‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 50 sur 123 · Philostraie, i · texte numérisé non relu

Philostraie, i

l'accueillir, que les médecins aient rédigé un manuel de thérapeutique raisonnable en collationnant les songes de tout le corps médical, lequel est, certes, bien mieux préparé pour rêver juste au sujet des maladies que ne le furent jamais tous les dévots de Pergame, d'Epidaure, de Canope et d'Alexandrie.

Le remède sacré n'était pas toujours efficace. Souvent il n'avait aucune vertu, et laguérison n'en suivait pas moins l'application, dans des cas oii l'imagination n'avait absolument rien à voir. Tel est, par exemple, le cas du Thrace dont parle Galien, lequel fut guéri de la lèpre par un Uniment où il entrait de la chair de vipère. On sait que rien au monde, pas même la chair de vipère, ne peut guérir cette affreuse maladie. Tel est le cas de ce phtisique qui, suivant Elien * , fut parfaitement rétabli après avoir mangé de la chair d'âne. Tel est aussi le cas du Juif qui fut guéri d'un crachement de sang pour avoir mangé de la chair de porc. Suidas, qui rapporte ce fait, ajoute que ce malheureux fit entrer désormais cet aliment dans son ordinaire et qu'il était malade lorsqu^'il s'en abstenait un seul jour.

Ce n'est pas tout ; le traitement du dieu n'était pas seulement inefficace par lui-même, très souvent il était contraire à la maladie et absolument nuisible. Qu'on se rappelle l'étrange ulcère d'Aristide. Annoncé longtemps à l'avance par Esculape, il parait tout d'un coup et avec des caractères si alarmants que les médecins pronostiquent une terminaison fatale, si l'on ne se hâte d'employer le fer ou le feu. Le dieu défend pendant quatre <mois l'usage de tout remède; puis, lorsque le mal est à son comble, que l'enflure a envahi les membres inférieurs et le tronc jusqu'à la ceinture, le malade est obligé de faire des courses à pieds nus sur la terre glacée, de monter à cheval en dépit d'atroces souffrances. Après cela vient le traitement pour

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