‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 54 sur 123 · XX · texte numérisé non relu

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OÙ la peine de mort est réitérée. « Que l'homme ou la femme en qui est un esprit de python ou de divination soient punis de mort; on les accablera de pierres et leur sang sera sur eux. » Citons encore ce passage du Deutéronome * : « Quand tu seras entré dans la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera, garde-toi d'imiter les abominations de ces peuples. Que l'on ne trouve personne en toi qui purifie son fils ou sa fille en les faisant passer par le feu; ou qui interroge les prêtres devins (ariolos), qui observe les songes et les augures, qui pratique l'art des maléfices ou des enchantements, qui consulte les pythons et les devins, ou qui cherche à connaître la vérité par les morts. Toutes ces choses sont en abomination devant le Seigneur, et c'est pour ces crimes qu'il anéantira ces peuples devant tes pas. »

Les prodiges du paganisme sont donc une confirmation de notre foi, et les incrédules font preuve d'une grande naïveté en nous les opposant avec tant de confiance. La signification de ces paroles audacieuses similis ero altissimo, aurait du leur rappeler que le démon s'efforce d'imiter Dieu autant que cela lui est possible, sauf en la fin qu'il se propose et qui est toujours mauvaise. Les miracles ont leur place marquée dans les fausses religions, par cela seul que la vraie religion se fonde historiquement sur les miracles.

Mais, hâtons-nous de le dire, unefausse rehgion ne peut avoir des miracles proprement dits. De tels miracles, dont l'auteur est nécessairement l'auteur de la nature, ne se rencontrent que sur la « Montagne du vrai Testament», dans le royaume de l'auteur de la nature; le paganisme n'a pu en avoir tout au plus que les apparences.

Les apparences sont produites de deux façons. Tantôt

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LKS MIRACLES DESCULAPE ET DE SERAPIS. 169

l'imagination est disposée de telle sorte que l'on croit voir ce qui n'est pas; il n'y a de réel que le phénomène intérieur de l'imagination ; c'est une hallucination, mais avec un agent invisible pour cause : on l'appelle prestige. Tantôt le phénomène possède une réalité extérieure, c'est une modification réelle et insolite d'objets qui tombent sous les sens; c'est un effet naturel de causes naturelles, lesquelles sont mises en exercice par des moyens extraordinaires quoique naturels. L'intervention de l'agent intelligent restant invisible frappe d'étonnement, et l'ignorance où nous sommes des procédés qu'il emploie, est ce qui nous porte à prendre pour un miracle le phénomène naturel provoqué par de tels moyens : pour nos yeux, c'est un prodige.

Cet agent, nous l'avons déjà dit, possède d'une manière supérieure l'art d'empoisonner et celui de guérir. Connaissant fort bien les propriétés des substances chimiques, il sait en faire usage à propos pour engendrer des maladies et pour les supprimer ; il peut même guérir un certain nombre de celles qui se développent d'après le cours ordinaire de la nature. Ainsi s'expliquent toutes les merveilles dont on fait honneur au personnage légendaire d'Esculape ou de Sérapis. Celles dont A^espasien fut, à son grand étonnement, l'occasion, ne sont pas d'autre espèce. Mais lorsque la puissance créatrice doit manifestement intervenir, ne fût-ce que pour la production d'une cellule vivante, il est évident que l'agent mauvais se trouve nécessairement en désarroi.

