‹ Le miracle et ses contrefaçonsChapitre 58 sur 123 · Yl,23, 24, 2o · texte numérisé non relu

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il forme ainsi une suite de petites cascades, dont chacune est haute d'un demi-pied environ, et le bruit des eaux qui se brisent est entendu à quelque distance. Voilà, au vrai, la fameuse cataracte de Syène, qui se réduit à quelques cascades distribuées sur une certaine étendue de terrain, et dont l'ensemble donne à peine quelques pieds de chute aux eaux du fleuve à son entrée en Egypte. »

Ainsi, la relation du voyage d'Apollonius en Ethiopie contient au moins deux mensonges avérés. Que dire de l'expédition même? Le résultat le plus clair en aurait été une conversation passablement aigre entre Apollonius et les Gymnosophistes sur les Brahmanes, les institutfons de Lacédémone et les pratiques religieuses des Égyptiens. L'on conviendra qu'il n'y a pas là de quoi expliquer une entreprise aussi pénible et aussi dangereuse. Pour se donner le plaisir d'en tretiensde ce genre, Apollonius n'avait pas besoin de quitter Alexandrie; il aurait trouvé dans l'entourage de Vespasien,qui était alors en Egypte, autant de contradicteurs qu'il en aurait voulu. Le voyage en Ethiopie a donc tout l'air d'une fable, et les merveilles qui, suivant Damis, l'auraient signalé, n'ont pas plus de valeur. Le satyre enivré, l'orme qui parle, sont des fables comme tout le reste.

Nous n'avons pas en ce moment à faire la part des responsabilités parmi les auteurs de la Vie d'Apollonius. Si Philostrate et Damis ne sont pas coupables, ainsi que nous le croyons, assurément un fourbe se sera glissé entre eux à leur insu, et s'en sera servi comme d'instruments inconscients de sa fraude. Quoi qu'il en soit de ce point secondaire, le mensonge est flagrant en ce qui concerne une partie notable de l'histoire du thaumarturge, et c'est là ce qu'il nous importait le plus de constater. Car cela suffit et au delà pour apprécier exactement l'œuvre de Philostrate : i elle est sans aucune valeur historique. Le mensonge cons- | taté en un point ne permet plus d'ajouter foi à aucun 'i^

autre : un narrateur convaincu d'avoir forfait sciemment à la vérité, perd le droit et le pouvoir de se faire croire. Au point de vue de l'apologétique, notre tâche est finie. Que nous importent maintenant les miracles d'Apollonius? Seraient-ils mille fois plus nombreux, mille fois plus surprenants, ils ont un vice radical qui les met audessous de tout, ils ne peuvent plus être admis comme réels, les mémoires où ils ont été rapportés ne méritant aucun crédit. Le faux ne peut rien contre le vrai.

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Cependant, au point de vue de la critique historique, il ne sera pas sans intérêt d'aller un peu plus loin.

Philostrate et Damis, s'ils ont été relativement sincères, comme nous le croyons, n'ont pu donner un tissu de fables pour un récit historique, sans avoir été trompés. Qui les a trompés? C'est le problème qu'il faut maintenant résoudre, et, disons-le tout de suite, la solution consiste à établir que le fourbe n'est autre qu'Apollonius lui-même. Apollonius a sciemment trompé Damis, qui a, sans le vouloir, trompé Philostrate.

D'abord rappelons un fait historiquement indubitable : pendant sa vie et longtemps encore après sa mort, Apollonius a passé pour magicien. « Parce qu'Apollonius, dit Philostrate, s'est mis en rapport avec les Mages de Babylone, avec les Brahmanes des Indes et avec les Gymnosophistes en Egypte, beaucoup sont persuadés qu'il était un magicien et l'accusent de n'avoir été qu'un faux sage. » Dans tout son livre, Philostrate s'applique, à laver son héros de cette tache. A Eleusis, l'hiérophante refusa d'admettre Apollonius aux mystères, déclarant « qu'il n'initierait jamais un magicien, qu'il n'ouvrirait pas Eleusis à un homme impur pour ce qui regarde les choses de l'autre monde (xà oai'jLGvu). » Amené en jugement devant le tri-'

194 LES CONTREFAÇONS DU iMIRACLE.

bunal de Domitieïi,run des principaux chefs d'ac?usation contre lesquels Apollonius doit se défendre, c'est le crime àe nia.T^ie. « Apulée, dit M. Ghassang ', accusé de magie et repoussant cette ac "ùsation, se défend d'être un Apollonius de Tyane. » Le mènie auteur dit encore * : « Pour Lucien, Apollonius de Tyane est un magicien; cV^st un magicien pour toute l'époque byzantine, où il n'était bruit que des lalUmaïis d\Apoltôn'uis. » Et, pour confirmer la secon le partie de son assenion, il cite ce passage de Tillemont ^ : « 0;i dit qu'il avait mis à Byzance trois cigognes le pierre*, pour empêcher ces oiseaux, d'y venir, des cousins de cuivre, des puces, des mouches et d'autres piitits animaux pour le m^me e'fet, que l'empereur Basile lit ôter, e: plusieurs autres figurent qui marquaient, disait-on, ce qui devait arriver à cette ville jusqu'à la lin du monte. La Clironiqne d'Alexandrie * dit que partout oîi il allait dans les villes et dans les campagnes, il mettait de ces sortes de ligures et de talismans. » Les Pères de l'Église n hésitent pas déslarer qu'Apollonius fut un magicien. « Il est constaut, dit Lactance ^, qu'il était urt homme et qu'il était un magicien. » Eusèbe, ré'utant Hiéroclès, qui s'était fait l'avocat de Philostrate et d'Apollonius, explique les merveilles de sa vie, supposé qu'elles soient vraies, par la magie, et remarque que de son temps Apollonius était tenu pour magicien. Il parle aussi des talismans d^ApoUonius dont plusieurs faisaient usage. Saint Augustin écrit à Marcellinus « qu'il est ridicule de comparer à Jésus-Christ Apollonius, Apulée et les autres habiles magiciens. » Ainsi, les chrétiens et les païens étaient d'accoid pour reconnaître en Apollonius une puis»-

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