Esculape, car pendant des années, il n'eut pas d'autre médecin. Nous voulons parler d'Aristide, rhéteur grec, né en Mysie sous l'empereur Adrien. Il eut pour père Eudémon, philosphe et prêtre de Jupiter Olympius. Dans un voyage qu'il fit à Rome, il fut saisi par une maladie d'un caractère assez singulier. Guillaume Ganterus, son traducteur latin, la décrit de la sorte : « le ventre était enflé, les membres se raidissaient, la respiration était haletante, la poitrine embarrassée, les oreilles et les dents endolories :en outre il ne pouvait rien prendre sans s'exposer à être étouffé, de telle sorte qu'il s'attendait à mourir à chaque instant et que les médecins avaient perdu tout espoir.» Nous pensons que Ganterus décrit ici les crises d'une maladie chronique et non la maladie même qui dura dix ans et fut guérie par Esculape. Le traitement dont Aristide crut recevoir les prescriptions en songe était des plus variés : c'étaient des lotions des diètes, des vomitifs, des saignées, des exercices à la course, même des déclamations. Aristide lui-même nous a laissé l'histoire de sa maladie et de la manière dont il s'est soigné sous la direction d'Esculape. G'est le sujet de six de ses discours, qui portent, à cause de cela, le nom de discours sacrés. En voici un extrait qui se rapporte à une maladie particulière :

« Depuis longtemps, le dieu avait prévenu qu'il fallait me précautionner contre un ulcère. Entre autres moyens préservatifs, il me fit porter des chaussures égyptiennes telles qu'en ont les prêtres, afin d'attirer la fluxion dans les parties inférieures. L'ulcère se montra tout d'un coup sans symptômes précurseurs, d'abord avec une apparence ordinaire, puis il enfla d'une manière démesurée. Et lorsque le bubon fut plein, que la tumeur eut tout envahi, il s'ensuivit des douleurs terribles et la fièvre pendant plusieurs jours. Alors les médecins se mirent à crier, les uns qu'il fallait exciser, les autres brûler l'ulcère au moyen de préparations pharmaceutiques, sous peine de périr inévitablement des suites de la suppuration. Mais, certes, je n'avais pas à hésiter entre les conseils des médecins et ceux du dieu. Cependant la tumeur augmentait toujours, et l'embarras était grand autour de moi. Parmi mes amis, les uns admiraient mon courage, les autres me blâmaient de mettre trop de confiance aux songes; quelques-uns supposaient que c'était par faiblesse que je ne voulais supporter ni le fer ni le feu. Mais le dieu était toujours d'un avis opposé, m'ordonnant de me contenter pour le moment de patience, ce qui était absolument nécessaire à ma guérison, car les sources de la fluxion étaient en haut, et ces marchands de légumes (les médecins) ignorent par quelle voie il faut les faire sortir. Et il arriva des choses étonnantes. Je dus rester ainsi pendant quatre mois, et cependant j'avais la tète et la poitrine aussi libres que je pouvais le souhaiter. Ma maison était devenue un lieu de rendez-vous; car mes amis, qui étaient les principaux parmi les Grecs, venaient me voir continuellement pour prendre part aux discussionsque je soutenais de mon lit. Beaucoup de choses et fort étranges me furent ordonnées. Je me souviens, entre autres, de courses que je devais faire pieds nus pendant l'hiver, d'exercices extrêmement difficiles à cheval. Je me rappelle encore ceci : comme le

rivage était battu par le vent d'Afrique et que les navires étaient secoués, je dus traverser la mer d'un côté à l'autre du port, après avoir pris un vomitif de gland et de miel, qui produisit pleinement son eifet. Tout cela eut lieu lorsque l'inflammation était au plus haut degré et qu'elle atteignait même le milieu du ventre. Enfin le sauveur, une même nuit, donna un même songe à moi et à mon nourricier, car alors Zozime vivait encore. Comme j'envoyais quelqu'un à Zozime pour lui répéter ce que m'avait dit le dieu, celui-ci vint me voir pour m'apprendrece qu'il avait entendu lui-même. C'était une composition médicale : je ne m'en rappelle pas tous les ingrédients, mais il y avait du sel. Lorsque nous l'eûmes appliquée, aussitôt la plus grande partie de l'enflure s'écoula. Le lendemain matin, mes amis vinrent se réjouir avec moi, non sans conserver encore de la défiance. Mais, à partir de ce moment, les médecins suspendirent leurs récriminations, se livrant à une admiration excessive de la providence du dieu dans tous ses détails, et ce qui leur paraissait le plus admirable, c'est qu'il guérissait en secret. Il s'agissait maintenant d'en finir avec la cavité de l'ulcère; et il leur parut que, du moins présentement, il fallait en venir à une excision, seul moyen d'empêcher le retour du mal. J'étais disposé à y consentir, persuadé que j'avais accompli pleinement la volonté du dieu; mais il ne leur céda pas même en ce point. Comme la suppuration était extrême et que la peau tout entière menaçait de s'altérer, il ordonna un liniment d'œuf, et il guérit et il remit toutes choses en ordre, de telle sorte qu'au bout de peu de jours personne n'aurait pu trouver sur laquelle des deux cuisses cet ulcère était^ venu, les deux étant également saines de partout *. »

Encore une citation, ce sera la dernière : « Fortemeni enrhumé, le palais souffrant^ tout engorgé et tout en feu,j

1* Disc. sacr. II.

LES MIRACLES D'ESGULAPE ET DE SERAPIS. lo5

j'étais de plus dans une périole aiguë de mon mal d'estomac; j'étais sous le coup de toutes sortes d'aifections maladives et l'on était en hiver. J'étais alors à Pergame, chez le gardien du temple d'Esculape. Donc, il m'ordonna d'abord de me tirer du sang du coude, et il alla, autant que je m'en souviens, jusqu'à cent vingt livres; il devint ainsi évident qu'une phlébotomie modérée n'était pas ce qu'il fallait; la suite le montra mieux encore ; car les gardiens d'alors, ainsi que les serviteurs et les autres officiers du dieu, avouèrent qu'ils ne savaient pas qu'autant de sang eut jamais été tiré... Un jour ou deux après, il me fut encore ordonné de me saigner au h'ont... Pendant ces phlébotomies, il m'enjoint le bain dans le Gaïque : je devais quitter la laine, me mettre en marche et me baigner ; je verrais un cheval se baignant et le gardien du temple d'Esculape debout sur la rive. C'est ce qui fut prédit et c'est ce qui arriva. Je m'avançais vers le fleuve quand je vis le cheval se baignant; et, quand je me baignai moimême, le gardien se trouvait là : il était debout sur la rive et regardait. Là dessus, un dieu peut connaître quels furent mon soulagement et mon allégresse ; un homme aurait de la peine à le concevoir et à le raconter \ »

Nous pourrions multiplier longtemps encore ces exemples. Mais il suffit que nous ayons une idée exacte des faits merveilleux que l'on rencontre dans l'histoire du paganisme : pour cela, nous n'avons pas besoin d'autres prodiges que ceux que nous venons de citer ; il ne nous reste plus qu'à les apprécier.

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