Enayclop. Didot, art. Miracle
vée à l'application : les faits donnent souvent les plus fâcheux démentis à la théorie. Le théoricien du Collège de France en fournit lui-même une preuve directe dans la page d'où nous avons extrait ses paroles. Nous venons de l'entendre nous dire que les guérisons merveilleuses s'expliquent par l'influence exercée par l'imagination du malade. Or, tout aussitôt pour confirmer sa thèse, il écrit en note ces paroles inconcevables « De nombreux miracles et, suivant les légendes, jusqu'à quarante-deux résurrections furent opérées au tombeau du cardinal Pierre de Luxembourg, mort en 1387, et qui avait été l'un des plus fermes appuis de l'antipape Clément VII. » Que l'imagination ramène les morts à la vie, c'est déjà fort; mais que ce soit l'imagination des morts qui produise ce phénomène et cela de la manière la plus naturelle du monde, M. A. Maury est singulièrement heureux s'il a jamais rencontré rien de semblable dans les annales de la médecine. Revenons au bon sens.
Un médecin que le surnaturel n'effraie pas et qui, par conséquent, ne sacrifie jamais la raison à cette crainte puérile, M. G. Marmisse ^ marque en ces termes les limites de l'influence de l'imagination dans la guérison des maladies. « Les maladies doivent se diviser en deux catégories : celles où il n'y a pas de lésions organiques appréciables, et celles où ces lésions sont évidentes. Parmi les premières qu'on appelle en médecine sine materie, quelquefois ce n'est que le système nerveux qui est malade, quoiqu'on ne puisse dire en quoi consiste la maladie; comme dans l'épilepsie, la manie, l'hystérie, la catalepsie, les paralysies, soit des membres, soit des organes, entre autres ceux delà vue, de l'audition, de la parole. Il est certain qu'alors, en impressionnant vivement le moral d'un malade, on est parvenu quelquefois, mais rarement néanmoins, à modi-
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fier le système nerveux malade. De là ces quelques guoVisons qui ont tant surpris par leur voisinage du miracle. » Qu'on n'oublie pas les premières paroles de notre citation : « Il y a des maladies sans lésion organique appréciable. » Notre judicieux médecin ne soumet que celles-là au pouvoir de l'imagination. Mais ces mêmes maladies, bien qu'elles ne soient pas constituées par des lésions, peuvent en se continuant donner naissance à des lésions graves et incurables. Nous faisons cette observation afin que l'on ne croie pas qu^il suffit qu'une maladie soit nerveuse pour qu'elle puisse disparaître devant une secousse causée par l'imagination. L'immobilité prolongée des membres détermine ordinairement de graves désordres musculaires. En outre, la paralysie, par exemple, d'après M. Marmisse, a pour cause, une inflammation, un ramollissement, une congestion, une hémorragie, l'hydropisie, les productions cancéreuses ou tuberculeuses, les kystes, les exostoses, le déplacement des vertèbres avec compression de la moelle épinière, toutes choses qui comportent de graves lésions organiques, et qui, par conséquent, ne peuvent être guéries par l'imagination.
Maintenant, pour en venir aux miracles d'Esculape et de Sérapis, il en est que l'on peut, que l'on doit même attribuer à l'imagination des malades comme cause efficiente. Ainsi, parmi les malades de la tablette du Tibre, nous remarquons deux aveugles, tous les deux privés de la vue par accident, comme le texte permet de le comprendre. Or, il est probable qu'Esculape n'eut à traiter que deux cas d^amaurose, c'est-à-dire de paralysie du nerf optique. La Gazette des hôpitaux (25 juin 1842) cite le cas d'un « amaurotique » qui recouvre la vue par une violente impression morale, à cause d'un grand danger que courut son fils. Esculape se tirait autrement d'affaire quand il y avait lésion réelle de l'organe. Nous voyons dans la vie d'Apollonius de Tyane, qu'il fit dire à un de ses clients
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qu'il ne guérissait pas les mauvais sujets. Ce malheureux avait eu un œil crevé par sa femme, qui avait ainsi puni son infidélité pendant qu'il dormait* . L*aveugle de Vespasien n'était sans doute non plus qu'un « amaurotique ». Dans la foule innombrable de malades qui se pressaient dans les temples des dieux guérisseurs, bon nombre ont dû offrir des cas de névroses diverses, et fournir une riche matière à la vertu de l'imagination. Nous ne voulons pas examiner s'il ne fallait pas une grande habileté, une habileté peut-être surhumaine pour appliquer à propos cette vertu médicatrice : la science, de nos jours seulement, commence à se rendre maîtresse de cette force, grâce à l'hypnotisme. Jusqu'ici on ne savait en user que sous forme d'argument, et non comme d'un agent thérapeutique. Mais l'on peut abandonner à l'objection toutes les névroses sans lésion appréciable : il reste encore assez de faits pour mettre le rationalisme aux abois.
Nous l'avons vu, c'est par l'emploi de remèdes que les dieux guérissaient leurs malades. Ces remèdes consignés sur des tablettes, nous l'avons dit aussi, ont constitué une collection très riche et très précieuse d'observations qui ont servi de base àla thérapeutique rationnelle. Donc l'expérience et la science ont constaté qu'en maintes circonstances le traitement prescrit par le dieu était précisément celui que prescrivait la nature. Maintenant est-il possible que le songe dans lequel Esculape et Sérapis dictaient leurs ordonnances, ne fût qu'un jeu de l'imagination ? Est-il possible que l'imagination, qui ne sait rien et qui ne peut rien savoir, prévienne la science, devine exactement ce qui convient à une maladie, souvent avec plus de sûreté que ne le feront jamais les plus habiles médecins ? Croire cela, c'est croire au miracle, mais au miracle du hasard. Cette foi, nous l'avouons, n'est pas la nôtre, et nous attendons pour