C'est ici le lieu de relever un passage singulièrement téméraire de M. Parisot dans la Mythologie qui fait suite à la Biographie de Michaud. « Prédire eiressusciter, dit cet écrivain, n'étaient que des jeux pour cet Apollon Esculape ; les ex-voto encombraient ses autels ; les places publiques, les ports, les villes, tout était rempli de monuments témoins de ses œuvres merveilleuses et de ses éton-

fiantes prophéties. Rien de plus authentique que ses innombrables miracles, dont la vie la plus longue serait insuffisante, dit Aristide, pour dresser le catalogue. » Il est vraiment regrettable que des hommes graves écrivent avec tant de légèreté. Comment affirmer que les résurrections d'Esculape sont ce qu'il y a de plus authentique? M. Parisot nous renvoie à Aristide, et, défait, ce client d'Esculape parle de résurrections opérées par son dieu; mais encore faut-il comprendre en quel sens il en parle et ne pas lui attribuer des absurdités. Voici les paroles d'Aristide, elles se trouvent dans son discours en l'honneur d'Esculape : « Il y en a qui disent qu'ils ont ressuscité (mot à mot, qu'ils se sont relevés étant couchés; (r;£(7T^vai v,zl\).z'fùO ; ce sont là des choses dont on convient et dont le dieu s'occupait dans les temps anciens. Quant à nous, ce n'est pas une fois, mais il nous serait difficile de dire combien de fois nous avons reçu cette faveur. » Or, dans ces paroles d'Aristide, il est question de deux sortes de l'ésurrections, les une^ au sens propre, les autres au sens figuré. De celles-ci, lui-même a été l'objet, il ne sait trop combien de fois; mais il sait fort bien qu'il n'était pas mort une seule, sinon en figure, ce qui ne peut fonder pareillement que des résurrections figurées. Quant aux autres, il s'agit évidemment de celles d'flippolyte et d'autres personnages également authentiques qui attirèrent sur Esculape les foudres de Jupiter. Est-ce de ces résurrections que M. Parisot a voulu dire que rien n'est plus authentique? Que reste-t- 11 de son affirmation ?

Cependant le démon peut arriver à simuler en partie les vrais miracles, même les résurrections. De nos jours, les physiciens, au moyen de courants électriques, déterminent en un cadavre plusieurs mouvements musculaires. Or, le démon est un habile physicien et un habile physiologiste ; il connaît fort bien les propriétés de l'électri-

cité et des autres agents naturels, ainsi que le jeu des nerfs, des muscles, de tout l'organisme. Rien ne lui est donc plus facile que de redresser un cadavre, de le faire marcher et même parler, de lui donner, en un mot, une apparence de vie et de faire croire à une sorte de résurrection. Mais, quoi qu'il fasse, le cadavre reste cadavre, incapable de toute opération vitale, de nutrition, de génération et surtout des actes de la vie personnelle. L'histoire toutefois n'a pas gardé le moindre souvenir de telles résurrections apparentes, sinon pour un temps fort court. L'agent invisible semble toucher bien vite, en pareils cas, la limite qu'il ne lui est pas permis de franchir : il se retire et le cadavre reste ce qu'il était.

Ce qui est peut-être moins rare> ce sont les morts simulées suivies de résurrections simulées. Nous trouvons dans la Revue Britannique ^ un fait qui nous semble propre à éclaircir cette matière. Il est tiré de la Topographie médicale de rOudhiana, par le;D' Mac Gregor: plusieurs officiers anglais, entre autres le capitaine Wade en furent témoins. Un fakir ayant annoncé qu'il se ferait enterrer et qu'il ressusciterait au bout de dix mois, le Mahah-Radjah Rundjit-Sing, ses officiers et les officiers anglais, se réunirent un jour donné auprès d'une tombe préparée pour recevoir le religieux indien. Celui-ci après certains préparatifs, se boucha les oreilles et les narines avec de la cire ; on l'enveloppa dans un sac de toile, et il se retourna la langue en arrière, de manière à boucher l'entrée du gosier. La léthargie se déclara aussitôt, le sac fut fermé, le radjah y apposa son sceau, le tout placé dans un coffre fermé à clef et muni du sceau royal, fut descendu dans la tombe, mais resta suspendu au moyen de cordes, pour éviter les insultes des insectes et autres bêtes malfaisantes. On recouvrit la tombe de terre, on y sema

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